Re: Thread expos, salons et manifestations diverses
Plaisir partagé ! Quel honneur.
Et ça m'évitera un dimanche aprem passé à bosser...
Juste, quelle station de métro est la plus proche ? Ils en mettent différentes sur le site.
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Plaisir partagé ! Quel honneur.
Et ça m'évitera un dimanche aprem passé à bosser...
Juste, quelle station de métro est la plus proche ? Ils en mettent différentes sur le site.
Je descends toujours à Alma-Marceau mais il y en a peut-être une plus proche.
Je descends toujours à Alma-Marceau mais il y en a peut-être une plus proche.
Je vous envie. ![]()
Je regrette de ne pouvoir assister à l'expo "We wants Miles" à la Cité de la Musique consacrée à Miles Davis (ceci dit j'avais été plutôt déçu par l'expo Gainsbourg dont la muséographie était vraiment désagréable). La Cité invite d'ailleurs des jazzmen pour trois soirées en cette fin de semaine: http://www.lefigaro.fr/musique/2009/10/ davis-.php (avec le superbe Milestone à la fin de l'article).
Et pour le plaisir: http://www.youtube.com/watch?v=f4AJ2Z-lhoM
Beltra ne cache pas ta joie!
Vu l'expo Edvard Munch à la Pinacothèque. J'ai été un peu déçu.
Quelques peintures et gravures intéressantes (comme l'Enfant malade ou la série des Madone) mais l'ensemble est assez répétitif (surtout des paysages, dont le motif de la maison rouge est récurrent, des portraits... De nombreux portraits montrent des personnages de loin et/ou de dos, aux contours très flous ; ainsi cet hallucinant tableau intitulé Sur la Jetée où l'on voit trois jeunes filles dont l'une a une sorte de smiley à la place du visage ! Je n'ai pas pu m'empêcher de rire en le voyant et je n'étais pas le seul). Il n'y a pas grand-chose qui m'ait vraiment marqué. Les œuvres exposées (essentiellement issues de collections particulières, donc peu connues) ne sont d'ailleurs pas nombreuses, on en fait vite le tour.
L'expo est intitulée l'Anti-Cri (puisque le fameux Cri n'y est pas montré) ; cela dit, ses portraits de personnages torturés m'y ont souvent fait penser.
Ne pas y aller le week-end, c'est une horreur : trop de monde dans des couloirs exigus.
Apparemment, le Centre Pompidou prépare une grande rétrospective Munch pour 2011.
En attendant, il y a pas mal d'expos intéressantes en ce moment, dont une sur la Sainte Russie au Louvre, Turner au Grand Palais, Greco à Dali à Jacquemart-André, les Vanités à Maillol (qui m'a l'air très bien) etc.
Je vais voir Greco-Dali demain à Jacquemart-André, je vous dirai ce que j'en pense. C'est le premier jour (comme YSL aujourd'hui !)
Crime et Châtiment à Orsay a l'air génial aussi !
Ah oui, Crime et Châtiment, effectivement, ça m'intéresse aussi. Et Lucian Freud également.
Bref, il y en a presque trop. ;)
Mami, tu aurais vu, par hasard, l'expo sur Chopin au Musée de la Vie romantique ? Si oui, elle vaut le coup ?
Moi je l'avais vue il y a quelques années. Elle est très chouette, mais le haut est consacré à George Sand, dans ma mémoire.
Je suis allée voir l'expo Yves Saint Laurent au petit palais et je la conseille très fortement.
Une très jolie exposition, des très belles "œuvres" (vraiment), d'une taille humaine et sans déballage de moyens qui plombent les expo de ce genre : des mannequins qui portent les tenues, quelques vidéos pas trop longues et intéressantes, quelques gimiks fort sympathiques (La série de petites BD Lulu la mauvaise fille, à hurler de rire) ...
Et certes, en sortant de là, on se sent moche, grosse et mal habillée mais on se dit que rien n'est perdu !
Warning : plutôt pour les filles, ce sont quand même principalement des tenues.
Non, pas vu, mais ça me tente bien, quoique je préfère encore aller l'écouter à Pleyel/Cité de la Musique.
