Topic: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Je poste pour la discuter une interview publiée dans le Nouvel Obs de Domique Reynié et Jean-Yves Camus sur le populisme. Certaines de leurs assertions me paraissent discutables. Cela permettra de lancer une discussion de fond sur cette notion qui a été, est et restera une notion centrale pour analyser les stratégies et les discours politiques dans la société contemporaine (que ce soit du fait du haut niveau d'information de l'homme moderne, ou de ce qu'Internet apporte à la démocratie en terme d'outil d'expression très ouvert, très large et très diversifié et où donc le peuple reprend du terrain dans la construction du politique).

[INTERVIEW] La classe politique française cède-t-elle au populisme ?

Dominique Reynié et Jean-Yves Camus, respectivement directeur général de la Fondation pour l'innovation politique et chercheur associé à l'IRIS, analysent pour Nouvelobs.com les réactions suscitées par les affaires qui ont ébranlé le gouvernement.

Diriez-vous, comme le déplore la majorité, que la classe politique française a cédé au populisme à l'occasion des affaires (Woerth/Bettencourt, Christian Blanc, Alain Joyandet) qui ont agité le gouvernement ces dernières semaines ?


Dominique Reynié - Il y a incontestablement un climat de populisme. Le contexte est inflammable. La crise économique et l'anxiété sociale auxquelles est confrontée la société française facilitent la production de jugements mettant en cause l'honnêteté des élites et/ou fustigeant la corruption des élites et leurs liens avec les pouvoirs financiers.
Il appartient à la classe politique dans son ensemble de lutter contre la diffusion, et donc le développement, de ces idées.
A ce titre et dans un climat propice à la croyance populiste, la manière dont les médias et les politiques traitent ces affaires est susceptible d'alimenter ce sentiment populiste, par définition, dangereux pour la démocratie.

Jean-Yves Camus - Je suis frappé par l'usage abusif et imprécis que l'on fait de la notion de populisme.
Le populisme est scientifiquement le fait d'utiliser un sentiment de défiance qu'ont certains citoyens vis-à-vis des élites politiques, pour distiller l'idée qu'il existe un bon sens populaire naturel affirmant que les élus sont éloignés de la réalité, voire corrompus et en touts cas incapables de se présenter comme les défenseurs du bien commun.



Est-ce nourrir le populisme que de réclamer de la transparence ?

Dominique Reynié -  En accusant la gauche de populisme, la majorité laisse apparaître son exaspération de se voir attaquer sans cesse par le Parti Socialiste sur ces sujets là alors que la gauche, elle-même, n'est pas exempte de tout reproche en la matière.
Par ailleurs, ce qui donne prise à l'idée que le Parti Socialiste n'est pas sincère est la dimension évidement tactique de ses questions. A cet égard, la droite est, à mon sens, légitime à s'interroger sur les réelles intentions de l'opposition.
Cela dit, je ne crois pas que ces affaires soient la détermination principale d'une montée du Front national. Cela peut jouer, mais de façon marginale. En revanche, le contexte historique explique largement la popularité grandissante de certaines thématiques propres à l'extrême droite. La globalisation, l'épuisement des finances publiques, le glissement démographique leur donnent clairement plus de poids. Le populisme auquel on assiste aujourd'hui n'est donc pas de nature conjoncturelle mais bien structurelle. Et c'est en cela qu'il est préoccupant.

Jean-Yves Camus - Il ne faut pas confondre le fait d'utiliser une stratégie politique populiste avec le fait de demander des éclaircissements sur une situation qui apparaît, à de très nombreux citoyens, comme posant des questions.
On peut en revanche parler de populisme lorsqu'est remis en cause globalement le fonctionnement du système politique. Une telle remise en cause n'est pas justifiée au regard du statut et des conditions de travail de nos représentants politiques.
En France, il existe des milliers d'élus locaux qui font face depuis des années à des situations extrêmement complexes d'exercice de leur mandat. Tout d'abord, par leur responsabilité juridique qui a été accrue de manière invraisemblable. D'autre part, par le désengagement progressif de l'Etat, sans que les collectivités territoriales obtiennent les compensations financières et en personnel équivalentes.
Il existe malgré tout des hommes et des femmes qui choisissent de s'engager au service du bien commun en briguant un mandat électif. Il est primordial de rappeler que le sens de l'intérêt général guide, pour la plupart d'entre eux, leur engagement.

