Augmentation de 30% des possibilités de construction, TVA sociale, baisse des cotisations patronales, banque publique d’investissement, taxe sur les transactions financières : analyse critique de l’intervention surmédiatisée du Président-candidat Nicolas Sarkozy du 29 janvier 2012 ; toutes les mesures passées au crible

– D’abord Notre Encore Président s’engage sur des mesures qu’il ne pourra en aucun cas faire passer puisque son mandat s’achève dans 3 mois et demi.

– L’entendre affirmer pouvoir augmenter de 30% la construction d’un claquement de doigts est juste sidérant de démagogie et de simplisme… L’on aimerait bien que cela soit possible mais outre que cela relève du « demain on construit gratis », il faut bien voir que sur le terrain, en Ile-de-France par exemple, et particulièrement à Paris, l’UMP s’oppose à TOUS les projets de logements sociaux et de construction. Par ailleurs, il faut voir ce qu’il advient des constructions dans les zones sans équipements publics et commerces qui ont été réalisées dans le cadre des Scellier et autres mécanismes de défiscalisation : des logements vides ; il faut donc espérer que les hausses de constructions qui se réaliseront dans les années à venir, en cas d’alternance ou de poursuite du pouvoir par Nicolas Sarkozy se feront sans négliger la réflexion nécessaire sur l’aménagement harmonieux du territoire… Enfin, on oublie complètement les contraintes réelles du foncier, du droit de l’urbanisme, du droit de la montagne, du droit littoral, du Code de la construction et de l’habitation qui rendent légèrement plus complexe à réaliser cet objectif que la simplicité d’une phrase lancée à l’emporte-pièce comme cela. En bref, cette nouvelle annonce, c’est vraiment de l’amateurisme, des chifres sortis du chapeau qui relèvent de la plus pure escroquerie intellectuelle et juridique et qui à l’arrivée n’arriveront tout simplement pas, et en tout cas pas ni évidemment cette mandature, ni sous la responsabilité de Nicolas Sarkozy. Reste que l’objectif est louable, et personne ne contestera l’objectif de maximiser la construction, quand cela est possible, et si toutefois, comme à Paris, les UMPistes évitent d’empêcher par tous les moyens possibles la construction de tout immeuble, comme ils le font, pas exemple, dans mon arrondissement.

– Heureux d’entendre que le Pésident est pour une banque publique d’investissement, l’une des mesures phares proposées par François Hollande que d’ailleurs Alain Juppé raillait il y a à peine quatre jours…

– On aura droit à une TVA sociale, bien éloignée du dispositif intelligent qui aurait consisté à répercuter sur les salaires nets des salariés en poste toute baisse de cotisation sociale ou patronale ce qui aurait compensé cette hausse de la TVA. Bon 1,6 points, ça va pas bien loin, mais vu le niveau relatif de la TVA française par rapport à nos voisins, on n’aurait pas pu aller bien plus loin…  Outre les effets bien réels sur le pouvoir d’achat, il faut relever le caractère frauduleux du refus de Nicolas Sarkozy d’appeler cette hausse TVA sociale mais TVA anti-délocalisation, puisque les normes européennes interdisent évidemment toute différenciation entre les produits français et étrangers. Enfin, sur ce point, on se demande comment il est possible de prendre à ce point les gens pour des imbéciles en leur disant que « les prix n’augmenteront pas » ! Evidemment que les prix augmenteront.

– Concernant la baisse de charges patronales familiales, elle est minime, donc son effet « compétitivité » sera trop faible pour avoir quelque impact… Précisons d’ailleurs sur ce point que, contrairement à la question des journalistes, il n’existe pas de part salariale familiale, personne autour du plateau, du Président aux journalistes, ne semblait maîtriser ce dossier… Enfin passons.

– Nicolas Sarkozy propose enfin que les accords d’entreprise prennent le pas sur la loi, renversant par là même « l’ordre public social », autrement dit la hiérarchie des normes dans le domaine social, avec pour conséquence la possibilité de baisser les salaires ce qui, couplé avec la hausse de la TVA implique de désastreuses conséquences sur le pouvoir d’achat.

– On lui donnera raison sur l’idée d’augmenter la CSG sur les revenus du patrimoine, sur la taxe sur les transactions financières (également présente dans le programme de François Hollande) et sur l’augmentation de 4 à 5% du quota obligatoire d’apprentis en entreprises.

Mais comme tant d’autres promesses déjà faites au cours du mois de janvier, cela a peu de chance d’entrer en vigueur d’ici mai 2012. Notez d’ailleurs que le Sénat clôturera bientôt ses sessions, car il est de tradition qu’il lève le rideau 3 mois avant les élections législatives… Il n’y a donc plus que les règlements pour modifier quoique ce soit. Ces mesures sont donc une partie du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy, et non des mesures décidées par le Président Sarkozy. Et de ce point de vue, on ne peut que constater que le candidat résident courre derrière François Hollande !

– Nicolas Sarkozy se refuse encore à se déclarer candidat, tout en faisant des plans sur l’après mai 2012 ce qui relève, comme tant d’autres choses de la plus pure escroquerie intellectuelle. Mais vous comprenez, Monsieur « est Président de la Vème puissance économique mondiale », il n’a pas le temps de s’occuper de ces considérations démocratiques de si basse ampleur ! Cela ne l’empêchera pas de dire qu’il a « un rendez-vous avec les Français »…Comment la consternation ne peut s’emparer de l’ensemble du Peuple français devant « un petit jeu » si manifeste ?

Le clou du spectacle fut lorsque ce grand comédien dont le jeu est dorénavant éculé nous dire que s’il avait un mot pour slogan, ce serait « sincérité ». Mais on se plie en deux d’estomaquerie devant son écran !

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