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Re: Le fil des perspectives économiques

Bonne actualisation.

A ce sujet, Philippe Askenazy a répondu il y a un mois à une interview que l'on a pas discuté sur le forum et qui affirmait déjà en gros ce que cette étude publie.

«Un salarié allemand coûte plus cher qu'un français», estime l'économiste Philippe Askenazy
30 commentaires
Publié le 20 janvier 2011.

Sur les marches de la Grande Arche à La Défense, à Paris, le 27 décembre 2010. SUPERSTOCK/SIPA
ECONOMIE - Il répond aux questions de 20minutes.fr sur les différences de coût du travail...

La France est moins compétitive que l’Allemagne car le coût du travail y est plus élevé. C’est en substance l’une des conclusions du rapport de l'institut Coe-Rexecode, remis ce jeudi au ministre de l'Industrie, Eric Besson.

Directeur de recherche au CNRS, l’économiste Philippe Askénazy* explique à 20minutes.fr pourquoi la question est, selon lui, mal posée.

La compétitivité entre la France et l’Allemagne est-elle liée à un coût du travail plus élevé?

Il y a un différentiel de compétitivité entre les deux pays: l’économie allemande a réussi à être très exportatrice contrairement à l’industrie française.

Lié à la position du Medef, il n’est pas étonnant que l’institut Ceo-Rexecode explique cet écart par le coût du travail. Mais dans les faits, un salarié allemand coûte aujourd’hui plus cher qu’un salarié français.

Pourquoi les chiffres du rapport affirment-ils le contraire?

Ces chiffres proviennent de l’enquête Ecmoss sur le coût de la main d'œuvre et la structure des salaires en Europe. Cet outil d’analyse n’est cependant pas pertinent pour la France: il ne prend pas en compte la spécificité des 35 heures.

Quand un Allemand a marqué «40 heures»  sur sa fiche de paie, il travaille effectivement 40 heures environ. Un cadre français au forfait, officiellement à 35 heures, va dans les faits travailler 45 heures. Et Ecmoss ne tient pas compte de ces «heures annuelles effectives».

Pourquoi y-a-t-il autant de différences sur le coût du travail entre les études statistiques?

Les enquêtes ne prennent jamais en compte les mêmes critères. Sur la tendance, je suis cependant d’accord avec le rapport: depuis 2000, le coût du travail a plus augmenté dans notre pays qu’en Allemagne. Mais c’est l’économie allemande qui est une anomalie, non la France!

L’Allemagne a fait un effort particulier pour réduire son coût du travail, contrairement à la France, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.  Les salaires ont été gelés et la TVA  sociale créée. De l’autre côté, les entreprises allemandes ont beaucoup augmenté leur productivité.

Un salarié allemand coûte-t-il donc moins cher qu’un salarié français?

Si l’on se base sur les comptes nationaux, qui agrègent un maximum de critères, notamment la productivité, le coût du travail est plus élevé en Allemagne qu’en France. Et la raison est simple: les salariés allemands sont mieux payés. 

Est-ce pertinent de lier le débat sur la compétitivité en  France au coût du travail?

La question est mal posée. Une économie avec un coût du travail élevé mais des entreprises innovantes sera toujours plus compétitive que l’inverse.

L‘Allemagne s’en sort mieux car, contrairement à la France, elle a beaucoup investi dans l’innovation et s’est spécialisée sur des secteurs en croissance.

Pour combler ce différentiel, la France a donc deux solutions. Elle peut soit continuer à se développer dans des secteurs peu productifs et baisser son coût du travail, soit rendre ses entreprises plus innovantes et donc plus productives. C’est un choix politique.

http://www.20minutes.fr/article/656334/ … e-askenazy

Propos recueillis par Elsa Meyer

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des perspectives économiques

J'actualise rapidement l'info sur les réflexions en cours sur les réformes relatives au coût du travail français et y réagirai quand j'aurais plus de temps devant moi.

Coût du travail : Fillon propose un « deal » au patronat

http://www.lesechos.fr/economie-politiq … tronat.htm

Le Premier ministre a préconisé hier la « barémisation » des allégements de charges, ce qui les sécuriseraient alors que certains à l'UMP voudraient les remettre en cause. En échange, les entreprises devront prendre des engagements « forts » sur l'emploi.

