La nouvelle politique extérieure de la France à l’épreuve du traditionnel clivage droite-gauche

Les relations internationales depuis la fin de la guerre froide sont traditionnellement présentées comme étant un champ politique d’où le clivage droite-gauche traditionnel est absent, du moins très secondaire. En dépit de l’activisme folklorique d’un Chavez ou d’un leader cubain qui continuent de mimer l’ancienne antienne anti-impérialiste (avec le soutien russe) et dont les ressorts sont d’ailleurs plus géopolitiques que politiques, les véritables clivages de la scène internationale ont trait aux intérêts nationaux, économiques d’abord, militaires et stratégique ensuite, culturels enfin.

Et si parfois le clivage fait un détour par des enjeux politiques, comme sur la question des Droits de l’Homme dans les relations internationales, ce n’est qu’en tant qu’ils sont le reflet d’enjeux et d’intérêts stratégiques, conjoncturels ou culturellement structurels ; ce n’est qu’en tant qu’ils permettent de condamner ou au contraire de protéger une action étatique sur la scène internationale qu’ils structurent un clivage politique. Mais le clivage tel qu’on le connaît à l’intérieur des démocraties occidentales, entre une droite et une gauche classiques, est généralement moins prégnant au sein de la communauté internationale.

C’est pourtant le retour d’un certain clivage politique qui s’impose aujourd’hui à la France sous Présidence et majorité socialiste dans le champ international et particulièrement dans le champ géopolitique européen. Et il s’agira du principal défi qu’auront à gérer François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Laurent Fabius ainsi que l’ensemble du Ministère des Affaires étrangères français.

C’est au sein du couple franco-allemand que ce clivage va se faire le plus sentir. Le conservatisme d’Angela Merkel, jamais dérangé par Nicolas Sarkozy sur la question de la vision économique et sociale, est désormais confronté à un problème de taille : le principal partenaire allemand est socialiste ; pire, il voudrait résoudre la crise par un interventionnisme accru des Etats moteurs et des Institutions de l’Union européenne. Angela Merkel, dirigeante conservatrice au cours de la décennie du néo-conservatisme triomphant, ne sait pas comment réagir à ce retour d’une vision keynesienne et humaine de l’économie, que l’axe néo-conservateur mondial croyait avoir rangé aux oubliettes de l’histoire. Elle navigue de ce fait de déclarations faites en langue de bois à l’expression ouverte d’un agacement devant cette situation de divergences politique fondées  finalement sur le traditionnel clivage droite-gauche, version début du XXIème siècle.

Les atouts de la France suspendus aux élections présidentielles américaines et législatives allemandes.

L’arrivée au pouvoir de Barack Obama a rompu par le haut l’axe neo-conservateur mondial de la décennie passée, sans toutefois aller jusqu’à revenir de façon brutale sur les « acquis neo-cons » afin de ne pas rompre les équilibres des divers réseaux de pouvoir à Washington, du complexe militaro-industriel aux lobbies, issu de la décennie précédente. L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle gauche, 17 ans après le « quatorzennat » de François Mitterrand (dont on sait combien sa pensée internationale est issue des grandes problématiques et évènements du XXème siècle) pourrait, face à cette réalité d’un axe de résistance conservatrice et d’un autre de perpétuation de l’autoritarisme sino-russe, créer un second pilier mondial d’une vision sociale démocrate qui reprenne l’offensive, au niveau international, avec les Etats-Unis et selon une approche transatlantique rénovée. Cette perspective est néanmoins complexe à assumer.

Mais à 4 mois et demi de l’élection présidentielle américaine Barack Obama ne semble  pas non plus prêt à forger un axe social-démocrate mondial et se lancer dans un nouvel activisme international ; A l’heure de la sortie d’Irak et d’Afghanistan, un « missionnarisme »  intellectuel de la politique étrangère américaine ne serait pas de saison. On cherche aujourd’hui plus, à Washington, à arrondir les angles avec des républicains déchaînés mais qui ont tactiquement désigné pour candidat un modéré (au regard des neo-conservateurs, de leurs avatars ultra-religieux ou des Tea Party, il est assez facile d’être modéré), plutôt que de se marquer trop à gauche.

C’est peut-être là la grande faiblesse de ce courant social démocrate mondial qui, se fondant sur des approches différentes selon les continents, entre réalisme économique, sérieux gestionnaire et affirmation de ses principes et des « possibles inventables » sur lesquels les différents partis de gauche et de centre gauche pourraient se mettre d’accord, comme l’axe néo-conservateur avait su le faire autour de quelques évolutions fortes : populisme assumé, croisade implicite contre un monde arabe hypostasié et diabolisé, renforcement des moyens techniques de surveillance, de contrôle et de sécurité des individus, retour du religieux. Initiant un retour brutal de la realpolitik au niveau mondial, les neo-conservateurs ont profondément marqué les esprits d’une génération qui n’avait pas connu la guerre soit depuis la décolonisation, soit depuis le Viet-Nam. Hubert Védrine mettait en garde les européen devant leur tendance à l’idéalisme géopolitique. Le gouvernement Sarkozy, lui, aura moins de scrupules à être le faire de lance d’un néo-conservatisme « à la française » assumé.