On dirait presque dans le discours de Dominique Reynié qu'il faudrait taire les questions liées aux conséquences sociales de la mondialisation, ainsi que la question des difficultés de finances publiques ou encore les "affaires" pour s'extraire de la qualification de "populiste" et ne pas devenir littéralement un "danger pour la démocratie". Ces affirmations me paraissent excessives. Surtout qu'il reprend ce faisant l'accusation que fait l'UMP à l'égard du PS. En ce sens Monsieur Reynié me semble faire le jeu d'un certain discours de parti visant à se protéger des très nombreuses révélations bien réelles qui parsèment l'actualité depuis des mois. Alors certes, il y a en creux une forme de défense de la présomption d'innocence. Sauf que les témoignages bien réels s'accumulent, et depuis quand il faudrait ignorer ce qui fait le coeur de l'actualité médiatique ?

De son côté, dans sa définition de la notion de populisme, Jean-Yves Camusne désigne que "l'acte politique de récupérer un sentiment populaire" et non l'aspect plus fondamental du populisme qui réside justement dans l'opinion populaire sur de la classe politique. Or, le fondement de la démocratie repose théoriquement bien sur l'opinion populaire, que ce soit pour la désignation des élus, ou pour l'orientation des politiques publiques. Il y a qu'on le veuille ou non un pilier "populiste" dans la démocratie. Et le nier, c'est aussi s'attaquer à l'un des fondements de la démocratie : le gouvernement du peuple, par le peuple pour le peuple. Il y a certes des entrepreneurs politiques qui reprennent ces opinions de défiance à l'égard de la classe politique et on pourra alors les qualifier de populistes. Mais systématiquement disqualifier "l'opinion populaire" en apposant une étiquette de populiste  sur quiconque demande des comptes et critique divers aspects du fonctionnement politique  peut revenir et être perçu comme justifiant que la classe politique fonctionne en vase-clos et interdisant tout discours critique. Jean-Yves Camus ne va pas jusque là, mais cette utilisation du terme de populiste est assez répandue.

J'ajoute entre parenthèse que Jean-Yves Camus a raison de rappeler au passage les manquements de l'Etat à l'égard des colllectivités territoriales et notamment les départements sur la question du financement des transferts de compétences et de dépenses sociales (RSA, PCH, APA). De même, il a raison de ne réserver qu'aux contestations des fondements même de nos Institutions la qualification de populiste. Il me semble en ce sens plus nuancé que Dominique Reynié.


Que doit-on entendre aujourd'hui par populisme ?

Dominique Reynié - Le populisme est un état de la société en termes d'opinion. Il repose sur plusieurs fondements qui sont intiment liés. Une crise de confiance profonde dans les élites intellectuelles, médiatiques, sociales et politiques ainsi qu'une prise en charge de ce sentiment par certains acteurs politiques dans le but de modeler cette opinion à leur profit. Ces dits acteurs ouvrent, pour ainsi dire, boutique sur un marché déjà disponible.
Il est, par ailleurs, intéressant de voir que ce discours est généralement porté par des personnes issues des élites. C'est d'ailleurs l'une des caractéristiques principales du populisme.
Ségolène Royal, qui a fait l'ENA, qui a été ministre et qui est aujourd'hui Présidente de région, en est l'archétype.

Dominique Reynié me semble dans ce passage carrément passer de l'analyse en terme de Science politique au porte parolat de l'UMP. On voit ici que le discours scientifique est toujours déterminé d'une façon ou d'une autre par une orientation politique.


