Topic: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Et ça continue chez France Télécom :

Suicide numéro 23 :

Libe a écrit:

Aux origines de l’épidémie de suicides
Les salariés de France Télécom sont confrontés à des mutations brutales.

Elle n’est pas morte tout de suite. Et pour ses collègues, devant lesquels Stéphanie s’est jetée du 4e étage, le spectacle de l’agonie a été traumatisant. «Ils étaient hystériques», confie Sébastien Crozier, responsable CGC-Unsa du site. Une salariée a apporté une couverture à la jeune femme encore consciente, avant qu’elle ne décède deux heures plus tard.

La scène, «d’une violence absolue», selon la CGC-Unsa, s’est déroulée vendredi en fin d’après-midi, au sein de l’immeuble France Télécom de la rue Médéric à Paris. La défenestration de cette salariée de 32 ans, dépendant d’Orange France, mais intégrée à la branche entreprises de France Télécom, constitue le 23e cas de suicide depuis février au sein du groupe. Un suicide de plus - de trop - qui a immédiatement fait réagir le ministre du Travail, Xavier Darcos, qui devrait recevoir aujourd’hui le PDG du groupe, Didier Lombard. Fait rarissime, le ministre a également demandé à son directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, d’intervenir personnellement. Retour sur une épidémie de suicides au sein d’un groupe en mutation permanente.

Combien de suicides à France Télécom ?

Vingt-trois salariés se seraient donné la mort depuis février 2008, dont sept depuis le 13 juillet, selon l’observatoire du stress mis en place par SUD et la CGC-Unsa. S’il est toujours difficile de relier directement un tel acte à l’environnement professionnel, le fait d’y recourir sur son lieu de travail, qui plus est en présence de ses collègues, constitue un indice fort. Même chose pour ce technicien France Télécom de Troyes, qui a tenté, mercredi, de se poignarder devant d’autres salariés. Sur ces vingt-trois suicides, neuf, au moins, semblent liés à l’environnement de travail. Ce qui représente, en moyenne, 5,4 cas par an pour 100 000 salariés à France Télécom, contre 1,6 pour 100 000 pour le reste de la population active française.

Pourquoi une telle série ?

Le suicide de Stéphanie, vendredi, est «assez symptomatique» des raisons pouvant conduire à un tel acte au sein de l’opérateur, selon la CGC-Unsa. La jeune femme, chargée du recouvrement clients, venait de vivre une triple réorganisation. Après un changement de site il y a trois mois (de Courbevoie à Paris), un changement de structure (d’Orange à France Télécom), elle venait d’apprendre une réorganisation de son service. D’une manière générale, l’entreprise est en restructuration permanente depuis de nombreuses années. Une reconfiguration de ses implantations et de ses services qui s’est accompagnée de près de 70 000 départs depuis 1996. Or l’entreprise est historiquement composée de fonctionnaires (65 % encore aujourd’hui). Jusqu’en 2006, elle a pu en faire partir près de 40 000, grâce, notamment, au dispositif de fin de carrières pour les plus de 55 ans. Mais depuis, la filière est éteinte.

Le plan «Next», prévoyant le départ de 22 000 personnes sur trois ans (2006-2008) s’est, lui, appuyé sur d’autres dispositifs (pénibilité, intégration à la fonction publique). Mais aussi, et c’est là le problème, sur les départs «volontaires», qualifiés, pour nombre d’entre eux, de «démissions forcées» par les syndicats, et qui ne seraient que la conséquence des restructurations, réalisées parfois de façon brutale. «Du jour au lendemain, on annonce aux salariés que leur entité va fermer, qu’ils doivent bouger de 50 ou 100 km, explique Pierre Morville, délégué CGC-Unsa. Quand vous êtes jeune, ça va, mais quand vous avez 50 ans, une vie de famille, et que les mutations se multiplient, c’est très dur à vivre.» Dernière innovation, le programme «It’s time to move», qui conduit une partie des cadres à devoir changer d’affectation tous les trois ans. A charge, pour eux, de trouver en interne leur nouveau poste. Un programme de «désocialisation humaine» pour la CGC-Unsa, «inspiré des méthodes de l’armée pour éviter que les managers ne se lient trop à leur équipe, et s’opposent aux réductions d’effectif ou aux fermetures de sites». Réorganisations et développement de la sous-traitance contribueraient à déstabiliser les équipes, tout en poussant les plus fragiles à des actes désespérés.

Que font la direction et le gouvernement ?

La direction a annoncé cet été l’ouverture de négociations sur les conditions de travail et les restructurations locales. Elle devrait également procéder à l’embauche de plusieurs médecins du travail et de cent personnes spécialement dédiées aux ressources humaines. Elle a aussi annoncé, jeudi, la suspension jusqu’au 31 octobre des cas de mobilités internes.

Le gouvernement, de son côté, a missionné le directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, qui doit rencontrer direction et syndicats. Joint hier par Libération, ce dernier reconnaissait le «caractère exceptionnel» de ce type d’intervention, et demandait «une réponse rapide de la direction en interne».

Reste que l’agitation empathique du gouvernement ne doit pas faire illusion. Car c’est l’Etat qui est encore le principal actionnaire avec 26,65 % du capital et, surtout, l’employeur des 65 000 fonctionnaires que compte encore l’ex-entreprise publique.

Evidemment, les tentatives avortées ne comptent pas :

AFP a écrit:

Une salariée de France Télécom, cadre dans une agence de Metz chargée du service client, a tenté de se suicider lundi en avalant des barbituriques. Elle a été retrouvée inanimée par des collègues, à la mi-journée. Ses jours ne seraient pas en danger. La salarié aurait appris "que sa mission était terminée et qu’elle allait se retrouver en mobilité géographique", précise Pierre Dubois, membre de la CFDT

Last edited by lehussard (17-09-2009 09:48:37)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Un thread qui aura malheureusement la vie longue [/humour noir]

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Ou la vie très courte en cas de psychose collective aboutissant à un suicide de l'ensemble des salariés. Les sectes suicidaires en prendront de la graine ! [/humour noir]

Libé a écrit:

Monique Fraysse-Guiglini, médecin du travail chez France Télécom, dénonce l'impact des restructurations sur les salariés et appelle à repenser en profondeur l'organisation du travail dans l'entreprise, confrontée à une série de suicides

Que percevez-vous, chez les salariés que vous suivez, du climat de travail à France Télécom?
Ce que je constate à titre personnel -je précise que je ne parle pas au nom de tous les médecins du travail à France Télécom-, c'est un sentiment de malaise assez largement partagé. Les restructurations, qui sont opérées à un rythme très soutenu chez France Télécom (22.000 postes supprimés en trois ans, ndlr) ont un impact très fort chez les salariés. Elles entraînent une perte de repères, une désorganisation dans la vie professionnelle mais aussi personnelle des gens, à qui l'on impose du jour au lendemain de changer de métier - de technicien à commercial notamment- où d'aller travailler sur un site à des centaines de kilomètres. C'est par exemple un service de 10 personnes convoqué par le manager qui leur dit «il faut que je fasse - 2». C'est d'une grande violence.

