Werner Herzog, cinéaste de la démesure, à (re)découvrir au Centre Pompidou
Le Centre Pompidou consacre, à partir de mercredi et jusqu'au 2 mars, une rétrospective intégrale à l'Allemand Werner Herzog, cinéaste de la démesure, auteur de nombreux documentaires et d'inoubliables portraits de flamboyants marginaux, d'"Aguirre" à "Fitzcarraldo".
"En France on ne connaît pas mes derniers films, alors on pense que je suis +de retour+, mais je ne suis pas de retour, je ne suis jamais parti !", affirme le réalisateur, 66 ans, en costume et baskets noirs, dans un entretien à l'AFP.
"L'attention des spectateurs était ailleurs, ce qui n'est pas un problème", ajoute sobrement Herzog, l'un des cinéastes allemands marquants ayant débuté dans les années 60, aux côtés de Fassbinder, Wenders ou Schlöndorff.
Pour le public, le nom d'Herzog reste lié à celui de Klaus Kinski.
Acteur à la sensibilité exacerbée et au génie à la limite de la folie, ce dernier a incarné dans cinq de ses films -- "Aguirre, la colère de Dieu", "Fitzcarraldo", "Nosferatu, fantôme de la nuit", "Woyzeck" et "Cobra verde"-- des héros violents au destin tragique, fascinants "conquérants de l'inutile".
Huit ans après la mort de Kinski, le cinéaste racontait leur relation faite de haine et de fascination réciproques dans "Ennemis intime" (1999), à voir parmi les 55 oeuvres, souvent rares car peu distribuées, montrées à Beaubourg.
Mais c'est "Encounters at the end of the world", un film inédit de 2007 tourné en Antarctique sur la base scientifique de Mc Murdo, qui lance mercredi soir la rétrospective du Centre Pompidou après, ces derniers mois, les hommages du musée du cinéma de Turin et du Festival de La Rochelle.
Parmi les films diffusés, la fable de science-fiction "Au-delà de l'infini" (2005) évoque le destin d'un extra-terrestre égaré dans une ville-fantôme de Californie et "Rescue down" met en scène Christian Bale -- méconnaissable tant il a perdu de poids pour incarner son personnage -- dans le rôle d'un aviateur américain capturé et torturé par le Vietcong, pendant la guerre du Vietnam.
"Je n'arrête pas de travailler" dit Herzog, qui démarre dans une semaine un tournage en Ethiopie, l'un des "cinq ou six" projets qu'il a en chantier.
"Ce sont les films qui me trouvent, je ne les ai jamais cherchés".
Cinéaste voyageur, infatigable marcheur, Herzog a grandi dans les montagnes isolées de la Haute Bavière avant de promener sa caméra de son Allemagne natale à la jungle amazonienne, du désert du Sahara aux horizons glacés des pôles.
Il vit aujourd'hui à Los Angeles et aimerait sillonner le globe pour tourner un documentaire sur les langues en voie de disparition.
Herzog termine "Bad lieutenant", un "mélange de film noir et de comédie" tourné à la Nouvelle-Orléans où Nicolas Cage, aux côtés d'Eva Mendes, campe un policier new-yorkais enquêtant sur le meurtre d'une religieuse.
La ville y porte les stigmates de l'ouragan Katrina, qui a fait s'effondrer "non seulement une partie de la ville, mais aussi le sens de la morale".
"J'espère que ce film surprendra le public, j'y ai fait des choses que je n'avais jamais tentées auparavant", dit-il en souriant.
"Nicolas Cage a livré une performance si extraordinaire que je riais de satisfaction sur le tournage, alors qu'il n'y avait rien de drôle... j'ai raté une excellente première prise en éclatant de rire en plein milieu !"
"Bad lieutenant" n'est "pas un remake" du film éponyme tourné en 1993 par l'Américain Abel Ferrara avec Harvey Keitel, souligne Herzog l'air courroucé, refusant toute polémique avec "un monsieur" dont il n'a "vu aucun film".