Jean-Yves Camus - Le populisme est un système politique dans lequel la démocratie représentative est remplacée par la démocratie directe.
L'exemple suisse en est le symbole par excellence, toutes les questions de société (peine de mort, retraite, immigration etc…) étant soumises à une votation populaire. Le corolaire inéluctable de ce système est l'affaiblissement du pouvoir du Parlement. Et le risque est que la loi suive les fluctuations de l’opinion et ses passions.

Là, JYC pointe du doigt la démocratie directe. Et évidemment, j'ai une autre sensibilité. Je crois qu'il y a dans la démocratie directe un "rendu" des élites au peuple qu'elles sont censées représenter. Je crois que la démocratie directe est utile à la démocratie représentative, surtout à une époque où le savoir n'a jamais été aussi diffusé et répandu. En bref, le peuple n'est pas aussi bête que veulent le croire ceux qui veulent qu'il n'ait pour seul rôle démocratie de le cantonner à un aller retour à l'isoloir une fois tous les 5 ans sans possibilité d'expression et d'impact sur l'orientation politique du pays entre ces rendez-vous électoraux. Il va de soi en revanche, que l'apport de la démocratie directe à la démocratie représentative doit s'accompagner d'un haut niveau de documentation sur les sujets sur lesquels l'opinion publique s'exprime. Cela tombe bien , l'accès au-x savoir-s n'a jamais été aussi possible et simplifié.

On aurait très simplement pu qualifier de "populiste" les salons des années 1750-1789. Oui le peuple agit, il parle, et c'est le devoir des politique que de prendre en compte cette expression. J'avoue que je n'attendais pas Dominique Reynié demander la limitation de la diffusion de l'opinion populaire.

Rappelons enfin que l'opinion populaire, telle qu'elle s'exprime sur Internet ou dans la presse est suffisamment contradictoire et diversifiée pour que chacun puisse se faire son idée et que l'on ressent dans le discours de Dominique Reynié une forme de méfiance à l'égard du l'expression de "l'opinion".

Le Premier ministre François Fillon a également estimé que les interrogations et les attaques dont a fait l'objet le gouvernement marquent "la déliquescence de la démocratie". Comment interpréter cette déclaration ? Est-ce une réelle crainte ou une stratégie de défense ?

Dominique Reynié - La majorité comme le PS sont à la fois dans une stratégie politique et dans l'affirmation de principes démocratiques. Cela dit, leurs positions respectives sont difficiles à tenir.
Si l'opposition ne dit rien du tout au motif qu'elle ne veut pas jeter de l'huile sur le feu, elle laisse prise à l'idée que les politiques se comportent tous de la même manière. Outre le fait qu'elle ne remplit pas son rôle démocratique, son mutisme laisse croire que les partis de gouvernement se seraient accordés pour "institutionnaliser" des pratiques peu vertueuses. A l'inverse, si l'opposition remplit son rôle de contre-pouvoir en dénonçant certaines pratiques, elle peut favoriser le populisme et donc affaiblir la démocratie.
Dans ce contexte, il est certain que la manière dont les médias traitent les questions sensibles que sont le financement de la vie politique, la possible collusion entre intérêts privés et intérêts publics est fondamentale.

Jean-Yves Camus - C'est une stratégie parfaitement compréhensible, le gouvernement vivant une séquence politique très difficile. Il tente d'y faire face en procédant sur deux fronts à la fois. D'abord, il laisse la procédure judiciaire suivre son cours. C'est une bonne chose. Il charge, également, ses adversaires politiques au risque de faire preuve de démagogie.
Cela dit, je ne considère pas que la France soit dans un moment de déliquescence de la démocratie. Elle existe. Elle est solide et ce n'est pas une affaire de plus qui la fera plier.
Sur le long terme, c'est la hausse du niveau de l'abstention qui est préoccupante. Elle traduit la défiance d'une partie de l'électorat à l'égard des hommes politiques. Ils sont jugés, à tort ou à raison, incapables de changer le quotidien de leurs administrés.

D'accord avec JYC, et idem sur Dominique Reynié que le paragraphe précédent.


