Topic: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Exceptionnel débat. On boit du petit lait.
Ca faisait longtemps que le débat public n'avait pas pris une telle hauteur.

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Finkielkraut-Badiou: le face-à-face http://bibliobs.nouvelobs.com/20091217/ … ace-a-face
Par Aude Lancelin

Réunis pour la première fois dans la presse, l'auteur d'«Eloge de l'amour» et celui d'«Un coeur intelligent», débattent de l'identité nationale, de la politique sarkozyste et d'Israël. Un affrontement idéologique d'une rare violence, qui a été arbitré au «Nouvel Observateur» par Aude Lancelin, et dont voici le verbatim intégral


- Né en 1949 à Paris, Alain Finkielkraut, philosophe et enseignant à Polytechnique, est l'auteur de «la Défaite de la pensée» (Gallimard) et d'«Un cœur intelligent» (Stock/Flammarion).

- Né en 1937 à Rabat, Alain Badiou, philosophe et professeur à l'ENS de la rue d'Ulm, est l'auteur de «l'Etre et l'Evénement» (Seuil) et «Eloge de l'amour» (Flammarion).

Le Nouvel Observateur. - Un débat sur «l'identité nationale» a été imposé au pays pour des raisons largement électorales. Maintenant que de façon assez prévisible il dérape, comment y faire face ?

Alain Finkielkraut. - Je ne sais si le débat est opportun mais l'inquiétude est légitime. Dans sa fameuse conférence de 1882, Renan commence par écarter toute définition raciale de la nation. « L'histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie », dit-il, et il définit la nation comme un principe spirituel, comme une âme (il ne faut pas avoir peur de ce mot), composée de deux éléments : un riche legs de souvenirs, un héritage de gloire et de regrets à partager d'une part, et de l'autre, le consentement actuel, le désir de continuer la vie commune. Or la France est aujourd'hui le théâtre d'une double crise : de l'héritage et du consentement. L'exécration de la France est à l'ordre du jour dans une fraction non négligeable des nouvelles populations françaises. Il faut vivre à l'abri du réel pour considérer que cette francophobie militante est une réponse au racisme d'Etat ou à la stigmatisation de l'étranger.

Quant à l'héritage, l'école, depuis quarante ans, travaille avec ardeur à sa dilapidation. De plus en plus de Français, élites comprises, sont aujourd'hui étrangers à leur langue, à leur littérature, à leur histoire, à leurs paysages. C'est parce que la civilisation française est peut-être en train de disparaître que cette question de l'identité nationale intéresse tant de monde alors que personne n'est dupe de la manœuvre électorale. Ce qu'on peut reprocher au gouvernement ce n'est pas de s'occuper de l'identité nationale, c'est de s'en décharger sur un débat. J'aurais préféré une vraie politique de la transmission de l'héritage.

N.O. - Les actes du gouvernement Sarkozy vont pourtant en sens inverse de son discours sur l'héritage : voyez par exemple cette volonté de supprimer l'enseignement de l'histoire dans les terminales S...

A. Finkielkraut. - C'est une contradiction. Entre Richard Descoings et Marc Bloch il faut choisir. Mais une refondation de l'école dans ce sens (recentrage autour de la culture et rétablissement de l'exigence) jetterait dans la rue collégiens, lycéens, syndicats d'enseignants et fédérations de parents d'élèves. L'inculture pour tous est une conquête démocratique sur laquelle il sera très difficile de revenir.

Alain Badiou. - Une discussion organisée par le gouvernement sur « l'identité française » ne peut qu'être la recherche de critère administratifs sur « qui est un bon Français qui ne l'est pas ». Les sérieux juristes du gouvernement Pétain avaient bien travaillé dans ce sens ! Ils avaient montré, avec une science bien calme, que les Juifs et autres métèques n'étaient pas des bons Français... On peut donc, on doit, être très inquiet de l'initiative Sarkozy-Besson.  Quand l'Etat commence à se soucier d'une légitimité identitaire, on est dans la réaction la plus noire, l'expérience historique le montre. Cette initiative est donc non seulement stupide et incohérente, comme on le voit tous les jours, mais elle s'inscrit aussi dans ce que j'ai appelé le « pétainisme transcendantal » du gouvernement Sarkozy.

Dès que les considérations identitaires sont  injectées dans la politique, dans le pouvoir d'Etat, on est dans une logique qu'il faut bien appeler néo-fasciste. Car une définition identitaire de la population se heurte à ceci que toute population, dans le monde contemporain, étant composite, hétérogène et multiforme, la seule réalité de cette identification va être négative. On ne parviendra nullement à identifier ce qu'est la « civilisation française », entité dont j'ignore ce qu'elle signifie, on va juste clairement désigner ceux qui n'en sont pas.

Il y a dans notre pays des millions de gens qui sont ici parfois depuis des décennies, qui ont construit nos routes, nos ponts, nos maisons, qui vivent dans des conditions déplorables, qui ont fait tout ça pour des salaires de misère, et que les gouvernements successifs, depuis trente ans, accablent de lois persécutrices, expulsent, enferment dans des zones de non-droit, contrôlent, empêchent de vivre ici avec leurs familles... Or on sait d'avance que ce sont ces gens qu'on va désigner comme n'étant pas vraiment français. Cette vision politique, est absolument répugnante, et je pèse mes mots.

D'autre part je suis très frappé de voir que les catégories utilisées par Alain Finkielkraut sont celles, très traditionnelles, de la réaction. L'héritage du passé et le consentement, voilà des catégories totalement passives dont l'unique logique est l'impératif « famille, patrie ». Il s'agit d'un portrait de l'identité française réactif et conservateur. L'héritage de la France c'est un héritage que je suis prêt à assumer quand il s'agit de la Révolution française, de la Commune, de l'universalisme du 18ème siècle, de la Résistance ou de Mai 68. Mais c'est un héritage que je rejette catégoriquement quand il s'agit, de la Restauration, des Versaillais, des doctrines coloniales et racistes, de Pétain ou de Sarkozy. Il n'y a pas « un » héritage français. Il y a une division constitutive de cet héritage entre ce qui est recevable du point de vue d'un universalisme minimal, et ce qui doit être rejeté précisément parce que ça renvoie en France à l'extrême férocité des classes possédantes et à l'accaparement par une oligarchie d'affairistes, de politiciens, de militaires et de serviteurs médiatiques du motif de « l'identité nationale ».

On parle toujours, notamment Alain Finkielkraut, du sang que les autres, les « totalitaires », comme il dit, ont sur les mains. Mais « l'identité nationale » a donné en la matière les plus formidables exemples. Pour trouver une boucherie aussi dépourvue de tout sens et atroce que celle de 14-18, il faut se lever de bonne heure. Or elle était strictement articulée sur l'identité nationale, c'est ça qui a fait marcher les gens. Il est très clair que l'identité nationale, référée à une mémoire non divisée et à un  consentement héréditaire et familial,  n'est que le retour  aux catégories fatiguées de la tradition, et ne prépare que la guerre, intérieure contre les « mauvais français », extérieure contre « les autres ». Le débat d'opinion est aujourd'hui entre deux orientations désastreuses : d'un côté l'unanimisme marchand et la commercialisation universelle et de l'autre côté, la crispation identitaire, qui constitue contre cette mondialisation un barrage réactionnaire, et qui plus est totalement inefficace.

A. Finkielkraut. - Il est vrai qu'on peut avoir une conception raciale et déterministe de cette identité, en faire un caractère fixe et biologiquement transmissible, mais c'est précisément contre cette idée que le président de la République a construit son discours de La Chapelle-en-Vercors. Il y a débat a-t-il dit, mais la race est hors débat : « On est Français parce qu'on ne se reconnaît pas dans une race parce qu'on ne va pas se laisser enfermer dans une origine et pas davantage dans une religion. » Il est légitime et même nécessaire de pointer la contradiction entre le désir affiché de transmettre l'identité et une politique de la dilapidation de l'héritage.

Mais pourquoi cette surdité ? Pourquoi dénoncer comme raciste un discours aussi ostensiblement antiracial ? Parce que, aux yeux de l'antiracisme et de l'antifascisme dominant, c'est l'identité elle-même qui, quelle qu'en soit la définition, est « nauséabonde » ou « répugnante », pour reprendre le mot d'Alain Badiou. La tâche qui s'impose donc à nous, c'est la résiliation de tout prédicat identitaire. C'est la désaffiliation. Pour être nous-mêmes, c'est-à-dire fidèles à notre vocation universelle, il faudrait effacer tous nos signes particuliers. Pour n'exclure personne, il faudrait faire le vide en soi, se dépouiller de toute consistance, n'être rien d'autre, au bout du compte, que le geste même de l'ouverture.

N. O. - Il y a les mots du président de la République, qui sont ceux d'un chef de parti en campagne, et puis il y a la réalité du débat, où clairement des suspects sont désignés et vous savez bien lesquels...

A. Finkielkraut. - C'est avoir, comme disait Koestler des communistes, « des yeux pour voir et un esprit conditionné pour éliminer ce qu'il voit » que de tenir pour nulles et non avenues, par exemple, les manifestations qui ont célébré la victoire de l'Algérie sur l'Egypte huit ans après les sifflets du match France/Algérie. Je rappelle tout de même que le regroupement familial a été instauré en 1974. Ce qui me gêne beaucoup dans cet hyperbolisme c'est qu'il ne fait plus la différence entre Marc Bloch et Pétain, entre Simone Weil et Drumont, entre Bernanos et Brasillach, entre de Gaulle, obsédé de l'identité nationale, et Hitler. La plupart des résistants se sont référés à l'héritage national indivis pour justifier leur résistance, et qu'a dit Simone Weil ? Qu'il n'y a pas de plus hideux spectacle qu'un peuple qui n'est tenu par rien, par aucune fidélité.

A. Badiou. - Fidélité à quoi ?

A. Finkielkraut. - Au sacre de Reims, à la Fête de la Fédération...

A. Badiou. - Mais oui, mais oui, mais attention... Il y a énormément de gens dans ce pays qui sont fidèles à bien d'autres choses et d'abord à la transmission de leur patrimoine par héritage et cela depuis le fin fond des temps. Ils sont fidèles aux séquences de l'Histoire où les forces populaires ont été désorganisées. Dans la Résistance elle-même, ils passent volontiers sous silence le caractère en définitive déterminant, qu'on le veuille ou non, des forces armées communistes. Pris isolément, «héritage» ou «fidélité»  ne veulent rien dire. Il s'agit de dire : héritage de qui ? Fidélité à quoi ? Vous supposez en fait, et c'est pourquoi votre démarche est absolument tautologique, que le problème de l'identité a déjà été résolu. C'est à cette identité unifiée, mais inexistante que vous déclarez qu'il faut être fidèle. Moi je suis d'une fidélité aussi exemplaire que possible à la France révolutionnaire, à son universalité paradigmatique. A la constitution de 1793 qui disait que quand un homme, n'importe où dans le monde, accueillait et élevait un orphelin, eh bien par là même il acquerrait la nationalité française.