A ce sujet, le programme 2010-2011 de Pleyel vient de sortir. N'oubliez pas le super bon plan du tarif -de 28 ans (il a augmenté d'1€ mais ça reste 9€ la place pour tous les concerts, à condition de prendre 5 places d'un coup la première fois !)
Et la salle est superbe, confortable, et toutes les places sont très bonnes ! Pas de mauvais plan caché derrière une colonne ou je ne sais quoi ! Du VRAI bon plan !
Je valide. On m'a offert un bon d'achat de 100€ l'année dernière, j'ai pris mes places TRES tard dans la saison (le 31 décembre, alors que la saison commence en septembre et que généralement toutes les bonnes places partent la première semaine de mise en vente des places, en mai, quoi) et c'est un énorme kiffe : 12 places de concerts topissimes et pour le moment, que de très bonnes places !
Pour l'acoustique, ça se discute, je suis un peu déçue pour les formations de chambre, mais pour la musique orchestrale, c'est grandiose, comme toujours !
Voyez aussi au TCE, je préfère l'ambiance (moins show off que Pleyel) et la programmation est souvent audacieuse. Et la salle est également très belle.
Il y a aussi une offre étudiant, à 10€ la place si on prend 5 places d'un coup. Mais c'est pour les étudiants, moi c'est fini :'(
Expo qui a l'air intéressante et que j'irai voir : http://next.liberation.fr/culture/11011 e-aux-ados
Une rétrospective Larry Clark est aussi organisée à la Cinémathèque en octobre en sa présence.
Expo qui a l'air intéressante
Pan.
http://www.youtube.com/watch?v=v8xf0NvvgGU
Désolé de gâcher ta jubilation, Frag : http://www.synapse-fr.com/manuels/AVOIR_L_AIR.htm
Désolé de gâcher ta jubilation, Frag : http://www.synapse-fr.com/manuels/AVOIR_L_AIR.htm
Je reviendrai !
La rétrospective me disait bien, aussi. Mais avec le battage qu'il y a eu, on va avoir droit comme d'habitude au public qui ne vient que pour le contenu explicite.
Au pire, je me repasserai Ken Park, à la place.
"Larry Clark", vers une interdiction au "public"
LEMONDE.FR | 24.09.10 | 11h02 • Mis à jour le 24.09.10 | 11h05Stéphanie Moisdon, critique d'art et commissaire d'exposition
Depuis que j'ai été informée de la décision de la Ville de Paris d'interdire l'entrée de l'exposition Larry Clark aux moins de 18 ans, je m'attendais à ce qui arrive, une chaîne de réactions médiatiques désordonnées.
Un premier rectificatif s'impose : l'affaire Présumés innocents qui sert de socle au cas Larry Clark, exposition ouverte en 2000 au Capc de Bordeaux et qui m'a valu d'être poursuivie en pénal (avec Marie-Laure Bernadac et Henry-Claude Cousseau) depuis maintenant plus de dix ans, n'est toujours pas "classée". Merci aux journalistes et commentateurs d'en tenir compte. Après une ordonnance de non-lieu, l'organisation La Mouette a décidé de pourvoir en cassation et rien à ce jour n'indique que la procédure ne puisse aboutir.
Etant donné la tournure que prennent ces choses juridiques, mieux vaut être précis. Car ce détail n'est pas le moindre. Il permet de saisir le contexte nébuleux de "lâcheté" dans lequel la décision finale de priver Larry Clark de son public privilégié, les adolescents, a été entérinée. Contrairement à ce qu'affirme Hugo Vetrani dans son texte sur Mediapart, nous sommes donc toujours en attente de la décision de la Cour de cassation, ce que la Ville de Paris n'ignore pas, et c'est bien sur cette base-là que les éditeurs Paris Musées ont fini par se désister de la publication. Dans Le Monde daté 17 septembre, la directrice Aimée Fontaine, épousant littéralement la pensée de futurs détracteurs, lâche cette phrase définitive : "On ne peut ignorer qu'il y a dans le livre des photos à caractère pédophile et pornographique".