ECRIT PAR

Etienne LEFEBVRE

01/03


Garantir durablement les allégements de charges des entreprises en échange d'engagements chiffrés de ces dernières sur l'emploi des jeunes, et notamment l'apprentissage. C'est la proposition qu'a faite hier François Fillon aux organisations patronales, lors d'un déplacement à Troyes (Aube) consacré à l'emploi et à la compétitivité. Le Premier ministre a proposé «  l'intégration dans le barème des cotisations sociales des allégements de charges notamment pour les bas salaires. »

Aujourd'hui, le barème est indifférent, en apparence, au salaire. L'employeur calcule d'abord ses cotisations, puis applique lui-même les allégements de charges qui sont maximum au niveau du SMIC (28 points d'exonérations) pour se réduire progressivement jusqu'à s'annuler à 1,6 SMIC. L'idée serait d'intégrer ces allégements, qui représentent 21 milliards d'euros, dans le barème facial.

«  Concrètement, souligne François Fillon, la part employeur des charges sociales pesant sur les salaires ne serait plus calculée en fonction d'un taux uniforme, et de façon proportionnelle au salaire, mais serait fonction d'un barème progressif prenant en compte le niveau de salaire. [...] La barémisation allégerait durablement le coût du travail pour les salaires les plus bas. »

D'apparence technique, cette réforme, réclamée publiquement début février par le Medef, revêt une dimension économique et politique importante. Elle permettrait, espère le patronat, de « graver dans le marbre » des allégements de charges souvent présentés comme des « cadeaux » aux entreprises, et que certains au sein même de l'UMP souhaiteraient remettre en cause après 2012, à l'occasion d'un relèvement progressif de la durée légale du travail. Après le débat lancé par le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, sur la suppression des 35 heures, les propositions concrètes d'Hervé Novelli, secrétaire général adjoint, tardent néanmoins à se matérialiser.

François Fillon propose un tout autre « deal » aux entreprises : en contrepartie de la barémisation des allégements de charges, il faudrait que «  les employeurs prennent des engagements forts et contraignants, en matière d'emploi des jeunes notamment. C'est ce dont nous allons discuter maintenant avec leurs organisations. »

Une réforme à coût nul

Le gouvernement est en pleines tractations avec le patronat sur les mesures à prendre pour doper l'apprentissage, et plus généralement l'emploi des jeunes. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, demande notamment aux branches professionnelles des engagements chiffrés (« Les Echos » du 25 février). L'initiative de Matignon vise à donner du « grain à moudre » à cette discussion, sans peser sur les finances publiques : la barémisation serait une réforme à coût nul. Le Medef s'est dit hier soir « immédiatement disponible pour étudier les modalités d'une telle évolution ».

Pour le gouvernement, il s'agit aussi de faire preuve d'activisme en matière de compétitivité, alors que certains grands patrons, au premier rang desquels celui de PSA, Philippe Varin, ont récemment donné l'alerte sur l'évolution du coût du travail. «  C'est un fait, nous avons laissé notre compétitivité se dégrader », a lancé François Fillon hier à Troyes, avant de défendre les mesures prises depuis 2007 (crédit d'impôt recherche, taxe professionnelle, etc.). Le Premier ministre a par ailleurs annoncé la simplification des formalités liées à l'embauche (division par quatre des informations demandées à l'employeur). Matignon a aussi envoyé une circulaire aux ministres leur imposant désormais d'établir une étude d'impact de coût pour les entreprises en cas d'instauration de toute norme nouvelle. «  Il faut sensibiliser les ministères », glisse-t-on à Matignon.

Cette réforme pose un véritable risque de trappes à bas salaire puisque les allègements de charges se font de façon plus perceptible sur les bas salaires.

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Re: Le fil des perspectives économiques

L'euro touche les 1,40 $.

notre commerce extérieur qui n'est déjà pas en forme (50 milliards de déficit) va encore en ressentir les conséquences.

A quand une politique monétaire intelligente ?

DSK s'est d'ailleurs exprimé sur ce sujet en parlant d'une "dynamique négative propre à l'Europe".

Je pense qu'il nous faut, en france, un Président qui se  batte pour modifier ces stupides mandats de la BCE afin que l'on ait, comme TOUTES les autres zones géographiques, la possibilité de permettre des relances monétaires (sans que celles-ci, naturellement, ne passent pas par le crédit immobilier à la subprimes), afin de mettre que la Communauté européenne toute entière puisse emprunter pour investir dans des projets d'innovation suffisemment massifs pour recommencer à envisager des positionnements sur de nouveaux domaines technologiques.