Une identité de ce genre, immédiatement transmissible de façon universelle, j'en veux bien.  Mais je ne connais pas d'exemple où l'inclusion dans la conception de l'Etat d'une figure identitaire puisse être considérée comme progressiste, en aucun sens. La question de l'engagement dans la Résistance outrepassait de beaucoup, et vous le savez très bien, la question de la libération du territoire national, et n'avait nul rapport à une « identité ». Les groupes armés résistants les plus actifs en France étaient composés de communistes venus de toute l'Europe, et que Pétain, au nom de l'identité française, accusait de traîtrise, ce qui est un comble ! Lorsque Aragon écrit : « mon Parti m'a rendu les couleurs de la France », il faut insister sur les deux aspects, la France sans doute, mais le Parti, qui est pour lui le nom de la vision internationaliste et communiste.

A. Finkielkraut. - Si un inventaire doit être établi, il faut commencer par faire aussi celui du communisme... A criminaliser ou à déconstruire violemment le désir que se perpétue la civilisation française, on ne fait qu'épouser le processus actuel qui nous conduit en effet à la world music, la world cuisine, la civilisation planétaire, le village global. C'est aller un peu loin que de qualifier de « résistance » à Sarkozy cette reddition au processus qui nous emporte.

N.O. - Mais le sarkozysme ne participe-t-il pas lui-même de ce processus ?

A. Finkielkraut. - C'est bien ce que je lui reproche.

A. Badiou. - Vos catégories philosophiques et politiques vous rendent prisonnier d'une conception extraordinairement étroite de la question. Vous êtes pris entre d'un côté le consentement à la marchandisation universelle, la dilution de tout dans le village planétaire, et de l'autre une théorie de l'identité qui serait le seul et unique appui contre ça. C'est exactement comme si Marx avait dit, en 1848, que la seule alternative était : ou le capitalisme mondial ou le nationalisme français. Mais justement, Marx, il y a tout de même un siècle et demi, a défini une figure de l'internationalisme politique qui n'est réductible ni à l'un ni à l'autre. Or c'est ça notre problème aujourd'hui.

Notre problème aujourd'hui n'est pas de nous crisper sur de prétendues « identités » qu'on tire de la tradition et qu'on croit devoir restaurer pour organiser une résistance fantomatique à la puissance gigantesque de la marchandisation universelle. Le problème c'est de trouver une voie qui ne soit ni la souveraineté du capital et de sa phraséologie «démocratique», ni la construction forcenée d'ennemis intérieurs supposés saper notre «identité». Et là, nous sommes adossés à la seule tradition qui se soit constituée ainsi, qui ait refusé de se laisser embrigader au XIXème siècle par le nationalisme pur et dur, à savoir la tradition internationaliste révolutionnaire. C'est la seule. C'est du reste pourquoi elle a constitué partout, et singulièrement en France, le noyau dur de la résistance au fascisme identitaire.

N. O. - Pensez-vous en effet, comme vous le prête Alain Badiou, que l'assignation identitaire est le seul levier dont nous disposions pour résister à cette unification planétaire marchande que vous aussi dénoncez à votre façon ?

A. Finkielkraut. - Je déplore la perte des choses, mais il n'y a pas que la civilisation française qui risque d'être perdue. Je suis sensible aussi à la dévastation de la terre, au progrès de la laideur, à la destruction de la faculté d'attention, à la disparition du silence, à l'entrée dans l'âge technique de la liquéfaction de tout. Et précisément il me semble que pour faire face à ce désastre, nous ne pouvons pas nous contenter d'une politique de la libération. Nous avons besoin aussi d'une politique de la responsabilité. Ce qui me gêne dans l'idée qu'Alain Badiou se fait de la politique c'est qu'il n'y a aucune place pour la gratitude, la fidélité, et pour ce qu'Hannah Arendt appelle l'amour du monde. Voilà dans quel horizon philosophique et existentiel je me situe, et d'une manière plus générale encore, je suis frappé par la pauvreté critique de la critique de la domination.

N. O. - Vous pensez à quoi ? A quel courant, à quelle pensée au juste ?

A. Finkielkraut. - A tous. Au schéma qui divise le monde en dominants et en dominés. Et qui est si solidement ancré que personne ne proteste quand une décision de la Cour Européenne demande aux écoles italiennes de retirer leurs crucifix, alors que la décision suisse de ne plus construire de minarets est qualifiée de honteuse par une presse quasi unanime. Les crucifix aujourd'hui, même désactivés (l'école publique en Italie est laïque), sont perçus comme les insignes de la domination et les minarets voire les burqas, comme les emblèmes des dominés, des exclus, des réfractaires.Nous sommes constamment renvoyés à ce grand partage.

A. Badiou. - Ces questions sont insignifiantes, c'est ça ma conviction. Moi je suis sur ces questions un nietzschéen rigoureux. Dieu est mort, et depuis longtemps. Donc il faut partir de l'idée que quand on est face à de phénomènes dits de civilisation ou de religion, ils dissimulent autre chose que leur qualité apparente. Qu'est-ce qui se tient vraiment là-derrière ? On ne voit pas de nouvelles figures mystiques, des  penseurs religieux profonds, une théologie novatrice, etc. On ne voit rien de ce genre. On voit des agitateurs organisés, des attentats anonymes, des phraséologies tout à fait stéréotypées. Alors quelle est la figure politique qui se dissimule derrière cette phraséologie de l'islamisme radical ? En tout cas, pour ce qui est d'être identitaire, elle l'est ! Et vous voudriez l'imiter, vous voudriez lui opposer une défense quasi désespérée de la « civilisation occidentale », ou de l'« identité française »,  investie et menacée  par les barbares...

A. Finkielkraut. - Ah non, non !

A. Badiou. - Mais si, mais si... N'esquivez pas les conséquences de vos propos identitaires ! Quand vous voyez des jeunes hurler en faveur de l'Algérie, ce sont à votre avis des barbares anti-français. A mon avis ils ne le sont pas plus que ne l'étaient les supporters du club de rugby de Tyrosse dans les Landes quand, il y a cinquante ans, ils hurlaient contre les supporters du Racing de Paris. C'est l'imaginaire assez miteux du conflit identitaire, dont le sport est un exutoire bien connu. Une dernière vague d'immigration reste toujours solidaire de son passé, c'est normal. Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d'être des analphabètes auvergnats, ce n'est pas nouveau tout ça. Dans mon enfance, à Toulouse, on disait en ricanant que les réfugiés de la guerre civile espagnole mettaient le charbon de chauffage dans leur baignoire. Il est consternant de vous voir faire la même chose !

La prolétarisation  générale du monde s'est étendue au-delà de notre continent, c'est le seul phénomène nouveau. Après l'auvergnat, après l'italien et le polonais, nous avons le sri-lankais ou le malien. Et vous croyez que c'est là que doit être le problème de la pensée «française» ? Entre nous, alors que le monde est aujourd'hui partout aux mains d'oligarchies financières et médiatiques extrêmement étroites qui imposent un modèle rigide de développement, qui font cela au prix de crises et de guerres incessantes, considérer que dans ce monde-là, le problème c'est de savoir si les filles doivent ou non se mettre un foulard sur la tête, me paraît proprement extravagant. Et j'y vois donc un mauvais signe. C'est le début d'une stigmatisation rampante visant une minorité déterminée. Et prenez garde que cette stigmatisation, sous prétexte d'identité nationale, sous prétexte de valeurs à conserver etc., se répande ensuite dans la population sous des formes incontrôlables.Le vote de millions de Suisses abrutis contre les minarets n'est qu'un épisode de cette dérive, et vous en êtes responsable. Il est clair que les intellectuels et les « féministes » qui ont fait du foin sur le foulard il y a 20 ans sont responsables des phénomènes de minaret maintenant, et demain de bien pire encore. Vous voulez une éthique de la responsabilité ? Eh bien assumez-la !Les intellectuels sont ceux qui ont lancé cette affaire...

A. Finkielkraut. - Régis Debray, Elisabeth de Fontenay, Elisabeth Badinter, Catherine Kintzler et moi...

A. Badiou. - La liste est incomplète, mais exacte. Eh bien c'est une lourde responsabilité. J'ai aussi des amies de longue date qui se réjouissaient que les Américains bombardent Kaboul parce que c'était pour la libération des femmes. C'est choses-là, n'est-ce pas, vous pouvez vous amuser à les lancer localement, comme des coquetteries identitaires, mais elles cheminent ensuite, elles s'emparent des populations, elles deviennent un point de vue grossier et sommaire selon lequel nous sommes très bien et ces gens-là très mauvais. Et on va les décrire dans ces termes de façon de plus en plus systématique. Et des lois vont être votées, année après année, d'orientation de plus en plus ségrégatives et discriminatoires. Dans toutes ces histoires civilisationnelles est mise en route une machine d'introduction de l'identitaire dans la politique que vous ne contrôlerez certainement pas. D'autres le feront.

A. Finkielkraut. - On voudrait nous faire croire aujourd'hui que les Français sont en proie à la haine de l'autre, au rejet de l'autre... Je rappelle quand même que l'école n'exclut personne, elle exclut le foulard, ce qui est tout à fait différent. Je rappelle que si peur il y a aujourd'hui ce n'est pas la peur de l'étranger, c'est la peur de la haine dont certains immigrés ou enfants d'immigrés sont porteurs et qui n'a pas de précédent dans les vagues d'immigration antérieures. A cette haine, il ne s'agit pas de répondre par la stigmatisation, mais de dire qu'il y a, en France, des règles, des valeurs et des traditions qui ne sont pas négociables. La beauté du monde, c'est aussi sa diversité. Les ultra libéraux veulent un monde fluide, dépourvu de significations particulières et de communautés politiques, et que la France ne soit rien d'autre qu'une salle des pas perdus, un rassemblement aléatoire d'individus affairés - mais nous, le voulons-nous ? Voulons-nous que la circulation soit le dernier mot de l'être, et son dernier soupir ? Voilà. C'est tout ce que j'essaie de dire.

N.O. - On connaît le précepte augustinien : « à Rome fais comme les Romains ». Mais justement ces gens-là, les gens des « quartiers », ils ne vivent pas à Rome. Très concrètement ils vivent dans des zones de relégation complète, et leur accès à la citoyenneté française reste donc largement théorique...

A. Finkielkraut. - D'abord les choses ne sont jamais aussi simples. Les phénomènes de substitution démographique ne sont pas dus, malgré ce que certains voudraient nous faire croire, à la stigmatisation de l'étranger. Si à Bobigny vous avez besoin de prendre votre voiture pour trouver une boucherie qui ne soit pas hallal, vous déménagez. Voilà la situation. Deuxième réponse : pour vous, Alain Badiou, il n'y a de politique légitime qu'à travers l'affirmation d'égalité. Mais on doit ajouter autre chose, et là l'idée d'héritage commence à prendre forme, nous sommes les héritiers de la galanterie c'est-à-dire d'un certain régime de la coexistence des sexes fondé sur la mixité. Or le voile réduit les femmes à l'état d'objet sexuel. En arabe algérien, on dit qu'une femme dévoilée est nue. Lubrique ou cachée : telle est donc l'alternative. Elle est, pour notre civilisation en tout cas, obscène.