Avec quelles conséquences pour la santé des salariés?
Ces mobilités imposées sont bien sûr extrêmement anxiogènes, y compris pour les managers, soumis à une pression très fragilisante. Ce contexte génère tout un cortège de manifestations: absentéisme, accidents du travail, troubles du sommeil, tristesse, angoisse, perturbation de la vie familiale, troubles somatiques... Certains développent des addictions: tabac, alcool, calmants... Il n'est pas étonnant, dans ce climat, que les plus fragiles en viennent à commettre des actes désespérés.

Les salariés ont-ils quelqu'un vers qui se tourner dans l'entreprise?
Non, à part les assistantes sociales et la médecine du travail. Etant les seuls à proximité, on fait office de pompiers. Le management à distance, qui est la règle à France Télécom, pose de réels problèmes. Quand vous ne voyez votre manager direct qu'une fois par mois parce qu'il est à 200 km, il est difficile de parler. Idem pour les ressources humaines, qui ont été déconnectées des salariés.

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Entendu ce matin sur france-info: compte tenu du nombre d'employés chez FT, 23 suicides est inférieur à la moyenne nationale toutes populations confondues et c'est beaucoup moins que chez les profs et surtout les agriculteurs (38% de plus que la moyenne nationale d'après l'INSEE).

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Ce qui représente, en moyenne, 5,4 cas par an pour 100 000 salariés à France Télécom, contre 1,6 pour 100 000 pour le reste de la population active française.

Ben qui croire alors ? (Libé, article juste au-dessus)

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

sabaidee a écrit:

Entendu ce matin sur france-info: compte tenu du nombre d'employés chez FT, 23 suicides est inférieur à la moyenne nationale toutes populations confondues et c'est beaucoup moins que chez les profs et surtout les agriculteurs (38% de plus que la moyenne nationale d'après l'INSEE).

Lehussard a écrit:

Ce qui représente, en moyenne, 5,4 cas par an pour 100 000 salariés à France Télécom, contre 1,6 pour 100 000 pour le reste de la population active française.

Statistiques fail ?

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Barney a écrit:
sabaidee a écrit:

Entendu ce matin sur france-info: compte tenu du nombre d'employés chez FT, 23 suicides est inférieur à la moyenne nationale toutes populations confondues et c'est beaucoup moins que chez les profs et surtout les agriculteurs (38% de plus que la moyenne nationale d'après l'INSEE).

Lehussard a écrit:

Ce qui représente, en moyenne, 5,4 cas par an pour 100 000 salariés à France Télécom, contre 1,6 pour 100 000 pour le reste de la population active française.

Statistiques fail ?

Libé ou France info fail... Ptêt ben, France Info, car ils en disent des boulettes (rien qu'hier sur le directeur du FMI, Dominique de Villepin).

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

On a pointé la même chose.
Peut-être que l'un c'est sur les salariés et l'autre sur la population totale (sachant qu'en yen a BEAUCOUP chez les chômeurs et les retraités), même s'ils précisent "population active".

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

http://www.letudiant.fr/bac/conseilsmat … icide.html

Dernier paragraphe : homme, veuf, retraité ou chômeur.

Même chiffre sur wikipedia.

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Ok c'est hors "europe" mais sinon, je crois que c'est la Norvège.

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Apparemment Libé s'est trompé. Le chiffre pour la moyenne nationale serait plutôt : 16 (et non pas 1,6) pour 100 000
(cf.http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-re … /er488.pdf )

Mais bon, j'imagine que sabaidee sait bien que cela n'a aucun sens de comparer le taux de suicide chez FT à celui de la moyenne nationale. Il vaudrait mieux faire des comparaisons sur des bases comparables, soit comparer les taux de suicide de 2 boîtes du CAC par exemple.

Last edited by lehussard (15-09-2009 11:31:30)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

http://www.letudiant.fr/bac/conseilsmat … icide.html

Dernier paragraphe : homme, veuf, retraité ou chômeur.

Même chiffre sur wikipedia.

Je crois que c'est la Hongrie.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

le lien de mami donne les pays de l'ex urss.

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

13

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Elle s'appuyait sans doute sur cet article : http://www.rtlinfo.be/info/magazine/sci … de-suicide

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

lehussard a écrit:

Apparemment Libé s'est trompé. Le chiffre serait plutôt : 16 (et non pas 1,6) pour 100 000 (cf. http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-re … er488.pdf)

Mais bon, j'imagine que sabaidee sait bien que cela n'a aucun sens de comparer le taux de suicide chez FT à celui de la moyenne nationale. Il vaudrait mieux faire des comparaisons sur des bases comparables, soit comparer les taux de suicide de 2 boîtes du CAC par exemple.

Certes, et encore... Si le suicide est plus courant chez les hommes quinquas, il faudra vérifier que cette population n'est pas plus présente chez FT ou chez Thalès par rapport à L'Oréal ou LVMH...

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

faux semblants a écrit:
mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Ok c'est hors "europe" mais sinon, je crois que c'est la Norvège.

Moi je pensais que c'était l'Islande (j'avais lu un article faisant le lien entre le manque de soleil et le suicide). De toute façon, je savais bien que ce n'était pas la Belgique, ils ont trop d'humour pour ça...(je plaisante, hein, mais apparemment la France se classe assez bien en Europe, "mieux" que la Belgique en tout cas).

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

faux semblants a écrit:

le lien de mami donne les pays de l'ex urss.

Au sein de l'UE, j'entendais...

Edit: ooops, la Lituanie

http://www.niassembly.gov.uk/health/2007mandate/images/270708vol1/ReportFigure03.jpeg

(Taux de suicide pour 100 000 habitants)

Last edited by sabaidee (15-09-2009 11:44:57)

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

mami a écrit:
faux semblants a écrit:
mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Ok c'est hors "europe" mais sinon, je crois que c'est la Norvège.

Moi je pensais que c'était l'Islande (j'avais lu un article faisant le lien entre le manque de soleil et le suicide). De toute façon, je savais bien que ce n'était pas la Belgique, ils ont trop d'humour pour ça...(je plaisante, hein, mais apparemment la France se classe assez bien en Europe, "mieux" que la Belgique en tout cas).

Les plus faibles taux de suicide sont dans l'Europe du Sud et en Italie apparemment.

Cela me fait penser à Cocteau: "le Français est un Italien qui serait de mauvaise humeur". smile

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

FDL a écrit:
mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Elle s'appuyait sans doute sur cet article : http://www.rtlinfo.be/info/magazine/sci … de-suicide

Merde, elle avait (presque) raison, cette conne. En même temps, Finlande, Islande, bon, je n'étais pas loin !

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

mami a écrit:
faux semblants a écrit:
mami a écrit:

J'ai checké ça hier (parce qu'une collègue débile me soutenait que la Belgique avait le record européen de suicide)....

