Tribune libre sur l’accord « Merkozy » : on attendait des mesures fortes et immédiates ; on a eu droit à un trompe-l’oeil auto-satisfait reprenant l’existant et renvoyé à un futur incertain

Nous venons d’assister à l’accord le plus minable de toute l’Histoire de l’Union européenne.

D’abord, une capitulation en règle de Sarkozy, qui a renoncé à toutes les demandes de la France. Et il l’annonce avec l’assurance et la fierté des gagnants. Quelle médiocrité. Ca conclura parfaitement un mandat raté sur le plan de la stratégie et des résultats, avec un Président qui a depuis le départ navigué à vue, sans aucune vision ni perspective (à part celle, au début de son mandat, de répondre aux demandes de ses actionnaires, la tablée du Fouquet’s et autres super riches). Et voyez ce médiocre Président, qui déclamait il y a 4 an et demi que « la France, elle, n’avait provoqué de Génocide, de solution finale, etc. etc., » donner aujourd’hui des leçons de bienséance langagière (ha !), à un moment où il n’a fait que baisser son pantalon devant les exigences non pas de l’Allemagne, mais bien celles d’Angela Merkel et elle seule avec sa vision étriquée de l’Europe, auto-centrée et marquée par l’absence d’ambition et de grandeur. Et regardez ce « Président » déclamer avec posture d’assurance et de grandeur que « tout le monde est d’accord pour dire que les euro-obligations ne sont pas une solution »… C’est juste lamentable. Si Sarkozy et ses équipes étaient employés dans n’importe quelle entreprise, ils se seraient fait virer pour incompétence depuis bien longtemps. La démocratie est ainsi faite que les mandats sont à durée déterminée, au motif qu’il faut avoir le temps d’appliquer une politique. Mais Sarkozy n’a pas de politique : c’est un acteur de scène télévisuelle totalement à côté de la plaque sur le fond des problèmes. Et plus il est dépassé par les évènements, plus il se parera d’une posture de grandeur (d’ailleurs, regardez le, il est totalement ravagé par des tics de bouche procédant d’une passion mimétique à l’égard d’un Jacques Chirac finissant…).

Ensuite, l’idée de « se mettre d’accord d’ici trois mois pour un nouveau traité », parlons-en. Nouveau traité qui reprendra en fait ce qui existait déjà dans le Pacte de stabilité, qui prévoyait déjà une certaine « automaticité des sanctions » en cas de débordement des lignes rouges de ce pacte. Oh certes, il fallait jusqu’ici que la Commission se prononce, mais quelle différence, sérieusement ? Vous verrez qu’au premier coup de bambou, les Etats en difficulté négocieront un assouplissement des sanctions qui devront leur être imposées. Et c’est normal : quelle est l’utilité de sanctions à l’égard d’Etat en difficulté, dans la mesure où ces sanctions aggraveraient la situation que l’on voudrait résoudre ; c’est exactement pour cela que le Pacte de stabilité et de croissance avait été mis de côté en période de crise, comme ce futur « nouveau traité » le sera à l’occasion de la prochaine crise. N’oubliez pas d’ailleurs que ce sont l’Allemagne et la France qui avaient entravée, dans la première moitié de la décennie précédente, l’application des sanctions prévues dans le Pacte de Stabilité. Bref, ils n’ont absolument rien décidé, ou plutôt ils étaient d’accord pour ne rien faire, d’accord pour ne pas être d’accord. Mais il fallait bien annoncer quelque chose…

On ne peut qu’être consterné par la médiocrité de ce personnel dirigeant français, incapable de convaincre, et de cette dirigeante allemande qui se comporte comme une boutiquière. Effaré. Au lieu de lancer des perspectives d’avenir et de lancer à très court terme des mesures importantes qui permettent tout à la fois de garantir les dettes passées, donc d’impacter psychologiquement favorablement et fortement l’ensemble des acteurs économique (euro-obligations), de relancer la croissance en utilisant le levier budgétaire européen (qui n’a, contrairement à toutes autres puissances continentales, quasiment aucune dette !) que ce soit par de l’endettement au niveau européen ou par la création d’un impôt européen, et enfin de trouver les voies d’une régulation de la finance au niveau européen, on se retrouve avec rien de nouveau, trois mois de « réflexion » devant nous (ça fait deux ans que ces incapables réfléchissent…) sur un nouveau traité qui reprendra exactement le traité existant avec les mêmes limites susmentionnées.

Alors il fallait bien annoncer quelque chose. On a annoncé quelque chose, Nico et Angie sont super d’accord, on vous le dit, et ils étaient super contents de déjeuner ensemble du fois gras et des cailles farcies à l’Elysée (et du sabayon). Il vont réfléchir d’ici trois moi à un nouveau traité de stabilité qui ressemblera étrangement au précédent. Ah, il paraît qu’on parle de convergence fiscale. C’est peut-être le seul point qui présente quelque intérêt. On n’en sait pas plus pour le moment. Et sur ce point, ce qu’il faut dire, c’est que les discussions sont en cours depuis des années, déjà, au niveau de la Commission, pour réaliser cette convergence. Il n’est donc nullement besoin de passer par un nouveau traité pour cela, car c’est un domaine qui ressortirait plus d’une directive. Autrement dit, le seul point sur lequel il pourrait y avoir un enthousiasme pourrait très bien être réalisé au niveau d’un texte européen dérivé, et non d’un traité. Sans parler du fait que l’on en revienne, avec ce projet de traité, à du pur intergouvernemental, ce qui est évidemment contraire à la logique des institutions européennes. Ah. Encore autre chose, Un MES remplacera ou accompagnera, on ne sait pas bien, le FESF, en coopération avec le FMI. Comme s’il était besoin d’une nouvelle boite à outil en plus des autres boites à outils existantes…

Quand on regarde les autres puissances continentales, que voit-on ? Des gouvernements forts, capables d’user de leur puissance économique ; capables d’user de leur monnaie pour orienter l’économie ; capables d’avancer sur des mesures budgétaires fortes en cas de crise ; capable d’utiliser une souveraineté pour imposer des solutions aux défis de l’Histoire. Nous autres européens nous sabordons nous-mêmes faute d’avoir des dirigeants capables de dessiner un avenir, capable d’utiliser leur puissance pour autre chose que de gérer un rapport de force interne…

A côté de cette médiocrité, on est bien obligé de noter que Mario Monti a un peu relevé le niveau en lançant tout à la fois un plan d’austérité ET une réallocation des dépenses là où le retour sur investissement serait le plus efficace. Angie et Nico faisaient la leçon à l’Italie il y a quelques semaines ; il se pourrait qu’ils aient aujourd’hui beaucoup à apprendre du nouveau gouvernement italien.

Emmanuel Golstein

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