A. Badiou. - Salle des pas perdus pour salle des pas perdus, il faut quand même bien voir que votre affaire laisse en liberté une féroce oligarchie de prédateurs qui est la maîtresse de cette salle des pas perdus. J'aimerais que dans votre discours on s'en prenne d'abord à elle, responsable concentrée et globale de tout ce qui se passe, plutôt qu'au paysan qui vient d'arriver parce qu'il lui est impossible de faire vivre sa famille chez lui, et que donc c'est à la fois une nécessité et un devoir, pour lui, d'aller là il peut trouver les moyens d'exister, comme l'ont fait avant lui les millions de paysans français qui ont quitté leur terre pour aller en ville. Un prolétaire, en somme, j'aime ce vieux mot. Il faut quand même une hiérarchie des importances !

Il est quand même plus important de s'en prendre au noyau du pouvoir actuel que de passer son temps à s'en prendre aux prolétaires, sous le prétexte réactionnaire typique que, venus d'ailleurs, ils ont encore en eux les attributs de cette altérité. Vu la manière dont on les traite, qu'ils ne soient pas pétris d'amour pour ce pays, c'est assez compréhensible. Moi-même je veux bien aimer la France mais dans ce qu'elle a d'aimable. Les formes actuelles du pouvoir en France,  celles qui règlent son devenir de nation aujourd'hui, je les hais aussi.

Quand vous dites qu'ils nous haïssent ces gens-là... Ils haïssent qui, quoi ? Ils ne haïssent pas la France, c'est tout à fait faux, croyez-moi. J'ai fait de la politique avec eux, pendant des décennies. J'aurais plutôt tendance à croire qu'ils sont les derniers patriotes véritables : il croient encore à la France démocratique et révolutionnaire, ils sont encore étonnés et meurtris qu'on les persécute. Au fond, ils sont patriotes parce que, Alain Finkielkraut, ils espèrent que l'actuel discours identitaire et hostile ne représente pas ce qu'est vraiment la France. Ils haïssent uniquement dans la France ce qu'ils perçoivent comme des protocoles de stigmatisation. C'est la France telle qu'elle apparaît dans votre discours fermé et identitaire qu'ils n'aiment pas. Il faut dire que cette France n'a pas bonne mine, ni aujourd'hui ni autrefois.

A. Finkielkraut. - Sur la question de la haine, il y a peut-être un vrai clivage entre nous. Dans une conférence de 1945, Camus parlant de l'amitié française disait : le nazisme nous a contraints à la haine, il importe maintenant de triompher de la haine, et de ne laisser jamais la critique rejoindre l'insulte. Il appelait cela : refaire notre mentalité politique. Sartre a pris la décision contraire. Il a voulu prolonger le climat exceptionnel de la résistance en faisant de la politique la continuation de la guerre absolue, et il a donc écrit : «Toute la valeur qu'un opprimé peut avoir à ses propres yeux, il la met dans la haine qu'il porte à d'autres hommes.» Camus est célébré aujourd'hui, mais c'est Sartre qui rafle la mise. La reductio ad hitlerum fonctionne à plein régime.

Quand vous comparez Sarkozy à Pétain, je vois là, Alain Badiou, un double bénéfice intellectuel et psychologique. Dans ce cadre, tout est simple. On n'a jamais affaire à des dilemmes ou à des problèmes, on ignore les conflits de devoirs, on pantoufle dans l'indignation car on ne rencontre que des scélérats. « Une oligarchie féroce » dites-vous, mais qui pratique quand même l'impôt progressif sur le revenu et qui oblige les plus riches à donner cinquante pour cent de ce qu'ils gagnent.

A. Badiou. - Rappelez un peu l'histoire de cet impôt... et les batailles populaires insensées qui l'ont imposé ! Les gens qui se sont battus pour l'imposer se sont battus contre des ennemis. Vous ne pouvez pas absenter la catégorie d'ennemi. Vous ne le pouvez pas. Et vous ne pouvez pas vous tromper d'ennemi aussi : ce sont plutôt Sarkozy et ses complices que les jeunes des banlieues.

A. Finkielkraut. -Les jeunes de banlieue ne sont pas mes ennemis. Ils ne l'ont jamais été, Alain Badiou, je vous le jure. Quand je dis qu'il faut fixer les règles, je crois au contraire que je leur tends la main, et c'est, au contraire, les abandonner à leur marasme que de leur tendre un miroir flatteur et gratifiant.

A. Badiou. - Ils sont bien avancés avec votre main tendue... Le destin positif et universel de ces jeunes, ce serait de s'organiser dans la visée de la destruction de l'ordre établi : ça, ce serait une issue sublimée et positive. Vous leur proposez juste de devenir des toutous aux ordres de la société.

A. Finkielkraut. - C'est votre poing levé qui les condamne. Et j'en viens au bénéfice psychologique de l'analogie perpétuelle avec les années noires. Si Sarkozy c'est Pétain, alors vous êtes un résistant. Je vous invite, vous et la gauche intellectuelle qui, sous votre égide, devient complètement mégalomane, à cesser de vous raconter des histoires. Sarkozy n'est pas un chef, c'est une cible. L'insulte au Président de la République est devenue l'exercice le plus courant, le plus grégaire, sur le net et dans les médias. Quand le pouvoir politique était fort, il y avait un conformisme de l'obséquiosité, aujourd'hui, ce pouvoir est faible et il y a un conformisme du sarcasme.

A. Badiou. -Vous avez un axiome fondamental qui est de type consensuel. Vivre ensemble. Vous faites comme si on était dans des conditions où il ne devrait pas y avoir d'ennemi véritable, où on devrait nécessairement avoir des rapports de respect avec le sommet de la République. Vous décrivez une scène politique virtuelle qui n'a aucun rapport avec la scène réelle. Dans la vraie scène, il y a des ennemis, des accapareurs du pouvoir, des inégalités monstrueuses, toute une couche de la population qui se voit discriminée dans la loi elle-même. Il y a des règles contrairement à ce que vous dites, mais des règles unilatérales. Et dans cette situation là, vous semblez considérer que ce qui doit requérir l'attention d'un philosophe c'est l'enthousiasme provincial, comme on le connaît dans le sport, d'une deuxième génération d'immigrés algériens pour la victoire de leur équipe d'origine. Vous ne parlez que de problèmes insignifiants et vous en parlez de manière d'autant plus dangereuse que vous investissez dans ces problèmes une sorte d'affect totalement excessif. Je souhaiterais que cet affect surnuméraire vous l'investissiez en direction des ennemis véritables.

A. Finkielkraut. - La mise en cause des programmes d'enseignement n'est pas un  phénomène insignifiant. Je crois aussi que les agressions répétées dont les professeurs sont victimes, ce n'est pas un phénomène insignifiant. Pas plus que le mépris de ces professeurs parce qu'ils ne gagnent que 1.500 euros par mois. Nous ne faisons donc pas la même évaluation des choses. Mais je ne plaide absolument pas pour le consensus, je milite contre la mégalomanie résistancielle, et pour un dissensus civilisé. La question que je me pose en vous écoutant et en vous lisant, Alain Badiou, c'est : y a-t-il une place pour un adversaire légitime ? Dans le moment de la lutte, l'adversaire n'est pas légitime, c'est  un scélérat il doit être combattu et anéanti. Et une fois qu'il a été anéanti ? C'est l'idylle à perpétuité. La politique communiste est cruelle et son utopie est kitsch. A l'idéal grec de l'amitié, c'est-à-dire du dialogue sur le monde, elle substitue la fraternité, c'est-à-dire la transparence des cœurs, la fusion des consciences.

A. Badiou. - Non, ça c'est une blague...

N. O. - Vous avez souvent dit, Alain Badiou, que ce pouvoir devait être abattu par la rue plutôt que par les urnes. Ces jeunes issus de l'immigration, vous semblez en faire la pointe avancée du mouvement émancipateur que vous prônez, de même que vous militez pour une réhabilitation de l'hypothèse communiste. Un autre point qui vous oppose radicalement à Alain Finkielkraut, qui lui redoute un oubli des leçons du XXème siècle, un reflux de l'antitotalitarisme...

A. Badiou. - Je considère les dirigeants actuels comme Marx les considérait en 1848 : ce sont les « fondés de pouvoir du capital ». C'est ce qu'ils sont redevenus de façon de plus en plus insistante depuis les années 80, aidés en cela par la contre-révolution idéologique à laquelle Alain Finkielkraut a activement participé avec d'autres. Et qui a consisté : 1/ à discréditer toutes les formes de l'hypothèse communiste. 2/ à relégitimer la démocratie parlementaire comme horizon indépassable de la politique.

Ma position, la voici. Je suis capable, comme tout le monde, de tirer le bilan désastreux des communismes étatiques du XXème siècle. Mieux que vous d'ailleurs, Alain Finkielkraut, car j'en connais les détails les plus terribles, et que la question du communisme est intimement ma question. Mais ce n'est aucunement une raison de tolérer le train des choses tel qu'il est. Il y a donc des ennemis, auxquels je ne confère pas de légitimité. Par conséquent il faut construire une force idéologique, politique, dont la nature est pour l'heure totalement indistincte. Cette force sera en tout cas nécessairement internationale. Comme Marx l'avait parfaitement vu d'ailleurs. La violence capitaliste et impérialiste a accouché de ceci, qu'il y a un seul monde. La provenance des individus est finalement beaucoup moins déterminante que le choix des valeurs qu'ils vont faire, le choix de leurs organisations, leurs visions. L'émancipation, son noyau fondamental, suppose l'égalité et donc la lutte contre l'emprise sociale totale de la propriété privée.

Moi aussi je propose à ces « jeunes » finalement une forme de règle : la règle de la discipline politique. La discipline politique des plus pauvres, des démunis, on en est aujourd'hui encore très loin hélas. La construction d'une nouvelle discipline c'est le problème de notre époque. Et ça ne passera pas par l'école, ni par aucune des institutions de l'Etat. L'école elle est foutue, comme du reste l'essentiel de l'héritage de la IIIème et de la IVème République. Tout doit se faire à grande échelle en dehors de ces débris, auxquels vous attache une mélancolie de plus en plus crispée.

A. Finkielkraut. - En effet moi j'ai essayé de tirer toutes les leçons de l'expérience totalitaire. Le philosophe polonais L. Kolakowski m'y a aidé. «Le trait essentiel du stalinisme consistait à imposer à la réalité humaine le schéma de l'unique alternative dans tous les domaines de la vie.» Il faut sortir de cela. Le monde de Badiou c'est deux camps, deux blocs, deux forces. Et puis «un», une fois la victoire obtenue. Jamais il n'y a place pour la pluralité dans cette vision prétendument progressiste du monde.

A.Badiou. - Moi dont l'œuvre philosophique entière consiste à élaborer une ontologie du multiple, moi dont un des énoncés essentiels est «l'Un n'est pas», il faudrait tout de même que je sois vraiment inconséquent pour penser contre la pluralité ! C'est vous qui n'en voulez pas, de la pluralité, car elle vous épouvante...

A. Finkielkraut. - Je ne suis pas ce que votre schéma voudrait me faire être à savoir un défenseur de l'état des choses. Je vois ce monde se transformer en un non-monde et je le déplore, comme Lévi-Strauss, et cette tristesse ne fait pas de moi un contre-révolutionnaire.

