Moustapha Abdeljalil met sa démission dans la balance pour éviter une épuration dans la prise de Tripoli et pour se présenter au dessus des factions qui divisent la résistance insurgée, s’imposant comme l’homme fort de l’après Kadhafi

Mustapha Abdeljalil, actuel Président du Conseil National de Transition libyien, a mis, dès le départ de l’offensive sur Tripoli, sa démission dans la balance pour imposer que les forces insurgées ne cèdent pas à la tentation d’une purge expéditive et d’une épuration, à la manière de leurs propres bourreaux, lors de la prise de Tripoli. Ce Magistrat s’impose ce faisant comme le n°1 de la Libye de l’après Kadhafi, une Libye de l’état de droit et de démocratie.

Mustapha Abdeljalil, Président du Conseil National de transition a su rassembler autour de son image apparemment lisse et soucieuse des droits de l'homme, ce qui ne l'empêche pas d'être un fin politique capable d'actes symboliques forts et de transgressions stratégiques

Très soutenu par la communauté internationale, il restait ces derniers jours mis en difficulté au sein du Conseil National de Transition. Suite à des desaccord internes, Abdeljalil a fait dissoudre le 8 août le bureau exécutif, qui s’est ensuivi par l’assassinat du chef d’état major de la rébellion, Abdelfattah Younès, dans un mic mac où auraient participé certains membres du CNT.

Abdelfattah Younes, ancien chef d'Etat major des insurgés libyens, assassiné la mi-aoûtt

En dépit de la prise de Tripoli et de la victoire des forces insurgées sur le terrain, le CNT est très divisé. D’abord du fait des différences tribales, ensuite des différences politiques. Les islamistes (relativement peu nombreux en libye) jouent également un rôle dans cet écosystème politique. Les Obeïdis, la tribu d’Abdelfattah Younès sont furieux à l’égard d’Abdeljalil qui tâche par cet acte symbolique de prendre le pas sur les divisions entre les factions (déjà) rivales de la résistance. Certains conspirationnistes ad hoc (« ah la rue arabe »  dirait Alexandre Adler) l’accusent même d’avoir fomenté ce coup, à l’égard de celui qui pouvait être son principal rival dans l’après Kadhafi.

Suite à cette victoire, Abdeljalil peut se prévaloir de ce que le CNT soit aujourd’hui reconnu par 34 pays, ait remplacé tous les personnels diplomatiques Kadhafiste dans les pays occidentaux et se soit imposé comme l’organe dirigeant légitime de l’après Kadhafi. Le budget de l’insurrection reste néanmoins limité : quelques centaines de millions de dollars apportés par divers avoirs étrangers du clan Kadhafi, en plus des prélèvements sur les zones contrôlées (difficiles à évaluer à l’heure actuelle).

De formation théologique et juridique, il a réalisé une brillante carrière de magistrat. Son parcours sans faute le conduira à la présidence de la Cour d’appel de Tripoli, juridiction de plus haut degré dans la hiérarchie de l’ordre judiciaire de la Jamahiriya. Il est cependant, jusqu’à l’année dernière, resté un juge loyal aux règles du régime de Muhammar Kadhafi, ce qui ne lui a pas évité de révéler ses parts d’ombres. C’est en effet cette qualité qu’il confirme, à deux reprises, la peine capitale infligée aux infirmières bulgares et au médecin palestinien accusés par le régime d’avoir inoculé le VIH à des enfants libyens. Quelque temps plus tard, sa route croisera pour la première fois celle d’Abdelfattah Younès, alors ministre de la Sécurité publique, et qu’Abdeljalil accusera d’actes de torture sur des détenus dont la justice avait pourtant ordonné la libération. C’est son premier acte public de dénonciations des pratiques iniques du régime de Kadhafi.

Les infirmières bulgares, condamnéesà mort puis libérées devant l'insistance et les transactions de Nicolas Sarkozy et de son ex-femme, Cecilia Siganer épouse Attias

C’est en 2010 qu’il présente sa démission au cours d’une cérémonie en direct live. C’est par ce premier coup d’éclat que M. Abdeljalil s’est fait connaître et reconnaître par la communauté occidentale. Quelques interviews auprès de médias occidentaux lui donneront une assise indéniable sur l’écosystème de la résistance libyenne.

Sa menace de démission un acte politique d’une grande symbolique, et d’une grande portée, en un moment historique si crucial pour l’avenir, mais aussi, certainement pour s’imposer comme le leader de la Libye de demain.

A la suite de la fuite de Kadhafi il a résumé son programme en quelques mots : « des élections législatives et présidentielle organisées dans huit mois, un gouvernement démocratique et une Constitution juste », avant d’ajouter « surtout, nous ne voulons plus être isolés du monde comme nous l’avons été jusqu’à maintenant ». Démocratie, état de droit et ouverture au monde, les trois piliers de la libye du XXIème siècle.


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