Re: Actualité juridique

http://www.romandie.com/ats/news/101123 … vkg4qh.asp

Le parquet français n'est pas indépendant, rappelle la CEDH
STRASBOURG (Conseil de l'Europe) - Le parquet français ne remplit pas "l'exigence d'indépendance à l'égard de l'exécutif", a estimé mardi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), en donnant raison à une avocate détenue pendant cinq jours avant son audition par un juge d'instruction.

La France avait déjà été épinglée en 2008 par les juges de Strasbourg pour manquement au principe d'indépendance du ministère public, en plein débat sur la suppression du juge d'instruction.

La requérante, France Moulin, avait été arrêtée à Orléans le 13 avril 2005, placée en garde à vue pour violation présumée du secret de l'instruction dans une affaire de trafic de drogue et conduite à Toulouse où son cabinet avait été perquisitionné.

A l'issue de sa garde à vue, un procureur du tribunal de Toulouse avait ordonné son placement en maison d'arrêt jusqu'au 18 avril, lorsqu'elle avait été entendue par les juges d'instruction à Orléans puis mise en examen.

Mme Moulin s'était tournée vers la CEDH, estimant qu'à l'issue de sa garde à vue elle n'avait pas été "aussitôt traduite" devant "un juge ou un autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires", affirmant que le représentant du parquet de Toulouse ne représentait pas cette autorité.

Dans leur arrêt, susceptible d'appel, les juges de Strasbourg soulignent qu'il ne leur appartient pas de "prendre position" dans le débat sur "le lien de dépendance effective entre le ministre de la Justice et le ministère public" en France.

Mais la Cour rappelle que les membres du parquet "dépendent tous d'un supérieur hiérarchique commun, le garde des Sceaux, ministre de la Justice qui est membre du gouvernement et donc du pouvoir exécutif".

Elle estime qu'ils "ne remplissent pas l'exigence d'indépendance à l'égard de l'exécutif (qui compte) parmi les garanties inhérentes à la notion +autonome+ de magistrat" au sens de l'article 5.3 de la Convention européenne des droits de l'Homme.

La requérante s'est vu accorder 5.000 euros pour dommage moral.

"Cette décision consacre l'absence d'indépendance du parquet tant à l'égard des pouvoirs publics que des parties", a commenté à l'AFP Me Patrice Spinosi, avocat de Mme Moulin.

Sans remettre en cause le statut des magistrats du parquet, la CEDH "estime que ce n'est pas à eux de contrôler la détention et de garantir les droits fondamentaux", a-t-il souligné.

En 2008, la CEDH avait déjà condamné la France dans l'affaire Medvedyev (détention illégale d'un équipage soupçonné de trafic de drogue), pour les liens entre le parquet et le ministère de la Justice. En appel, la Cour avait réaffirmé en mars 2010 le principe de l'indépendance du parquet mais cette fois sans désigner le parquet français.

Ca fait du bien à entendre, la vérité, une fois de temps en temps, par une autorité assermentée.

Re: Actualité juridique

La QPC bouleverse l'ambiance au Conseil constitutionnel:

http://www.lesechos.fr/info/enquete/020931715954.htm

Noter l'erreur sur le rôle du juge dans la procédure actuelle d'hospitalisation sans consentement :

Les Echos a écrit:

Le Conseil doit ainsi rendre demain sa décision sur la question prioritaire concernant le placement et l'hospitalisation d'office. Une décision très attendue tant ces règles, vieilles comme le Code civil et qui permettent à une personne de demander au juge l'internement d'un membre de sa famille, détonnent aujourd'hui dans notre droit.

La décision du CC dans cette affaire que j'évoquais plus haut:
http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2010/2010-71-qpc/decision-n-2010-71-qpc-du-26-novembre-2010.50790.html

Oder so ähnlich.

Re: Actualité juridique

Le dernier arrêt sur la garde à vue dont parle la presse:

Arrêt n° 7177 du 15 décembre 2010 (10-83.674) - Cour de cassation -Chambre criminelle a écrit:

Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de la procédure que M. X... a été placé en garde à vue le 22 septembre 2008 à 18 heures 10, dans l'enquête ouverte sur les circonstances dans lesquelles il venait de blesser avec une carabine à air comprimé l'un de ses voisins auquel l'opposait un litige relatif à une servitude de passage ; que cette mesure a été prolongée sur autorisation du procureur de la République à compter du 23 septembre à 18 heures 10, et a pris fin le même jour, à 19 heures 15, soit une durée de vingt-cinq heures et cinq minutes, après divers actes d'enquête, parmi lesquels une perquisition, qui a eu lieu à partir de 17 heures 05 à son domicile ;

[...]

Attendu que, si c'est à tort que la chambre de l'instruction a retenu que le ministère public est une autorité judiciaire au sens de l'article 5 § 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, alors qu'il ne présente pas les garanties d'indépendance et d’impartialité requises par ce texte et qu'il est partie poursuivante, l'arrêt n'encourt pas pour autant la censure, dès lors que le demandeur a été libéré à l’issue d’une privation de liberté d'une durée compatible avec l'exigence de brièveté imposée par ledit texte conventionnel ;

http://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/chambre_criminelle_578/7177_15_18415.html

Last edited by apokrif (17-12-2010 12:16:30)

Oder so ähnlich.

254

Re: Actualité juridique

Enooorme ce qui arrive (ou pas) à Eolas :

http://www.maitre-eolas.fr/

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Comic Sans  + sa traditionnelle blague de 1er avril = http://unpeudhumour.u.n.pic.centerblog.net/jgc3ulb8.jpg

SOUS TOUTES RÉSERVES ET CE SERA JUSTICE.

256

Re: Actualité juridique

La Cour de cassation re-décide que la garde à vue à la française est contraire à la CEDH. Mais cette fois, pas d'effet différé dans le temps.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Greg a écrit:

Intéressant article sur un sujet qu'on a plusieurs fois évoqué sur ce forum, le statut pénal et civil du Président. La CCass a été saisie d'une telle question

http://www.lemonde.fr/politique/article … 23448.html :

Dans des réquisitions en date du 14 mars dont Le Monde a pris connaissance, le parquet général près la Cour de cassation, par l'entremise de l'avocat général Xavier Salvat, estime que la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy dans l'affaire de son compte bancaire piraté doit être jugée irrecevable.

L'avocat général considère que "l'exercice de l'action civile par le président de la République devant une juridiction pénale [...] paraît incompatible avec l'exercice de ses pouvoirs institutionnels : le fait qu'une autorité soumette à ceux-là même qui relèvent de son pouvoir de nomination le soin de trancher un litige qui concerne ses intérêts privés, est de nature à donner l'apparence aux autres parties, comme au public, que le procès n'obéit pas aux règles d'un procès équitable, qu'il n'est pas tenu dans le respect de l'indépendance du tribunal et que ne sont pas assurées les conditions objectives d'un fonctionnement impartial".

"Les règles du procès équitable ne paraissent pas respectées dans une telle situation, ajoute l'avocat général. De plus, le président de la République, partie privée à un procès, ne peut simultanément apparaître, dans cette instance, comme le garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire, alors que l'article 64 de la Constitution lui en donne la mission institutionnelle et alors que chargé par l'article 5 de la Constitution d'assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, il doit veiller au respect de la séparation des pouvoirs".

Oder so ähnlich.