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Re: Le fil des perspectives économiques

Les évènement japonais ne semblent pour le moment pas affecter le retour de la croissance, et le coup de froid sur les marchés financiers a été corrigé rapidement cette semaine puisque l'on re-frole les 4000 points. Pourtant, on parle de 200 milliards de coûts pour cette crise, sans parler des conséquences de long terme dont on ne peut encore avoir idée.
Atténuant cet aspect des choses, la reconstruction va constituer des gisements d'investissements et de croissance dans un pays qui connait une stagnation depuis 20 ans.

OCDE: la croissance accélère
14/03/2011

L'expansion économique devrait se poursuivre dans la plupart des grands pays avancés, selon les indicateurs composites avancés de l'OCDE pour le mois de janvier publiés lundi. Les indicateurs de l'Allemagne, du Japon et des États-Unis "continuent d'indiquer de manière robuste une expansion par rapport à la tendance", explique l'organisation dans un communiqué.

Ces indicateurs ont bien sûr été mesurés avant le séisme et le tsunami de vendredi au Japon, qui risquent d'avoir de lourdes conséquences sur l'économie de l'archipel. Pour le Canada et la France, ils montrent des signes de retour vers une dynamique de croissance tandis que, pour le Royaume-Uni, ils signalent une expansion à un rythme lent mais stable. L'indicateur de l'Italie continue de montrer des signes d'un infléchissement modéré, ajoute l'Organisation de coopération et de développement économiques. Pour la Chine, il continue de traduire la possibilité d'un infléchissement modéré de la croissance, tandis que celui du Brésil reste proche de sa tendance de long terme.

L'indicateur composite avancé pour l'ensemble de la zone OCDE est en hausse de 0,4 point par rapport à décembre à 103,1 et progresse de 2,1 points sur un an.

Celui des pays du G7 affiche une hausse d'un demi-point à 103,4 et de 2,5 points par rapport à janvier 2010. À 103,2 pour les Etats-Unis, il avance de 0,6 point d'un mois sur l'autre et de 3,3 points en rythme annuel. L'indicateur avancé pour la zone euro est en hausse de 0,2 point par rapport à décembre et de 1,4 point sur janvier 2010, à 103,4.
Pour la France, l'indicateur avancé, à 102,6, affiche une hausse de 0,2 point seulement par rapport à décembre. Il recule de 1,3 point par rapport à janvier 2010.

Seul bemol : la "crainte" de l'inflation, qui va encore pousser la BCE à augmenter ses taux alors que l'euro est au plus haut et la croissance européenne la plus faible du monde (et les pays européens surendettés). Jusqu'à quand va-t-on se saborder ?

France: la peur de l'inflation mine le moral des ménages en mars (Insee) - Publié le 25/03/2011 à 08:51


Le moral des ménages français a baissé de deux points en mars, en raison notamment de craintes très fortes entourant l'inflation, a annoncé vendredi l'Institut national de la statistique (Insee).

Toujours nettement inférieur à sa moyenne de longue période, fixée à 100 points, il retrouve son niveau de juillet 2010, a précisé l'Insee.

Dans le détail, l'opinion des ménages sur leur situation financière personnelle passée baisse légèrement.

Leur opinion sur leur situation financière personnelle future recule plus nettement (-4 points). En outre, les ménages considèrent un peu moins opportun de faire des achats importants (-1 point).

L'opinion des ménages sur leur capacité d'épargne actuelle gagne 1 point en mars. En revanche, l'opinion des ménages sur leur capacité à épargner dans les mois à venir est en baisse d'un point par rapport à février.

Les ménages jugent que le moment reste aussi opportun qu'en février pour épargner.

Leur opinion sur le niveau de vie passé en France est stable. En revanche, les perspectives d'évolution du niveau de vie baissent par rapport à février (-3 points). Ces soldes d'opinion restent largement inférieurs à leur moyenne de longue période, précise l'Insee.

En mars, les ménages sont beaucoup moins nombreux qu'en février à anticiper une augmentation du chômage (-9 points). Ce solde retrouve son niveau de l'été 2008, relève l'Institut de la statistique.

En mars, les ménages sont plus nombreux à estimer que l'inflation passée a augmenté (+5 points). Leur opinion en matière d'inflation future s'élève fortement (+15 points), pour atteindre un niveau jamais observé depuis juillet 1995. Ces deux soldes sont à des niveaux très nettement supérieurs à leur moyenne de longue période, note l'Insee.