Soyons clairs, soit une image est pédophile, soit elle ne l'est pas. Un spectateur intelligent saura trancher. Le "caractère" pédophilique ou pornographique d'une image dépend entierrement de l'appréciation toute subjective du lecteur, de sa culture et de ses valeurs. Par ailleurs, ceux qui considèrent légitimement Larry Clark comme un artiste majeur – signalons qu'il figure dans les plus grandes collections du monde – trouveront la portée d'analyse d'Aimée Fontaine pour le moins sommaire. Mais peu importe, les temps ne sont pas à la complexité !
Avant toute chose, disons que le cas Présumés innocents, unique en France, est fondé sur une procédure aberrante, un dossier fantomatique vide de charges, sur la néantisation du rôle de l'art et de ses fonctions (il ne s'agirait pas d'œuvres mais d'images ou pire de messages), et sur la fabrication de délits hypothétiques (un mineur "aurait" pu voir des images "à caractère violent et pornographique", malgré tous les dispositifs d'avertissement). Enfin, qu'il s'appuie sur une investigation qui flirte avec le burlesque : pour exemple, l'intervention d'Interpol afin de retrouver Robert Mapplethorpe, dangereux criminel bien connu de nos services, décédé en 1989, avant les faits.
PREVENTION, PRECAUTION ET AUTOCENSURE GENERALISEE
Mais cette procédure est aussi le socle d'une réflexion élargie sur les notions de droit et de liberté. Elle permet, entre autres questions, de comprendre les mécanismes d'une nouvelle forme de censure masquée, plus pernicieuse, celle qui consiste, dans l'ombre, à reformater les mentalités et les espaces publics, à multiplier les dispositifs de prévention ou de précaution, relevant d'une autocensure généralisée, difficile à tracer donc à endiguer. La vertu, si je puis dire, de cette affaire Larry Clark, est de faire tomber le voile et de révéler au grand jour le sort qui sera dorénavant réservé aux œuvres "à caractère pédophilique et pornographique" (de Balthus à Richard prince, la palette est large).
INTERDIT A SON PUBLIC, LES "KIDS"
Car pendant ces dix années, très peu de mes collègues ou artistes ont désiré témoigner d'un acte révélé d'autocensure. Pourtant je n'ai cessé depuis l'affaire d'être régulièrement "consultée" dans mon domaine, à titre d'expertise, afin d'aider à fixer les limites de la dangerosité d'une œuvre et des risques de poursuite judiciaire. Je me suis moi-même retrouvée à devoir interdire aux mineurs l'accès aux photos de David Hamilton (dans la Biennale de Lyon en 2007). Ces mêmes images, diffusées jusque-là en grand nombre dans les carteries et grandes surfaces, étant devenues proprement inmontrables. Cette décision "curatoriale" relevait à la fois d'un acte d'autocensure mais aussi d'un geste critique qui consistait à montrer l'évolution dans cette dernière décennie d'une société amnésique et liberticide.
Tous ces dispositifs préventifs (on dénombre déjà plusieurs expositions interdites aux mineurs), ont aussi pour effet de modifier le paysage des expositions, déjà largement encombré de matériels divers de médiation, devenu en quelques années des forêts de signes, de panneaux d'avertissements qui orientent le parcours et la lecture des œuvres, et qui définissent en creux une nouvelle condition du spectateur, partagé entre la consommation spectaculaire et le fantasme de sa victimisation. Face à cette dérive sécuritaire, qui s'accompagne d'une judiciarisation grandissante, le "public" tant convoité, démembré arbitrairement en catégories sociales et tranches d'âges, appréhende les territoires de l'art dans ce climat de suspicion, éduqué à se garantir des conséquences traumatiques d'une expérience de l'art qui serait non désirée, non protégée.
C'est dire aussi, paradoxalement, toute l'importance accordée à la production culturelle, et les conséquences indirectes de son accessibilité grandissante. L'art contemporain n'est plus depuis longtemps l'affaire d'une supposée élite, refermée sur ses propres enjeux, mais une véritable zone de flux, de passage, de libre-échange. En dix ans, la fréquentation des expositions est devenue aussi industrielle que sa production, sa diffusion et sa commercialisation. Cet état schizophrénique pourrait bien un jour aboutir à quelques situations aussi ridicules que radicales, comme l'interdiction aujourd'hui de l'exposition de Larry Clark à ses premiers destinataires, les "kids", ou encore l'ouverture d'une exposition "interdite au public".