258

Re: Actualité juridique

Je suis plutôt d'accord avec le Parquet général sur ce point, pour les raisons brillamment effleurées par un non moins brillant forumeur.

A une réserve : il n'y a pas non plus de raison de priver le citoyen Sarkozy de son droit de victime définitivement. Il faudrait donc prévoir que la prescription est suspendue en sa faveur pour la durée de son mandat.

A moins que l'adage "contra non valentem" lui permette, si la Cour de cassation devait juger irrecevable sa constitution de partie civile, d'agir de nouveau après la fin de son mandat ? (Voilà, c'était la question qui n'intéresse que moi, merci de votre attention.)

"Moult a appris qui bien connut ahan"

259

Re: Actualité juridique

Concours de mauvaise foi démagogique en Le Fig' et les syndicats de police :

Le Fig' a écrit:

Les policiers dénoncent un «coup d'État judiciaire»

Les nouvelles dispositions sur la garde à vue risquent d'affaiblir les forces de l'ordre qui seront obligés à relâcher des coupables.

«Cette course entre la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel est invraisemblable! Est-ce que le procès de Marie-Antoinette et la mort du roi seront aussi remis en cause au prétexte que Louis XVI n'avait pas d'avocat? Tout cela peut aller très loin», ironisait mardi un grand préfet [Ndb : manque ici l'adjectif "autoproclamé"], en apprenant la rétroactivité des nouvelles dispositions sur la garde à vue. (...)

«Il y a de quoi être écœuré, renchérit son homologue de Synergie-officiers, Patrice Ribeiro. L'annulation rétroactive des procédures aura un effet direct sur la sécurité de nos concitoyens, car ce sont des milliers de voyous qui vont être remis dehors sur de simples spéculations intellectuelles», affirme-t-il. «Ce que les magistrats ont validé durant des années en application de lois régulièrement votées, ils vont le rayer d'un trait de plume, sans avoir à rendre de comptes à personne et surtout pas aux victimes. C'est un coup d'État judiciaire!», s'exclamait-il mardi, dans le feu de la discussion. (...)

Petit cas pratique sur l'un des arrêts en question :

La Cour de cassation a écrit:

Vu l’article 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l’homme ;

Attendu qu’il se déduit de ce texte que toute personne, placée en retenue douanière ou en garde à vue, doit, dès le début de ces mesures, être informée de son droit de se taire et, sauf exceptions justifiées par des raisons impérieuses tenant aux circonstances particulières de l’espèce, pouvoir bénéficier, en l’absence de renonciation non équivoque, de l’assistance d’un avocat ;

Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de la procédure que des agents des douanes exerçant leur droit général de visite ont procédé, lors d’un contrôle routier, à la fouille du véhicule automobile, immatriculé en Lituanie et conduit par M. X..., son propriétaire ; qu’ils ont saisi une quantité importante de résine de cannabis dissimulée dans une cache spécialement aménagée dans le dos de la banquette arrière de ce véhicule ; qu’ils ont également relevé des indices de participation à un trafic de stupéfiants commis en bande organisée, corroborés par l’interpellation, quelques kilomètres plus loin, d’un second automobiliste lituanien ; que, placé en retenue douanière puis en garde à vue, M. X... a été mis en examen des chefs ci-dessus spécifiés ;

Attendu que, pour écarter l’exception de nullité des procès-verbaux établis dans le cadre de la retenue douanière puis de la garde à vue ainsi que des actes subséquents, présentée par requête du 15 mars 2010 et prise de la violation, par les articles 323 du code des douanes et 63 et suivants du code de procédure pénale, de l’article 6 § 3 de la Convention susvisée, l’arrêt prononce par les motifs repris aux moyens ;

Mais attendu qu’en statuant ainsi, alors qu’il lui appartenait, après avoir constaté que les auditions recueillies au cours des mesures de rétention douanière puis de garde à vue étaient irrégulières, d’annuler ces actes puis de procéder ainsi qu’il est prescrit par les articles 174 et 206 du code de procédure pénale [Ndb : retirer du dossier les actes nuls ainsi que, le cas échéant, les actes se trouvant dans la dépendance de ceux-ci], la chambre de l’instruction a méconnu le principe ci-dessus énoncé ;

D’où il suit que l’annulation est encourue ;

Dans le cas présent, ce sympathique Sieur X, dont Apokrif notera au passage que l'origine du véhicule ne laisse entrevoir chez son conducteur aucune prédisposition naturelle au bronzage, a été arrêté à une frontière au volant d'un véhicule lui appartenant et dans lequel (cela est mentionné dans les moyens que je n'ai pas recopié) une quantité importante de shit a été retrouvée dans une cache spécialement aménagée à cet effet.

On peut retirer du dossier les PV de déclarations faites en garde à vue, m'est avis qu'il reste de quoi les condamner.

Last edited by Bouh (01-06-2011 12:07:15)

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Bouh a écrit:

l'origine du véhicule ne laisse entrevoir chez son conducteur aucune prédisposition naturelle au bronzage

Qu'en savez-vous et quel intérêt en l'espèce ?

Oder so ähnlich.

261

Re: Actualité juridique

Du pur bonheur judiciaire : http://www.juriscom.net/documents/tgiparis20110601.pdf

"Moult a appris qui bien connut ahan"

262

Re: Actualité juridique

Complément : il s'agit d'une ordonnance du TGI de Paris se prononçant sur la demande de dommages-intérêts faite par une candidate de la télé-réalité contre le magazine Oops.

Le Magistrat se lache.

J'aurais adoré la copier-coller, ce n'est malheureusement pas possible. Je vous livre juste le premier attendu (tout est à l'avenant) :

Le Président Boyer a écrit:

MOTIFS DE LA DECISION

Emilie et Léo sont deux intrépides aventuriers de la médiatisation télévisée ayant illustré les meilleures heures du programme de télé-réalité intitulé par anti-phrase "Secret Story" (saison 3) où il n'y a ni secret ni histoire, mais cependant une observation des faits et gestes des jeunes gens qui y participent sous l'oeil des caméras, où le téléspectateur finit par s'attacher aux créatures qu'il contemple, comme l'entomologiste à l'insecte, l'émission ne cessant que lorsque l'ennui l'emporte, ce qui advient inéluctablement, comme une audience qui baisse.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

263

Re: Actualité juridique

On rit en effet beaucoup à la lecture des motifs du jugements.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Actualité juridique

Bouh a écrit:

