Dégradation de la note de crédibilité de Standards & Poors

On annonce la dégradation de la note de crédibilité de l’Agence Standards and Poors qui a fait une erreur de 2000 milliards de dollars dans son rapport abaissant la note de la dette américaine.

Ce sont en effet 2000 milliards d’économies prévues dans le plan accompagnant le relèvement du plafond de la dette qui avaient été oubliées par S&P…

L’entreprise a, dès démonstration de son erreur, remplacé son rapport, ce qui montre que chez S&P, on n’est pas à 2 trillions près dans une prise de décision aussi lourde de conséquences. L’irresponsabilité et l’inconséquence de cette agence est sans limite.

Moody’s et Fitch vont-elle également s’abaisser à abuser de leur pouvoir de prétendue « objectivité absolue » pour favoriser la hausse des taux d’intérêt afin que leurs clients possesseurs de dette américaine s’enrichissent un peu plus ?

Les marchés vont-ils réfléchir 5 minutes avant de s’exciter demain matin et d’engoufrer l’économie mondiale vers un nouveau krack ? Ou bien vont-ils prendre en compte les éléments suivants :

– La note américaine reste très élevée, hors de toute menace de défaut.
– L’économie occidentale est certes lente, mais de nouveaux secteurs émergent, laissant envisager de bonne potentialités économiques et technologiques : la nouvelle révolution du web, les investissement et les innovations énergétiques, les avancées robotiques, les nanotechnologies, les biotech, etc.
– Les Etats, même les plus en difficultés, finiront toujours par rembourser, et pour le moment, aucun défaut réel n’a eu lieu parmi les Etats visés. La prophétie de voir un des Etats occidentaux attaqués par les mercenaires des agences de notations est très faible, sauf naturellement si l’on contribue à l’asphyxier par augmentation des taux d’intérêts.

– L’Italie et l’Espagne, sans augmentation de taux (et donc sans comportement de pompier pyromane des agences de notation), ont les moyens de faire face à leur dette.
– Standards and Poors met elle-même des arguments politiques au premier plan, puisque ce ne sont pas les fondamentaux de l’économie américaine qui pose problème à ses yeux, mais bien la situation politique à Washington qui est mise en avant pour justifier cette dégradation. Façon de soumettre à sa propre logique le système politique même, par le pouvoir économique dont cette agence dispose (celui notamment de polariser l’information et les regards et d’agir sur les taux d’intérêts).

Tout cela doit alerter au plus haut point nos autorités sur la nécessité de tout mettre en oeuvre pour diminuer les déficits et ralentir l’accroissement de la dette publique. Mais pas seulement.

Ce qu’il y a de plus stupéfiant dans cette affaire, c’est à quel point « le pouvoir » s’est déporté vers des organisations privées, qui par leurs décisions, ont l’immense pouvoir d’influer sur les taux d’intérêt. C’est une prescription immédiate, non concertée, non délibérée de façon contradictoire, d’augmentation de charges pour un agent endetté. Et cette situation semble quelque peu insolite dans le sens où tout pouvoir doit être encadré, tout pouvoir devrait pouvoir être légitimé par un processus admis par tous (que ce soit par le suffrage, ou par des normes institutionnelles et constitutionnelles). Là, nous avons affaire à un pouvoir de marché qui juge clairement des processus politiques légitimes (l’aspect politique a clairement joué en faveur de la dégradation de la note dans le rapport de S&P), mais qui n’est lui-même investi par aucune autre loi que celle du marché, des intérêts de sa clientèle, et d’une compétence auto-proclamée (en dépit des erreurs manifestes de ce rapport).

Cette agence de notation, par sa décision, menace tout autant la stabilité (pour ne pas dire la pérénnité) de l’économie mondiale, que les équilibres géopolitiques fondamentaux. La réaction de la Chine (qui certes avait déjà par la voix de son Agence Dagong abaissé la note américaine) illustre les risques qui accompagnent ce genre de processus prophétique auto-réalisateur. Alors, ce pouvoir de marché des agences de notations, organisations privées avec des intérêts privées, vont-elles mener l’intérêt public du monde au bord du gouffre ?

A propos de l’Agence chinoise, créée il y a peu, je vois que l’Union européenne ne s’est toujours pas dotée d’une telle Agence que j’appelais de mes voeux l’année dernière sur ce forum contre l’avis d’orthodoxopathes financiers, suivi par d’autres voix dans les jours qui avaient suivi.

Je recommande d’ailleurs à tous la lecture de l’ouvrage de Daniel Celive, Les Agences de notations

Avec la désintermédiation financière de la fin des années 70, et la fin de la croyance en les nationalisations, il n’est plus possible au Etats de maintenir un taux de change fixe ou d’intervenir sur les marchés à des fins de régulation. Dans les années 60-70, les Banques centrales intervenaient quotidiennement sur les marchés pour les stabiliser. Dans le système financier actuel, la masse échangée est si importante qu’elle laisse les Etats impuissants face aux remous et réactions excessives des marchés. Aussi, il faut que les souverainetés légitimes soumettent ce pouvoir de marché sans légitimité et ce, non plus en intervenant sur les marchés financiers comme on le faisait auparavant, mais en imposant de règles très strictes et des réglementations très sévères afin de de fluidifier les marchés financiers dans ces périodes de forte variabilité des cours. Un peu comme on régule un trafic de voitures en période de pic de pollution. La mesure récemment prise d’interdire temporairement le naked short selling sur les valeurs financières est une bonne mesure (même si une étude d’une université favorable au système financier, la Cass Business School de la City londonienne). Il y en a beaucoup d’autres.

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