Fred a écrit:Necrid_Master a écrit:En nombre de voix, non. Il perd 300-400 000 voix.
Tu es sûr? Il me semble qu'il a plutôt perdu entre 700.000 et 1.000.000 (si je prends la participation annoncée par Le Monde de 38millions en 2007, 29 millions en 2002)
C'est une défaite cuisante: non seulement il est en chute libre dans les pourcentages, mais en plus il perd des voix en chiffres absolus. Ca veut dire qu'il n'a pas réussi à mobiliser tous ces nouveaux électeurs, jeunes ou pas, donc qu'il n'a pas un réservoir de voix contrairement aux autres. Il a épuisé tout son potentiel électoral.
Non, c'est encore plus élevé, on est à 1 million 300 000 voix de perdues. J'ai posté le calcul ailleurs, et encore j'ai utilisé le bas de la fourchette des inscrits (update : les journaux donnent 1 million parce que c'est rond mais ils oublient 600 000 mégrétistes en 2002).
Mécaniquement, cela signifie que c'était visible depuis longtemps, car il est statistiquement impossible que ce changement ait eu lieu sans que des militants rendent leur carte, sans que les salles désemplissent, même marginalement.
C'est le premier vote saturé de la Cinquième depuis son vote référedaire initial, on connaît à présent la composition de l'électorat français avec une précision extrême. Il n'y a plus de mystère des abstentionnistes, le réservoir de voix potentiel que cela pouvait représenter s'est exprimé. C'est vrai pour toute la classe politique, on ne peut plus faire le pari que les abstentionnistes viendront rallier tel ou tel parti, toutes les cartes sont sur la table, et dans cette mesure c'est un vote décisif.
C'en est aussi un pour son message principal, le glissement off center de l'électorat vers la droite, et l'absorption du pool idéologique du FN par une nouvelle droite dure qui sera l'équivalence fonctionnelle de Margaret Thatcher, George Bush ou Ronald Reagan en France : neoclassical economics + law and order.
C'est exactement le coup de Mitterrand en 1981, le parti est gagné par l'aile, sauf qu'en 1981 Mitterrand n'a pas besoin d'insister, il donne juste quelques entretiens télévisés sur la possession des forces de production par le salariat (cf. le reportage de Jean Lacouture) et la conjoncture fait le reste. En 1981, Solidarnosc en Pologne et la contradiction impérialiste en Afghanistan ont fait le reste du boulot, et en particulier l'interview télévisée de George Marchais approuvant depuis Moscou (!) la prise de Kaboul par les soviétiques. C'est aussi à cette élection que l'extrême-gauche invente le vote utile pour justifier la baisse du PCF ; or les voix perdues en 1981 ne lui reviendront jamais (update : ce que l'on appelle l'effet-Kaboul).
En 2007, Sarkozy a le contexte contre lui : la gare du Nord fait écho aux banlieues de novembre 2005 et donne raison à Le Pen sur toute la ligne ("trois millions de chômeurs, trois millions d'immigrés qui foutent la merde sans payer en profitant de tout sans rien donner à la France qu'il faudra qu'ils aiment ou qu'ils quittent"). Mais il a un coup de génie : un intitulé de ministère, le couple "immigration et identité nationale", perçu comme "un problème et sa solution", et qui incorpore la xénophobie indolente "à la française" dans la nouvelle "droite de droite". L'antisémitisme a longtemps vécu sur le même mécanisme.
Les totaux TD/TG n'ont pas bougé depuis 2002 si l'on sort Bayrou, qui a pris à parts égales dans chaque camp. C'est spéculatif, comme les sondages qui disent autre chose et qui restent des intentions de vote. Les reports FN->UMP ont joué à plein, c'est tout bonnement hallucinant, ça veut dire que Sarkozy a vu juste en jugeant qu'il y avait un créneau vendeur entre Chirac et Le Pen. Évidemment les électeurs de Sarkozy sur critères traditionnels (économie, chômage, fiscalité pour la branche DL) doivent maintenant apprendre à cohabiter avec les électeurs qui ont voté pour lui avec pour priorité "immigration" et "sécurité", qui estiment qu'il y a trop d'Arabes en France et qui sont pour la suppression de l'AME, qui entérinent l'inégalité des droits civiques et sociaux (terreau idéologique de la nouvelle droite), qui ont apprécié la sortie "pédophilie génétique" et que le "racolage passif" et la surpopulation carcérale ne gênent pas plus que ça, qui soutiennent les lois de sécurité intérieure, et qui votaient non en 2005 au TCE.
Désolé c'est un peu long, j'ai essayé de résumer pourtant. En tout cas c'est spectaculaire car un pan complet des idées qui résidaient à l'extérieur du système politique dans un parti hors-système viennent d'être absorbées à droite, avec par conséquent une translation du centre de gravité de ce côté.
JMLP sort, ses idées rentrent.
Last edited by toast (24-04-2007 00:32:48)
"Des quelques 100 millions d'hommes que compte la population de la Russie soviétique, il nous faut en gagner 90 à notre cause. Nous n'avons pas à parler avec les autres, nous devons les exterminer." (G. Zinoviev, 17 septembre 1918)