Clap clap.
Last edited by *Fragrance* (24-09-2010 13:44:08)
Ce n'est pas la première fois que cette pudibonderie et cette frivolité détestables sont à l'œuvre dans le domaine artistique en France. C'est vraiment du n'importe quoi. J'approuve aussi la commissaire.
Autre article sur l'expo de Larry Clark : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2 recaution/
Autre article sur l'expo de Larry Clark : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2 recaution/
Il va falloir légiférer avant que la machine ne s'emballe.
Art. 197
4. Pornographie
1. Celui qui aura offert, montré, rendu accessibles à une personne de moins de 16 ans ou mis à sa disposition des écrits, enregistrements sonores ou visuels, images ou autres objets pornographiques ou des représentations pornographiques, ou les aura diffusés à la radio ou à la télévision, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
2. Celui qui aura exposé ou montré en public des objets ou des représentations visés au ch. 1 ou les aura offerts à une personne qui n’en voulait pas, sera puni de l’amende.
Celui qui, lors d’expositions ou de représentations dans des locaux fermés, aura d’avance attiré l’attention des spectateurs sur le caractère pornographique de celles-ci ne sera pas punissable.
En dehors de l'expo Larry Clark qui est à ne pas manquer, deux autres expos intéressantes vont ouvrir dans quelques jours. Tout d'abord, Solitudes à la galerie DjaVu, du 6 au 9 octobre, présentant les photos de Jean-Marc Barr (qui sera invité) : http://www.djavu.fr/
Puis l'expo Transe forme à la Fondation Cartier, du 12 octobre au 13 mars 2011, consacrée à Moebius. Ce dernier dédicacera d'ailleurs ses œuvres le mardi 30 novembre. http://fondation.cartier.com/
Article découvert en rentrant, amer, de l'exposition du Château. Quel bonheur.
Contre l'art des traders
LEMONDE | 02.10.10 | 13h29 • Mis à jour le 02.10.10 | 13h29
Jeff Koons est devenu l'artiste le plus cher du monde. La mutation s'est faite à l'occasion des transformations d'un marché de l'art qui, autrefois réglé par un jeu subtil de connaisseurs, directeurs de galeries d'une part et connaisseurs de l'autre, est aujourd'hui un mécanisme de haute spéculation financière entre deux ou trois galeries, une maison de ventes et un petit public de nouveaux riches. Koons ne se présente plus échevelé comme les romantiques, moins encore nu et ensanglanté comme les avant-gardistes des années 1970, mais comme un trader, attaché-case à la main et rasé de frais, fondu dans son nouveau public comme si, à défaut de faire oeuvre, l'involution en avait fait un Homo mimeticus.Le grand défaut de la peinture, de la sculpture, c'est qu'elles ne sont pas drôles. "Belle... comme un rêve de pierre" : d'une beauté impossible à dérider. L'art plastique avait, pour cette raison même, échappé jusque-là à la culture "festive" où notre civilisation croit connaître son accomplissement.
Heureusement sont apparus Versailles et Takashi Murakami, le Louvre et ses bouffons, le Palazzo Grassi et Jeff Koons : les musées se sont fait une spécialité des échanges entre "low culture" et "high culture". Plaisir de l'avilissement, reflet de ce que Proust eût appelé le snobisme de la canaille, propre aux élites en déclin et aux époques en décadence. L'objet d'art, quand il est l'objet d'une telle manipulation financière et brille d'un or plaqué dans les salons du Roi-Soleil, a plus que jamais partie liée avec les fonctions inférieures, exhibant les significations symboliques que Freud leur prêtait.
Il y a une dizaine d'années, à New York, une exposition s'était intitulée "Abject art : Repulsion and Desire". Ce fut le premier pas dans l'immonde. On n'était plus dans le subjectus du sujet classique, on entrait dans l'abjectus de l'individu post-humain. C'était beaucoup plus que la "table rase" de l'avant-garde, qui prétendait desservir la table dressée pour le festin des siècles. L'art de l'abjection nous entraînait dans le postprandial : ce que le corps laisse échapper de soi quand on a digéré. C'est tout ce qui se réfère à l'abaissement, à l'excrétion, au scatologique.