J'aurais adoré la copier-coller

TRIBUNAL
DE GRANDE
INSTANCE
DE PARIS
N°RG:
11/53904
N° : I/FB
•
Assignation du :
26 Avril 20 Il
Copies exécutoires
délivrées le:
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
rendue le 01 juin 2011
par Joël BOYER, Vice-Président au Tribunal de Grande Instance de
Paris, agissant par délégation du Président du Tribunal,
Assisté de Karella LE MEE, Greffier.
DEMANDERESSE
Mademoiselle Emilie N
représentée par Me Laurence T ARQUINY CHARPENTIER,
avocat au barreau de PARIS - #00542
DÉFENDERESSE
S.A.R.L. OOPS
19 ruc Michel Le comte
75003 PARIS
représentée par
Mc Pierre-Yves MICHEL, avocat au barreau de PARIS - #G0341 ,
Me Julie FAY, avocat au barreau de PARIS - #G0341
Page 1
1 •
DÉBATS
A l'audience du Il Mai 2011, tenue publiquement, présidée par
Joël BOYER, Vice-Président, assisté de Karella LEMEE,
Greffier.
Nous, Président,
Après avoir entendu les parties comparantes ou leur conseil,
Vu l'assignation qu'Emilie NJ a fait délivrer, après y avoir
été autorisée par décision prise sur délégation du président du
tribunal, par acte en date du 26 avril 20 Il à la société OOPS, à la
suite de la publication dans le numéro 80 du magazine OOPS du
25 mars au 7 avril 201 1 d'un article annoncé en page de couverture
intitulé "Léo: C'est lui qui a vendu sa sextape avec Emilie!"
illustré par une reproduction en petit fonnat d'une double page du
magazine Entrevue supportant des images extraites de la vidéo des
ébats sexuels des deux intéressés, sollicitant au visa de l'article 9
du code civil, pris ensemble l'article 809 du code de procédure
civile, la condamnation de la société éditrice à lui payer une
somme provisionnelle de 20 000 euros à titre de dommages et
intérêts, que soit ordonnée une mesure de publication judiciaire en
page de couverture du plus prochain magazine à paraître sous une
astreinte de 10 000 euros par numéro de retard, le tout avec
exécution provisoire sur minute, outre une somme de 5 000 euros
sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile,
Vu les conclusions de la société OOPS du Il mai 20 Il contestant
toute atteinte au motif que les faits avaient antérieurement été
divulgués, et que les images en cause constitueraient l'illustration
légitime d'un fait d'actualité, contestant également la réalité du
préjudice en faisant valoir la particulière complaisance de
l'intéressée à l'égard de ce type de presse et la circonstance qu'elle
monnaye ses interviews et photographies, sollicitant enfin une
somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de
procédure civile, ajoutant, subsidiairement, que le préjudice de la
demanderesse serait justement réparé par un euro symbolique,
MOTIFS DE LA DECISION
Emilie et Léo sont deux intrépides aventuriers de la médiatisation
télévisée ayant illustré les meilleures heures du programme de
téléréalité intitulé par anti-phrase "Secret Story" (saison 3) où il
n 'y a ni secret ni histoire, mais cependant une observation des faits
et gestes des jeunes gens qui y participent sous l'oeil des caméras,
où le téléspectateur finit par s'attacher aux créatures qu'il
contemple, comme l'entomologiste à l'insecte, l'émission ne
cessant que lorsque l'ennui l'emporte, ee qui advient
inéluctablement, comme une audience qui baisse.
Page 2
Mais "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé", alors,
sevrés du programme télé qui s'achève, les aficionados se ruent sur
les gazettes, sûrs qu'elles sauront entretenir aussi durablement que
possible le feuilleton du rien, passion toujours inassouvie des
sociétés contemporaines. Les cobayes, trop heureux de voir
quelques flashs qui crépitent encore, et désormais adeptes de
l'exposition de soi, courent de l'une à l'autre, comme un canard
sans tête, accordant interviews ou posant pour des photos.
Les publications que de telles moeurs font vivre s'en offusquent
quand le ciel menace, et dénoncent quelquefois la règle du jeu,
comme des enfants qui ergotent pour ne jamais se séparer.
C'est ainsi que le magazine Entrevue a publié dans son numéro
216 daté du mois de juillet 2010 un dossier intitulé "Comment
Emilie et Léo vendent leur vie privée" abondamment illustré par
des images extraites d'une vidéo montrant les ébats intimes des
deux intéressés, avec pour sous titre: "Emilie et Léo réduits à/aire
une sex-tape".
L'indignation fut à son comble.
Mlle N saisit le juge des référés en soutenant que ces
images avaient été prises à son insu, lequel ordonna la suppression
des photographies litigieuses et une mesure de publication
judiciaire en page de sommaire du plus prochain numéro à paraître
du mensuel Entrevue. par ordonnance en date du 16 septembre
2010.
Mais l'affaire ne devait pas en rester là.
Jean-Marc M ,journaliste spécialisé dans le potin télé,
comme le coucou dans le nid des autres, invita successivement sur
la chaîne Direct 8, Emilie N appelée avec délicatesse à
s'expliquer sur les faits révélés par Entrevue, laquelle pleura et
s'en vint, puis Léo E qui nia se trouver à l'origine de la
vilenie, mais resta.
Le démenti du démenti ne devait pas tarder.
JérômeG " rédacteur d'articles pour le magazine Entrevue
assura en effet sur la chaîne NRJ12 que le mensuel avait acheté la
vidéo, qui tire un nom commun de sa nature-même, "sex-tape",
pour la baQatelle de 5 000 euros à un personnage qu'il devina l'ami
de Léo E ) lequel avait entre temps engagé un procès civil à
la société éditrice d'Entrevue en ne réclamant rien d'autre que le
prix de l 'honneur, soit un sou de l'Europe que la rumeur tint pour
Je denier de Judas.
Le magazine OOPS fit un résumé de ce feuilleton dans son
numéro 80 daté du 25 mars au 7 avril 20 Il sous le titre: "C'est lui
qui a vendu sa sextape avec Emilie! ", avec un portrait en pied du
traître supposé, mais non sans reproduire en un fac-similé de
petites dimensions la double page qu'Entrevue avait consacrée à
la publication des 16 photos intimes extraites de la vidéo en cause.
Page 3
Emilie N invoque, dans le cadre de la présente instance,
l'atteinte à la vie privée et à son droit à l'image que caractérise une
telle reproduction, dans le magazine OOPS, de la double page
d'Entrevue. ne se plaignant de rien d'autre.
La société éditrice OOPS invoque, pour dénier toute atteinte à la
vie privée, la jurisprudence relative à la relation de faits publics
déjà divulgués, laquelle est cependant inopérante en l'espèce, dès
lors que la preuve n'est nullement rapportée que la demanderesse
se trouverait à l'origine d'une telle divulgation, ce qu'elle conteste
et que les faits de la cause paraissent démentir en dépit de la
difficulté extrême de distinguer le vrai du faux, la part du jeu et de
l'argent des indignations sincères, ce que montre le miroir et ce qui
s 'y joue non loin, la caverne et les ombres.
La société défenderesse invoque encore l'illustration légitime d'un
fait d'actualité mais ce moyen, aussi exquis soit-il, ne saurait tout
à fait emporter la conviction du juge de l'évidence, s'agissant de
photographies de cette nature, dont la publication par le magazine
Entrevue a été sanctionnée civilement comme caractérisant une
atteinte à la vie privée et au droit à l'image, ce dont une mesure de
publication judiciaire spécialement ordonnée a précisément
informé le public en octobre 2010, soit cinq mois avant la
publication litigieuse, car il est vrai- et le fait mérite d'être notéque
l'intrigue demeure, près d'un semestre plus tard, toujours
entretenue.
C'est vainement enfin que la société éditrice plaide la délicatesse
au motif que le petit format de la reproduction de la double page
d'Entrevue ne permettrait à quiconque de reconnaître Emilie N
dont le visage a été de surcroît très légèrement flouté sur les
deux vignettes la montrant pratiquant une fellation, son identité
étant livrée au public, les photographies la rendant parfaitement
reconnaissable, y compris les deux clichés au flou hamiltonien, où
on la devine face caméra.
Aussi est-ce la main tremblante mais sans remords que les
atteintes à la vie privée et au droit à l'image seront retenues.
Le préjudice est généralement, en cette matière, inhérent aux
atteintes; encore doit-il s'apprécier au regard du prix que les
demandeurs paraissent attacher, non à la publicité qu'ils
recherchent, mais aux valeurs que le droit protège.
Or, sur ce point, la société OOPS soutient sans être contredite, et
en versant aux débats de nombreuses factures paraissant en
attester, que Mlle N a coutume de monnayer ses
interviews illustrées sur les sujets les plus intimes, dont le plus
fréquent est sa relation avec le dénommé Léo qui se trouverait à
l'origine de la vidéo en cause et de sa divulgation, sans que la
demanderesse ne justifie avoir entrepris quelque action judiciaire
à l'égard de ce dernier et pas plus à l'endroit de 1 'hebdomadaire
PUBLIC qui a publié la même reproduction de la double page
d'Entrevue dans son numéro du 9 au 15 juillet 2010. La société
défenderesse signale en particulier, sans susciter plus de réplique,
deux faits qui méritent toute l'attention du juge:
Page 4
j • t '
- Mlle N aurait vendu un sujet dit "arrangé" au même
magazine OOPS, paru dans le numéro 40, sous le titre "Emilie
trompée par Léo", ce qui convainc qu'elle ne craint nullement la
publicité faite à un coup du sort relevant ordinairement de la
sphère protégée de la vie privée,
- elle aurait également vendu au magazine OOPS un sujet paru
dans le numéro 81, soit postérieurement au numéro en litige,
intitulé" Emilie mêlée à un trafic de dragueH
, ce qui atteste
qu'aucune des deux parties n'est rancunière.
Le juge ne l'est pas plus à l'égard d'aucune d'entre elles, mais il
a un exigeant métier qui le retient quelquefois à de plus amples
tâches.
Il réparera ce qui est réparable en allouant à Mlle N un
euro à titre de dommages et intérêts et, s'agissant de l'indemnité
sollicitée sur le fondement de l'article 700 du code de procédure
civile, conviendra humblement que les considérations d'équité ne
lui commandent rien qui vaille.
P AR CES MOTIFS
Statuant publiquement, par décision contradictoire, mise à
disposition au greffe et en premier ressort,
Condamnons la société OOPS à verser un euro à titre de
dommages \~t intérêts à Bmilie N cn réparation des
atteintes à la vie privée et au droit à l'image résultant de la
publication en fac-similé d'une double page du magazine
Entrevue, dans le numéro 80 du magazine OOPS daté du 25 mars
au 7 avril 201 l,
Disons n'y avoir lieu à référé sur les autres demandes,
Condamnons la société OOPS aux entiers dépens.
Fait à Paris le 01 juin 2011
Le Greffier,
Karena LEMEE
Le Président,
Joël BOYER
Page 5