A. Badiou. - Je vois très bien que chez vous, la donnée subjective fondamentale est une forme de mélancolie. Elle me touche, parce que je peux d'une certaine manière la partager. Il est difficile de trouver plus profondément Français que moi. Une des premières phrases de mon livre, «Théorie du sujet», c'est « j'aime mon pays, la France ». Nous pourrions communiquer sur une certaine image du vieux charme français, et nous associer mélancoliquement dans le regret de ce charme évanoui. Seulement chez vous, la mélancolie se fait agressive, elle rêve de ségrégations, d'interdits, d'uniformité. Et cette pente vous entraîne à considérer des phénomènes irréversibles et nouveaux comme périlleux ou nuisibles,  alors qu'ils ne sont que la vie historique des choses.

Acceptons une fois pour toutes, je le redis, que l'arrivée massive de gens venus d'Afrique soit la continuation du processus enclenché au XIXème, quand les auvergnats, les savoyards sont venus à Paris, puis les Polonais dans les villes du nord et les Italiens à Marseille. Faute de cette vision large, l'image qu'on se fait de la France est étriquée et dangereuse. La seule vison qui puisse donner sens au mot « France », c'est ce qui fait l'universalisme français aux yeux du monde entier, à savoir la filiation avec la Révolution française, avec la politique populaire, ça oui par contre, au moins au niveau subjectif, cela peut être salvateur.

A. Finkielkraut. - Une enseignante a été l'objet d'une lettre de ses élèves de Terminale la mettant en demeure de partir ou de changer d'attitude parce qu'elle poussait l'autoritarisme jusqu'à interdire l'usage des portables en classe ! La communication tue la transmission. On est en train de priver les nouveaux venus sur la terre d'un droit fondamental : le droit à la continuité. J'observe cette mutation, j'interviens pour la combattre mais je n'ai pas le moindre espoir de gagner la bataille.

N. O. - Votre position, Alain Badiou, se caractérise par un universalisme radical, un refus argumenté de faire jouer à toute assignation communautaire un rôle déterminant en matière politique. C'est l'un des points qui vous éloignent le plus d'Alain Finkielkraut, qui au demeurant semble faire une distinction entre la vague d'immigration actuelle et celles qui lui sont antérieures... Pouvez-vous préciser ce différend qui vous oppose tous deux?

A. Finkielkraut. - Je crois en effet, à la différence d'Alain Badiou, qu'il y a une différence profonde entre les vagues d'immigration antérieures et l'actuelle. Je n'en reste pas moins sensible au risque de stigmatisation. Il faut être attentif à ne jamais généraliser. Un militant d'AC le feu, organisation créée après les émeutes de 2005 a dit : « Je ne suis pas un Français issu de l'immigration, je suis un Français faisant partie de la diversité française.» Cela m'a renvoyé à ma propre situation, puisque je suis à ma manière un Français issu de l'immigration. Mon père est arrivé en France à la fin des années 1920, ma mère en 1948, ce sont deux survivants, mes grands-parents on été déportés de Bordeaux, après avoir été dénoncés par un passeur. Mon père a été déporté aussi. Le contentieux avec la France dans ma famille était lourd. Bien sûr. Il y avait chez mes parents une certaine distance. Et en même temps jamais je ne pourrai reprendre à mon compte une phrase pareille. Car c'est une manière de dire : la France en moi, c'est moi. Non. La France c'est quelque chose qui m'est donné en partage. Elle s'est proposée à moi, et c'est sa grandeur, comme une patrie adoptive. La France c'est une langue dans laquelle j'ai grandi. Une culture que j'ai faite mienne. L'école ne m'a rien proposé d'autre et je ne lui demandais rien d'autre.

Aujourd'hui, le concept de diversité change complètement la donne. Tout sepasse comme si la seule communauté qui n'avait pas sa place dans notre monde, c'était la communauté nationale : celle-ci devrait se dissoudre au profit des groupes, des minorités, des communautés qui aujourd'hui vivent en France. Si l'identité d'une nation c'est la diversité de ses composantes, alors il n'y a plus d'identité et la France n'est plus un sujet historique, mais un objet sociologique, et c'est une grave inconséquence, de la part du gouvernement, de jouer, comme il le fait, sur les deux tableaux. Je pense profondément que la France ne doit pas être une auberge espagnole où chacun apporte son manger. Le sentiment que j'éprouve c'est un patriotisme de compassion. La tendresse, comme disait Simone Weil, pour une chose belle, précieuse et périssable. Et j'aimerais que ce sentiment soit un peu plus partagé.

A. Badiou. - Ma maxime sur cette affaire c'est : les prolétaires n'ont pas de patrie. Il n'y a de politique novatrice, apte à briser les figures inégalitaires, communautaires, qu'à échelle du monde entier. Déjà Marx pensait que le cadre national était obsolète. La réalité historique de l'apogée du nationalisme français, c'est la guerre de 14. Des millions de morts pour rien. La France n'est digne de faire présent d'elle-même aux nouveaux venus que pour autant précisément qu'elle a été la France qui a été capable de les accueillir dans la politique qui était la sienne. La France qui ne les accueille pas, qui vote loi sur loi pour les discriminer c'est tout simplement la France de la guerre de 14 ou la France de Pétain. C'est-à-dire la France qui se ferme, qui n'a pas d'autre protocole d'existence que sa clôture.

Et vous, vous dites « pas d'auberge espagnole ». Mais il faut voir ce que ça veut dire concrètement pour les gens qui vont venir. Ca veut dire camps de rétention, persécutionspolicières, filtrage constant de gens qui ne sont nullement des islamistes, mais tout simplement des gens d'ici. Des gens dans le même itinéraire difficile, tortueux et réprimé que celui de leurs ancêtres venus de la campagne. Ces gens-là, vous avez beau dire et beau faire, vous êtes partisan de les désigner comme des suspects. Et cela, à mes propres yeux, c'est intolérable. Il faut penser, aujourd'hui plus que jamais, au-delà de l'Etat-nation. Alors la diversité ! Mais tout est divers, tout est composé depuis toujours de diversités absolument extravagantes. La France elle-même, sous Louis XIV n'était même pas unifiée linguistiquement. Donc c'est une pure foutaise que cette oppositions entre unité et diversité de la France.

La France est composée de diversités innombrables, alors pourquoi dirait-elle : « Ah  non, là il faut arrêter ! Ce type de diversité, la musulmane par exemple, elle est pas bien, celle-là ». Ce sont des méthodes qui sont en définitive policières et persécutoires. Ou bien le fétichisme national ou bien la communauté : encore une fois j'observe que vous vous enfermez dans une alternative étroite. Mais il y a une autre hypothèse. La véritable construction à venir, c'est une vision totalement internationaliste de la figure politique. Et pouvoir construire un internationalisme interne au pays est une chance, non un malheur.

N. O. - On n'a pourtant rien trouvé d'autre jusqu'à présent que le cadre national pour imposer la redistribution par l'impôt, la sécurité sociale et autres acquis sociaux que vous-même, Alain Badiou, défendez par ailleurs. N'en déplaise aux altermondialistes à la Toni Negri, qui en viennent même à réclamer un improbable « salaire minimum mondial », tout cela est rendu possible uniquement par l'adossement à un cadre national....

A. Badiou. - Mais tout cela est provisoire ! Il est absolument indémontré et indémontrable, que ce cadre est indépassable.

N. O. - C'est que vous ne tenez pas compte la finitude, ou plutôt qu'en bon révolutionnariste vous décidez de ne jamais en tenir compte. Contrairement à Jean-Jacques Rousseau, un auteur qui vous est particulièrement cher, et qui considérait qu'une nation trop étendue se condamnait nécessairement à la disparition...

A. Badiou. - Peut-être, c'est assez vrai. On pourrait effectivement dire que ma position est celle d'un rousseauisme de l'infini.

A. Finkielkraut. - Le mot de persécution pour qualifier l'actuelle politique d'immigration me paraît tout à fait exorbitant... Les politiciens européens sont tiraillés par des exigences contradictoires.

A. Badiou. - Ah eh bien ça, c'est parce que vous ne connaissez pas les gens qui en sont victimes. Permettez-moi de vous le dire : vous en parlez de loin.

A. Finkielkraut. - On peut difficilement décrire notre continent comme une forteresse. L'hospitalité donc...

A. Badiou. - On n'appelle pas hospitalité le fait de faire venir des gens parce qu'on en a besoin, je regrette ! Le fait de les faire venir pour trimer dans la restauration, creuser des trous sur les trottoirs pour des salaires de misère, c'est une conception de l'hospitalité très particulière.


A. Finkielkraut. - Et la nécessité de préserver les conquêtes de l'Etat social... si nous vivions sous un régime ultralibéral la circulation des individus serait beaucoup plus facile à assurer. Accueillir c'est donner quelque chose et pour donner quelque chose il faut avoir quelque chose à donner et en face être réceptif. Et je constate la disparition progressive de cette réceptivité.

A. Badiou. - Vous parlez de ce que vous ne connaissez pas. L'écrasante majorité de ces gens-là sont venus trimer mais pas du fait de la grande hospitalité bénéfique de la France... Ils sont venus creuser nos trous et nettoyer notre merde. Et ça pour des salaires inférieurs au SMIC, cependant que notre fameux « Etat social » ne s'applique pas à eux, parce qu'on refuse de leur donner des papiers. Ils ne peuvent même pas se faire soigner dans les hôpitaux correctement. Et ce sont ces gens-là que vous rendez responsables de l'altération de l'identité française ?

A. Finkielkraut. - Un article du « Monde », journal soucieux s'il en est d'éviter les stigmatisations, citait récemment les propos du maire de Cavaillon, ville où règne une violence endémique. Les employés municipaux ont reçu des déchets venus d'une tour. On leur a crié : « Putains de Français, continuez à nettoyer notre merde ! ».

A. Badiou. - Mais bien sûr ! Des histoires de ce genre,  les bons blancs français bien intégrés en ont à la tonne sur les Africains ou les Algériens comme autrefois ils en avaient sur les Juifs ou les « levantins ». Quelle vérité ? Quelle importance ?  Les Suisses qui votent contre les minarets n'ont jamais vu un Arabe de leur vie. C'est une construction idéologique cette affaire-là. Vous êtes en train de construire idéologiquement les musulmans comme ont été construits les Juifs dans les années 1930. [NDLR : BLAAAAAAAAAM] C'est ça que vous êtes en train de faire, avec les mêmes épithètes : des gens qui ne sont pas vraiment de chez nous, qui nous haïssent secrètement ou publiquement, qui constituent une communauté fermée, qui refusent de s'intégrer dans l'Etat français, etc. etc. Et vous croyez que vous allez faire ça innocemment ? Eh bien vous vous trompez. Il y aura des gens pour se servir de cette pseudo construction intellectuelle. Car la situation est grave. Mais elle n'est pas grave comme vous pensez.