Ségolène Royal a créé la polémique en qualifiant l'ensemble du gouvernement de "corrompu". Traditionnel au Front national, ce discours a été repris par Marine Le Pen. La présidente du Poitou-Charentes fait-elle ici le jeu de l'extrême droite comme cela lui a été reproché ?

Dominique Reynié - Du point de vue de l'analyse politique, le populisme est une stratégie. Et c'est, en général, une stratégie pour les outsiders. Cette stratégie repose profondément sur l'association du politique et du spectaculaire. Le fait, pour Ségolène Royal, de prendre en charge un discours authentiquement populiste est lié à sa tentative de revenir dans le jeu politique. Elle tente d'utiliser comme une force dont elle tirerait profit la colère et l'exaspération de l'opinion face à une situation de crise économique et d'inquiétude sociale.



Un sondage Viavoice pour Libération, réalisé après les affaires, indique que 64% des Français jugent les dirigeants politiques corrompus. A terme, quelles sont les formations politiques qui pourraient en tirer profit ?

Dominique Reynié - D'abord, ce sondage est, à mes yeux, méthodologiquement inacceptable. Le contexte dans lequel il a été réalisé ne peut aboutir qu'à des résultats tronqués.
Cela dit, il reflète malgré tout l'état d'esprit actuel. Ainsi, Il me semble qu'il est plus profitable au Front national et à l'extrême gauche qu'aux partis de gouvernement. Le PS est au pouvoir dans les régions et les départements et sera peut-être demain amené à diriger le pays. Les Français ne sont pas dupes. C'est une bataille perdue d'avance que de convaincre de leur "vertu". Cette question ne fera pas la différence en 2012.
Il faut cependant distinguer les électeurs qui accordent une importance à la "vertu" des politiques et ceux qui s'en désintéressent, les seconds étant en règle général des militants ou des sympathisants des partis de gouvernement que sont l'UMP et le PS. Les premiers auront, de leur côté, plutôt tendance à se diriger vers les partis protestataires ou, pour les plus désabusés, vers l'abstention.

Jean-Yves Camus - A l'abstentionnisme en tout premier lieu. Néanmoins, il est difficile d'apporter une réponse avant les prochaines élections présidentielles. Bien que cette échéance se précise, nous en sommes encore loin. Le temps politique n'est pas le temps calendaire.
Est-ce que le Front National en profitera comme le sous-entend votre question ?
Avant de conjecturer sur sa capacité ou non à capitaliser sur ces affaires, il faudra voir dans quel état est le FN après l'élection de son nouveau président.
Marine Le Pen, qui reste la favorite à la succession de son père, récupéra-t-elle un parti capable de profiter de l'éloignement de l'électorat vis-à-vis des partis de gouvernement ? Toute la question est là et demeure, pour l'heure, sans réponse. Il y a un risque que le Front national en profite mais, je le répète, rien n'est joué.
Pour néanmoins répondre à la question, les dernières élections régionales ont montré que le bilan mitigé – selon les résultats électoraux - du gouvernement actuel a profité majoritairement à la gauche. La grande différence entre 2002 et aujourd'hui est la dynamique de la gauche dans son ensemble. Le PS comme le Front de Gauche et Europe Ecologie représentent, aux yeux de l'électorat, une alternative crédible.
Ceci étant dit, il y a comme un bruit de fond témoignant de l'éloignement de l'électorat populaire vis-à-vis du PS et de l'UMP. Le sentiment que ni droite ni la gauche ne peuvent changer leur quotidien en somme. C'est sur ce désenchantement que le FN et les partis protestataires tableront.



(Interview de Dominique Reynié et Jean-Yves Camus par Benjamin Harroch, vendredi 16 juillet - Nouvelobs.com)

Au total, j'aimerais que le discours de la science politique soit plus parcimonieuse dans l'usage de qualificatifs stigmatisant des généralisations (de populations ou de comportements). Il serait bon de tenir compte des situations particulières. En l'occurence, chaque catégorie sociale qui vit la crise à sa manière aura une tendance plus ou moins cyclique à se défier de la classe politique.