Oder so ähnlich.

Re: Actualité juridique

Rachida le retour a écrit:

C'est donc une large refonte de l'ordonnance de 1945 qui se profilerait - ce qu'avait déjà souhaité Nicolas Sarkozy lorsque, ministre de l'Intérieur, il commentait les violences urbaines, alimentées selon lui par un sentiment d'impunité des plus jeunes délinquants

Sentiment qui contribue de plus à attirer les malfaiteurs venant de pays plus sévères:

AFP a écrit:

L'étude rapporte les propos de jeunes Roumains évoquant une peine de cinq ans de prison chez eux en Roumanie pour un vol et "rien en France" s'agissant de délinquants mineurs.

http://www.google.com/hostednews/afp/ar … 82cc68.101

Oder so ähnlich.

266

Re: Actualité juridique

Sous la présidence de Sarkozy, il y a eu aussi SeaFrance. (Ya peut etre un autre topic, vous pouvez déplacer à gré)

J'entends ce matin les salariés de SeaFrance maintenant saluer à peine la proposition de Pépy sous prétexte que la SNCF, en tant que société mère de SeaFrance, avait de toute façon une obligation de reclassement économique.
Est-ce vrai ? On est là dans une faillite de la filiale, plus que dans des licenciements économiques.
L'avocat Philippe Brun parlait de non-respect des obligations de reclassement par la SNCF. Mais quand une entreprise est liquidée judiciairement, en l'occurrence par le tribunal de commerce de Paris, y-a-t-il toujours une obligation de reclassement ?
Je parle sur le plan juridique, et non humain évidemment.
Bref, que disent les textes ?

J'ai trouvé un arrêt de la Cour de cassation, chambre sociale, du 3 mars 2010 où elle tente de combiner les effets d'une liquidation judiciaire et l'obligation de redressement. Mais ce qui me chagrine, c'est que dans le cas de Sea France, c'est quand même une filiale autonome, dont le SNCF est principalement dans un rôle de "créancier" et qu'on parle de "obligation de redressement interne". Sachant qu'en plus, la Commission européenne a interdit à la SNCF de recapitaliser Sea France. Donc, en bref, est-ce que l'obligation rebondit sur la SNCF ou s'arrête aux portes du tribunal de commerce de Paris ?

Merci d'avance.

Last edited by Coke (05-01-2012 11:23:47)

M'enfin bon.

267

Re: Actualité juridique

Coke a écrit:

Sous la présidence de Sarkozy, il y a eu aussi SeaFrance. (Ya peut etre un autre topic, vous pouvez déplacer à gré)

J'entends ce matin les salariés de SeaFrance maintenant saluer à peine la proposition de Pépy sous prétexte que la SNCF, en tant que société mère de SeaFrance, avait de toute façon une obligation de reclassement économique.
Est-ce vrai ? On est là dans une faillite de la filiale, plus que dans des licenciements économiques.
L'avocat Philippe Brun parlait de non-respect des obligations de reclassement par la SNCF. Mais quand une entreprise est liquidée judiciairement, en l'occurrence par le tribunal de commerce de Paris, y-a-t-il toujours une obligation de reclassement ?
Je parle sur le plan juridique, et non humain évidemment.
Bref, que disent les textes ?

J'ai trouvé un arrêt de la Cour de cassation, chambre sociale, du 3 mars 2010 où elle tente de combiner les effets d'une liquidation judiciaire et l'obligation de redressement. Mais ce qui me chagrine, c'est que dans le cas de Sea France, c'est quand même une filiale autonome, dont le SNCF est principalement dans un rôle de "créancier" et qu'on parle de "obligation de redressement interne". Sachant qu'en plus, la Commission européenne a interdit à la SNCF de recapitaliser Sea France. Donc, en bref, est-ce que l'obligation rebondit sur la SNCF ou s'arrête aux portes du tribunal de commerce de Paris ?

Merci d'avance.

Bien qu'en droit français, le groupe n'ait pas de personnalité juridique en tant que tel, dans le cadre de la LMS de 2002, c'est bien au sein d'un groupe que ce reclassement doit se faire.

Les trois points soulevés n'entrent pas en ligne de compte par rapport à cette obligation de la LMS, qui est propre au droit social et du travail : 

- Le fait qu'il n'y ait pas de régime d'intégration fiscale (lorsqu'il y a possession à 95%) ou que la SNCF ait opté ou non pour le régime mère fille (lorsque la filiale est détenu à 5% pendant au moins 2 ans avec option) n'entre pas en ligne de compte car ce ne sont que des dispositifs fiscaux. E l’occurrence, SeaFrance appartient à 100% à la SNCF !