Ce n'est pas l'identité française qui est menacée, elle en a vu d'autres l'identité française. Ce qui est menacé c'est le minimum de cohésion interne et populaire qui évitera que tout cela se termine un jour ou l'autre par la domination sans partage de forces sinistres. Je sais très bien, Alain Finkielkraut, que vous ne rallierez pas ces forces, mais vous serez en coresponsable. On ne peut pas introduire en politique des désignations identitaires de ce type sans que cela ait des conséquences gravissimes. Vous le savez parfaitement. Il n'y a pas de « problème immigré » en France, il n'y a pas de « problème musulman », pas plus qu'il n'y avait de « problème juif » dans les années 1930. Pourquoi utilisez-vous votre intelligence et votre talent à participer à la construction absolument fantasmatique de ce genre de « problème » à partir d'incidents qu'on peut toujours découvrir, si on ne les invente pas ? Les antisémites aussi  trouvaient des « incidents », il y avait toujours un Juif qui avait dit ou fait ci ou çà.

On ne peut pas jouer avec ce genre de chose. Le capitalisme est un système précaire, on va être dans des contextes de crise, de guerre, et la tentation du bouc émissaire va ressurgir avec force. Et quel sera le bouc émissaire dans l'Europe d'aujourd'hui ? Quel sera-t-il ? Sinon ceux qu'on appelle les musulmans, les gens du Maghreb, les Africains ? Ce sera eux. C'est inévitable, c'est gros comme une maison. Et vous serez coresponsable de cela. Je le regrette vivement pour vous, parce que cet avenir n'est pas très loin. Quand on commence à « vérifier » l'identité française, tout devient possible.

N. O. - Alain Badiou porte à votre égard une accusation pour le moins grave... Qu'avez-vous envie de lui répondre ?

A. Finkielkraut. - L'accusation formulée à mon endroit est scandaleuse, mais je vais essayer de ne pas m'énerver.

N. O. - Alain Badiou porte à votre égard une accusation pour le moins grave... Qu'avez-vous envie de lui répondre, Alain Finkielkraut ?

A. Finkielkraut. - L'accusation formulée à mon endroit est scandaleuse, mais je vais essayer de ne pas m'énerver. Je vais simplement dire que nous ne tenons pas pour réelles les mêmes choses, Alain Badiou et moi. Nous ne nous faisons pas la même idée du réel. Je me suis très récemment affronté avec l'extrême-droite et j'étais assez seul car toute une partie de la gauche a rejoint sur ce point Marine Le Pen. C'est l'affaire Polanski, bien sûr. On a vu le fascisme procéder comme à l'habitude, en désignant une cible à la vindicte populaire, en créant une victime sacrificielle, accusée de viol de petite fille. Et la gauche n'y trouvait rien à redire. Pourquoi ? Parce que cet homme faisait partie à ses yeux de la caste dominante. Et que donc il devait payer. « Ceux qui s'en prennent aux tournantes dans les banlieues ne devraient pas plaider l'indulgence pour la jet set », a-t-il été dit, et peu importe les faits. Peu importe que l'acharnement de la justice américaine contre ce petit « polak » n'ait rien à voir avec son délit et tout avec sa notoriété.

La comparaison que vous faites entre les Juifs et les Musulmans pourrait aussi me faire sortir de mes gonds. Je vous répondrai simplement ceci : il y a, à mon avis, un même aveuglement devant la montée d'une certaine francophobie et devant la montée d'une nouvelle judéophobie. Pour les mêmes raisons : ceux qui ont l'étiquette de dominés sont nécessairement innocents. Quand on s'en prend aux Juifs et qu'on n'est pas un franchouillard, c'est qu'on est victime de la misère sociale ou solidaire des Palestiniens. Nous sommes mis en demeure de ne pas appeler cet antisémitisme par son nom.

A. Badiou - Ca n'a jamais été mon cas. Dès les premières pages de « Circonstances III », j'ai dit qu'il existait un antisémitisme arabe, qu'il fallait y prêter la plus grande attention, et qu'en aucun cas je ne pactiserai ni de près ni de loin avec ça. Donc je me sens tout à fait extérieur à ce procès. Ce que je dis est d'une autre nature. L'extrême droite européenne s'est construite depuis maintenant des décennies sur l'hostilité par rapport aux musulmans, à ce qu'elle nomme l'islamisme. Vous contribuez à alimenter cette hostilité en disant que ces « musulmans », ces africains,  ne sont pas, du  point de vue de la « civilisation », exactement comme nous. Ils ne sont pas intégrables. Ils nous haïssent. Le fait que les Juifs faisaient partie de « l'anti-France » était un argument fondamental de l'extrême droite dans les années 1930. Je ne vois pas pour le moment de différence de principe entre les mécanismes intellectuels au nom desquels vous êtes en train de vous inquiéter de cette présence de masses populaires pauvres islamisées dans notre pays et la manière dont a été construite de toute pièce la stigmatisation des Juifs, lesquels constituaient aussi, massivement dans les pays de l'Est, mais ici même dans les ateliers de confection, des gens pauvres exposés à la stigmatisation.

A. Finkielkraut. - Le racisme anti-arabe me paraît évidemment inqualifiable, comme toutes les autres formes de racisme. Mais l'antiracisme d'aujourd'hui est comme le communisme d'autrefois : un système d'explication du monde, inoxydable et indéfiniment reconductible. Quand Diam's chante :

    « Ma France à moi,
    elle parle fort,
    Elle vit à bout de rêve.
    Elle vit en groupe, parle de bled.
    Elle déteste les règles.
    Elle sèche les cours, le plus souvent pour ne rien foutre.
    Le BEP ne permettant pas d'être patron, alors elle se démène et vend de la merde à des bourges »

l'idéologie antiraciste voit dans cet hymne à l'incivilité et à la bêtise une réponse à la xénophobie ambiante. Or la France profonde et prétendument raciste porte aux nues Rama Yade, Yannick Noah et Zidane ! Nous ne vivons pas dans une période raciste de l'histoire de France, ce n'est pas vrai.

A. Badiou. - Mais quand le gouvernement est une saloperie, vous devenez francophobe à la fin des fins... C'est bien normal ! Les Communards se reconnaissaient dans le drapeau rouge, pas dans le drapeau tricolore, qui était celui des Versaillais, des gens qui ont laissé 20.000 morts ouvriers sur le carreau. Vous ne voulez pas employer le vocabulaire de la guerre mais ces gens-là nous font la guerre. Ce sont eux les ennemis, et pas les ouvriers, qui sont les principales victimes de ces gens-là. Sarkozy c'est tout de même pire qu'un ouvrier malien balayeur ! Si quelqu'un est en rupture avec tout ce que ce pays peut avoir d'estimable, c'est le premier, et pas le second. Quelle pensée pauvre, faite pour les journaux réactionnaires à sensation, que de faire croire que l'islamisme est  notre adversaire capital. Encore une fois vous vous laissez prendre dans la fausse contradiction : capitalisme mondialisé ou islamisme. Ce n'est pas du tout le monde réel, ça. Pour moi l'islamisme, ce sont des groupuscules fascistes, je ne vois aucun inconvénient à dire ça. Je n'ai aucune espèce de complaisance pour ces gens-là et je les tiens pour absolument nuisibles.

A. Finkielkraut. - Il faut écouter Lévi-Strauss : « En dépit de son urgente nécessité pratique et des fins morales élevées qu'elle s'assigne, la lutte contre toutes les formes de discrimination participe de ce mouvement vers une civilisation mondiale destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l'honneur d'avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie.» Je pense qu'il y a une dimension d'universalité dans la civilisation française, mais il y a aussi un particularisme qui mérite d'être préservé. Et en effet, je rejoins Alain Badiou sur ce point, l'islamisme est loin d'être la seule force dissolvante.

A. Badiou. - Ma théorie générale des vérités c'est justement ce point-là : que toute vérité se construit dans la particularité.

N. O. - Alain Badiou, vous avez affirmé avoir publié « Circonstances 3 » car vous étiez, je cite, « consterné de voir le mot " juif " mêlé par des intellectuels au soutien qu'une large partie de l'opinion accorde désormais à des politiques fondées sur un nationalisme étriqué , voire un racialisme... ». Alain Finkielkraut, niez-vous qu'il y ait bel et bien pu y avoir une instrumentalisation de ce type au profit de politiques réactionnaires ?

A. Badiou. - Je faisais allusion à l'enchaînement qui a conduit à dire qu'anticapitalisme et antiaméricanisme participaient nécessairement de l'antisémitisme...

A. Finkielkraut. - Il ne me semble pas que la politique française actuelle soit racialiste. C'est ce que je disais tout à l'heure au sujet de René Char et Camus. Le modèle de la résistance ne vaut pas pour la situation que nous vivons. D'ailleurs le Président tire toutes ses références de la Résistance...

N. O. - Et au même moment il a pour proche conseiller politique l'ancien rédacteur en chef de « Minute », intellectuel d'extrême-droite notoire, auquel il affirme lui-même devoir une large partie de sa victoire présidentielle en 2007...

A. Finkielkraut. - Je fais partie de ceux qui ont été heurtés par la lecture de « Circonstances III » et en même temps je ne veux pas faire de procès en antisémitisme à Alain Badiou, car je sais ce que c'est qu'être victime de l'accusation de racisme. Parlant de l'horreur nazie, vous écrivez : « On devrait plutôt tirer de ces massacres illimités la conclusion que toute introduction emphatique de prédicats communautaires dans le champ idéologique politique ou étatique qu'elle soit de criminalisation ou de sanctification expose au pire.» Et voilà ce que j'aimerais répondre. J'ai pensé à une phrase de Wladimir Rabbi écrite en 1945 : « Nous avons été réintégrés dans notre condition d'hommes libres mais nous ne pouvons pas oublier que nous avons été la balayure du monde : contre nous, chacun avait licence.» Eh bien la majorité des survivants en ont tiré la conclusion suivante : « Plus jamais ça, plus jamais nous ne serons la balayure du monde ; nous allons quelque part sur la terre retrouver toutes nos prérogatives de peuple.» Ce quelque part, c'est Israël.

Vous entendez le ça du « Plus jamais ça » d'une tout autre oreille, Alain Badiou. Pour vous, c'est la division du même et de l'autre qui expose au pire. C'est l'affirmation de l'identité qui conduit à l'exclusion et à son paroxysme exterminateur. Vous plaidez donc pour une humanité que ne romprait aucune séparation intérieure, et vous ne reconnaissez de légitimité qu'aux Etats cosmopolites « parfaitement indistincts dans leur configuration identitaire ». La conclusion implicite, c'est que les sionistes sont les mauvais élèves d'Auschwitz, voire les perpétuateurs de la politique hitlérienne. Cette insinuation est très douloureuse, et d'autant plus injuste que ceux qui en Israël militent pour l'émancipation des Palestiniens sont des patriotes sionistes attachés au maintien du caractère juif et démocratique de leur Etat.

A. Badiou. - Ma position ne remet aucunement en question l'existence de l'Etat d'Israël - bien au contraire. Deux éléments ont conduit à cette situation de Guerre de Cent Ans à laquelle on assiste.  L'« exportation » de cette question par les Européens après la guerre, façon commode de s'en laver les mains, combinée à la tension que devait fatalement produire l'introduction du prédicat identitaire juif dans la constitution même de cet Etat. Comment s'en sortir désormais ? Eh bien je me demande simplement si le maintien de cette assignation identitaire n'est pas plus périlleux aujourd'hui pour les Juifs que la création de cette Palestine binationale pour laquelle je milite depuis longtemps, et qu'Hannah Arendt appelait déjà de ses vœux.

