Si les taux d’intérêt des obligations d’Etat continuent de monter, il faudrait mettre en place un système simple et accessible, ouvert à tous sur Internet, d’emprunt public citoyen

On évoque actuellement la question d’un grand emprunt ouvert aux particuliers, devant la montée des taux d’intérêts des obligations d’Etat. Si ces derniers continuent de monter, et si les écats de taux (spreads) avec les taux allemands continuent de se creuser, on devrait envisager un système simple et accessible d’emprunt ouvert au public, passant par Internet.

D’abord, pourquoi un grand emprunt ouvert aux nationaux ?
– Parce qu’il nous faut nous autonomiser par rapport à la sphère financière internationale.
– Parce qu’il nous faut diversifier les créanciers de l’Etat.
– Parce que le Japon, qui a près de 200% de dette, parvient pourtant à se garantir contre la spéculation obligataire des investisseurs institutionnels en ayant 95% de sa dette détenue par les nationaux.
– Enfin parce que l’épargne française est très élevée (+15% du PIB) et si on lui accole l’épargne immobilière, on atteint 11 000 milliards d’euros, ce qui comparé aux 1600 milliards de dette constitue un actif immense apte à absorber cette dette et tous les problèmes qu’elle implique.

Ensuite, quelle forme pourrait-il prendre ?

Le dernier « grand emprunt sarkozy » qui ne fut rien d’autre qu’une émission obligataire classique (OAT émis par adjudication réservée aux investisseurs agrées du Trésor (en gros des grandes banques) n’a pas innové en la matière. Quant aux grands projets associés à cet emprunt, on n’en a pas beaucoup entendu parler depuis cette émission.

Certains évoquent le grand emprunt Pinay, gagé sur l’or, afin de susciter la confiance. Le problème est que le cours de l’or est très élevé, et avec l’apparition des ETF (certificats), le cours ne reflète pas la masse réelle disponible et il se pourrait que l’on assiste un jour à un dégonflement de la bulle, constituée sur l’idée que l’or est une valeur refuge, alors même que l’or est un actif à rendement négatif (pas d’intérêt ni dividende, mais il faut payer le stockage). Seule l’augmentation du cours constitue le gain potentiel de l’or. A ‘en pas douter, l’or est devenu une valeur spéculative qui a fait le bonheur de ceux qui avaient investi il y a plus de 4-5 ans, mais qui pourrait se révéler désastreux pour ceux qui investissent dessus aujourd’hui.

D’autre part, il est complexe d’organiser l’émission auprès des particuliers. D’habitude ils passent par leur banque, mais techniquement, les Français ne savent pas comment investir dans leur dette publique. Et si depuis 1985 on se passe d’eux, c’est bien parce qu’une émission obligataire se déroule dans des conditions bien particulières auxquels le citoyen ne pourraît que difficilement s’y retrouver. De plus, lors d’une émission obligataire, les « tranches » de dette sont élevées (de 1 million à 1 milliard).

Ce que je propose, c’est une émission à bons de petite taille (disons 5000€), ouvert à tous les Français,par Internet, qui ouvrirait à ceux qui y souscrivent un véritable compte en ligne ouvert sur le site du Ministère de l’économie et des finances, avec un taux qui graviterait autour de 2% (ce taux est discutable, j’en conviens, et il devrait être probablement plus élevé – c’est pourquoi un tel enprunt ne pourraît être utile qu’en cas d’augmentation des taux obligtaire actuellement entre 2 et 3,5%), que les Français pourraient liquider au terme de la durée du bon. Ainsi, un français pourrait acheter 5000€  et pour lesquels il toucherait 100€ par an pendant la durée du bon (disons 10 ans). Au terme des 10 ans, le particulier pourrait retirer ses billes, avec les intérêts touchés.

Si l’on voulait innover encore un peu, on pourrait imaginer une indexation relative à l’inflation, afin de restreindre l’effet d’érosion de l’épargne par l’inflation.

Au total, cela constituerait un placement sans risque, non érodé par l’inflation, bloqué pendant la durée du prêt et que le Français pourraient suivre en direct sur leur espace personnel dédié sur le site de Bercy (ou n’importe quel autre site tel que « jinvestisdansmonetat.com »).

Pourquoi ce dispositif ? Parce qu’il est simple, accessible à tous les Français, sans qu’il ait besoin d’effectuer d’autres démarches que celle d’aller sur son ordinateur et de placer une partie de son épargne, pour une valeur elle aussi accessible.

Concrètement, pour un ticket d’entrée de 5000€, il suffirait qu’1 million de personnes souscrivent pour réaliser 5 milliards, soit un peu moins qu’une émission obligataire classique. Naturellement, certains pourraient mettre plus que 5000€, et plus d’1 million de personnes pourraient souscrire.

Un sondage montre qu’un tiers des Français seraient prêts à souscrire à un grand emprunt. Cela signifie que 15 millions de Français (sur environ 45 millions de Français majeurs) seraient prêts à acheter de tels bons, et probablement plus si l’on réalise un dispositif simple de souscription. Pour un ticket d’entrée à 5K€, cela pourrait permettre de lever au bas mot 75 milliards d’euros, soit une grosse partie du déficit annuel.

Naturellement, un tel emprunt devrait se porter sur des projets d’avenir porté par la Nation et propres à générer de la croissance, dans la recherche, dans diverses entreprises innovantes, jeunes pousses, start-up biotech ou Internet, énergies environnementales, et dont l’avancement des projets serait régulièrement actualisée sur ce fameux site jinvestisdansmonetat.com.

Ce n’est pas une idée ferme, et il y aurait probablement de nombreux détails à étudier plus avant, mais l’idée de base est là : créer un dispositifs simple et accessible à tous par Internet permettant de se libérer en partie des investisseurs institutionnels et spéculatifs qui font et défont les marchés et les taux, du fait de leur trop grande puissance de marché et de la trop grande concentration bancaire et financière.

Dernier point, qui rejoint la question du taux proposé sur un tel emprunt : plus le taux serait faible, plus sa souscription constituerait un acte citoyen. Dès lors, il serait imaginable d’associer cette opération à une déduction d’impôt qui viendrait compenser le différentiel entre les taux de l’assurance vie par exemple, et le taux final de cet emprunt. Ainsi, à 2%, on pourrait imaginer un système de déduction d’impôt progressif jusqu’à une certaine somme, puis dégressif au-dela des seuils actuels des PEA (132 000€). Cela permettrait de réduire le coût d’opportunité d’une souscription à un tel emprunt par rapport aux dispositifs existant de défiscalisation qui existent sur les assurance vie par exemple.

Pour le moment, les taux français sont encore soutenables (entre 2 et 3,5%), mais au vu de la rapidité avec laquelle ces derniers peuvent évoluer (cf. les situation grecques, italiennes et espagnoles), il faut être prêt à faire face à une brusque tension sur les taux obligataires ; autrement dit, il faut créer ce système comme une « carte en main » si une adjudication d’obligations d’Etat se passait mal (elles ont lieu tous les jeudi matin, avis aux amateurs).

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