Le populisme est un qualificatif sain s'il tend à servir d'appel à une maturation des jugements, afin d'éviter que les jugements à l'emporte pièce et les généralisations ne tiennent lieu de discours politique. En revanche, l'utiliser pour disqualifier toute critique sur l'action politique, les relations entre le monde politique, les grandes fortunes et les grands médias d'influence me paraît être un mésusage du terme, qui d'ailleurs ne trompe pas tant de monde que cela. Et c'est à force de disqualifier et de mettre de côté les aspirations légitimes d'une majorité du peuple que l'on se retrouve avec Le Pen au second tour, comme une revanche du réel sur les discours. Un réel qui consiste en le fait qu'en démocratie, le peuple a ou doit avoir, qu'on le veuille ou non, le dernier mot.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Blablabla.

Ces deux mecs déblatèrent sur une notion qui a pourtant une véritable pertinence en science politique sans en avoir donné de définition, ou du moins en reprenant les acceptions excessivement larges qu'en donnent les médias.

Il existe pourtant des définitions rigoureuses du populisme, qui se basent sur les caractéristiques des mouvements populistes britanniques, canadiens (Progressive Party, Social Credit Party) et américains (Greenback Party puis People's Party) de la fin du XIXème siècle et du début du XXème :

-une conviction du bon sens des citoyens ordinaires et, par conséquence, une suspicion à l'égard des élites.
-une opposition résolue envers les partis partis politiques traditionnels.
-une conviction de l’égalité des individus et par conséquence un rejet de toute politique basée sur des groupes ou des communautés.

A partir de là, une vraie force populiste doit se caractériser par un leadership faible voire problématique, une organisation minime, des revendications plutôt qu’une véritable idéologie, et une durée de vie éphémère. Donc, l’opposition à l’establishment politique et l’extrémisme ne suffisent pas pour caractériser une force politique comme « populiste », comme tout le monde le fait par exemple à propos des partis d'extrême-droite ou d'extrême-gauche qui parsèment l'Europe et qui sont généralement solidement implantés et bénéficient d'un leader fort (voire ne vivent que grâce à lui).

A partir du moment où on considère que le populisme c'est, en gros mais c'est ça qu'ils disent me semble-t-il, dire "j'ai raison parce que la majorité silencieuse est derrière moi", tout le monde est populiste, merci, et rideau.

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Très bonne initiative Greg, que de débattre sur une notion clé que j'entends réhabiliter smile

Avant d'engager la discussion plus avant, à approfondir dans les prochains jours, je dégagerai deux acceptions distinctes du populisme :

- le populisme comme "style" politique support de toutes les idéologies possibles et imaginables, lequel consiste essentiellement à parler AU NOM du peuple (acception la plus courante qui renvoie à la démagogie)

- le populisme comme mouvement de revendication d'autonomie, de souveraineté populaire, à travers notamment la radicalisation de la notion dégalité. Cf. les mouvements agraires russes et nors américains du XIXe, Lasch voire une certaine "droite" nord-américaine certes non consciente de l'aporie néolibérale mais dénonciatrice de ses conséquences sociétales.  Dans ce contexte, il s'agit pour le peuple de reprendre son destin en main en luttant contre la mainmise d'élites corruptrices.


Je reviendrai là-dessus un soir de moindre fatigue

Je suis partout

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Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Neige a écrit:

Très bonne initiative Greg, que de débattre sur une notion clé que j'entends réhabiliter smile

Avant d'engager la discussion plus avant, à approfondir dans les prochains jours, je dégagerai deux acceptions distinctes du populisme :

- le populisme comme "style" politique support de toutes les idéologies possibles et imaginables, lequel consiste essentiellement à parler AU NOM du peuple (acception la plus courante qui renvoie à la démagogie)

- le populisme comme mouvement de revendication d'autonomie, de souveraineté populaire, à travers notamment la radicalisation de la notion dégalité. Cf. les mouvements agraires russes et nors américains du XIXe, Lasch voire une certaine "droite" nord-américaine certes non consciente de l'aporie néolibérale mais dénonciatrice de ses conséquences sociétales.  Dans ce contexte, il s'agit pour le peuple de reprendre son destin en main en luttant contre la mainmise d'élites corruptrices.