Du culte à la culture, de la culture au culturel, du culturel au culte de l'argent, c'est tout naturellement qu'on est tombé au niveau des latrines : Marc Quinn et son buste fait de son propre sang congelé, Orlan et sa chirurgie faciale, Gober et ses sculptures en cire et en poil humain, Damien Hirst et ses animaux disséqués dans du formol, Gasiorowski usant de ses propres fèces pour confectionner son jus d'atelier, Serrano et son Piss Christ et, avec eux, envahissant, ce compagnon accoutumé de l'excrément, son double sans odeur : l'or, la spéculation, les foires de l'art, les entrepôts discrets façon Schaulager à Bâle, ou les musées anciens changés en des showrooms clinquants, les ventes aux enchères, enfin, pour achever le circuit, faramineuses, obscènes...
Quel sens cela a-t-il ? Pourquoi le socius a-t-il besoin de faire appel à ce ressort "artistique" quand son ordre n'est plus assumé ni dans l'ordre du religieux ni dans l'ordre du politique ? Est-ce le désordre scatologique, qui s'étale et qui colle, qui peut nous assurer de cette cohésion qui lui fait défaut ?
Je serais tenté de citer le philosophe Agamben, son Homo sacer (Seuil, 1997-2003), fascination et répulsion, tabou et impunité. Ce sacer, dans les années 1930, des gens comme Leiris, Caillois et Bataille en avaient fait l'assise de leur esthétique, une littérature, mais aussi un art fondé sur le dégoût et la volupté de l'immonde. Chez Sartre, à la même époque, La Nausée instaurait une littérature du visqueux, du gluant, de ce qui coule, de ce qui n'a pas de forme... Au moins y avait-il encore un sacré pour permettre un sacrilège.
Mais ces manifestations infantiles marquent un retour à quelque chose de beaucoup plus archaïque en nous. Et leurs auteurs sont une possible illustration de ce que Marcel Gauchet appelle "l'individu total", c'est-à-dire celui qui considère n'avoir aucun devoir vis-à-vis de la société, mais tous les droits d'un "artiste", aussi "total", totalitaire que l'Etat jadis, à travers qui transparaît le fantasme de l'enfant qui se croit tout-puissant, et impose aux autres les excréments dont il jouit.
Est arrivée entre-temps la crise de 2008. Subprimes, titrisations, pyramide de Ponzi : on prit conscience que des objets sans valeur étaient susceptibles non seulement d'être proposés à la vente, mais encore comme objets de négoce, propres à la circulation et à la spéculation financière la plus extravagante. Les procédés qui permettent de promouvoir et de vendre une oeuvre dite d'"art contemporain", sont comparables à ceux qui, dans l'immobilier comme ailleurs, permettent de vendre n'importe quoi et parfois même rien.
Soit un veau coupé en deux dans sa longueur et plongé dans un bac de formol. Supposons à cet objet de curiosité un auteur et supposons du coup que ce soit là une oeuvre d'art qu'il faudra lancer. Quel processus permettra de la faire entrer sur le marché ? Comment, à partir d'une valeur nulle, lui assigner un prix et le vendre à quelques millions d'euros l'exemplaire, et si possible en plusieurs exemplaires ? Question de créance : qui fera crédit à cela, qui croira au point d'investir ?
Hedge funds et titrisations ont offert un exemple de ce que la manipulation financière pouvait accomplir à partir de rien. On noiera d'abord la créance douteuse dans un lot de créances un peu plus sûres. Exposons le veau de Damien Hirst près d'une oeuvre de Joseph Beuys, ou mieux de Robert Morris - oeuvres déjà accréditées, ayant la notation AAA ou BBB - sur le marché des valeurs, un peu plus sûres que des créances pourries. Faisons-la entrer par conséquent dans un circuit de galeries privées, limitées en nombre et parfaitement averties, ayant pignon sur rue, qui sauront répartir les risques encourus. Ce noyau d'initiés, ce sont les actionnaires, finançant le projet, ceux qui sont là pour "éclairer", disent-ils, spéculateurs de salles de ventes ou simples amateurs, ceux qui prennent les risques. Ils sont au marché de l'art ce que sont les agences de notation financière mondiale, supposées guider les investisseurs, mais en fait manipulant les taux d'intérêt et favorisant la spéculation. Promettons par exemple un rendement d'un taux très élevé, 20 % à 40 % la revente, pourvu que celle-ci se fasse, contrairement à tous les usages qui prévalaient dans le domaine du marché de l'art fondé sur la longue durée, à un très court terme, six mois par exemple. La galerie pourra même s'engager, si elle ne trouvait pas preneur sur le marché des ventes, à racheter l'oeuvre à son prix d'achat, augmenté d'un léger intérêt.
