Nicolas Sarkozy ou la constante inconstance prête à tout

Nicolas Sarkozy est courageux. Il transgresse, en permanence. C’est sa marque de fabrique. Il se pose en briseur de tabous, en briseur de consensus mou. C’est ce qui a fait sa force en 2007. A l’époque, il avait dit savoir « changer » ; une majorité de Français l’ont cru. Il avait su convaincre les électeurs du Front National qu’il allait appliquer leurs espérances et récupérer près de la moitié de cet électorat. Il avait su ensuite apparaître comme l’éventuel homme providentiel qui allait vraiment changer la France. Hélas, dès son élection, ses grandes promesses dévoilaient le vrai visage de son élection. Celle de l’homme d’une oligarchie et de ses intérêts.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy veut montrer que malgré cinq ans de plus, il est capable de retrouver ce souffle de la campagne de 2007. Il veut montrer que c’est un sportif, il aime le défi, le challenge, et a voulu organiser son agenda de campagne sur un rythme marathon : une proposition ou deux par jour, chacune distillée par surprise pour créer le focus médiatique, mettre à l’épreuve ses troupes et tâcher d’imposer son rythme de campagne en obligeant l’adversaire à se positionner à chaque fois par rapport à ces mesures (écueil que son adversaire a su éviter). On sent qu’il y a eu des réunions de brainstorm stratégique en amont, où l’Agenda de campagne fut construit sur le modèle d’un storytelling habilement organisé autour de la recherche de chaque électorat : l’électorat FN naturellement un jour, l’électorat du petit commerce un autre, l’électorat du non à la Constitution à un autre moment, l’électorat xénophobe un autre jour, l’électorat catholique encore un autre, sans laisser tomber l’électorat enseignant, avec quelques mesures qui pourraient paraître séduisantes (500€ supplémentaire pour une présence 26H par semaine au lieu de 18) au premier abord. Aujourd’hui, il martèle qu’il a « appris », qu’il a changé, à nouveau, comme il avait changé en 2007, comme il a changé en milieu de mandat, comme il a changé en dernière année de mandat, comme il a changé pour son prochain mandat. Et il changera encore demain, tout comme sa politique continuera de changer au gré des vents du jour, au gré du fait divers de la semaine, de l’actu forte du moment.

L’inconstance de Nicolas Sarkozy apparaît dans ce changement permanent d’un homme qui ne sait pas vraiment où il va à part dans celui du vent, ni dans sa politique, ni dans sa vision pour la France, navigant à vue et mettant la France et les Français dans une sorte de tourbillon permanent où ils sont bien souvent sommés d’admettre l’inadmissible (les roms, l’EPAD, les affaires, les bizarreries comportementales, les sorties de certains membres de ses équipes, les déclarations xénophobes) et de l’oublier aussi sec pour une autre séquence médiatique. Ce flot « amnésiant » avance de coups d’éclat en coups d’éclat. Cela répond à une demande du système médiatique; ça « remplit » et ça fait même vendre. Mais cela n’apporte rien en terme de politique économique, de politique sociale, de politique culturelle, de politique du logement. Malheureusement pour Nicolas Sarkozy, la communication ne fait décidément pas une politique. Le brillant du coup d’éclat ne résiste pas à l’épreuve des faits et des résultats.

Nicolas Sarkozy a su dire et faire tout et son contraire dans la conduite de la politique de la France depuis 2007. On pourrait faire la liste des faits et choses sur lesquelles Nicolas Sarkozy a dit une chose puis son contraire, fait une mesure puis l’a abrogé. Du bouclier fiscal à la défiscalisation de intérêts d’emprunt, de nombreuses dispositions de la loi TEPA prises en début de mandat ont été abrogées au cours du quinquennat. A l’invitation de Kadhafi a succédé une intervention qui a sauvé des vies, mais a conduit faute de suivi à une désagrégation latente de la Libye. Toutes les promesses de maîtrise des dépenses publiques ont été oubliées dès la première année. Celle de ne pas augmenter les impôts s’est noyée dans l’augmentation ou la création de 34 taxes auxquelles il faut ajouter la création des franchises médicales et même un forfait de 35€ pour tout dépôt de demande judiciaire. Les allers et retours furent permanents au cours de ces années. Le même qui fustigeait la volonté de François Hollande de demander l’ajout d’un volet croissance à un Pacte budgétaire adopté à la hussarde décide de mettre en cause l’un des textes fondamentaux de l’unité européenne à savoir les accords de Schengen. Le même qui avait piétiné le non au référendum (NDLA : j’ai voté oui à la Constitution européenne) et qui n’a pas organisé un référendum en cinq ans se présente aujourd’hui en hérault du référendum, qu’il veut utiliser pour faire passer deux mesures techniques (sur le juge de la reconduite aux frontières et sur la formation des chômeurs). Après avoir fustigé Jean-Louis Borloo pour avoir évoqué la TVA entre les deux tours des législatives de 2007, Nicolas Sarkozy a ressorti l’idée en fin de mandat.

Dans le même ordre d’idées illustrant cette inconstance , les lois publiées au cours de ce mandat furent, pour une bonne partie d’entre elles, des agrégats de mesures sans véritable cohérence (je pense à la LME ou aux diverses lois de sécurité ou d’immigration) et ne constituant en tout cas pas un système organisé de pilotage et d’entrainement de l’économie française. Elles furent plus souvent guidées par la réponse aux exigences de ses clientèles ou aux opportunités médiatiques que par la proue de l’intérêt général, par la recherche de l’efficacité économique et encore moins par la justice sociale.

Les résultats de cette navigation à vue sont désastreux pour l’économie française, avec un déficit commercial record de 75 milliards d’euros, 1 million de chômeurs supplémentaires, 500 milliards de dette supplémentaire, un déficit public sans précédent (plus de 100 milliards d’euros en moyenne) ; désastreuse pour la cohésion sociale et même humaine, avec un clivage moral sans précédent et une libération de la parole xénophobe (pour ne pas dire raciste) que la France n’avait en réalité jamais connu depuis des décennies.

Aujourd’hui, l’IFOP sort deux sondages favorables à Nicolas Sarkozy, donné en tête au premier tour avec 28% contre 27 à François Hollande et montrant une adhésion importante à ses propositions du jour : la création d’un buy european act et la révision des accords de Schengen. François Hollande reste néanmoins en tête au second tour. Ce sondage est cependant à nuancer car tous les autres sondages des autres instituts continuent de donner une avance non négligeable à François Hollande au premier tour. Il semble que toutes les forces de pouvoir médiatiques alliées à Sarkozy se mettent en branle pour le faire gagner un second mandat. Espérons que le peuple français ne soit pas dupe de cette stratégie hypnotique et de cette propagande massive.

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