Mmm. Mon avis serait qu'à la place de "deux acceptions distinctes du populisme", le terme "populisme" a changé de sens au fil du temps. Pour être plus précis, je dirais que la deuxième définition que tu donnes a été remplacée par la première - donnant par la même occasion une connotation péjorative à un terme qui ne l'était pas auparavant.

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Hussard nl a écrit:
Neige a écrit:

Très bonne initiative Greg, que de débattre sur une notion clé que j'entends réhabiliter smile

Avant d'engager la discussion plus avant, à approfondir dans les prochains jours, je dégagerai deux acceptions distinctes du populisme :

- le populisme comme "style" politique support de toutes les idéologies possibles et imaginables, lequel consiste essentiellement à parler AU NOM du peuple (acception la plus courante qui renvoie à la démagogie)

- le populisme comme mouvement de revendication d'autonomie, de souveraineté populaire, à travers notamment la radicalisation de la notion dégalité. Cf. les mouvements agraires russes et nors américains du XIXe, Lasch voire une certaine "droite" nord-américaine certes non consciente de l'aporie néolibérale mais dénonciatrice de ses conséquences sociétales.  Dans ce contexte, il s'agit pour le peuple de reprendre son destin en main en luttant contre la mainmise d'élites corruptrices.

Mmm. Mon avis serait qu'à la place de "deux acceptions distinctes du populisme", le terme "populisme" a changé de sens au fil du temps. Pour être plus précis, je dirais que la deuxième définition que tu donnes a été remplacée par la première - donnant par la même occasion une connotation péjorative à un terme qui ne l'était pas auparavant.

Médiatiquement oui. Mais c'est négliger l'histoire des idées que de prendre une distorsion pour un fait. Un peu comme si tu pensais que la question sociale n'existait plus du fait de son escamotage par le discours "anti discriminations".

Je suis partout

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Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Effectivement.

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Un ce soir ou jamais où il est question de la notion de populisme, avec de très bonnes analyses des participants au débat :

[video (flash player not installed)]

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Un bon répliques consacré au populisme avec D. Reynié et J. Julliard :
http://www.franceculture.com/emission-repliques.html-0

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

On avait nous dit on deux personnalités politique dites populistes sur BFM alors mettons cette vidéo ici :

[video (flash player not installed)]

« Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (André Malraux; Les Voix du silence, 1951)

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Un grand politique est un populiste élitisé.

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Quelle phrase brillante !

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Sur la notion de populisme (inteview de J-Y Camus et D. Reynié)

Je suis d'accord avec ce qui a été dit, le terme "populisme" a changé de sens. Je dirais même qu'il va plus loin dans le mépris de classe typiquement aristocratique/oligarchique que "démagogie".

Démagogie, c'est déjà prendre le peuple pour des imbéciles, mais ça avait l'avantage de renvoyer davantage au discours et à son aspect mensonger.

Populisme, à la base, c'est l'équivalent de démocrate : le pouvoir réel du peuple. C'est encore valable en philosophie politique contemporaine, au moins anglo-américaine. (cf. Pettit, Republicanism)

Bref, l'emploi de ce terme me dégoute. J'y vois toute la haine de la démocratie que les élites médiatico-politiques ont, dans un pays qui se veut... démocratique. Et en réalité on sait bien que "démocratie représentative" =/= "démocratie", surtout dans le système actuel où l'élection n'est qu'un vernissage démocratique à une autorisation de carte blanche. (hé oui, une fois un représentant élu, le peuple n'a aucune pouvoir sur lui). Bref, l'emploi de ce terme en dépréciatif (ou insulte, disons le clairement) est le révélateur de la réelle nature de notre système : Oligarchique (ou aristocratique si vous faites partie des dominants et que vous voulez croire que vous faites partie des "meilleurs").

Last edited by Q.D. (25-05-2013 16:03:50)