Ok c'est hors "europe" mais sinon, je crois que c'est la Norvège.

Moi je pensais que c'était l'Islande (j'avais lu un article faisant le lien entre le manque de soleil et le suicide).

Oui, pareil pour la Norvège, en fait.

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Suicides dans les entreprises : l'OMS relève le niveau d'alerte d'un cran en prévision d'un phénomène de "contagion" massif...

Les Echos a écrit:

Le PDG de France Télécom, Didier Lombard, a affirmé mardi que, face aux suicides dans son entreprise, "la première urgence était d'arriver à contrôler le phénomène de contagion", annonçant notamment la mise en place immédiate d'un numéro vert avec des psychologues extérieurs.

M. Lombard s'exprimait devant la presse à l'issue d'un entretien à ce sujet avec le ministre du Travail Xavier Darcos. Ce dernier a souhaité que France Télécom assure une "meilleure prise en compte de la situation personnelle dans l'organisation du travail, à l'image d'autres accords qui ont été signés dans d'autres grandes entreprises", comme EDF ou Renault.

Il faut, a dit le ministre aux journalistes, une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences "appropriée, offrant aux salariés une visibilité sur leur évolution professionnelle".

Didier Lombard a indiqué qu'était immédiatement mise en place "une ligne avec un numéro vert qui débouche sur des psychologues extérieurs à l'entreprise".

La négociation sur le stress au travail, qui commence vendredi dans l'entreprise, abordera le sujet "sans aucun tabou" et traitera "de l'équilibre entre vie privée et professionnelle, et de l'accompagnement de la mobilité".

"Il faut un nouveau contrat social dans l'entreprise", a dit M. Lombard, et à l'issue de ces négociations, "le France Télécom du mois de décembre ne sera pas le France Télécom d'aujourd'hui", a-t-il assuré.

Mais "la première urgence c'est d'arriver à contrôler le phénomène de contagion" et "casser le mouvement de spirale", a-t-il insisté.

Cette réunion entre le ministre et M. Lombard avait été décidée après un nouveau suicide d'une salariée de France Télécom vendredi à Paris, le 23e en un an et demi, qui s'est jetée par la fenêtre de son bureau. Depuis, une autre salariée de l'entreprise a tenté de se suicider à Metz, dans son bureau, en avalant des barbituriques.

Par rapport aux raisons qui poussent un salarié à se suicider :

Les Echos a écrit:

Marie Pezé, psychologue spécialiste du stress au travail : « Les suicides touchent tous les types d'entreprises »

France Télécom, Renault : les cas de suicides de salariés touchent-ils seulement les grandes entreprises ?   
Les cas qui se produisent dans les grandes entreprises sont plus visibles, mais, depuis une dizaine d'années, les suicides au travail touchent toutes les catégories socioprofessionnelles et tous les types d'entreprises. C'est plus particulièrement vrai pour celles qui sont affectées par la crise et ses conséquences, telles que les fusions, les rachats et réorganisations, au cours desquels les salariés sont déplacés ou poussés dehors par ce que j'appellerais des « harcèlements stratégiques ». Il ne faut pas oublier aussi qu'il y a beaucoup de suicides qui ne se déroulent pas sur le lieu de travail, mais qui, après enquête, ont un lien avec l'activité professionnelle.

Les crises ne sont pas nouvelles, pourquoi celle-ci serait-elle plus pesante que les autres ? 
Si on veut comprendre comment quelqu'un, qui a le plus souvent une famille, peut en arriver à l'idée de se suicider, il faut comprendre à quel point il peut se sentir le dos au mur. C'est une des conséquences du contrat de travail. On ne dit pas suffisamment qu'en France on ne peut pas quitter aisément un endroit où on vous maltraite. Si vous démissionnez, vous perdez une partie de vos droits et certaines personnes préfèrent de ce fait rester. Lorsqu'un salarié est dénigré quotidiennement ou mis au ban de son équipe, il ne peut pas répliquer, car il sait qu'à la première riposte, ce sera souvent un avertissement et un licenciement pour faute. Certains arrivent à supporter cette situation, d'autres en viennent à se dire qu'ils n'ont pas d'autre solution que le suicide pour supprimer cette souffrance.

Last edited by lehussard (15-09-2009 12:54:43)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Extraits choisis d'une interview :

Le Monde a écrit:

"Si on ne repense pas le travail, il faut s'attendre à pire que des suicides"

Auteur de "Suicide et travail : que faire ?" (PUF, 2009), Christophe Dejours, psychanalyste, appelle à repenser le travail pour sortir des logiques gestionnaires qui détruisent le tissu socio-professionnel tout en faisant croire qu'elles traitent les problèmes des salariés.

Pourquoi parle-t-on plus aujourd'hui du suicide au travail ?

Christophe Dejours : Parce que les suicides sur les lieux de travail n'existaient pas avant. Ils sont apparus il y a une douzaine d'années, sans avoir été relayés. Le tournant s'est opéré en 2007, avec les cas de suicides chez Renault et Peugeot.

Les premiers suicides dont j'ai entendu parler constituaient pour moi une forme de décompensation psycho-pathologique parmi d'autres. C'est la répétition des choses qui est devenue hallucinante. Non seulement, il y avait un suicide sur les lieux de travail mais généralement il ne se passait rien après. Ces suicides au travail marquent incontestablement une sorte de bascule qui frappe le monde du travail.

Dans votre ouvrage, vous invalidez la défaillance individuelle comme seule raison du suicide...

Il y a des cas de suicides que l'on ne peut imputer à des difficultés dans l'espace privé : troubles névrotiques, psychotiques, dépressifs, des symptômes précurseurs, ni à un terrain de vulnérabilité particulière. C'est même là aussi une bascule pour la psychopathologie générale.

Ce qui est surprenant c'est que nous avons des personnes qui vont très bien et qui se suicident. On ne peut les expliquer avec les références habituelles de la psychiatrie. Il y a une bascule dans l'ordre social, dans le fonctionnement de la société, c'est aussi le signe d'une rupture dans la culture et la civilisation : les gens se tuent pour le travail. Cela oblige à repenser les catégories habituelles de notre discipline et à revoir ce que les sociologues du suicide disent, en particulier Emile Durkheim dans son livre Le Suicide qui contestait les positions des psychopathologues. Du coup, on est obligé de revenir à ce qui se dit sur la solitude. On avait donc un peu raison.

Vous écrivez qu'il y a trente ans, il n'y avait pas de suicide au travail pour deux raisons : la résistance à l'effort et des solidarités plus fortes...