- En ce qui concerne le caractère de "créancier" de la SNCF à l'égard de sa filiale autonome, ça n'impacte en rien la question posée, puisque les créances au sein d'un groupe doivent être traitées comme toute créance entre entreprises distinctes (avec un régime fiscal particulier des abandons temporaires ou définitifs de créance sur lequel je passerais tant il est complexe). Là encore, il ne s'agit que d'un dispositif fiscal (avec quelques particularités dans le cadre de l'intégration fiscale) qui n'entre pas en ligne de compte dans le droit du travail.

- Par ailleurs l'interdiction de recapitalisation de la SNCF par la commission provient du fait que la SNCF est une entreprise publique et que dès lors, on entre dans le champs des aides d'Etat (Article 106 TFUE), mais cela, encore une fois, n'est pas interconnecté avec l'obligation de reclassement de la LMS 2002 (comme tu le sais, la politique sociale n'entre pas dans les compétences exclusives de l'UE, mais il s'agit seulement d'une compétence partagée, voire d'appui et il n'y a pas à ma connaissance de directive qui vienne encadrer le régime de reclassement des salariés d'une entreprise en redressement).

Sans présumer d'une éventuelle jurisprudence future contraire, il me semble bien qu'en l'espèce, il y a bien une obligation de reclassement en interne au sein du groupe, sans égard pour ces diverses dispositions fiscales ou européennes susmentionnées qui restent hors du champs d'application de la LMS et bien cantonnées dans leur champs d'application propre.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

268

Re: Actualité juridique

Merci beaucoup !

M'enfin bon.

Re: Actualité juridique

Coke a écrit:

Sous la présidence de Sarkozy, il y a eu aussi SeaFrance. (Ya peut etre un autre topic, vous pouvez déplacer à gré)

Pour le coup, il a plutôt bien joué...

Luc Rosenzweig a écrit:

Ne m’appelez plus jamais Seafrance !

Soyons attentifs aux signaux sémantiques : les salariés de Seafrance, la compagnie maritime transmanche filiale de la SNCF, en voie de liquidation, n’ont pas droit à l’article défini. On ne dit pas « les Seafrance », comme on dit « les Conti », ou jadis « Les Lip » pour désigner affectueusement un collectif de travailleurs en lutte pour défendre leur emploi menacé par la crise économique ou les délocalisations. On perçoit comme un malaise, dans la gauchosphère, à entonner le grand air de l’indignation contre la malfaisance du capitalisme sauvage et bestialement financier, qui jette sans états d’âmes les salariés à la rue ou, pour ce cas précis, par dessus bord.

Pourtant, le syndicat majoritaire à Seafrance, la CFDT, avait sorti de sa manche un narratif qui aurait dû lui gagner le soutien de tous les braves gens dont le cœur saigne en pensant aux familles vouées à la misère et la précarité par la loi d’airain du profit. « Nous, travailleurs de la mer, sommes prêts à poursuivre l’activité de la compagnie dans le cadre d’une société coopérative ouvrière de production (Scop). Et c’est possible, si l’Etat nous donne le coup de pouce indispensable : 50 millions d’euros pour apurer le passif ! ». Ledit Etat, c’est à dire vous et moi, est donc prié de passer à la caisse pour sortir du pétrin une entreprise qui rêve de maintenir bien haut le pavillon français entre Calais et Douvres.

Les vieux babas voient ressusciter le rêve d’autogestion qui faisait les beaux jours du défunt PSU, et les néo-indignés sont prêts à marcher sur Calais pour forcer les patrons à remettre les clés de Seafrance à la CFDT, en chemise et la corde au cou, comme il est d’usage dans les parages.
Mais cette fois-ci, le conte de fée social a fait un bide magistral et les héros autoproclamés de la classe ouvrière se sont révélés de fieffés escrocs à la compassion publique. Il aura fallu un coup de poker magistral de Nicolas Sarkozy pour que la réalité surgisse de l’enfumage pratiqué par les pontes syndicaux de Seafrance. Alors que les ministres concernés, Thierry Mariani et Nathalie Kosciusko-Morizet avaient rejeté le plan Scop pour cause de non-viabilité économique, le président de la République enjoint Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, d’accorder des indemnités de licenciement extra-légales aux salariés de Seafrance. Celles-ci peuvent aller de 20 000 à 60 000 euros, en fonction du statut et de l’ancienneté des personnels concernés. Ainsi, explique Sarkozy, ceux qui veulent poursuivre l’activité maritime dans le cadre d’une Scop pourront investir ce bonus dans leur entreprise, et vogue la galère !

En bonne logique syndicale, les bouchons de champagne auraient dû sauter dans les chaumières de Calais… Il n’en a rien été, et les bonzes de la CFDT locale ont trouvé un prétexte bidon : l’insécurité juridique de la propriété des navires après liquidation (1.) pour refuser de marcher dans la combine proposée par Nicolas Sarkozy. Pourquoi cette « marche arrière, toute ! » ordonnée par le carré des officiers cédétistes ? La réponse se trouve dans un rapport de la Cour des comptes sur la gestion de Seafrance datant de 2009, opportunément exhumé par nos confrères d’ Atlantico, qui pour le coup ont démontré qu’ils n’étaient pas manchots, si je peux me permettre.

Ce rapport met en lumière les pratiques proto-mafieuses du syndicat majoritaire, qui contrôlait l’embauche des salariés de l’entreprise, où régnait le népotisme et le clientélisme le plus débridé. La direction était impuissante devant les diktats du syndicat, qui imposait des effectifs disproportionnés par rapport à l’activité de la compagnie, par ailleurs soumise à la rude concurrence des armateurs britanniques, plus stricts sur les critères de gestion. De plus, l’absentéisme du personnel titulaire de Seafrance dépassait toutes les normes constatées dans d’autres secteurs, avec une moyenne annuelle de trente-neuf journées par salarié, ce qui contraignait la compagnie à faire assurer leur service par des CDD. La Scop telle que la rêvait les chefs syndicaux était d’une espèce tout à fait singulière : on devient les vrais patrons, on ne touche a rien, et si les déficits persistent, la puissance publique comble les trous sans rechigner.
On apprenait, de surcroît, que ces mêmes leaders syndicaux avaient repoussé une offre de reprise par la société d’armement Louis-Dreyfus, qui aurait préservé environ cinq cents des huit cent quatre-vingt postes de travail de Seafrance…

La CFDT confédérale, jusque là très discrète sur le dossier Seafrance, vient de désavouer sa section locale, dont les manipulations de tous ordres – allant jusqu’à l’intimidation physique des employés rétifs à suivre ses consignes – risquaient de porter atteinte à l’image de la centrale dirigée par François Chérèque.

Cette affaire ne constitue pas un cas isolé et exceptionnel. Une forme dévoyée de syndicalisme, plus proche des pratiques américaines illustrées dans le film Sur les quais d’Elia Kazan que des idéaux de la charte d’Amiens, a porté un coup fatal à des secteurs entiers de l’économie nationale. Si nos ports sont délaissés par les armateurs internationaux, si la presse quotidienne nationale est en état de soins palliatifs, si les NMPP (messageries de presse) ne vont guère mieux, c’est que pendant des décennies des syndicats tout puissants ont dicté leur loi aux entrepreneurs. Le « closed shop » (contrôle de l’embauche par le syndicat) a fait passer l’allégeance devant la compétence. Ainsi, comme journaliste de la presse parisienne au siècle dernier, j’ai pu observer comment le syndicat CGT du Livre recasait dans les imprimeries les employés des municipalités communistes victimes du déclin électoral du PCF. Le nombre des emplois détruits par ce système n’a jamais fait la une des journaux, même pas du Figaro, et pour cause : pendant des années Robert Hersant, lorsqu’il contrôlait ce groupe de presse, a entretenu les meilleurs rapports avec les bonzes de la CGT du Livre, empêchant toute solidarité patronale face à leur mainmise sur l’outil de production.