On obtiendra enfin d'une institution publique, un grand musée de préférence, une exposition de cet artiste : les coûts de la manifestation, transport, assurances, catalogue, mais aussi les frais relevant de la communication et des relations publiques (cocktails, dîners de vernissage, etc.) seront discrètement couverts par la galerie ou le consortium qui le promeuvent.
Mais surtout, clé de voûte de l'opération, tout comme les réserves de la Banque centrale garantissent l'émission des monnaies, le patrimoine du musée - les collections nationales exposées sur les murs ou gardées dans les réserves, tout comme l'or de la Banque de France dans ses caves - semblera, selon un ingénieux stratagème, garantir la valeur des propositions émises par le marché privé, soit deux ou trois galeries, une salle de ventes et quelques spéculateurs.
Bien sûr, ce n'est en rien la "valeur" de l'oeuvre, c'est seulement le "prix" de l'oeuvre qui est pris en compte, tel qu'on le fait monter dans les ventes. Bien sûr aussi, comme dans la chaîne de Ponzi, le perdant sera celui qui, dans ces procédés de cavalerie, ne réussira pas à se séparer de l'oeuvre assez vite pour la revendre : le dernier perd tout.
Mais, à propos du sens de l'art et de la puissance des images, c'est le vieux débat sur l'idolâtrie et l'iconoclasme qui semble revenir : violence de Byzance au VIIIe siècle, de la Réforme en Allemagne et en Angleterre, du vandalisme des révolutionnaires, et près de nous, des régimes totalitaires et de leur politique de censure. Dans ce débat, ce sont les musées et les institutions culturelles qui jouent désormais le rôle décisif.
Les émeutes des communautés musulmanes à propos des caricatures de Mahomet sont encore dans toutes les mémoires. A Milan tout récemment, c'est la communauté juive qui a interdit l'exposition publique de la dernière oeuvre de Maurizio Cattelan, représentant Hitler. Les juifs et les musulmans réagissent violemment à l'usage si libre que nous faisons des images en Occident, comme si l'image était à notre entière disposition et qu'on pût lui laisser dire n'importe quoi, jusque dans l'immonde. La communauté chrétienne, ou ce qu'il en reste, demeure en revanche étrangement silencieuse : l'effigie du pape Jean Paul II frappé par une météorite, La Nona hora, oeuvre du même Cattelan, vendue pour 3 millions de dollars (soit 2,182 millions d'euros) par Christie's en 2004, n'a suscité aucun scandale et elle est toujours benoîtement exposée. Indifférence, ignorance, cynisme ou aveuglement ? Ou bien l'autorité de nos musées est-elle devenue si forte qu'elle étouffe les indignations ?
Conservateur général du patrimoine et écrivain - Ex-directeur du Musée Picasso, membre de l'Académie française, historien d'art ("Autoportrait au visage absent", Gallimard, 2008). Polémiste, il a publié en 2009 "La Tourterelle et le chat-huant" (Gallimard) et "Zoran Music : apprendre à regarder la mort comme un soleil" avec Charles Juliet et Ida Barbarigo (Somogy éditions d'art).
Jean Clair
Avec un bémol sur le dernier paragraphe.
Last edited by *Fragrance* (02-10-2010 23:34:02)
Deux bonnes expos à voir à Paris :
Basquiat, artiste peintre New Yorkais métis, mort jeune et qui a une oeuvre courte mais intense. Et j'adooore ce style américain des années 70-80. C'est au Musée d'art moderne
A voir également Claude Monet au Grand Palais dont on ne tarit pas d'éloges. Je l'ai vu, c'est vraiment à ne pas manquer !
Edit : Aie !
Last edited by Angoulmoise (15-10-2010 02:27:08)
Claude Monnet
Ouch ouch ouch !