Oui, il y avait les autres, un collectif de travail, des stratégies de défense. On ne laissait pas un type s'enfoncer. J'ai vu des ouvriers alcooliques qui ne pouvaient pas monter sur les toits pour travailler. Les copains lui demandaient de rester en bas. Ils faisaient le boulot à sa place. Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire en termes de prévention de l'accident, de prévention du suicide, de prévention des troubles psychopathologiques ? C'est impensable aujourd'hui ! On apprend aujourd'hui le pire alors qu'on apprenait le meilleur hier : la solidarité. C'est parce qu'on a adopté de nouvelles méthodes au travail que l'on a aujourd'hui un désert au sens arendtien du terme : la solitude totale.

C'est ce que vous appelez le passage du critère "travail" au critère "gestion du travail"...

A partir des années 1980, les gestionnaires se sont imposés dans le paysage, en introduisant l'idée que l'on pouvait faire de l'argent non pas avec le travail mais en faisant des économies sur les stocks, les ratés, les retouches, les effectifs. Tout ce qui est à la marge peut être l'objet d'économies. Partout, on vous apprend que la source de la richesse c'est la gestion des stocks et des ressources humaines, ce n'est plus le travail. Nous le payons maintenant ! Cette approche gestionnaire croit mesurer le travail, mais c'est conceptuellement et théoriquement faux ! Il n'y a pas de proportionnalité entre le résultat du travail et le travail. C'est très grave, car cela signifie que la comptabilité est fausse. D'où la contestation.

C'est donc le décalage entre la réalité du travail et la vision gestionnaire qui augmente le stress des salariés ?

Les gestionnaires qui ne regardent que le résultat ne veulent pas savoir comment vous les obtenez : c'est un contrat d'objectif, disent-ils. C'est comme ça que les salariés deviennent fous, parce qu'ils n'y arrivent pas. Les objectifs qu'on leur assigne sont incompatibles avec le temps dont ils disposent.

Cette logique gestionnaire se rapproche-t-elle de la logique totalitaire selon la conception d'Hannah Arendt, que vous citez dans votre bibliographie ?

C'est assez difficile d'être affirmatif mais la question est posée, car les gens sont amenés à faire des tâches qu'ils réprouvent et il y a une machinerie très puissante qui est mise en œuvre et qui a avec le totalitarisme ce point commun qu'on traite l'humain comme quelque chose d'inutile, d'interchangeable. On lance des slogans pour faire croire qu'on fait des ressources humaines mais dans la réalité, c'est la gestion kleenex : on prend les gens, on les casse, on les vire. L'être humain au fond est une variable d'ajustement, ce qui compte, c'est l'argent, la gestion, les actionnaires, le conseil d'administration.

Votre méthode a-t-elle rencontré des échecs ?

Oui, des démarches s'arrêtent en cours de route. L'idéologie de France Télécom, c'est de casser les gens, les faire plier. Les gens ne comprennent plus. D'un côté, on demande aux cadres de virer des gens, de l'autre, on leur dit, vous êtes responsables de dépister les gens qui ne vont pas bien. La responsabilité incombe à ces managers tiraillés entre recevoir l'ordre de casser les gens et d'en assumer la responsabilité. Ils tombent malades. Mais il y a aussi le suicide, l'infarctus, l'hémorragie cérébrale. Pour en sortir, il faut un accord négocié sur la démarche et sur la cohérence par rapport à la politique de l'entreprise.

Sinon vous prenez le risque d'être associé à un alibi ?

Oui. Mais nous ne voulons pas passer pour un alibi, car à ce moment-là, nous échouons. Les alibis, ce sont les autres, ceux qui font de la gestion individuelle du stress, qui vendent de la relaxation. Les coachs, eux sont la vitrine et l'effet slogan. Ils font croire qu'ils font quelque chose. Et quand cela ne marche pas, ils disent aux salariés : "Vous ne savez pas gérer votre stress".

Une personne peut en cas de détresse se suicider mais aussi retourner son arme contre ses collègues, sa hiérarchie ou saboter gravement l'entreprise ? Est-ce déjà arrivé ?

Des tentatives de meurtres ont déjà été enregistrées. J'ai vu un gars armé tenir en joue tout l'état-major de l'entreprise pendant une matinée. J'ai vu aussi des sabotages extrêmement graves, notamment dans des centrales nucléaires.

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Restructuration des organisations et destructuration des personnalités.

Tentative de suicide d'une cadre du ministère de la Justice sur son lieu de travail

PARIS (AFP) - Une cadre supérieure de 52 ans, employée d'une direction du ministère de la Justice actuellement en pleine restructuration, a tenté de se suicider sur son lieu de travail dans le XVIIIème arrondissement de Paris, a-t-on appris vendredi d'un syndicat et de la Chancellerie.

Il s'agit de la directrice départementale de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), la direction du ministère qui emploie les éducateurs encadrant les mineurs délinquants ou en danger.

Le principal syndicat de la PJJ, le SNPES-PJJ, affilié à la FSU, a révélé jeudi soir cette tentative de suicide survenue mardi.

"Ce passage à l'acte d'une extrême violence intervient dans un climat particulièrement oppressant", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Une analyse confirmée par une collègue proche de l'intéressée, évoquant "une femme solide, bien dans ses bottes, aimant son administration" mais aussi "complètement envahie" dernièrement par les mesures qu'elle devait mettre en oeuvre.

"On venait par exemple de lui demander de redéménager un service qu'elle avait fait déménager il y a quinze jours. Elle était très isolée, sans aucun soutien de sa hiérarchie, ça allait trop vite", a raconté à l'AFP Michelle Henry, par ailleurs élue SNPES.

Après s'être défenestrée du 3ème étage au siège de la direction départementale, rue Christiani, cette femme a dû subir une opération du dos, mais le pronostic vital n'est pas engagé. Elle s'est fracturée sept vertèbres dont "quatre très gravement", selon Mme Henry.

"Personne ne peut prétendre aujourd'hui donner une interprétation à un acte individuel", a déclaré à l'AFP Guillaume Didier, porte-parole de la Chancellerie, précisant que Michèle Alliot-Marie avait adressé jeudi à l'intéressée une lettre de soutien et se tenait informée de l'évolution de sa santé.

La restructuration en cours à la PJJ prévoit le "redéploiement" sur trois ans de 800 personnes parmi les quelque 9.000 éducateurs sociaux et directeurs employés. Les réaffections se font "au sein de la PJJ, dans d'autres services du ministère ou dans une collectivité territoriale avec indemnisation à la clé", a assuré Guillaume Didier.

Last edited by lehussard (18-09-2009 13:54:07)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Un article intéressant sur le sujet (c'est rare) : http://www.causeur.fr/simple-comme-un-c … ref-3016-1

(Via Drac)

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

faux semblants a écrit:

(Via Drac)

Comment tu l'as eu (il n'a pas posté sur twitter depuis des mois et je ne l'ai pas vu passer sur facebook) ? Via Google Reader ?

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

tu l'as raté sur Facebook, alors.

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

OK, merci.

27

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

faux semblants a écrit:

Un article intéressant sur le sujet (c'est rare) : http://www.causeur.fr/simple-comme-un-c … ref-3016-1

(Via Drac)

Merci pour le lien. (Je rattrape mon retard après un we prolongé sans le net).