Propos recueillis par Aude Lancelin

smile

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Badiou est definitivement ridicule! Son obsession à prôner un radicalisme revolutionnaire apatride alliée à la référence à la résistance communiste comme exemple de combat libérateur...

"Si le peuple pense mal, changeons le peuple..."

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Greg a écrit:

Quand vous dites qu'ils nous haïssent ces gens-là... Ils haïssent qui, quoi ? Ils ne haïssent pas la France, c'est tout à fait faux, croyez-moi. J'ai fait de la politique avec eux, pendant des décennies. J'aurais plutôt tendance à croire qu'ils sont les derniers patriotes véritables : il croient encore à la France démocratique et révolutionnaire, ils sont encore étonnés et meurtris qu'on les persécute. Au fond, ils sont patriotes parce que, Alain Finkielkraut, ils espèrent que l'actuel discours identitaire et hostile ne représente pas ce qu'est vraiment la France. Ils haïssent uniquement dans la France ce qu'ils perçoivent comme des protocoles de stigmatisation. C'est la France telle qu'elle apparaît dans votre discours fermé et identitaire qu'ils n'aiment pas. Il faut dire que cette France n'a pas bonne mine, ni aujourd'hui ni autrefois.

smile


Brûler le voiture de son voisin prolo, c'est un acte politique, que dit-il, un acte patriotique?

Je n'ai jamais entendu une justification aussi ridicule que de qualifier des incivilités qui emmerdent tout le monde et, au premier chef, ceux qui habitent à côté de ces fauteurs de trouble, d'acte patriotique...

Quel est le message envoyé, quel est le modèle politique alternatif que ces jeunes proposent? Non, ce ne sont pas des Guévaras de banlieue. Ils ne proposent rien en dehors de la loi du plus fort... Et bien souvent, un message ultra-matérialiste et ultra-consumériste.

Last edited by sabaidee (22-12-2009 12:36:25)

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

L'écrasante majorité de ces gens-là sont venus trimer mais pas du fait de la grande hospitalité bénéfique de la France... Ils sont venus creuser nos trous et nettoyer notre merde. Et ça pour des salaires inférieurs au SMIC, cependant que notre fameux « Etat social » ne s'applique pas à eux, parce qu'on refuse de leur donner des papiers.

Ceci est splendide. Le système néo-libéral mondialisé ne remerciera jamais assez les vieux staliniens de la nomenklatura universitaire, subventionnés par le contribuable (à la gueule duquel il crache à longueur de temps) pour répandre les fadaises ethnomasochistes de l'idéologie dominante.
  Monsieur Badiou, je n'ai qu'une chose à vous dire : restez en vie le plus longtemps possible, et laissez-vous pousser les cheveux ; on s'amusera bien comme ça, à la Libération (la vraie).

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Busi a écrit:

à la Libération (la vraie).

Qu'est-ce que c'est, la "vraie Libération" ? Celle de 44 était donc fausse ?

6

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

"L'inculture pour tous est une conquête démocratique sur laquelle il sera très difficile de revenir."

Tout est dit.

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

FDL nl a écrit:
Busi a écrit:

à la Libération (la vraie).

Qu'est-ce que c'est, la "vraie Libération" ? Celle de 44 était donc fausse ?

Elle nous a libéré d'un totalitarisme atroce, ce qui est une très bonne chose, mais pas du totalitarisme, puisque l'hydre mondialiste s'est vite constitué et répandu dans nos institutions, puis dans les cerveaux éprouvés des peuples européens.

De plus, j'aimerais noter l'inculture politique d'Alain Badiou, un peu schyzo en raison de son communisme jusqu'au-boutiste mêlé à de maladives convictions antinationales. Il dit haïr la Restauration, mais sait-il que l'"accaparement bourgeois" qu'il flétrit est justement propre aux doctrines révolutionnaires ? Sait-il que c'est grâce à nos doctrines "coloniales et racistes" (quelle stupidité de dire cela alors que la funeste aventure coloniale a des motifs principalement philanthropiques) que nos beaux (mode novlangue ON) français divers étrangers immigrés métissés (mode novlangue OFF)sont en mesure de casser à loisir du babtou dans le RER pour exprimer la vivacité de leurs sentiments patriotiques ?

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

@Greg : Pourquoi tu n'accentues que les propos d'Alain Badiou?
Aurais-tu un parti pris dans le débat? wink

Personnellement, j'apprécie assez Badiou (notamment sur son discours sur l'amour) et ne suis pas spécialement un fan de Finkie. Mais là, je dois dire que je dois réévaluer mon jugement.

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Nouveau débat, télévisé cette fois, entre Badiou et Fikielkraut :

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/ind … 2010-05-20

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Merci! Très bien le lien.
J'ai un certain respect pour Alain Badiou soutenu par une haine violente envers les nouveaux philosophes.:D

Consermist
IEPiste provincial

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Merci pour ce post, Greg. Pour l'avoir lu (un peu) et écouté (beaucoup), j'aime vraiment Badiou, ses prises de position, son radicalisme (avec modération), son honnêteté à dénoncer les injustices (notamment au Moyen-Orient --> au passage, cf. l'excellent dernier livre de Debray, remarquable de courage et de lucidité), son intransigeance vis-à-vis de la médiocrité ambiante du politique, le charme désuet de son "hypothèse communiste". Mais là, en effet, quelle déroute quand il parle immigration et "racailles". Jamais vu une telle déconnexion avec la gravité du problème. Je serais presque d'accord avec AF (s'il n'y avait cette habituelle faillite sur la forme : agressivité, aigreur, intimidation, jusqu'au boutisme intransigeant dans sa défense des "siens").
smile

Last edited by Amo (22-05-2010 01:04:05)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Ah ah ah. J'aurais été toi, Greg, j'aurais mis en gras quelques uns des propos de Finkielkraut, qui nous offre quand même quelques perles.

"Or la France profonde et prétendument raciste porte aux nues Rama Yade, Yannick Noah et Zidane ! Nous ne vivons pas dans une période raciste de l'histoire de France, ce n'est pas vrai." C'est comme dire que les Etats-Unis sont devenus un pays post-racial depuis le couronnement d'Obama comme Negusse Negest.

Last edited by Broz (22-05-2010 01:40:45)

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Nouvel épisode de ce passionnant (et souvent truculent) dialogue des intellectuels Alain Badiou et Alain Finkielkraut dans l'émission ce soir ou jamais, où s'est cette fois-ci infiltré Eric Hazan (qui n'a franchement pas brillé et s'est souvent contenté d’anathème).

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Une fois encore, le débat s'est focalisé sur la question de l'antisémitisme en France. Badiou et Hazan se sont fait dans un récent ouvrage les dénonciateurs du réflexe de présumer l'antisémitisme chez toute personne critiquant l'attitude d'Israël. Le débat est assez tendu (surtout entre Finkielkraut et Hazan), mais je dois dire que je trouve Alain finkielkraut non seulement courageux mais également dans une volonté de solder un passé vindicatif.

Il a été mis en difficulté et a plutôt bien géré ce dialogue. On sent également une volonté réelle de se dissocier de la politique israélienne même s'il y a en creux le refus d'abandonner une certaine mystique d'Israël.

En tout cas, Alain Finkielkraut me paraît être dans une démarche de modération et de dialogue. Il se distingue vraiment des postures de BHL.

Je relève également le soutien affiché par Jean-Louis Bourlanges durant l'Esprit public d'aujourd'hui, où j'étais (cet Opéra comique est vraiment magnifique  smile - mais l'émission fut légèrement balafrée d'une auto-congratulation narcissique, pour reprendre les terme du grand Bourlanges). M. Bourlanges a défendu Alain Finkielkraut en en taxant Eric Hazan et Alain Badiou de complotisme. J'ai trouvé que le débat de Ce Soir ou jamais était plus subtil que cela (même s'il faut bien avouer que le débat sombrait par moments - notamment la retombée dans la fameuse affaire "black black black" pour AF).

Sur le fond :
Ce débat met en exergue les enjeux croisés, dans une mondialisation de l'information et de la constitution d'une société civile mondiale, de l'importation du conflit israélo-palestinien dans les représentations en lien avec les différences d'origines sociales et géographiques. En ce sens, ce dialogue est utile, lorsqu'il démontre que chacun peut sortir de ses postures, de son rôle, et tout simplement appeler au respect de chacun.

Maintenant, en creux, s'est posé dans ce débat la question de ce qu'on rechigne ou non appeler l'"esprit caillera". Une caillera n'est pas nécessairement d'origine immigrée. Je dis cela en propos liminaire car il faut absolument dissocier ce phénomène du phénomène d'immigration afin d'éviter les amalgames. C'est un individu majoritairement jeune qui est en passe ou qui s'est installé dans un comportement d'incivilité, de rejet des normes voire dans une petite délinquance et qui peut basculer dans une délinquance plus grave voire vers le crime (trafic de drogue ou braquage). Et je crois qu'il est important de caractériser ce phénomène avec les mots justes et les nuances adéquates pour bien le distinguer des appellations de "jeunes de banlieues" (trop englobant) ou des catégorisations ethniques. Ces deux derniers amalgames sont trop souvent fait, discréditant celui qui les énonce, et surtout empêchant de discuter sans passion de ce phénomène qui existe bel et bien. L'esprit caillera est une réalité, et pas que dans les banlieues ! Et clairement, cet esprit caillera, il faut le combattre et le dénoncer, autant pour l'éventuel anti sémitisme qu'il peut charrier (même si c'est là loin d'être la plus grave nuisance de cet esprit caillera) que pour la banalisation de la délinquance qu'il implique. C'est un esprit fasciste, qui méprise l'altérité, veut tout tout de suite et en ce sens incarne l'ultra-libéralisme prédateur dont Badiou (et moi même) nous faisons par ailleurs les dénonciateurs. Alain Finkielkraut dénonce les violences à l'école. C'est un phénomène qui est indéniable que doivent gérer au quotidien les personnels de l'éducation nationale dans divers quartiers sensibles. En ce sens, Alain Finkielkraut a je pense eu raison de tacher de rappeler ces faits, tandis que les deux autres, qui étaient sur leur ouvrage de contre attaque face aux accusations d'antisémitisme lancées à la va-vite (qui est un débat important certes, mais moins que celui des violences à l'école). Les banlieues sont les premières victimes de cet esprit caillera. Et les cailleras elles-mêmes sont les premières victimes de leur propre comportement. Perte de temps, échec scolaire, délinquance, casier judiciaire, prison parfois... Je pense que tant que l'on ne s'attaquera pas à ce phénomène, on laissera la porte ouverte à la récupération ethnicisée de cette question par tous les politiques populistes de droite "prononcée".

Face à ce phénomène de délinquance qu'il faut caractériser finement mais combattre non moins fermement, il faut des solutions fortes, qui mettent les jeunes en phase de basculer dans ce cycle de délinquance dans une situation où on les tire par la main, avec fermeté mais avec le désir des élever, de façon "dépaysée" (en les sortant de leur quartier) afin de les remettre dans un droit chemin éducatif.