Last edited by Angoulmoise (27-03-2011 19:45:25)

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Re: Le fil des perspectives économiques

Rebond surprise du taux de croissance à 1% au premier semestre. Je le sentais. Je pense que l'on va vers une phase de croissance de type 1997-2001 car les potentialités techniques connaissent de nouvelles évolutions et les potentiels d'utilisations et d'intégrations sont très diversifiés. Il faudrait étudier plus en détail les diverses sources de cette croissance, mais je ne serais pas étonné si l'Internet constituait une bonne part de ce rebond de la croissance.

Je pense que le recadrage de la finance internationale montre aujourd'hui son utilité car après les deux années de bérésina, cette crise a initié un redéploiement d'une partie des capitaux placés dans les circuits financiers vers l'économie réelle (ou "physique") ce qui stimule l'investissement productif et donc la croissance économique.

Il faudrait compléter cette analyse bien sur mais je pense que ces deux facteurs ne sont pas pour rien dans cette divine surprise.

Quant aux effets sur l'emploi, il faudra surveiller de près les évolution du taux d'emploi et du taux de chômage. Mais je suppute d'avance que cette croissance pourrait être riche en emplois, car l'Internet est un secteur qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, a besoin de bras.

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Re: Le fil des perspectives économiques

Le nb de chomeurs de catégorie A a augmenté de 0,7% (+17.700), en mai à 2,686 millions et de 0,3% en glissement sur un an.

Avec les autres catégories B et C (1.391.700 personne en activité temps partiel au moins 72H par mois), le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 1% en mai. Il dépasse les 4 millions de personnes  avec 4.078.500 chômeurs de catégories A, B et C après une augmentation de 3,8% sur un an.

Concernant les moins de 25 ans, la catégorie A a augmenté de 1,3% sur le mois à 429.000, en dépit des mesures annoncées par le Ministre anti-fraudeurs du RSA Laurent Wauquiez, et au total, on a 621.000 chômeurs de moins de 25 ans cat ABC.

Pour les seniors de plus de 55 ans, la hausse cat A est de 0,9% sur un mois à 533.000, soit  786.000 (+1,3%)

La courbe du chômage est très fluctuante, illustration de l'incertitude économique qui préside à la situation de sortie de cris où nous sommes. Comme disait VGE, "on navigue à vue".

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Re: Le fil des perspectives économiques

Lagarde a le job (malheureusement).

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Re: Le fil des perspectives économiques

Boursorama a écrit:

FMI : Christine Lagarde prend ses fonctions, salaire de 551.700 dollars

La nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a pris ses fonctions mardi, et touchera un salaire annuel de 551.700 dollars, a annoncé l'institution.

Mme Lagarde est arrivée vers 09H00 (13H00 GMT) au siège du FMI à Washington, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Le FMI a publié son contrat de travail, qui prévoit un salaire de base de 467.940 dollars par an et une allocation pour frais de représentation (sans justificatifs) de 83.760 dollars par an, soit un total de 551.700 dollars.

Au taux de change actuel, cela représente environ 31.700 euros par mois.

Sauf erreur de ma part, elle devient ainsi la fonctionnaire la mieux payée.

Re: Le fil des perspectives économiques

L'euro recule, pénalisé par l'abaissement de la note du Portugal
- Publié le 05/07/2011 à 23:13

L'euro a reculé face au dollar mardi, accroissant ses pertes en fin de journée après que l'agence de notation Moody's eut relégué le Portugal dans la catégorie des investissements "spéculatifs".

Vers 21H00 GMT (23H00 à Paris), la monnaie unique européenne valait 1,4418 dollar contre 1,4539 dollar la veille à la même heure.

On nous annonce cette baisse de l'euro comme une grave nouvelle alors que :

- l'euro est bien trop fort et toute baisse est bonne pour nos exportations.
- 1,44 $ pour 1 €, c'est déjà énorme.
- Les agences de notation américaines à la source d'un prétendu "affaiblissement" de l'euro, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité.


Je parle bien de la baisse de l'euro, pas de la dégradation de la note portugaise, qui sonne tout à la fois comme une déclaration de guerre des agences de notation contre l'Europe puisqu'elles se comportent clairement en pyromanes visant à accroître le montant des remboursements d'emprunts, du service de la dette, et comme un gros défi pour les Etats européens s'ils veulent sauver la situation, puisque les marchés interprètent toute tentative de responsabiliser tous les acteurs, banques incluses, comme une sorte de restructuration et donc comme une sorte de défaut. Les agences de notations sont engagées dangereusement dans un activisme guerrier qui ne vise en aucun cas à apaiser ou à solutionner la situation. Au contraire : il y a bien lieu de croire que beaucoup de leurs actionnaires  ou clients aient des intérêts à faire augmenter le service de la dette des Etats européens. C'est une forme de guerre entre le système financier et toute forme d'Institution ou souveraineté des peuples.

