Pour un sommet de croissance à Bruxelles – que l’on mette un terme à cette monomanie de la rigueur pour sortir véritablement de la crise.

La zone euro surnage, en ce 1er mars 2012. La résilience comptable par rapport à la crise, de sommet en sommets, de baisses de taux directeur en injections de liquidités, est assez avancée pour pouvoir tirer un premier bilan : les européens furent laborieux et ont pour beaucoup joué la montre et le calendrier mais pas à pas, ils ont permis de ramener la confiance sur les marchés et de surmonter une partie de la crise des dettes souveraines.

Ceci, au prix d’immenses sacrifices pour les peuples, et pour certains peuples en particuliers. Les grecs d’abord, qui ont payé le plus lourd tribut à cette crise avec des baisses de salaires, de retraites, de droits, d’allocations, de revenus, etc. et des hausses d’impôts ; tout ceci s’est accompagné d’une crise de confiance majeure, interne et externe : externe pour les investisseurs étrangers – la Grèce étant de facto exclue des marchés d’emprunts obligataires ; interne pour les grecs eux-mêmes, qui ont accru la fuite des capitaux à des niveaux records, paniqués du retour de balancier fiscal qui ne pourrait pas ne pas acoompagner la rigueur promise en échange des prêts de derniers ressorts accordés par la Troïka. Les autres Etats dits « périphériques », l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande ont également payé cher cette crise de confiance. Des taux colossaux sur les emprunts d’Etats, qui ont alourdit les services de dettes dangereusement emballées, des coupes dans les dépenses budgétaires et sociales, etc.

La précarité sur le marché du travail se généralise et c’est Mario Draghi lui-même, l’émetteur de 1020 milliards d’euros à destination des banques qui le dit : « le modèle social européen est mort ». Terrifiante affirmation de la part de l’homme qui a par ailleurs révolutionné la politique monétaire européenne en adoptant une politique expansionniste qui rompt avec « l’orthodoxisme » des politiques monétaires constrictrices menées jusque là en zone euro. Toutes ces évolutions accompagnent la nécessaire montée en puissance de la mondialisation avec la montée en puissance des émergents et la concurrence mondiale accrue. Ce qui est certain est que la stratégie de l’Allemagne et des pays partisans de la rigueur (Pays-Bas, Finlande) fut de ne rien lâcher du côté des mesures de croissance tant que leurs interlocuteurs n’auraient pas mis la rigueur en priorité dans les esprits et dans les actes. Maintenant que la Grèce a validé toutes les exigences en terme de rigueur (même s’il reste à voir les effets sur son économie de toutes les baisses de salaires et de budgets…), il est temps de passer à une autre étape, positive, de la gestion de la crise.

Aussi, il est grand temps, pour les chefs d’Etat européens, qui ont mis en oeuvre les mesures de rigueur les plus massives qu’un Etat ait pu supporter jusque là, passe à l’étape d’après, celle de la croissance, celle des projets d’envergure européenne, de recherche, d’investissement, industriels, etc. qui viendraient en accompagnement des fonds structurels et des divers plans d’investissements européens de recherche ou autres programmes transfrontaliers. Nous avions proposé il y a de nombreux mois maintenant un vaste plan de relance qui accompagnerait les mesures de rigueur associées à la « conditionnalité » de l’aide européenne à la Grèce. Il est temps pour eux de proposer un plan de relance de l’économie constructif, pensé au niveau européen, une forme de « New Deal à l’européenne » qui accompagnerait cette injection importante de liquidités que furent les deux LTRO menés par Mario Draghi.

Il se trouve que toute mon analyse, depuis le début de cette crise, est fondé sur une interprétation qui conteste les fondements des analyses de ceux qui ont alimenté la méfiance contre l’Europe en affirmant pour les uns que la Grèce allait faire défaut, pour les autres que la zone euro allait exploser. J’ai au cours de plusieurs débats contesté ces analyses, ici, ,  ou , certain que l’Europe parviendrait à régler ses problèmes. Je reste persuadé qu’une bonne partie de cette crise est né d’un phénomène psychologique de défiance contagieuse et alimentée volontairement soit par des Fonds extra-européens qui voulaient influer sur le marché, soit par des agences d’information économiques liées à des intérêts allant dans le sens d’une baisse des marchés européens et qui s’est propagé à tout le système en affectant réellement dans un second temps, en temps qu’anticipation auto réalisatrice fausse affectant finalement et de proche en proche les anticipations de tous les acteurs. Les décideurs européens ont donné raison à ceux qui maintenait contre « l’ère du temps », que l’euro allait disparaître. Il ne disparaîtra pas tout simplement parce qu’il y a plus à perdre qu’à gagner à en sortir. Et le principe de réalité conduit donc à rester persuadé que l’euro est un « sens unique » de l’Histoire. Mais il n’est pas suffisant en soi. Sans une gouvernance européenne effective et efficace (or les modalités de décision dans le système institutionnel européen n’est pas spontanément propice à des décisions rapides et tranchées, particulièrement depuis qu’il est de facto devenu dominé par la logique intergouvernementale), une monnaie unique ne peut pas fonctionner.

On peut dire d’ailleurs de ce point de vue que la crise à initié un renforcement de la prégnance des sommets européens sur la structuration des agendas politiques nationaux, et un véritable système de coordination entre les différents décideurs économiques européens : chefs d’etats et de gouvernement, Ministres de Finances, commission, BCE, tous ces acteurs ont mieux fonctionné ensemble qu’avant, même s’il existe des désaccords de fond. Du point de vue de la régularité et du côté « huilé » de l’agenda des réunions européennes et du côté coordination, on ne peut nier que le système décisionnel européen a, au final, fonctionné, dès lors que les acteurs ont su se battre pour faire avancer leur position au sein d’un compromis global dont le fondement fut partagé : celui de ne pas laisser choir la Grèce. Ca a pris du temps (du fait de la complexité du système décisionnel et du fait des divergences d’intérêts et d’opinions entre les Nations et les décideurs européens). Mais ça aboutit.

Il est temps de franchir une nouvelle étape, et d’initier le versant croissance de la stratégie économique européenne pour les années à venir. Que les dirigeants européens recommencent à être des stratèges économiques, plutôt que des auditeurs comptables et des administrateurs judiciaires.

Grégory Chidiac

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