Un consensus social-démocrate mondial prônerait au contraire le dialogue entre les Nations et le respect des peuples, la Paix, l’engagement environnemental, la venue en aide auprès des pays difficultés (et ils sont aujourd’hui à nos portes !), ainsi qu’une stratégie de type New Deal – Plan Marshall dans les zone géographiques en difficulté. L’usage de la puissance, dans cette perspective, ne doit plus être qu’un moyen de défendre le Droit international, le droit humanitaire et le droit pénal international. Et la question se pose notamment sur la Syrie, où un autre clivage mondial, plus saillant et semblant renaître de nos livres d’Histoire, entre l’Occident qui dénonce les atrocités quotidienne perpétrées par le régime syrien contre sa population et l’axe sino-russe fondé sur la défense d’un régime client (d’armes), fournisseur (de pétrole) et finalement avec lequel on partage une assez piètre estime de la liberté et de la vie humaine.

D’abord, chacun sait que la Chine est incontournable. Elle a absorbé capitaux, outils industriels et surtout technologies au cours des 30 dernières années et s’est positionné comme l’usine du monde tout autant que la mine de terres rares du monde tout autant, également, que la copieuse du monde. Et chacun scrute avec attention son taux de croissance, car la Chine est devenu l’un poumons économiques du monde. S’il s’essouffle, chacun verra ses recettes tirées de l’export auprès de ce pays diminuer. Et en même temps, au regard des transferts technologiques qui se sont opérés en un temps record (sans parler de la question connexe des contrefaçons) on peut e demander si l’avenir n’est pas au retour des activités dans leur pays d’origine. Les coûts des carburants risquant d’augmenter, les coûts de transports rendront moins attractif la re-centralisation mondiale des activités de production qui a présidé à l’attraction des outils industriels en Chine. La Russie de son côté tient l’Europe avec sa puissance gazière.

Dès lors, si la France devait organiser une « politique des BRICS », elle devrait s’orienter vers l’approfondissement des liens avec l’Inde et le Brésil, deux pays qui ont de nombreuses structures proches voire issue des principes fondateurs de l’Etat et de la Société française. L’Inde est comme la France très étatisée, très tournée vers une vision sociale de l’Etat. Sa pauvreté ne lui a pas permis jusqu’à la fin du XXème siècle de développer des structures adéquates pour 1 milliards d’individus. Mais avec la forte croissance des deux dernières décennies, un modèle tiré du modèle social français est imaginable en Inde dans les décennies à venir. Le Brésil quant à lui, qui tire sa devise nationale des écrits d’Auguste Comte, est depuis l’arrivée au pouvoir de Lula, puis de Dilma Roussef, proche des socialistes français. Dans cette perspective, il y aurait à creuser en direction de la proximité politique des partis au pouvoir en France et au Brésil pour initier une nouvelle politique bilatérale fructueuse.

Le discours de François Hollande à Rio, offensif, rappelant les dirigeants à leurs responsabilités environnementales mondiales, a, en matière environnementale, montré tout à la fois la particularité d’une France qui continue de croire, dans un monde où les rapports de force ont profondément changé depuis l’époque Mitterrandienne, qu’elle peut encore être un phare pour le monde, en promouvant une écologie qui serait « passée de mode ».

Mais c’est d’abord au niveau européen que François Hollande devra faire face à ce clivage politique, dans la plus grande tradition du clivage droite gauche.

Sur la question de la résolution de la crise des dettes souveraines européennes, François Hollande propose un vaste plan de relance qui s’élèverait à 120 milliards d’euros afin d’aider les pays en difficulté financière. Les Institutions européennes ne connaissent aucun endettement. Et ce ne seraient pas cette fois des milliards injectés dans les banques, mais des investissements de relance économique : grands travaux européens, projets d’infrastructures transfrontaliers, programmes de recherche. Il s’appuierait sur une augmentation de capital de la BEI et des Fonds structurels (et avec dans l’idéel une révision des modalité de la conditionnalité de ces derniers, assouplie pour les Etats en difficulté). La question d’euro-créances, dans ce contexte, impliquant selon l’exigence allemande un transfert de souveraineté économique pour les Etats qui y auraient recours, est repoussée à plus tard.

Le plan d’Angela Merkel et Wolwgang Schauble est plus « serré » : il consiste à exiger de la Grèce le respect pur et simple des engagements, à un moment où tous les partis grecs demandent un délai supplémentaire pour atteindre les objectifs de déficit et de croissance. Précisons pour rappel qu’aujourd’hui, le solde primaire net de la Grèce est quasiment à l’équilibre, et que son déficit est quasiment égal à ses remboursement d’intérêts d’emprunt.    Les grecs demandent que l’on desserre l’étau d’une rigueur qui ne parvient pas à redresser l’économie.

Et pour ce faire, un abandon d’une partie des créances étatiques vis-à-vis de la Grèce serait une avancée aussi remarquable que le dispositif de « Private sector involvment » par lequel on a annulé pus de 50% de la dette détenue par des créanciers privés.

Mais pour cela, il faudrait une unanimité des Etats de la zone euro et des autres, et il semble bien que ce clivage politique traditionnel, de retour dans la politique extérieure et européenne française, risque de retarder l’avancée vers une Union politique digne de ce nom. Dans cette perspective, l’espoir des socialistes réside dans une victoire du SPD en 2013. Le clivage sauterait et il serait probablement plus simple de se mettre d’accord sur des compromis de vision permettant des compromis de projets.

 

Grégory Chidiac

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