Et là je crois que les solutions sont politiques, et que le débat d'intellectuels, s'il est utile pour tacher d'extraire le juste de chaque discours, doit amener à des solutions opérationnelles.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Greg a écrit:

Nouvel épisode de ce passionnant (et souvent truculent) dialogue des intellectuels Alain Badiou et Alain Finkielkraut dans l'émission ce soir ou jamais, où s'est cette fois-ci infiltré Eric Hazan (qui n'a franchement pas brillé et s'est souvent contenté d’anathème).

Très bon échange, même si je trouve Finkie bien au-dessus. D'accord sur ton point de vue sur Hazan qui a le niveau d'argumentation d'un étudiant de première année en socio...

La vision qu'ont Badiou et Hazan des "racailles" est hallucinante, ils semblent persuadé qu'ils sont des révolutionnaires politisés en lutte des classes, alors qu'ils ne sont au final que le "stade suprême du libéralisme", la "loi du plus fort", je "j'aime, je veux, je prends".

Finkie a bien fait de citer le livre de Guily, "fractures françaises", qui démonte le discours officiel et misérabiliste sur les banlieues en mettant en avant les 80 % des Français qui vivent sous le seuil de pauvreté et qui se trouvent en dehors de ces quartiers.

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Un bon papier de Rue 89 sur un philosophe peu connu, mais qui pourtant produit des analyses fort subtiles et ma foi, assez "shrewd".

De Badiou à BHL, Mehdi Belhaj Kacem tue le père
Par Hubert Artus | Rue89 | 08/05/2011 | 17H26

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture … ere-201073


Tempête au pays de la philosophie de gauche. Dans un livre qui tue le père, Mehdi Belhaj Kacem s'écarte de LA figure de la pensée de gauche radicale : Alain Badiou, en publiant « Après Badiou ». Le tout chez Grasset, la maison de Bernard-Henri Lévy, alias l'adversaire philosophique de Badiou.

Rue89 a attendu que le très discret MBK vienne à Paris pour décrypter avec lui ce divorce de la pensée.
Les portes ont sans doute un peu claqué chez Grasset, ces derniers mois. Michel Onfray est parti chez Flammarion après les grands conflits autour de Freud, tandis que la maison de la rue des Saints-Pères récupérait un autre fort en verve : Mehdi Belhaj Kacem.

Le plus fin philosophe français de sa génération
Romancier révélé il y a presque vingt ans par « Cancer » et « 1993 », auteur d'essais par la suite avec « L'Antéforme », « Esthétique du chaos » et « Society », Belhaj Kacem est devenu en l'espace de dix ans, quoi qu'on en pense, le plus fin philosophe français de sa génération.

Parole brillante et verbe clair, il est capable de marier les concepts opaques de l'histoire philosophique avec les motifs contemporains apparus dans les années 90 : libéralisme outrancier, culture pop, « sitcomisation » de la vie politique et artistique, déclinisme.

De fil en aiguille, l'autodidacte MBK a rencontré Alain Badiou en 2001 avant de devenir tout à fait sciemment l'un de ses disciples. Et patatras ! Dix ans plus tard, il tue le père en écrivant un livre appelé « Après Badiou ».

« Je défend le grand métaphysicien, pas le Mao »
Que la chose soit claire : pour Kacem, Badiou reste un « métaphysicien de génie, l'un des quatre ou cinq plus grands du XXe siècle », déclare-t-il dans notre entretien. Mais ce que l'ex-disciple ne peut plus encadrer, c'est cette façon presbytérienne d'accoler sa pensée politique maoïste à toutes ses réflexions politiques :

« Je défends le grand métaphysicien, pas le Mao. » (Voir la vidéo)


Un côté « Harlequin philosophique »
« Après Badiou » est un ouvrage épais, dense, et surtout très violent. A la hauteur, assurément, de la dépression que ce « divorce » provoqua chez le jeune homme. Le paricide y est donc bien trop apparent. A son ancien mentor, il reproche un peu tout, et parfois n'importe quoi : le côté « Harlequin philosophique » de « L'Eloge de l'amour », les blagues d'« hétéro-beauf », l'humour « tout juste digne d'un Jean-Marie Bigard ». Dans notre interview, Kacem le Tunisien pointe des dérives dans le discours de Badiou sur le printemps arabe.

MBK s'emporte aussi contre tout ce qui peut avoir un rapport avec Badiou : même Slavoj Zizek en prend plein les mirettes, suspecté d'un histrionisme quasi sarkozyste. Dans ces instants du livre, inutiles et philosophiquement inopportuns, le texte bascule dans l'absurde et « Après Badiou » devient un règlement de comptes destiné à ne plus envisager de dette. Kacem, lui, parle de « nécessaire meurtre du surmoi ».

A tel point que l'on pourrait envisager une chose : la trop voyante récupération philosophique de MBK par BHL : « Avec BHL, on partage peu de positions idéologiques », argumente-t-il :

« Mais je préfère être en désaccord avec un démocrate plutôt que dans un faux consensus tel que Badiou en a instauré dans l'extrême gauche. »

Signalons qu'Alain Badiou nous a fait savoir qu'il « ne souhaitait pas commenter les livres qui lui sont consacrés ». (Voir la vidéo)



Mieux qu'une simple vengeance œdipienne
Il y a une trop grande constance de vengeance dans le livre de Kacem. La réflexion de l'auteur est aveuglée par la répétition des colères. Mais il est un moment où l'ouvrage, pour moitié crise dogmatique d'adolescent, devient ce qu'il veut être : une proposition pour penser « après ». Après Badiou, mais aussi après le « mal », après le déclinisme, après la victoire de l'abstraction financière contre l'abstraction des idées et des concepts.

Le livre est bien trop long, mais vaut mieux que la simple vengeance œdipienne qu'il paraît être. Car penser qu'il est arrivé à MBK la même chose qu'aux heideggériens lorsqu'ils découvrirent que leur penseur penchait vers le nazisme serait une faute de goût et de connaissances, politique comme philosophique.

MBK contre « La Métaphysique du Groland »
Dans sa première partie, « Après Badiou » prône ce que pratiquaient Pasolini et Sade : « l'héroïsme artistique », la transgression artistique. Belhaj Kacem dit appartenir à une génération pour qui cette transgression a été « parodique » et « postmoderne », « une tournure affine à la culture du nihilisme démocratique, qui est un culte incessant du second degré, de l'autodérision, d'un interminable rire jaune-gras du lamentable et du nul. Appelons ça la métaphysique du Groland. »

Pour lui, ce nihilisme n'est qu'un écran qui masque la vraie question, sur laquelle il débute d'ailleurs son livre : celle du mal.

C'est autour de cette idée qu'est articulée la première partie du livre. C'est cette idée qui porte, en plus de l'« après Badiou », la troisième et dernière partie.

C'est également cette même vision, articulée grâce à des instruments et des concepts compatibles avec la pop culture (musique, football, etc.), qui nous fait aimer Mehdi Belhaj Kacem. On préfèrerait que l'auteur poursuive son œuvre sur ce terrain irrigué des pensées de Bataille, aussi bien que de Nietzsche. Kacem demeure un auteur dont certes, les figures tutélaires sont trop eurocentrées, mais un auteur qui est en France le meilleur penseur de (et pour) la génération X.

http://www.dailymotion.com/video/k1BzbQ … mp;start=0

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Je déterre ce thread pour vous suggérer l'écoute d'un dialogue de grande qualité ce matin entre Alain Finkielkraut et Michel Serres.

http://www.franceculture.fr/emission-repliques

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Merci pour le lien Greg

Cours d'économie Prep ENA
https://analysecoblog.wordpress.com/

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Je dois reconnaître un mérite à Michel Serres, c'est qu'il a toujours su mettre le vide, le néant sous forme de mots, le transformer de telle sorte que l'absence de pensée puisse passer pour une pensée originale et novatrice. Lisez cet entretien, c'est instructif, vous verrez comment Michel Serres découvre que le ciel est bleu et que l'herbe est verte et comment il a réussi à pondre un livre dessus et à en parler au Figaro : http://www.lefigaro.fr/hightech/2013/02 … n-main.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Finkie (ou un fake) est sur twitter avec une superbe Bio/tagline

https://twitter.com/A_Finkielkraut

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Débat d'exception entre Alain Finkielkraut et Michel Debray :

http://www.marianne.net/debat-finkielkr … 37298.html

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Débat d'exception entre Alain Finkielkraut et Régis Debray :

http://www.marianne.net/debat-finkielkr … 37298.html

Je dois dire avoir été particulièrement agacé par Alain Finkielkraut récemment, sur le plateau de Ruth Elkrief, tantôt l'entendant soutenir Nadine Morano et sa saillie racialiste, tantôt s'agiter contre le progrès technologique et/ou l'antiracisme bobo. J'écoute et lit toujours attentivement Alain Finkielkraut depuis un peu plus d'une décennie. Ce doit être à 6 ou 7 ème fois dans cette décennie et demi que je reste pantois devant son rapport aux étrangers et à la question de la race.

Suite à nos disputes avec FDL je me suis interrogé sur la raison pour laquelle je pouvais, moi bonne âme bobo, être si agacé par la guerilla intellectuelle réactionnaire de FDL et de tous ces intellectuels de droite. Je fais l'effort de vous comprendre, mais je ne m'y résous pas. C'est le même agacement farouche qui m'anime face à Alain Finkielkraut dénonçant l'antiracisme. Pour moi, l'antiracisme devrait être une obligation pour toute personne sensée. De la même façon que l'on injurie pas le personnes dans la rue. Une common decency. Comment des personnalités si cultivées peuvent elles se laisser aller à ce type d'indignité qu'elle le rapport à la race. Voir de personnes culturellement si sensibles à la question de la race me paraît effectivement renvoyer à tout ce que l'on n'aime pas dans l'Histoire et la crainte de ce à quoi cela à conduit : les valeurs d'intolérance, de différenciation, et en creux, la ségrégation sociale et l'oubli de l'humanité. Cela me paraît renvoyer à une common decency vis-à-vis de la question migratoire.

Et ce n'est pas un hasard si c'est l'Allemagne qui est en pointe dans l'accueil des étrangers, car l'Allemagne ne se permettra jamais de laisser permettre tout rapprochement historique avec ces très chères et si sombres heures, les heures les plus sombres de notre Histoire... A défaut de ne pas l'avoir permis dans le domaine économique, vis-à-vis de la Grèce. Mais passons..

Toute cette nouvelle offensive "anti-anti-raciste" me paraît devoir être relevée et critiquée, sans que cela doive être compris comme un procès. Juste l'expression d'un sentiment de choc en contradiction avec les valeurs que devrait porter toute personne de bien et que pourtant, je sais que Finkielkraut est.

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Je dis tout cela, mais je partage entièrement la position de Finkielkraut, dans sa réponse à Renaud Camus, relativement à l'afflux actuel de réfugiés.

http://www.causeur.fr/renaud-camus-alai … 35041.html

Migrants: le dialogue Finkielkraut/Camus
À la mi-août, Renaud Camus publiait sur le site du Parti de l’In-nocence le communiqué n°1860 « sur le comportement des clandestins ». Ce texte a heurté Alain Finkielkraut qui se trouvait alors en Grèce. Durant deux jours, et grâce sans doute à quelque concours caché, il a entretenu une correspondance électronique nourrie avec Renaud Camus. Qu’ils soient remerciés tous deux pour nous avoir autorisés à publier ce dialogue de très haut vol entre Paros et Plieux.