Dans l’enfer réservé dans l’au-delà aux exploiteurs, les patrons-voyous devraient faire bon ménage avec les syndicalistes de la même farine.

1. Argument fallacieux, car la SNCF s’était engagé a racheter les navires dans le cadre d’une liquidation judiciaire et à les louer ensuite à la Scop.

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

270

Re: Actualité juridique

Dans la série "ça m'insupporte qu'on invoque toute sorte de grands principes à tort et à travers", l'affaire Zidane/Alevêque :

L'Obs a écrit:

L'humoriste a plaidé la liberté du "bouffon". Autrefois, le bouffon était le seul à pouvoir railler le roi ; selon Alévêque, il est aujourd'hui le seul à pouvoir s'en prendre aux "puissants" et aux "icônes".

Mais pour qui se prend-il, à vouloir se placer au-dessus des lois ?

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Cet argument d'Alêvèque est nase...

Un autre de ses arguments me semble beaucoup plus intéressant : Zidane est un personnage public, or si on commence " à réprimer" à chaque fois qu'une personnage public est de près ou de loin "insulté " , on sort plus !....Rien que les commentaires en dessous des journaux : autant les supprimer direct.... et la moitié des commentateurs de la page fb de Sarkozy irait au tribunal ^^

Last edited by Keitaro (04-02-2012 02:55:33)

Si vous avez construit des châteaux dans les nuages, votre travail n'est pas vain ; c'est là qu'ils doivent être. À présent, donnez-leurs des fondations!..

272

Re: Actualité juridique

Keitaro a écrit:

Cet argument d'Alêvèque est nase...

Un autre de ses arguments me semble beaucoup plus intéressant : Zidane est un personnage public, or si on commence " à réprimer" à chaque fois qu'une personnage public est de près ou de loin "insulter" , on sort plus !....Rien que les commentaires en dessous des journaux : autant les supprimer direct.... et la moitié des commentateurs de la page fb de Sarkozy irait au tribunal ^^

Quand tu dis d'un mec que c'est "une pute", qu'il est "con comme une bite" et "qu'il crève dans le yaourt", il n'y a pas de guillemet à mettre autour du terme "insulté" (PAN, au passage). A ce niveau-là ce n'est ni de la critique, ni de l'humour (tout juste du sous-Gambetta).

Le fait que toute le monde le fasse sur lemonde.fr n'est pas une excuse. D'autant que ce n'est pas la même chose, Alévêque usant d'une parole publique ayant une portée que le commentaire n°164 n'a pas.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Y a quand même une part de 3 ème degré : crever dans la yaourt ....
Evidemment ses propos ne sont pas drôle. Mais, faire passer Alèvêque pour un martyr tout en lui faisant de la pub (et à ses propos au passage..), le condamner serait au final contre-productif et un peu disproportionné...
au grand max :une pichenette symbolique du juge pour faire plaisir à Zidane et au politiquement correct devrait suffire ...

Au pire si Zidane n' est pas content, paf un coup de boule comme il se doit  ..

Si vous avez construit des châteaux dans les nuages, votre travail n'est pas vain ; c'est là qu'ils doivent être. À présent, donnez-leurs des fondations!..

Re: Actualité juridique

Le Point a écrit:

La loi sur la négation des génocides jugée inconstitutionnelle

- Publié le 28/02/2012 à 17:12

PARIS (Reuters) - Le Conseil constitutionnel a jugé mardi contraire à la Constitution la loi pénalisant la négation des génocides reconnus par la France, notamment celui des Arméniens par les Turcs en 1915.

Le Parlement français avait adopté le 23 janvier cette proposition de loi déposée par la députée UMP Valérie Boyer qui a suscité de très vives réactions de la Turquie.

"Le Conseil a jugé qu'en réprimant la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication", déclare-t-il dans un communiqué.

Le texte, qui est donc censuré, punissait la négation d'un génocide d'un an d'emprisonnement, d'une amende de 45.000 euros ou des deux à la fois.

http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/ … 09_240.php

« Que voulez-vous ? Que j'aille chez vous avec une verge, ou avec amour et dans un esprit de douceur ? » 1 Corinthiens 4:21

Re: Actualité juridique

Le fondement est discutable...

"Un gamin de 18 ans tutoie une mama en boubou, oubliant qu'on ne donne plus du camarade dans le coin depuis une paie."

Re: Actualité juridique

Quelqu'un peut m'expliquer en quoi ce cas diffère de la loi Gayssot ?

Last edited by *Fragrance* (29-02-2012 01:31:49)

« Que voulez-vous ? Que j'aille chez vous avec une verge, ou avec amour et dans un esprit de douceur ? » 1 Corinthiens 4:21

277

Re: Actualité juridique

Le CC n'est pas une cour.

"What we have today is a generation of people that have been raised believing in Evolution, which says rights come from the government.", Kent Hovind

278

Re: Actualité juridique

Le ConsCons a écrit:

6. Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française » ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution,

Je ne suis pas du tout spécialiste, et j'espère qu'Eolas fera un billet sur le sujet.

Sur la différence, peut-être que, pour la Shoah, il n'y a pas une simple reconnaissance  et que ce n'est pas le législateur lui-même qui a qualifié les crimes. Il y a des décisions de justice, notamment du Tribunal de Nuremberg, qui ont plus de force que la simple déclaration (même de force législative) et pourraient donc être revêtues d'une certaine "portée normative".

Le ConsCons n'a encore jamais été saisi de la loi Gayssot ?

En tout cas, on le saura dorénavant : il y a des sous-lois ne pouvant "être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi".

"Moult a appris qui bien connut ahan"

279

Re: Actualité juridique

En tout cas, on le saura dorénavant : il y a des sous-lois ne pouvant "être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi".

En fait, ça s'appelle une "loi recognitive", comme il existe des "actes recognitifs" civils ou administratifs qui, comme leur nom ne l'indique qu'à moitié, "reconnaissent" un fait, une situation ou un évènement. Et comme tout acte non normatif, les actes administratifs recognitifs ne sont pas susceptibles de recours pour excès de pouvoir.

;-)

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

280

Re: Actualité juridique

Oh mon dieu, du droit administratif ! Merci pour cet éclairage, mes cours de droit public commencent à être loins.

Que l'adminsitration fasse des actes inutiles, soit : c'est même dans sa nature. Mais une loi sans la portée normative de la loi, je suis choqué.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Actualité juridique

Le ConsCons a écrit:

6. Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française » ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution,

Analyse rapide.
C'est un considérant à la lecture ambigüe mais qui, en réalité, me semble très bien compris si mon interprétation est correcte. Le développement semble tenir en deux parties (les membres du Conseil ont fait sciences po et ont bien retenu la méthodologie correctement enseignée par les assistants de cours).