28

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Le Figaro - AFP a écrit:

Nouveau suicide chez France Télécom

Un salarié de France Télécom s'est suicidé ce matin en Haute-Savoie en se jetant du haut d'un viaduc surplombant une autoroute, a-t-on appris auprès de la préfecture, qui précise qu'il a écrit une lettre d'adieu dénonçant "le climat au sein de son entreprise".

Agé de 51 ans, cet employé travaillant au sein d'une centrale d'appel à Annecy s'est suicidé "en se jetant d'un pont" sur l'autoroute A41, près d'Alby-sur-Chéran, a ajouté la préfecture de Haute-Savoie.

Marié et père de deux enfants, il a laissé dans la voiture "une lettre à l'attention de son épouse, dans laquelle il explique que c'est le climat au sein de son entreprise qui a rendu propice le passage à l'acte", a précisé la préfecture.

"On a appris aujourd'hui auprès des autorités le suicide d'un collaborateur qui a mis fin à ses jours à 09H30 à Alby-sur-Chéran", a confirmé un porte-parole de France Télécom. Le PDG de France Télécom, Didier Lombard, "se rend sur place immédiatement", a précisé le groupe.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Putain, c'est vraiment horrible.

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Bizarre, il me semble que le titre du thread a été modifié... quelle est donc cette ingérence ? Que le responsable se dénonce et s'explique !

http://blogsimages.skynet.be/images_v2/002/599/412/20070823/dyn004_original_650_598_pjpeg_2599412_ddbae7eb7d59f2ef49a4e38149b52ae9.jpg

Quand on post on raconte pas sa vie.

31

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Oh mais c'est Richard Farnsworth, qui a joué le rôle principal dans Une Histoire vraie de David Lynch (le vieux sur sa tondeuse).

32

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Si un jour y'a question pour un champion spécial David Lynch, on t'envoie pour que tu défonces Lepers et co. tongue

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Oh oui FDL, je suis certain que tu adorerais défoncer Julien Lepers.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Le choix de l'image n'était pas innocent tout comme celui du dernier salarié de FT qui s'est suicidé et qui explique bien que c'est l'ambiance à FT qui est responsable de son suicide. wink

Quand on post on raconte pas sa vie.

35

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Barney a écrit:

Oh oui FDL, je suis certain que tu adorerais défoncer Julien Lepers.

Dois-je relever cette phrase ? Que dois-je faire avec ça ? Faut-il que je réponde ? Dilemme cornélien.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

j'ai fait une erreur ?

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

37

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Barney a écrit:

j'ai fait une erreur ?

On ne dit pas "j'ai fait une erreur" mais "je passe", chez Julien Lepers.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Cette stratégie de protestation est d'un terrible tragique. C'est le signe d'un épuisement si fort des combats syndicaux, d'une incapacité si forte a agir collectivement après plusieurs décennies d'atomisation sociale, sociétale, et au sein des organisations, que l'expression du malaise social face à des réorganisation brutales se traduit par l'auto-destruction de la force vive de l'entreprise. Nous sommes au-delà du modèle d'Albert Hirshmann du "voice or exit". Nous sommes à un moment où le "exit" ne signifie plus le départ, le voyage, la mobilité géographique ou sociale, mais il signifie le grand départ vers un au delà qui est considéré par ceux qui prennent cette terrible décision, laissant derrière eux amis, parents, familles, comme "délivrant" d'une réalité d'un système qui semble parfois perdre de son humanité.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

39

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Greg a écrit:

Cette stratégie de protestation est d'un terrible tragique. C'est le signe d'un épuisement si fort des combats syndicaux, d'une incapacité si forte a agir collectivement après plusieurs décennies d'atomisation sociale, sociétale, et au sein des organisations, que l'expression du malaise social face à des réorganisation brutales se traduit par l'auto-destruction de la force vive de l'entreprise. Nous sommes au-delà du modèle d'Albert Hirshmann du "voice or exit". Nous sommes à un moment où le "exit" ne signifie plus le départ, le voyage, la mobilité géographique ou sociale, mais il signifie le grand départ vers un au delà qui est considéré par ceux qui prennent cette terrible décision, laissant derrière eux amis, parents, familles, comme "délivrant" d'une réalité d'un système qui semble parfois perdre de son humanité.

Tu es high ?

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Dis juste "c'est pas cool" et on en saisit le sens, aussi.

Last edited by faux semblants (28-09-2009 21:50:22)

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

41

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Greg a écrit:

Cette stratégie de protestation est d'un terrible tragique. C'est le signe d'un épuisement si fort des combats syndicaux, d'une incapacité si forte a agir collectivement après plusieurs décennies d'atomisation sociale, sociétale, et au sein des organisations, que l'expression du malaise social face à des réorganisation brutales se traduit par l'auto-destruction de la force vive de l'entreprise. Nous sommes au-delà du modèle d'Albert Hirshmann du "voice or exit". Nous sommes à un moment où le "exit" ne signifie plus le départ, le voyage, la mobilité géographique ou sociale, mais il signifie le grand départ vers un au delà qui est considéré par ceux qui prennent cette terrible décision, laissant derrière eux amis, parents, familles, comme "délivrant" d'une réalité d'un système qui semble parfois perdre de son humanité.

Au-delà de la destruction méthodique des syndicats par le consensus mou droite-gauche avec l'appui des leaders syndicaux - pseudo « forces vives de la Nation » mais réels traitres des authentiques revendications salariées, soucieux de conserver leur notoriété (faute de représentativité) - c'est les relations humaines dans leur globalité qui sont remises en question. Où peut-on, en effet, trouver un moment de repos ou de tranquillité après une journée de travail exécrable et sans aucun sens ni solidarité quand la cellule familiale, dernier véritable refuge moderne en passe d'être remplacé par le divan du psychothérapeute, est elle-même attaquée par le libertarisme à dominante consumériste des urbanistes sociétaux dits de Gauche ?

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

libertarisme à dominante consumériste des urbanistes sociétaux

On t'apporte un mouchoir

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

D'ailleurs comme le dit Cicéron, "Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit."

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

44

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Didier Lombard sera peut-être le 25ème à se suicider...

Les Echos a écrit:

Le patron de France Télécom sous pression maximale après un nouveau suicide

Le vingt-quatrième suicide d'un salarié de l'opérateur en dix-huit mois a poussé les députés PS, PC, les syndicats et certains sénateurs UMP à demander la démission de son président, Didier Lombard. L'annonce de la fin des mobilités forcées n'a pas calmé les salariés, qui ont débrayé sur plusieurs sites.