Renaux Camus
Plieux, lundi 17 août 2015, minuit dix. Sur le nouveau comportement des clandestins.

Le parti de l’In-nocence et le NON remarquent qu’en de nombreux points du continent européen, et simultanément, les migrants, les clandestins, les prétendus réfugiés ou de quelque façon qu’on les appelle, à mesure qu’ils deviennent plus nombreux et donc plus forts, à mesure aussi qu’ils peuvent mieux se rendre compte de la passivité des indigènes et de l’esprit de collaboration de leurs dirigeants, deviennent plus violents, plus agressifs, plus sûrs d’eux et s’en prennent physiquement aux forces de l’ordre. Ils révèlent ainsi leur vrai visage d’envahisseurs et de conquérants, mais le personnel politique, face à la pire invasion qu’ait eu à subir l’Europe depuis des siècles, continue à parler absurdement, à l’instar du président du Sénat M. Gérard Larcher, de “crise humanitaire”. À ce compte on ne serait pas étonné si les manuels d’histoire, avec la servilité remplaciste qu’on leur connaît, se mettaient bientôt à nommer les siècles des Grandes Invasions “le temps des Crises Humanitaires”…


Alain Finkielkraut.

Comment pouvez-vous dire, mon cher Renaud, que les gens qui fuient les bombardements en Syrie et le service militaire illimité en Érythrée sont de pseudo-réfugiés ?

Faut-il être européen pour être un vrai réfugié ?

Ne peut-on penser à la fois leur déréliction et la nôtre ?

Il incombe à la politique d’affronter le tragique de la situation présente et non de le fuir dans un passé balisé, que ce soit celui des années 1930 ou celui des Grandes Invasions. Plus nous devons être fermes en matière d’immigration plus nous devons aussi, me semble-t-il, éviter les raccourcis haineux. La maîtrise des flux migratoires est indispensable. La dénonciation des hordes barbares qui déferlent sur la France est indigne.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Il a quel âge, le vieux Badiou, déjà ? Ah oui, 78 ans. Ah ouais... Il serait temps de prendre ta retraite, papy.

"Vous vous êtes mis vous-même dans une trappe obscure. Et je crois deviner que vous commencez à comprendre que là où vous êtes, ça sent le moisi, et pire encore."

Je vous avoue que je n'ai pas eu la force d'aller au delà de ce chapeau de l'article.
J'ai raté quelque chose ? Y a -t-il dedans du rance, du nauséabond, de la bête immonde, du ventre fécond, des heures les plus sombres, de la stigmatisation, de l'enfermement, du réactionnaire ? Dites-moi au moins qu'il y a du nazi. Un petit fasciste, quand même ? Ça ne mange pas de pain, un petit fasciste.

l'Obs a écrit:

Lettre ouverte à Alain Finkielkraut, par Alain Badiou

"Vous vous êtes mis vous-même dans une trappe obscure. Et je crois deviner que vous commencez à comprendre que là où vous êtes, ça sent le moisi, et pire encore."

A la fin 2009, le philosophe Alain Badiou avait accepté pour la première fois de débattre avec Alain Finkielkraut. Un dialogue publié dans "l’Obs", et qui fut à l’origine d’un livre paru l’année suivante: «l’Explication. Conversation avec Aude Lancelin» (éditions Lignes, 2010). Aujourd’hui il refuse ses invitations et s’en explique dans un courrier rendu public.

Lors des discussions, publiques et publiées, que nous avons eues naguère, je vous avais mis en garde contre le glissement progressif de votre position, et singulièrement de votre crispation identitaire, que je savais être à l’époque sans doute déjà très réactive, mais que je considérais comme loyale et sincère, du côté d’un discours qui deviendrait indiscernable de celui des extrêmes-droite de toujours.

C’est évidemment le pas que, malgré mes conseils éclairés, vous avez franchi avec le volume «l’Identité malheureuse» et le devenir central, dans votre pensée, du concept proprement néo-nazi d’Etat ethnique. Je n’en ai pas été trop surpris, puisque je vous avais averti de ce péril intérieur, mais, croyez-le, j’en ai été chagrin: je pense toujours en effet que n’importe qui, et donc vous aussi, a la capacité de changer, et – soyons un moment platoniciens – de se tourner vers le Bien.

Mais vous vous êtes irrésistiblement tourné vers le Mal de notre époque: ne savoir opposer à l’universalité, abstraite et abjecte, du marché mondial capitaliste, que le culte, mortifère dès qu’il prétend avoir une valeur politique quelconque, des identités nationales, voire, dans votre cas, «ethniques», ce qui est pire.

J’ajoute que votre instrumentation sur ce point de «la question juive» est la forme contemporaine de ce qui conduira les Juifs d’Europe au désastre, si du moins ceux qui, heureusement, résistent en nombre à cette tendance réactive ne parviennent pas à l’enrayer. Je veux dire, la bascule du rôle extraordinaire des Juifs dans toutes les formes de l’universalisme (scientifique, politique, artistique, philosophique…) du côté du culte barbare et sans issue autre que meurtrière d’un Etat colonial. Je vous le dis, comme à tous ceux qui participent à ce culte: c’est vous qui, aujourd’hui, par cette brutale métamorphose d’un sujet-support glorieux de l’universalisme en fétichisme nationaliste, organisez, prenant le honteux relais de l’antisémitisme racialiste, une catastrophe identitaire sinistre. 

Dans le groupe des intellectuels qui vous accompagnent dans cette vilenie anti-juive, on me traite volontiers d’antisémite. Mais je ne fais que tenir et transformer positivement l’universalisme hérité non seulement d’une immense pléiade de penseurs et de créateurs juifs, mais de centaines de milliers de militants communistes juifs venus des milieux ouvriers et populaires. Et si dénoncer le nationalisme et le colonialisme d’un pays déterminé est «antisémite» quand il s’agit d’Israël, quel nom lui donner quand il s’agit, par exemple, de la France, dont j’ai critiqué bien plus radicalement et continûment, y compris aujourd’hui, les politiques, tant coloniales que réactionnaires, que je ne l’ai fait s’agissant de l’Etat d’Israël ? Direz-vous alors, comme faisaient les colons en Algérie dans les années cinquante, que je suis «l’anti-France» ? Il est vrai que vous semblez apprécier le charme des colons, dès qu’ils sont israéliens.

Vous vous êtes mis vous-même dans une trappe obscure, une sorte d’anti-universalisme borné et dépourvu de tout avenir autre qu’archi-réactionnaire. Et je crois deviner (je me trompe ?) que vous commencez à comprendre que là où vous êtes, ça sent le moisi, et pire encore. Je me dis que si vous tenez tant à ce que je vienne à l’anniversaire de votre émission (à laquelle j’ai participé quatre fois, du temps où vous étiez encore fréquentable, quoique déjà avec quelques précautions), ou que je participe encore à ladite émission, c’est que cela pourrait vous décoller un peu de votre trou. «Si Badiou, le philosophe platonicien et communiste de service, accepte de venir me voir dans la trappe où je suis» - pensez-vous peut-être - «cela me donnera un peu d’air au regard de ceux, dont le nombre grandit, qui m’accusent de coquetterie en direction du Front National.»

Voyez-vous, j’ai déjà été critiqué dans ce que vous imaginez être mon camp (une certaine «gauche radicale», qui n’est nullement mon camp, mais passons) pour avoir beaucoup trop dialogué avec vous. Je maintiens, sans hésitation, que j’avais raison de le faire. Mais je dois bien constater, tout simplement, que je n’en ai plus envie. Trop c’est trop, voyez-vous. Je vous abandonne dans votre trou, ou je vous laisse, si vous préférez, avec vos nouveaux «amis». Ceux qui ont fait le grand succès des pleurs que vous versez sur la fin des «Etats ethniques», qu’ils prennent désormais soin de vous. Mon espoir est que quand vous comprendrez qui ils sont, et où vous êtes, le bon sens, qui, si l’on en croit la philosophie classique, est le propre du sujet humain, vous reviendra.

Alain Badiou

http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 … kraut.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Total soutien, évidemment, à Finkielkraut, agressé par une hystérique haineuse.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016 … nlieue.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Je m'attendais à de l'hystérie, je suis super déçu.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Résumé de l'article : "Comment peut-on tolérer qu'une femme (aux associations certainement douteuses) ait la parole en public et ne soit pas interrompue ?" C'est vrai, c'est un scandale. Rendons hommage à la victime opprimée, Alain Finkielkraut.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Cette femme est en fait membre de la nébuleuse des Indigènes de la République.  Tout s'explique.  Notamment les réactions sur les réseaux sociaux visant à lyncher l'adjoint au maire d'Avignon, qui l'avait justement critiquée : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016 … witter.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Évidemment,  comme on pouvait s'y attendre, le putrescent PS reste muet.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

...sauf que c'est un mensonge grossier, qu'elle est membre du PIR ("une nébuleuse", lol, un peu le Al Qaida français c'est ça ?), et un mensonge grossier qu'Amine El Khatmi n'a reçu de soutien de personne du PS, vu qu'en plus des interventions de NVB et de deux trois députés, le parti s'est même fendu d'un communiqué, la veille de l'article du Figaro.


Sinon FDL bienvenue sur Twitter, où les injures et les agressions verbales sont légion contre quiconque prend la parole publiquement. J'ai ultra-envie de me marrer quand des journaleux à la gomme balancent des phrases grandiloquentes comme "un déchaînement de violence inédit" pour quelque chose qui se passe littéralement trois mille fois par jour.

Last edited by Broz (30-01-2016 18:28:42)

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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Oh ben le PIR n'est pas une organisation terroriste mais il n'en reste pas moins qu'il est très dangereux et qu'il devrait être dissous.
Soit, pour le (timide) communiqué du PS mais je l'ai connu plus prompt  ainsi que toi d'ailleurs,  à dénoncer le racisme plutôt qu'à relativiser ça en disant que ce genre d'attaques est habituel sur les réseaux sociaux.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: Débats d'exception (Finkielkraut, Badiou, Debray, Serres, etc.)

Ben écoute tu sais et je sais que le discours sur Internet est particulièrement violent, et sur Twitter il est pire, souvent du niveau des commentaires des articles des journaux.
Et on ne voit pas le Parti Socialiste (ou tout autre parti d'ailleurs) faire régulièrement des communiqués sur, je sais pas, au hasard, les trolls qui inondent à longueur de journée le compte de NVB, de Taubira, de etc... Et je ne parle même pas des personnalités de deuxième ou troisième rang qui, dès qu'ils lâchent un pet de travers sur Twitter et que c'est vaguement repris, se font agonir d'injures. En général ce qui se passe sur Twitter reste sur Twitter. Alors les hurlements exigeant des dénonciations, lamentant des événements sans précédent, c'est ridicule.

Quand au PIR, tu as des priorités bien chelou si tu considères qu'il est plus dangereux que le FN, et qu'il devrait être dissous et pas le FN.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

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