Re: Le fil des perspectives économiques

Oui d'ailleurs JC Junker a parlé hier de "souveraineté limitée" pour la Grèce dans les mois qui viennent.

Re: Le fil des perspectives économiques

Déficit commercial record à 7,5 milliards d'euros sur le mois dernier pour la France.

Et la BCE qui veut augmenter ses taux...

Serrons encore un peu la corde et nous l'aurons, notre asphyxie économique tant désirée par les économies concurrentes.

Re: Le fil des perspectives économiques

Il y a ici un monsieur qui se pose des questions générales et fondamentales sur l'économie - entre autres sur la Grèce et l'euro - et qui ne semble trouver nulle part de début de réponse, même dans la littérature savante:

les livres d'économie sont difficiles à trouver (j'ai écumé plein de rayons chez Gibert et chez d'autres sans rien trouver de satisfaisant) et rarement écrits de façon satisfaisante pour un geek matheux (je ne dois vraiment pas avoir la même façon de penser que les gens qui font de l'économie — c'est encore pire que les juristes — parce qu'à chaque fois que j'arrive à comprendre ce qu'ils disent, il faut que je le retraduise dans ma langue et ça devient complètement différent

Quelqu'un aurait-il des éléments de réponse ?

Oder so ähnlich.

Re: Le fil des perspectives économiques

Je reprends ce fil un peu oublié à propos du record de chômage, provoqué par la politique même de ce gouvernement, non seulement à cause de son absence de politique d'emploi, mais également à cause de sa politique d'heures supplémentaires qui a aggravé le phénomène. Le tout sur fond d'absence de politique économique depuis 10 ans par idéologie non interventionniste qui a éliminé tous les relais de croissance.

http://www.europe1.fr/Politique/Le-chom … -2-836139/

Et malgré son absence de politique économique, l'Etat n'a pas pu enrayer les déficits sans fin et l'accumulation d'une dette de 1600 milliards d'euros.

Les équipes au pouvoir ne peuvent que considérer l'échec de tous leurs choix depuis 5 ans, depuis 10 ans même...

Re: Le fil des perspectives économiques

Le Monde a écrit:

Xavier Bertrand a eu raison, en ces temps électoraux, de prendre ses précautions. Avant même la publication des chiffres du chômage d'octobre, le ministre du travail a prévenu qu'ils ne seraient "pas bons". Avec 2 814 900 sans-emploi en France métropolitaine (+1,2 % sur un mois et +4,9 % sur un an), on retrouve quasiment le plus mauvais niveau depuis douze ans, en décembre 1999. En ajoutant ceux qui ont exercé une activité réduite, il y a, pour la France entière, 4 459 400 demandeurs d'emploi.
Nicolas Sarkozy, qui ambitionnait de ramener le chômage sous le seuil des 9 % avant la fin de son mandat, n'y parviendra pas. Même en renouant avec le traitement social, que naguère il condamnait, il n'a pu enrayer la hausse du chômage de longue durée et l'explosion de la précarité. Avec la récession qu'annonce l'Organisation de coopération et de développement économique, le pire est à venir. En 2012, où les crédits des politiques de l'emploi doivent baisser de 12 %, l'année devrait s'achever sur un taux de chômage de 10,4 %. Cette pathologie sociale a un nom : le chômage de masse.

Ravivé par une crise qui a montré les limites de l'Etat-providence, ce chômage de masse s'est enkysté dans nos sociétés occidentales aussi riches qu'inégalitaires. Le mal sévit partout. Fin septembre, le taux de chômage harmonisé, calculé par Eurostat, s'établissait en moyenne à 10,2 % dans la zone euro et à 9,7 % dans l'Union européenne ; il était à 9,1 % aux Etats-Unis, ce qui constitue aussi un échec pour Barack Obama.

François Mitterrand avait dit un jour qu'on avait "tout essayé" contre le chômage. Et Lionel Jospin, qui avait pourtant réussi à le faire baisser un temps, avait expliqué que "l'Etat ne peut pas tout". Le constat est là : le chômage de masse signe l'échec des politiques menées, par la gauche comme par la droite, depuis quarante ans. Même affaibli, l'Etat-providence a un rôle à jouer. Il assure une protection sociale minimale et il peut donner une impulsion. Mais c'est aux entreprises et aux salariés de prendre le taureau par les cornes.