L'onde de choc est désormais nationale. Après le suicide d'un salarié de France Télécom en Haute-Savoie lundi - le vingt-quatrième en dix-huit mois -, la consternation, puis la colère, a gagné une partie des 100.000 salariés de l'opérateur historique dans l'Hexagone. Et le PDG du groupe, Didier Lombard, est désormais soumis à une pression maximale. Ainsi, plusieurs débrayages ont été signalés hier, à Bordeaux, à Lyon ou encore à Annecy, lieu de travail du désespéré. Ce dernier était passé dans les dernières semaines d'une agence spécialisée dans les services aux entreprises à un centre d'appels. Didier Lombard, qui s'est déplacé lundi en Haute-Savoie, s'est fait huer par des salariés qui travaillaient avec lui.

L'annonce, lundi soir, par le PDG de France Télécom de la suspension du plan de mobilité interne, qui contraignait les cadres à changer de poste tous les trois ans - un plan baptisé « Time to Move » - n'a pas calmé les troupes.

Méthodes « impersonnelles »
De retour à Paris, Didier Lombard et son numéro deux, Louis-Pierre Wenes, le directeur général adjoint en charge de l'activité en France et responsable à ce titre des plans d'économies de coûts, ont dû affronter le feu des critiques. D'abord, sur RTL le matin, l'épouse du salarié qui a mis fin à ses jours, a indiqué que « c'est une mutation qui l'a fait basculer […] parce qu'on lui a donné un non-choix ». Elle a stigmatisé les méthodes « impersonnelles » de l'entreprise et le « manque de communication entre les individus ». Ensuite, le PDG s'est rendu au Sénat dès 9 heures pour être auditionné par la commission des Affaires sociales. L'ambiance était tendue : « Ca a été sévère pour lui », selon l'un des sénateurs ayant participé à l'audition. « On a peut-être un patron compétent, qui connaît bien la technologie et les produits de France Télécom, mais en ce qui concerne l'approche humaine, le compte n'y est pas », réagissait hier Alain Gournac, sénateur UMP.Quelques bévues de langage - Didier Lombard a indiqué par exemple « être sur le sujet » en parlant des 24 suicides - ont sonné l'hallali. « Il faut donner un nouveau chef au groupe pour rassurer les salariés », a lâché Yannick Bodin, sénateur PS, à la sortie de l'audition.

Dans la foulée, les députés PS et PC ont demandé la démission du PDG de France Télécom. A droite, Jean-Pierre Raffarin a bien tenté de défendre Didier Lombard, mais il a tout de même appelé à un changement dans les méthodes de gestion de l'entreprise. Le sénateur de la Vienne a refusé « toute opération de lynchage. Il ne faut pas de violence verbale dans une crise aussi grave. Je demande un changement de stratégie sociale à France Télécom […] pour que cette entreprise puisse repartir sur des bases sociales ouvertes et rassurantes », a déclaré l'ancien Premier ministre.

Quant à Stéphane Richard - l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui est arrivé chez France Télécom au début du mois pour prendre la succession de Didier Lombard en 2011 -, il s'est déclaré « totalement solidaire » avec l'actuel PDG, tout en ajoutant : « Je pense qu'aujour-d'hui on a un état d'urgence auquel il faut qu'on s'attaque ensemble. » Le futur PDG a indiqué qu'il participerait aux négociations sur le stress avec les syndicats : « Il est impensable que je ne sois pas associé assez directement à ça parce que le France Télécom futur, c'est moi qui aurai à en assumer la responsabilité. »

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Alerte LeMonde : le numéro 2 de France Télécom est remplacé. Il était temps. (et pourquoi Lombard est toujours en poste ?!)

http://www.lemonde.fr/economie/article/ … _3234.html

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

De toute façon Lombard quittera la boîte fin 2010 car il atteindra, dès l'an prochain, l'âge maximum pour un dirigeant autorisé par les statuts de FT. Comme quoi après les piquets de grève (ou "la guerre des bras croisés") les salariés doivent maintenant en venir aux suicides pour faire bouger les choses.

Last edited by lehussard (05-10-2009 19:17:39)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Il y a une quinzaine d’année, dans un magazine consacré au paranormal et diffusé sur TF1, un gourou quelconque prétendit avoir le pouvoir de griller les ampoules électriques à distance chez les téléspectateurs par la simple puissance de sa volonté. Il demanda aux téléspectateurs d’allumer une lampe et d’appeler TF1 s’il se passait quelque chose. Bien évidemment, le standard fut immédiatement assailli par des centaines de bipèdes surexcités confirmant qu’une ampoule avait bel et bien grillé sous leurs yeux pendant l’émission, que c’était extraordinaire et que grand mage bidule était effectivement doté de pouvoirs surnaturels.

Bien entendu, tout était parfaitement banal. C’est simplement que même un événement très improbable finit toujours par arriver si on l’applique à une population suffisamment grande. Dans notre exemple, il devait bien y avoir 10 millions d’ampoules allumées chez des gens qui regardaient l’émission. Comme une ampoule à incandescence a une durée de vie de 1000 heures, ça fait 10 000 ampoules qui crament pendant l’heure de l’émission. Ca fait 10 000 quidams qui se retrouvent dans le noir en plein milieu de leur temps de cerveau disponible et qui crient au prodige.

On appelle ça la loi des très grands nombres. Le grand public n’est généralement pas très familier avec les probabilités et se fait avoir très facilement. Les gens qui ont reçu une éducation scientifique sont normalement conscients du phénomène et ne commettent pas habituellement ces erreurs de raisonnement.

*

Il se passe quelque chose de très similaire dans cette histoire de « vague de suicides » chez France Télécom. Le suicide est un phénomène très rare qui frappe en moyenne 16 personnes sur 100 000 tous les ans en France. A l’échelle de l’individu, c’est très peu fréquent. La plupart des gens n’auront la douleur de connaître le suicide d’un proche qu’au maximum une ou deux fois dans leur vie. Alors dès qu’on entend parler de 23 puis 24 suicidés chez France Télécom, on sursaute. Mais France Télécom est une grande entreprise qui emploie plus de 100 000 personnes. Et on parle d’une période courant sur 21 mois, depuis début 2008. Une population de 100 000 Français connaît en moyenne 28 suicides sur une période de 21 mois (16x21/12). A première vue on ne se suicide donc pas plus chez France Télécom que dans la population française. Mais peut-on en avoir le cœur net ? Peut-on raffiner un peu l’analyse ?

Avant toute chose, il faut rappeler que le suicide est un phénomène complexe, intime. Vouloir expliquer un suicide est au mieux hasardeux, au pire obscène. Ce sujet invite à la mesure, à la prudence. Il faut lire à ce propos le remarquable billet d’Alexandre Delaigue d’Econoclaste et celui de François Miclo sur Causeur.

C’est pourquoi je ne vais pas essayer de répondre à la question « Pourquoi ces salariés de France Télécom se sont-ils suicidés ? », je laisse cette question à des gens moins scrupuleux. Non, la question à laquelle je vais essayer de répondre est : « Se suicide-t-on plus chez France Télécom qu’ailleurs ? »

Eco89 a tenté l’exercice. Le résultat est partiellement satisfaisant pour des raisons sur lesquelles je reviendrai plus bas. Alors je vais vous proposer ma propre analyse un peu plus précise.