Première partie. Le Conseil Constitutionnel inaugure avec un considérant de principe : il ne fait que rappeler une règle à la portée générale sans se prononcer sur le cas présent : "une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi".
Dit autrement, il n'est pas permis de donner force obligatoire à une loi qui reconnaîtrait un crime de génocide. C'est un point intéressant, parce que cela veut dire que le Parlement peut prendre une loi pour dire qu'il reconnait tel ou tel acte - et l'on songe à la loi Taubira sur la reconnaissance de l'esclavage. Mais c'est un acte purement déclaratif, et le Parlement ne peut pas sanctionner la méconnaissance de cette loi.
C'est un considérant qui se fonde vraisemblablement sur les principes généraux, notamment la séparation des pouvoirs ; le Parlement est le pouvoir législatif, il ne peut pas s'arroger le pouvoir judiciaire. Or qualifier un fait précis puis procéder à l'incrimination de ce fait comme tel, c'est précisément être juge.

"que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française »"
Dit autrement : le Parlement vient de faire ce qu'on a dit qu'il ne pouvait pas se permettre.

Deuxième partie du développement. "qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication"
La première partie de cette phrase résume un peu ce que j'ai pu développer à l'instant. Quant à la seconde partie, c'est intéressant, parce que cette fois le Conseil quitte le terrain du droit constitutionnel pur, ou institutionnel, pour aborder celui des droits fondamentaux. Et notamment celui de la liberté d'expression, sans laquelle on ne peut pas avoir de démocratie.
Une loi mémorielle dont la violation est sanctionnée est une atteinte à la liberté d'expression.

A ce stade, ce que le considérant ne dit pas, c'est que l'atteinte à la liberté d'expression est évidemment permise, sous certaines conditions, pour le législateur. C'est le fameux triptyque : l'atteinte doit être nécessaire, adaptée et proportionnée. Sans quoi, elle est inconstitutionnel. Il va de soit qu'une qualification & interdiction générale n'est ni adaptée, ni proportionnée - on n'abordera pas le terrain de la nécessité, qui lui est plus discutable.


Enfin, quant à la loi Gayssot, elle est très particulière. Car en réalité, ce qu'elle incrimine n'est ni autre ni moins que la négation du jugement du Tribunal de Nuremberg - soit dit au passant, la négation de toute solution de justice est une infraction, ce que les politiques, médias et autres orateurs publics ont tendance à oublier un peu trop souvent. Ce sont donc des faits qui ont été retenus, reconnus et qualifiés par une Cour de justice qui ne peuvent être contestés. Le raisonnement peut, à certains égards, être considéré comme vaseux, mais ce qui est essentiel c'est cette distinction organique juge - législateur.

Voilà. Maintenant dodo.

Flop, entre deux vols au coin du monde pour faire signer des contrats que, de toute façon, personne ne veut.

282

Re: Actualité juridique

Rayan a écrit:

Le CC n'est pas une cour.

Je ne vois pas le rapport avec les points abordés dans le fil et je ne suis même pas sûr de comprendre la phrase: voulez-vous dire que ce "Conseil" ne s'appelle pas "Cour" ? C'est une évidence. Ou bien que le CC n'est pas une juridiction ? Ce dernier point de vue est fort contesté...

Tafay Flop a écrit:

la négation de toute solution de justice est une infraction

Ca m'étonne, quel est le texte ou la jurisprudence qui doit ça ? Voir, sur des questions proches:

http://www.maitre-eolas.fr/post/2005/12 … de-justice
http://droit-au-droit.blogspirit.com/ar … oir-s.html

Sur la loi Gayssot: le plus étonnant AMHA n'est pas que le CC ne l'ait pas examinée, mais que la Cour de cass ait refusé de lui transmettre la QPC, pour absence de caractère sérieux de la question - alors que l'avocate générale était elle-même favorable à la transmission, ce qui conduit à dire que cette magistrate n'est pas prise au sérieux par ses propres collègues !

Sur ce dernier point, je ne comprends pas l’argumentation de Me Lyon-Caen: tout d’abord, est-il interdit au juge national d’être plus protecteur des libertés que ne l’est la CEDH (surtout quand il se prononce sur la base d’un texte semblable mais différent) ? Ensuite, le blocage de la question par la cour de cass ne risque-t-il pas d’avoir pour effet de renforcer les doutes sur la constitutionnalité de la loi au lieu, comme l’affirme cet avocat, de « mettre un terme à ces doutes » ?

Me Lyon-Caen déclarait également:  "Si vous estimez que la loi sur la contestation de l’existence de ces crimes que vous avez réprimés est contraire à la liberté d’expression, vous allez choquer la mémoire des familles des déportés. "

Là aussi, j’ai du mal à le suivre: tout d’abord parce qu’il me semblerait abusif d’empêcher l’expression de toute opinion susceptible de choquer (de mémoire, il me semble d’ailleurs que la jurisprudence de la CEDH autorise expressément l’expression de ces opinions). Mais aussi parce que la cour de cass, si j’ai bien suivi, est compétente pour se prononcer, non sur la question de la constitutionnalité des lois, mais uniquement le caractère sérieux ou non de cette question.

283

Re: Actualité juridique

Jojo Lapin a écrit:
Rayan a écrit:

Le CC n'est pas une cour.

Je ne vois pas le rapport avec les points abordés dans le fil et je ne suis même pas sûr de comprendre la phrase.

"Vous" m'en voyez navré !
Désolé de te dire que ton raisonnement sur la CCass est singulièrement naïf. Feu la formation QPC a entendu faire échec au dit mécanisme autant qu'il lui était possible (cf également la fameuse affaire Melki et Abdeli).
C'est de la politique, donc du rapport de force, autant que du droit. Il faut se le mettre dans la tête.

"What we have today is a generation of people that have been raised believing in Evolution, which says rights come from the government.", Kent Hovind

Re: Actualité juridique

Jojo Lapin a écrit:

Ca m'étonne, quel est le texte ou la jurisprudence qui doit ça ? Voir, sur des questions proches:

http://www.maitre-eolas.fr/post/2005/12 … de-justice
http://droit-au-droit.blogspirit.com/ar … oir-s.html

C'est bien à ce dispositif que je songeais. Mais mea culpa, je pensais qu'il s'appliquait dans un champ plus large. Et il est vrai que c'était, de ma part, une pensée bien idiote.

Flop, entre deux vols au coin du monde pour faire signer des contrats que, de toute façon, personne ne veut.

285

Re: Actualité juridique

Rayan a écrit:
Jojo Lapin a écrit:
Rayan a écrit:

Le CC n'est pas une cour.

Je ne vois pas le rapport avec les points abordés dans le fil et je ne suis même pas sûr de comprendre la phrase.

"Vous" m'en voyez navré !
Désolé de te dire que ton raisonnement sur la CCass est singulièrement naïf. Feu la formation QPC a entendu faire échec au dit mécanisme autant qu'il lui était possible (cf également la fameuse affaire Melki et Abdeli).
C'est de la politique, donc du rapport de force, autant que du droit. Il faut se le mettre dans la tête.

Je vois bien une copie de droit public éluder une explication d'arrêt : "de toute façon, c'est du rapport de force tout ça hein, c'est les rapports socio-économiques donc bon..."

Bonne chance pour les concours lol

Re: Actualité juridique

WMZ8 a écrit:
Rayan a écrit:
Jojo Lapin a écrit:
Rayan a écrit:

Le CC n'est pas une cour.

Je ne vois pas le rapport avec les points abordés dans le fil et je ne suis même pas sûr de comprendre la phrase.