Dans les pays scandinaves, on a inventé le concept de "flexisécurité", qui mélange flexibilité et sécurité. En échange d'un assouplissement du droit de licenciement, les salariés sont mieux indemnisés et se voient offrir des formations pour retrouver un emploi. Le système a produit des résultats. Le taux de chômage est de 7,8 % en Finlande, 7,3 % en Suède, 7,1 % au Danemark et inférieur à 4 % en Norvège. Il n'est pas transposable tel quel en France, ne serait-ce que parce que les syndicats ne jouent pas le même rôle.

En France, la CGT et la CFDT ont avancé l'idée d'une "sécurité sociale professionnelle". Il s'agit d'attacher à la personne des droits en matière d'orientation, de qualification, de formation et de mobilité avec un accompagnement à revenus constants. Le principe de la "sécurisation professionnelle" a été repris dans un accord interprofessionnel. Il n'est pas trop tard pour responsabiliser les partenaires sociaux et l'Etat autour d'un pacte pour l'emploi qui se donnerait les moyens de lutter contre cette pathologie sociale.

http://www.lemonde.fr/idees/article/201 … id=1115932

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Le fil des perspectives économiques

Ce fil ayant été temporairement transporté dans ceux consacrés à la crise financière, je me permets de le relancer, maintenant que la tension sur les marchés financiers s'est largement réduite, avec cette info intéressante :

L'épargne des Français atteint un niveau record
L'Expansion.com avec AFP - publié le 28/03/2012 à 08:26

Le taux d'épargne des ménages français a augmenté en 2011 pour atteindre son plus haut niveau depuis 1983, à 16,8%. Leur pouvoir d'achat a lui augmenté de 0,4 %.

Le taux d'épargne des ménages français a augmenté en 2011 pour atteindre son plus haut niveau depuis 1983, à 16,8%, selon les chiffres détaillés de la croissance publiés mercredi par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Sur l'ensemble de 2011, il a progressé de 0,7 point par rapport à 2010 pour s'établir à 16,8%, son plus haut niveau depuis 1983. Toutefois, le taux d'épargne des ménages a diminué légèrement au quatrième trimestre, à 16,8% contre 17% au troisième trimestre, souligne l'Insee.

En effet, au quatrième trimestre, la consommation des ménages en valeur a augmenté plus vite que leur revenu disponible brut (salaires plus prestations sociales moins les prélèvements obligatoires). Les ménages ont donc dû réduire un peu leur épargne pour consommer. Au total, la hausse du revenu disponible brut est plus vive au dernier trimestre (+0,8 % après +0,2 %). Mais les prix à la consommation ont également accéléré (+0,7 % après +0,3 %), si bien que le pouvoir d'achat des ménages est resté stable, après un léger recul au troisième trimestre (-0,1%).

Compte tenu de l'acquis en début d'année, le pouvoir d'achat du RDB a toutefois accéléré sur l'ensemble de l'année: +1,1 % après +0,8 % en 2010. Mesuré par unité de consommation, ce qui permet de le ramener à un niveau individuel, il a augmenté de 0,4 % (après +0,1 % en 2010). Porté par l'accélération de la masse salariale (+3,1 % après +2,0 %) et malgré le dynamisme des impôts (+6,2 % après +2,5 %), le RDB en termes nominaux a en effet accéléré (+3,1 % après +2,0 %) plus vivement que le prix de la consommation (+2,0 % après +1,2 %).

Re: Le fil des perspectives économiques

Angoulmoise a écrit:

Ce fil ayant été temporairement transporté dans ceux consacrés à la crise financière, je me permets de le relancer, maintenant que la tension sur les marchés financiers s'est largement réduite, avec cette info intéressante :

L'épargne des Français atteint un niveau record
L'Expansion.com avec AFP - publié le 28/03/2012 à 08:26

Le taux d'épargne des ménages français a augmenté en 2011 pour atteindre son plus haut niveau depuis 1983, à 16,8%. Leur pouvoir d'achat a lui augmenté de 0,4 %.

