Je réagis aux annonces d'aujourd'hui sur la réduction du train de vie de l'Etat, avec notamment la fin de la garden party de l'Elysée, la fin des chasses présidentielles et le rappel à l'ordre des Ministres sur la nécessité de payer sur leurs deniers personnels leurs achats privés.
Je dois dire d'abord être heureux de voir que le gouvernement a fini par se remettre en question. Depuis des années, nombreux sont ceux à demander que ce soient d'abord les dépenses des bureaucraties - et particulièrement des bureaucraties dirigeantes de l'Etat - qui réduisent leurs dépenses au lieu des services opérationnels. Les hauts niveaux de gouvernance, après plusieurs années de coupes sévères sur les postes opérationnels (non remplacement d'un fonctionnaire de terrain sur deux notamment) annoncent ENFIN vouloir faire des efforts.
Content donc, certes, mais circonspect devant ces mesures somme toute symboliques. On verra d'ici deux ans de quels effets ces annonces seront suivies. A ce titre, il faut relever que la semaine dernière, les dispositions de la loi sur les prises illégales d'intérêts des élus ont été assouplies. On en a moins parlé dans la presse...
Ensuite, rappelons en ce qui concerne les dépenses personnelles des Ministres que la règle énoncée par la Présidence dans sa lettre au Premier Ministre n'est qu'un rappel de la jurisprudence de la Cour des Comptes, qui oblige tout agent public à rembourser sur ses deniers personnels les dépenses de deniers publics qui auraient été faites pour des achats privés. On appelle ça la gestion de fait, lorsqu'un ordonnateur (en gros un décisionnaire de la dépense) se serait comporté en comptable public (le payeur). Et la gestion de fait est sanctionnée, exactement comme le dit le Chef de l'Etat dans la lettre au Premier Ministre, par le remboursement des sommes indûment utilisées ou insuffisamment justifiées par les ordonnateurs. Rappelons à ce sujet que le Président de la République lui-même a du rembourser 14 000 euros de dépenses personnelles. Plus généralement, ces annonces arrivent bien tard, après des années de gonflements très importants des crédits des plus hautes institutions et notamment de la Présidence. On ne fera pas là la liste de ces hausses lourdes, René Dosière a réalisé dans ce domaine un travail exceptionnel.
Enfin, on apprend le même jour que les préfets gagnent depuis l'année dernière une prime au mérite "selon leurs résultats". Cette politique est dangereuse à deux égards. D'abord, elle crée un exemple au sommet de la hiérarchie administrative déconcentrée de dépenses importantes (ces primes s'élèvent de 14 000 à 66 000 euros par an). Voilà une non-économie. Le deuxième danger, beaucoup plus grave, réside dans les choix publics faits sur les critères de ce mérite. On le sait, ce sont les contraventions et le nombre d'interpellations (voire pire, de gardes à vue) qui déterminent ces fameux "résultats". Et là , on le voit, l'autorité publique tend non seulement à se comporter comme un chasseur d'amendes, mais aussi et surtout, tend à donner la priorité à la résolution de problèmes anecdotiques mais rapportant beaucoup d'argent en amendes plutôt qu'aux affaires graves qui demandent du temps pour leur résolution.
Notons par ailleurs que les chasses présidentielles avaient déjà été remplacées par des battues dites "de régulation" en 1995, et rétablie en 2007.
Ces annonces marquent par ailleurs un profond affaiblissement du régime de Nicolas Sarkozy, empêtré non seulement dans divers scandales (dont certains graves, relevant de la corruption caractérisée ayant entraîné des morts, cf. l'affaire du karachigate) qui vont largement à l'encontre des orientations générales prônées par les divers discours des différents caciques du régime. Il s'agit par ces annonces faites à grands renforts de tambours et trompettes de contrer l'image désastreuses que les diverses dépenses faites par l'UMP et les différents féaux de la sarkozie sur les deniers de l'Etat ont laissées dans l'opinion. Il est urgent d'éteindre l'incendie provoquée par les différents exemples d'actions qui ont pu de façon régulière laisser penser que nous assistons depuis trois ans à une privatisation larvée de l'Etat à l'avantage des cercles proches et moins proches qui gravitent autour du pouvoir. Il faut dire que les conflits d'intérêts récents qui ont affaibli la position du Ministre en charge de la réforme perçue comme la plus importante par la sarkozie ont largement entamé la crédibilité du gouvernement.
Plus généralement, au regard des nécessités de la politique générale dont ce pays aurait besoin, il faut impérativement que ces annonces d'efforts et d'économies au sommet de l'Etat, louables au demeurant dans leurs intentions, se traduisent par un redéploiement en terme de postes opérationnels, dont les territoires ont besoin, et qui par les salaires qu'ils impliquent, notamment pour les jeunes (les emplois jeunes avaient eu un effet "keynesien" massif avec de fortes implications positives sur la consommation des ménages). C'est à cette condition que cette "rigueur" peut avoir un effet positif et ne pas obérer les chances de relance et de redémarrage de l'économie.
"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)