Un rapport de l’Inserm sur la mortalité par suicide en France vient de sortir donnant les chiffres pour 2008. On y apprend qu’il y a 2 grands facteurs démographiques influant sur le taux de suicide. Le sexe : les hommes se suicident 3 fois plus que les femmes. L’âge : plus on vieillit, plus on se suicide.

Il y a un troisième grand facteur influant sur le taux de suicide que ne traite pas l’Inserm et sur le quel on a peu de données. C’est le chômage. Alexandre Delaigue dans son billet mentionne un taux de suicide de 50/100 000 pour les chômeurs. Je ne sais pas d’où il le sort mais il ne paraît pas absurde (3 fois le taux de la moyenne de la population) et faute de mieux, je le retiendrai.

Tout le principe de mon raisonnement va être de calculer, à partir des données statistiques, quel est le taux de suicide moyen d’une population comparable à celle des salariés de FT en termes de pyramide des âges, répartition entre les sexes et emploi. On comparera ensuite avec le taux de suicide effectivement mesuré chez FT pour savoir si on s’y suicide plus qu’ailleurs.

Ceux qui sont allergiques aux calculs peuvent directement aller au résultat.

*

Quelles données démographiques a-t-on sur les personnels de FT ? Le rapport 2008 de Responsabilité Sociale d’Entreprise fournit page 85 les informations suivantes pour la France : Effectifs (2008) 104 232 ; répartition hommes-femmes : 66 371 hommes et 37 861 femmes soit 36,3% de femmes ; âge moyen : 45,3 ans.

Bon, ce n’est pas la panacée, on n’a pas la pyramide précise des âges pour chaque sexe mais on a les informations essentielles à partir desquelles on peut extrapoler. En tablant sur une répartition régulière et en supposant qu’il n’y a pas de salarié en dessous de 20 ans ou au dessus de 60 ans, je construis une pyramide des âges compatible à la fois avec la répartition hommes-femmes et l’âge moyen :

20-24 ans : 2 456 hommes et 1 401 femmes

25-34 ans : 10 752 hommes et 6 134 femmes

35-44 ans : 16 593 hommes et 9 465 femmes

45-54 ans : 22 433 hommes et 12 797 femmes

55-59 ans : 14 137 hommes et 8 064 femmes

Total : 66 371 hommes et 37 861 femmes

Maintenant, on applique à cette pyramide des âges les taux de suicides mesurés par l’Inserm et retranscrits dans le tableau ci-dessous, on calcule le nombre de suicides moyens sur un an d’une population ayant le même effectif, la même répartition hommes-femmes et le même âge moyen que FT : 24.

inserm

(cliquer pour agrandir)

Première réaction : On est très supérieur au taux moyen dans la population générale car la démographie des employés de France Télécom n’est pas favorable. Ils sont plutôt âgés et très masculins, deux facteurs augmentant fortement les risques de suicide. Ces deux facteurs n’ont pas été pris en compte dans l’article d’Eco89.

Il nous reste à tenir compte d’un facteur qui joue dans l’autre sens. Les salariés de FT par définition ne sont pas chômeurs. Or on sait que les chômeurs sont plus susceptibles de se suicider que les personnes qui occupent un emploi. Le taux de suicide des chômeurs est de 50 pour 100 000 quand celui de la moyenne de la population active est 21,6 pour 100 000. Si on estime que les chômeurs représentent 10% de la population active, cela veut dire que le taux de suicide des non-chômeurs est de 18,4 pour 100 000 soit 85% du taux moyen.

En appliquant ce taux de 85% aux 24 trouvés plus haut on aboutit au chiffre final de 20,5.

* * *

Une population quelconque ayant le même effectif, la même répartition hommes-femmes, le même âge moyen que France Télécom et composée exclusivement de personnes ayant un emploi connaît en moyenne 20 suicides par an. France Télécom en a déploré 24 en 21 mois soit 14 par an.

Résumons-nous.

Il n’y a pas de vague de suicides, d’épidémie de suicides, de mode des suicides chez France Télécom. Les gens ne se suicident pas plus chez France Télécom qu’ailleurs, mais moins. Significativement moins. Toutes choses égales par ailleurs, la fréquence des suicides est supérieure de 50% si on travaille ailleurs que chez France Télécom.

En revanche, il y a quelque chose qui existe vraiment, c’est l’effet Werther. Le fait de médiatiser le suicide, de l’inclure dans le champs des possibles, de le présenter comme une option envisageable, voire de l’habiller d’atours positifs, en faire quelque chose de romantique, un élément d’un combat idéaliste ou idéologique, tout cela entraîne une augmentations des suicides.

*

Alors pourquoi ? Pourquoi un tel emballement médiatique ? Les syndicalistes, journalistes et politiques qui ont successivement surenchéri sur l’inexistante vague de suicides chez France Télécom sont-ils cyniques à ce point ? Leurs objectifs politiques et idéologiques justifient-ils d’encourager quelques malheureux de plus à se suicider ?

Je ne le pense pas. Je pense que nous sommes en présence d’une autre faiblesse cognitive bien connue : le biais de confirmation. Nous avons tendance à filtrer l’information, à ne retenir que les éléments qui confirment nos a priori et à évacuer les informations contraires en doutant de leur véracité ou en les considérant comme une anecdote non-significative.

Les syndicalistes, journalistes et politiques qui médiatisent la prétendue vague de suicides chez France Télécom sont intimement convaincus (je force le trait) que le monde de l’entreprise est intrinsèquement pervers et inhumain. Pour eux, profitabilité et humanité sont des valeurs contraires. Une entreprise privée a donc fondamentalement pour objet de nuire à ses salariés.

Une vague de suicides chez France Télécom est donc une véritable aubaine idéologique. Enfin un constat objectif établissant qu’une entreprise publique harmonieuse s’est transformée en cauchemar après sa privatisation ! Sauf que le constat objectif prouve exactement le contraire. Peu importe, le biais de confirmation joue à plein. On ne garde que ce qui nous intéresse (des suicides) et on ignore ce qui contredit la démonstration (un taux de suicides très inférieur à la moyenne).

L’article d’Eco89 est une magnifique illustration de ce phénomène. Après une analyse rapide établissant qu’il n’y a pas plus de suicides chez FT qu’ailleurs ou qu’avant, il conclut :

    « Comme le montrent les témoignages que nous adressent des salariés de France Télécom, la crise est réelle : le taux de suicide a peut-être diminué, mais la tension, elle, a augmenté. »

Dit autrement,

    « l’argument objectif principal est faux, mais comme on a envie d’y croire, on va se raccrocher aux témoignages subjectifs ».

*

Je ne sais pas si les relations sociales chez FT sont particulièrement mauvaises. Au cas où elles le seraient, je ne sais pas à cause de quoi ou de qui. Ce qu’on sait, c’est que les relations sociales sont exécrables en France, comparé aux autres pays. Ce qu’on sait, c’est que la France a un taux de suicides élevé, comparé aux autres pays occidentaux.