Le taux d'épargne des ménages français a augmenté en 2011 pour atteindre son plus haut niveau depuis 1983, à 16,8%, selon les chiffres détaillés de la croissance publiés mercredi par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Sur l'ensemble de 2011, il a progressé de 0,7 point par rapport à 2010 pour s'établir à 16,8%, son plus haut niveau depuis 1983. Toutefois, le taux d'épargne des ménages a diminué légèrement au quatrième trimestre, à 16,8% contre 17% au troisième trimestre, souligne l'Insee.

En effet, au quatrième trimestre, la consommation des ménages en valeur a augmenté plus vite que leur revenu disponible brut (salaires plus prestations sociales moins les prélèvements obligatoires). Les ménages ont donc dû réduire un peu leur épargne pour consommer. Au total, la hausse du revenu disponible brut est plus vive au dernier trimestre (+0,8 % après +0,2 %). Mais les prix à la consommation ont également accéléré (+0,7 % après +0,3 %), si bien que le pouvoir d'achat des ménages est resté stable, après un léger recul au troisième trimestre (-0,1%).

Compte tenu de l'acquis en début d'année, le pouvoir d'achat du RDB a toutefois accéléré sur l'ensemble de l'année: +1,1 % après +0,8 % en 2010. Mesuré par unité de consommation, ce qui permet de le ramener à un niveau individuel, il a augmenté de 0,4 % (après +0,1 % en 2010). Porté par l'accélération de la masse salariale (+3,1 % après +2,0 %) et malgré le dynamisme des impôts (+6,2 % après +2,5 %), le RDB en termes nominaux a en effet accéléré (+3,1 % après +2,0 %) plus vivement que le prix de la consommation (+2,0 % après +1,2 %).

C'est pas particulièrement un bon signe dans un pays qui a développé une politique de la demande reposant sur la consommation intérieure. Cela prouve au contraire que les ménages anticipent une crise longue, voire des hausses de la fiscalité.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

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Re: Le fil des perspectives économiques

Les déficits jumeaux français se sont réduits de 3 milliards d'euros : moins 1,1 milliards de déficit public ; moins 1,9 milliards de déficit commercial. Ajoutez à cela le fait que la France emprunte à des taux d'intérêt réels négatifs, la stratégie patiente mais déterminée du Président et du gouvernement commence déjà à montrer ses effets. N'en déplaise aux éditorialistes qui se lâchent contre le gouvernement en cette rentrée (il faut bien vendre...), le changement, c'est effectivement maintenant !

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des perspectives économiques

Moins 1,1 milliard de déficit de l’État oui, mais sur un an, pas en deux mois de gouvernement socialiste (vu que ça s'est arrêté au 31 juillet).
Je vois aussi que les dépenses sont passées de 220 à 226 milliards d'euros.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des perspectives économiques

Greg a écrit:

Les déficits jumeaux français se sont réduits de 3 milliards d'euros : moins 1,1 milliards de déficit public ; moins 1,9 milliards de déficit commercial. Ajoutez à cela le fait que la France emprunte à des taux d'intérêt réels négatifs, la stratégie patiente mais déterminée du Président et du gouvernement commence déjà à montrer ses effets. N'en déplaise aux éditorialistes qui se lâchent contre le gouvernement en cette rentrée (il faut bien vendre...), le changement, c'est effectivement maintenant !

LOL.

Tu es vraiment le porte-parole officiel du gouvernement. Un peu facile d'attribuer ces résultats au gouvernement Ayrault. On parle d'un an, hein!

Pour les recettes fiscales, la vente des licences 4G en janvier et pour les recettes à l'export, des livraisons d'Airbus y sont pour beaucoup.

Je veux pas me faire le porte-parole du gouvernement précédent, mais les hausses d'impôts décidées par le gouvernement actuel n'ont pas encore été encaissées, donc leur en attribuer le mérite est un peu gonflé.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Le fil des perspectives économiques

PS: l'emprunt à taux négatif n'est pas nécessairement bon signe: pour les finances publiques, certainement; pour l'économie réelle et l'investissement, pas particulièrement. Il y a effet d'éviction et les liquidités se logent dans les emprunts considérés sûrs au détriment de l'économie (cela étant dit, vu l'état du marché du crédit, ce n'est pas étonnant: les ménages épargnent et les entreprises n'investissent plus).