"Vous" m'en voyez navré !
Désolé de te dire que ton raisonnement sur la CCass est singulièrement naïf. Feu la formation QPC a entendu faire échec au dit mécanisme autant qu'il lui était possible (cf également la fameuse affaire Melki et Abdeli).
C'est de la politique, donc du rapport de force, autant que du droit. Il faut se le mettre dans la tête.

Je vois bien une copie de droit public éluder une explication d'arrêt : "de toute façon, c'est du rapport de force tout ça hein, c'est les rapports socio-économiques donc bon..."

Bonne chance pour les concours lol

Exactement. On ne te demande pas d'être aussi technique dans une dissertation de droit public ; la lecture de l'ouvrage "Le droit administratif" de Prosper Weil dans les Que Sais-je devrait te fournir une illustration de ce que l'on attend comme type de rédaction dans les concours administratifs.

Enfin, dans les concours administratifs en droit public, on ne te demande que de retenir la date de l'arrêt et la portée, et non pas le raisonnement ou l'explication d'arrêt qui se trouve dans le GAJA.

Last edited by kobayashi (03-03-2012 15:23:08)

"Un gamin de 18 ans tutoie une mama en boubou, oubliant qu'on ne donne plus du camarade dans le coin depuis une paie."

Re: Actualité juridique

Le Conseil constitutionnel vient de censurer la loi sur la négation de génocides reconnus par la loi. C'était attendu, évident. Pas de surprise de ce coté là, par contre, j'attendais de voir comment il allait s'y prendre, tellement il y avait d'angles de tirs.

Le considérant de censure est surprenant, et pour tout dire très alambiqué, au point d'être difficilement compréhensible. "Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française » ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution"

On commence par dire qu'une loi qui se contente de reconnaître un crime de génocide n'a pas de portée normative, puis on poursuit en disant que l'article 1er de la loi déférée réprime le fait de violer une loi "non normative", et d'un seul coup, on bifurque brutalement sur la liberté d'expression (alors que le prémisse porte sur l'incompétence négative) pour dire que cette loi est contraire à la Liberté d'expression, parce que le Parlement interdit de contester un fait qu'il a lui-même établit. On semble retomber sur les pieds, mais ce n'est qu'un trompe l'oeil. Juridiquement, ce considérant est très bizzare. On aurait attendu que le Conseil constitutionnel applique au cas d'espèce le principe posé dans la fin du considérant 5, selon lequel "les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi". Il aurait ainsi pu dire par exemple qu'il n'y a pas atteinte à l'ordre public, où que la qualification des faits n'est pas assez précise. Il aurait alors constaté que l'atteinte était manifestement disproportionnée, que la mesure n'était pas adaptée. On arrivait à une censure absolument incontestable.

Alors pourquoi ce numéro de voltige juridique. Pour le savoir, il faut lire les deux dernières pages du commentaire officiel de cette décision, que l'on découvre très politique.

Premier point, en quelques lignes, le Conseil constitutionnel ferme définitivement la porte à toute loi mémorielle : "Le fondement de la censure réside donc dans l’atteinte que porte en elle-même à l’exercice de la liberté d’expression et de communication l’incrimination de la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes reconnus et qualifiés comme tels par la loi". En clair, et cela répond à ma question sur ce que le conseil a voulu dire dans son considérant, le fait de réprimer par la loi la contestation de faits reconnus par la loi est, en soi, une atteinte disproportionnée et inadaptée à la liberté d'expression. C'est, d'office, une mesure disproportionnée. Bon courage à ceux qui voudraient faire voter de nouvelles lois mémorielles. Soit elles ne sont pas normatives, donc applicables, soit elles sont, par leur nature même, inconstitutionnelles et tomberont par voie de QPC qui ne pourront qu'être transmises par la Chambre criminelle de la Cour de Cassation.

Le Conseil apporte ensuite une réponse à la question qui est sur toutes les lèvres : Et la loi Gayssot ? Il dit que cette loi de 1990 ne réprimant pas la contestation de crimes "reconnus par la loi", elle n'est pas concernée par cette décision 2012-647 DC. En effet, la loi Gayssot ne réprime pas la négation de la Shoah, mais la négation des faits établis par le verdict du Tribunal pénal international de Nuremberg. Ce n'est pas du tout pareil, puisque le législateur n'est pas "juge et partie", mais se contente d'interdire de contester un verdict, avec des motifs d'intérêt général évident (la lutte contre l'antisémitisme). L'atteinte à la liberté d'expression est ici "proportionnée" et donc acceptable. Le Conseil constitutionnel en a rajouté plusieurs couches, en détaillant sur plusieurs pages dans le commentaire, alors qu'une demi page aurait suffit, toute sa jurisprudence sur les limitations qu'il est possible d'apporter à la liberté d'expression,la loi Gayssot n'en étant qu'une parmi d'autres.

Enfin, le Conseil constitutionnel met un peu de baume apaisant pour les arméniens. Le Conseil "a veillé à ne pas entrer dans le domaine de compétence qui est celui des historiens. Ainsi la loi précitée du 29 janvier 2001ne lui était pas soumise et, a fortiori, il n’a formulé aucune appréciation sur les faits en cause". Il s'est bien gardé de dire quoi que ce soit sur le génocide arménien en lui même, et ne s'est surtout pas prononcé sur le fait que ce soit un génocide ou pas. Et en plus, le Conseil a été sympa, parce qu'il y aurait pu censurer aussi la loi de 2001, qui dit "La France reconnaît publiquement le génocide arménien", en vertu d'une jurisprudence dite "Nouvelle-Calédonie" (dont la teneur est très bien expliquée dans le commentaire). Il aurait pu le faire, il ne l'a pas fait pour ne pas humilier les arméniens.

C'est finalement une belle décision. La loi est censurée, la porte est fermée à double tour pour les lois mémorielles, la loi Gayssot est mise à l'abri et la communauté arménienne de France n'est pas humilié par une censure de la reconnaissance symbolique (et sans portée normative) de son traumatisme fondateur. Si le prix à payer pour ce bel équilibre politique, c'est juste une rédaction juridiquement un peu "baroque", ce n'est finalement pas cher payé.

http://www.authueil.org/?2012/02/28/196 … e-genocide

Excellent billet.

"Un gamin de 18 ans tutoie une mama en boubou, oubliant qu'on ne donne plus du camarade dans le coin depuis une paie."

288

Re: Actualité juridique

WMZ8 a écrit:
Rayan a écrit:
Jojo Lapin a écrit:
Rayan a écrit:

Le CC n'est pas une cour.

Je ne vois pas le rapport avec les points abordés dans le fil et je ne suis même pas sûr de comprendre la phrase.

"Vous" m'en voyez navré !
Désolé de te dire que ton raisonnement sur la CCass est singulièrement naïf. Feu la formation QPC a entendu faire échec au dit mécanisme autant qu'il lui était possible (cf également la fameuse affaire Melki et Abdeli).
C'est de la politique, donc du rapport de force, autant que du droit. Il faut se le mettre dans la tête.

Je vois bien une copie de droit public éluder une explication d'arrêt : "de toute façon, c'est du rapport de force tout ça hein, c'est les rapports socio-économiques donc bon..."

Bonne chance pour les concours lol

Merci de t'inquiéter pour mes aptitudes en droit public !  big_smile

"What we have today is a generation of people that have been raised believing in Evolution, which says rights come from the government.", Kent Hovind