C’est là tout l’effet pervers de cette triste polémique : elle pollue toute réflexion sereine sur ces questions essentielles.


http://www.koztoujours.fr/?p=5824

Pas inintéressant. Malheureusement, même si ses stats sont justes mathématiquement, il oublie le fait que pour 24 suicidés "de référence", il n'ont pas le dénominateur commun des 24 suicidés FT.
Dommage, ça plombe son raisonnement.

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

On appelle ça la loi des très grands nombres. Le grand public n’est généralement pas très familier avec les probabilités et se fait avoir très facilement. Les gens qui ont reçu une éducation scientifique sont normalement conscients du phénomène et ne commettent pas habituellement ces erreurs de raisonnement.
*
Il se passe quelque chose de très similaire dans cette histoire de « vague de suicides » chez France Télécom

Ou comment le gars fait passer une connerie ("on ne se suicide pas plus qu'ailleurs à FT") en l'enrobant de concepts matheux.

[jargon_matheux] Dans le 1er cas, celui des ampoules, on peut effectivement appliquer la loi des grands nombres : en considérant un nombre important d'ampoules, chacune ayant approximativement la même durée de vie limitée (qui peut être modélisée par une loi exponentielle par exemple) et indépendantes les unes des autres (par exemple placée dans des foyers différents), on aura que la durée de vie moyenne de l'ensemble des ampoules sera égale à la moyenne de la durée de vie d'une ampoule. Donc il y aura probablement des ampoules qui crameront.

Dans le cas des salariés de FT, deux conditions de bases pour l'application de la loi des grands nombres ne sont pas respectées:
- il n'y a pas indépendance des "durées de vie" des salariés (car il s'agit des salariés d'une même compagnie)
- les "durées de vie" des salariés ne suivent pas une même loi.

De plus, on ne dit pas la "loi des très grands nombres", mais la "loi forte des grands nombres" ou plus simplement "la loi des grands nombres" [/jargon_matheux]

Bref, ça aussi ça plombe son raisonnement.

Last edited by lehussard (06-10-2009 23:15:38)

Quand on post on raconte pas sa vie.

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

faux semblants a écrit:

http://www.koztoujours.fr/?p=5824

Pas inintéressant. Malheureusement, même si ses stats sont justes mathématiquement, il oublie le fait que pour 24 suicidés "de référence", il n'ont pas le dénominateur commun des 24 suicidés FT.
Dommage, ça plombe son raisonnement.

Pas inintéressant mais plusieurs points me gênent :
* il s'appuie sur un tableau de données de la mortalité par suicide selon le sexe et l'âge en 2006, ce qui date un peu selon moi (ici, on a des données pour 2007 par exemple),
* lorsqu'il dit ça : <<Si on estime que les chômeurs représentent 10% de la population active, cela veut dire que le taux de suicide des non-chômeurs est de 18,4 pour 100 000 soit 85% du taux moyen. En appliquant ce taux de 85% aux 24 trouvés plus haut on aboutit au chiffre final de 20,5.>>, il généralise alors qu'en fait les taux de chômage sont différents selon les âges, et que peut-être - et certainement - les taux de suicides des chômeurs selon les âges sont différents également,
* j'aurais aimé une comparaison du taux de suicides chez France Télécom en le comparant avec des entreprises équivalentes,
* j'aurais aimé également une analyse de l'évolution des suicides dans la population française, à France Télécom et dans d'autres entreprises équivalentes (s'il y a, par exemple, de plus en plus de suicides à France Télécom alors que ce taux stagne dans la population française, c'est - à mon avis - inquiétant pour FT et c'est non négligeable).

Déjà, sans les deux derniers points, à mon avis, l'analyse qu'il propose est limitée.

Je vais reprendre sa pyramide des âges la répartition hommes-femmes et l’âge moyen sauf que j'étends la première catégorie à 15-24 et la dernière à 55-64 :

15-24 ans : 2 456 hommes et 1 401 femmes
25-34 ans : 10 752 hommes et 6 134 femmes
35-44 ans : 16 593 hommes et 9 465 femmes
45-54 ans : 22 433 hommes et 12 797 femmes
55-64 ans : 14 137 hommes et 8 064 femmes
Total : 66 371 hommes et 37 861 femmes

Bon, je sais qu'il n'y en aura très peu d'employés en-dessous de 20 ans (en proportion) et au-dessus de 60 ans (en proportion) mais comme je vais utiliser moi aussi le tableau de 2006 et que ce dernier considère les catégories : 15-24 ans, 25-34 ans, 35-44 ans, 45-54 ans, 55-64 ans, par souci de cohérence, je me sens obligé d'étendre les catégories qui sont aux deux extrêmes. J'ai fait mes calculs de mon côté avec les taux de suicide des chômeurs selon les âges et les sexes et j'ai obtenu à peu près comme lui, soit 24,086263 donc comme... lui.

Mais comme dit plus haut, il manque une étape, et j'aurais aimé savoir le taux de suicides des chômeurs selon les âges. Parce que là, ça me semble trop juste pour apporter une quelconque conclusion.

Cependant, là (les taux de chômage et leur association aux taux de suicide, points 7 à 9), on voit les limites méthodologiques des études essayant de voir l'association entre les taux de chômage et les taux de suicide de la population générale même si le gros de celles-ci établissent ce lien.

Puis bon, il faudrait à mon avis une analyse économétrique pour bien comprendre le problème. Enfin bref, j'imagine pas que l'on va voir ça bientôt car c'est assez ennuyeux à faire (enfin, c'est mon avis, si ça amuse quelqu'un..., qu'il nous fasse parvenir les résultats :°))   

Par ailleurs, le mec aurait pu rappeler un autre élément allant dans le sens du {taux moyen de suicides dans la population générale} > {taux moyen de suicides à FT} alors que ça donne de l'eau à son moulin. En effet, comme le dit infosuicide.org :

Ces statistiques de mortalité ne sont toutefois pas exemptées de biais et conduisent probablement à une sous-estimation du nombre de décès par suicide (par exemple, du fait d'un défaut de déclaration par les instituts médico-légaux ou de l'existence de " suicides cachés " inscrits dans d'autres rubriques de décès comme les accidents ou les intoxications...).

Last edited by Le Pétauriste (07-10-2009 00:29:29)

Re: Pénibilité au travail et suicides chez France Télécom : "harcèlement stratégique et institutionnel" ?

Un employé de Orange ou une ampoule c'est pareil, vous remarquerez que l'ampoule se suicide toujours sur son lieu d'illumination en laissant une note "j'en ai marre de mon filament/baïonnette/pas de visse".
"Humpf"

Last edited by Pierre-L (07-10-2009 00:27:39)

Please could you take this note, ram it up your hairy inbox and pin it to your fucking prostate.