Ça a l'air plutôt marrant. A voir.
Jean-Léon Gérôme, l'anti-Monet
Le Musée d'Orsay met en évidence la modernité paradoxale de ce peintre ultra-académique. Une rétrospective drôle et haute en couleurs.
Pour sa peinture léchée, Baudelaire l'avait hissé au rang de «premier des pointus». Dans la foulée, Zola l'avait habillé pour l'hiver. «Ici le sujet est tout, la peinture n'est rien: la reproduction vaut mieux que l'œuvre.» Cette carbonisation devait durer un siècle. Monsieur le peintre à rosette Jean-Léon Gérôme (1824-1904), académicien professeur, artiste parmi les mieux payés de son temps, ayant aggravé son cas en insultant Manet et en estimant que les impressionnistes déshonoraient la France.
Aujourd'hui le revoilà tel un capitaine des pompiers émergeant de cendres. Il est accroché en majesté (impériale) au Musée d'Orsay. Les murs vert notaire, bleu Iznik ou rouge pompéien donnent le ton: irrésistiblement kitsch. Devant les toiles, les rires jaillissent aussi nombreux que les figurants peuplant ces très grands spectacles. Voici de fausses esclaves nues qui jouent les saintes-nitouches sous le regard de bachi-bouzouks ou d'héliastes égrillards. Voici des prostituées grecques qui se tordent comme des odalisques ingresques, déportées dans un lupanar de Pompéi. Autre ménagerie incongrue: un tigre s'étale dans l'Alhambra et quantité de fauves en peluche bouffent du chrétien dans les arènes. Lorsqu'ils sont en cage, ils reniflent un Amour atterri là le zizi à l'air.
Bonaparte en Égypte joue les touristes à dos de chameau ou songe évidemment à Œdipe quand il découvre le Sphinx. De leur côté les coureurs d'Herculanum sprintent sous les remparts… du Caire ! Plus loin, c'est Versailles qui nous est conté. Louis XIV reçoit Molière dans un décor louis-philippard. Un saint Jean-Baptiste fait des poutounes au petit Jésus sur les genoux d'une Vierge plus bêtasse que raphaélite. Un Anacréon s'est costumé en Assurancetourix.
On peut s'amuser sans fin à compter ces citations, amalgames et invraisemblances: malgré ces hilarants collages, Gérôme n'annonce pas le surréalisme. C'est un peintre résolument réactionnaire. Quand même ses pairs le trouvent too much, il se lâche. Peint dans une enseigne pour opticien un fox-terrier à monocle qui repose sur le jeu de mot facile «o pti chien». Ou multiplie les cages à oiseaux dans ses compositions histoire de faire causer les muets. Mais ce n'est pas du dadaïsme, ni même du zutisme.
Durant toute sa carrière Gérôme a tenté de revivifier la peinture d'histoire. Son truc: n'en considérer que l'anecdote choc. On mesure combien il s'est fourvoyé. «Le grand genre meurt avec lui, c'est le dernier des raconteurs en peinture», estime Laurence des Cars, commissaire avec Dominique de Font-Réaux et Édouard Papet.
Un lit de têtes coupées
L'exposition a déjà été présentée à Los Angeles où l'artiste plaît depuis toujours en dépit de son ridicule. Des collectionneurs, tels Sean Connery ou Jack Nicholson, ont le sens de l'humour. Surtout, ils apprécient son côté hollywoodien. À ce propos, l'exposition rapproche les toiles les plus antiquisantes avec les grands péplums. Griffith, Cecil B. DeMille ou encore Ridley Scott ainsi que toute l'heroic fantasy de série B seraient redevables à l'art pompier. Il est vrai que Tamerlan à cheval au-dessus d'un lit de têtes coupées fait songer à Conan le Barbare. Et que Ben Hur n'est jamais loin des jeux du cirque décrits avec un soin sadique par Gérôme. Si celui-ci avait vécu plus vieux, nul doute qu'il aurait adoré le cinéma. Il supervisait déjà les reproductions photographiques, gravées ou même sculptées de ses œuvres.
Le bilan de cette rétrospective? «Ce n'est ni une réhabilitation ni un plaidoyer» , se défendent les commissaires. À leur tête, Guy Cogeval, grand amateur, est moins affirmatif. Il fait valoir une «modernité paradoxale». On s'en convaincra surtout devant Consummatum est, une toile scandaleusement profane puisqu'elle montre la Crucifixion uniquement par les ombres des trois martyrs souffrant sur le Golgotha. Ou devant Le 7 décembre 1815, neuf heures du matin. L'exécution du maréchal Ney, quand ce dernier des héros napoléoniens gît face dans la boue. Ici aussi la messe est dite. Un monde a vécu.
«Jean-Léon Gérôme, l'histoire en spectacle», jusqu'au 23 janvier. Musée d'Orsay, 1, rue de la Légion-d'Honneur, 75007 Paris. Catalogue Musée/Skira-Flammarion, 384 p., 49 €. Tél.: 01 40 49 48 14. www.musee-orsay.fr
Ça a l'air plutôt marrant. A voir.
Le Figaro a écrit:Jean-Léon Gérôme, l'anti-Monet
Je serais partant également, il faisait partie des derniers orientalistes au début du XXème et a vigoureusement invectivé les impressionnistes (dans un registre policé, "sacrés farceurs" ; "cochonneries" dans un autre) jusqu'à sa mort. J'apprécie le soin qu'il porte aux détails de ses tableaux, c'est sans pour cela que la photographie lui a fait un tort irréversible.
Un extrait du journal de Léon Bloy, date du 11 janvier, à propos de son décès (je me disais bien qu'il avait écrit quelque chose à ce sujet)
"Mort du peintre-sculpteur Gérôme. Matière à copie pour une huitaine. Mort subite. Un des derniers actes de cet artiste contestable qui fut traité par le Monde avec tant de douceur, a été de dire, à propos de moi qui ne lui demandais rien, qu'il était décidé, à l'avenir à ne plus rien donner à personne."
Pour Gérôme, vous pouvez y aller gratuitement vendredi prochain si vous n'avez pas dépassé la date de péremption (si vous avez moins de 25 ans, quoi).
S'inscrire ici : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/autres-manifestations/presentation-generale/article/nuit-du-peplum-26818.html?tx_ttnews[du_hr]=12%2F11%2F2010&tx_ttnews[tx_pids]=2596%2C4447%2C4406%2C4431%2C4396%2C4398%2C4400%2C4095%2C4062%2C3811%2C3820%2C3813%2C3816%2C3818%2C3863%2C3172%2C2598%2C2878%2C3524%2C1996%2C591%2C254%2C649%2C648%2C253%2C1388%2C1389%2C619%2C252%2C258%2C257%2C222%2C594%2C610%2C617%2C604%2C606%2C608%2C631%2C632&tx_ttnews[tt_cur]=28306&tx_ttnews[backPid]=51&cHash=a07bd14716#tt_news28306
J'y serai.
Je vous conseille l'exposition de Nicole M. Mathieu qui a lieu en ce moment a la société générale de denfert rochereau jusqu'au 30 novembre. C'est très sympa c'est de l'abstrait qui évolue vers des toiles excentriques, des "lâcher-prise"...
Musée des Arts Décoratifs, dans la grande nef, l'Art de l'automobile "Chefs-d'oeuvre de la collection Ralph Lauren."
Vue hier, superbe expo d'anciennes Bugatti, Mercedes-Benz, Bentley, Ferrari, Jaguar, Porsche, modèles de 1929 au début des années 1960.
Il s'agit de véritables joyaux, d'une grande beauté, assemblés par un homme qui s'y connait en matière de bon goût et de staÏle...
J'ai vraiment beaucoup aimé, seul hic, elle termine aujourd'hui. Alors si vous n'avez rien prévu aujourd'hui et si vous êtes amateurs allez-y ! ![]()
Vu au 104 à Paris une très bonne expo " In_Perceptions" dont "Bâtiment" de Leandro Erlich.
Expo insolite, assez spectaculaire et qui permet au public d'y participer. Je n'en dis pas davantage car tout le charme est dans l'effet de surprise... J'ai vraiment beaucoup aimé.
Un lien quand même :
http://www.104.fr/#/fr/Artistes/A268-In_Perceptions
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