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

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Re: Le fil des perspectives économiques

Tiens, c'est comme d'habitude... Quand la gauche réalise de bons chiffres économiques, comme ce fut le cas sous le gouvernement Jospin, la droite trouve toujours moyen de s'en attribuer la responsabilité... Inversement, quand la droite nous offre de calamiteux résultats économiques, ce n'est pas de sa faute, c'est celle de la crise (alors que le gvt précédent est moins responsable de 150 milliards de dette supplémentaire sur les 550 Md€ accumulés au cours des 5 dernières années, notamment du fait de sa politique aberrante de redistribution inverse).

Ce que je vois, c'est un début de reprise, devant la détermination du gouvernement à aller effectivement, rationnellement et patiemment dans le sens d'un redressement des comptes publics, et le fait que nous empruntions à des taux négatifs en est l'un des indices les plus tangibles (c'est également lié au phénomène de fuite vers la qualité mais pas uniquement). D'autre part, la politique de l'emploi se met en place en cette rentrée et le surcroît de consommation (et de confiance) qui en résultera amplifiera l'effet de reprise. Je suis prêt à en prendre les paris !

Edit : François Hollande s'exprimait d'ailleurs il y a quelques minutes devant la Cour des Comptes et montre à nouveau, dans son discours, une volonté de fer de réduire le déficit public, par tous les leviers possibles et ce, sans hausse généralisée des impôts.

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Last edited by Greg (07-09-2012 11:07:39)

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Re: Le fil des perspectives économiques

Greg a écrit:

Tiens, c'est comme d'habitude... Quand la gauche réalise de bons chiffres économiques, comme ce fut le cas sous le gouvernement Jospin, la droite trouve toujours moyen de s'en attribuer la responsabilité... Inversement, quand la droite nous offre de calamiteux résultats économiques, ce n'est pas de sa faute, c'est celle de la crise (alors que le gvt précédent est moins responsable de 150 milliards de dette supplémentaire sur les 550 Md€ accumulés au cours des 5 dernières années, notamment du fait de sa politique aberrante de redistribution inverse).

Ce que je vois, c'est un début de reprise, devant la détermination du gouvernement à aller effectivement, rationnellement et patiemment dans le sens d'un redressement des comptes publics, et le fait que nous empruntions à des taux négatifs en est l'un des indices les plus tangibles (c'est également lié au phénomène de fuite vers la qualité mais pas uniquement). D'autre part, la politique de l'emploi se met en place en cette rentrée et le surcroît de consommation (et de confiance) qui en résultera amplifiera l'effet de reprise. Je suis prêt à en prendre les paris !

Pari tenu. Dans l'absolu, j'aimerai que tu aies raison.

Je dis simplement que les résultats que tu mets en exergue sont basés sur une période d'un an, alors que le gouvernement est aux manettes depuis un trimestre et que l'effet de ses décisions en termes de politique économique n'ont pas encore produit leurs effets (les annonces de hausses de la fiscalité n'ont pas encore été actées, les annonces du correctif budgétaire et la hausse des recettes n'est pas encore effective, la collecte aura lieu dans les semaines qui viennent).

Je souligne par ailleurs, qu'une partie de ces bons résultats est purement conjoncturelle (produit de la vente des licences 4G et livraisons d'avions).

Si les taux des obligations d'Etat française sont négatifs, c'est le signe d'un dysfonctionnement des marchés, tu le sais bien: la dette française est très liquide, relativement sûre car la virtuosité de l'administration fiscale française est légendaire.

Pour le coup et en toute objectivité, ces bons résultats me semblent plutôt attribuables au gouvernement précédent. Ce, sans chercher à dissimuler, le double déficit et l'ardoise gigantesque qu'a laissé Sarko.

Sur le "choc de confiance", je suis malheureusement sceptique: nos marchés à l'export d'Europe du Sud sont en recul, l'Allemagne et les émergents ralentissent. Le chômage monte, les hausses de fiscalité (nécessaires!) vont ponctionner la demande intérieure et probablement réduire la demande des ménages. Quant aux entreprises, elles n'investissent pas face à une demande atone en France et à l'export.

Cela étant dit Sarko l'aurait emporté, les données resteraient les mêmes: hausses d'impôt et ralentissement de la croissance et probablement récession.

Last edited by sabaidee (07-09-2012 15:11:00)

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Re: Le fil des perspectives économiques

Greg a écrit:

Tiens, c'est comme d'habitude... Quand la gauche réalise de bons chiffres économiques, comme ce fut le cas sous le gouvernement Jospin, la droite trouve toujours moyen de s'en attribuer la responsabilité...

Dans ta logique, je suppose que tu attribues aussi au gouvernement les records de chômage qu'ils sont en train de battre.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Le fil des perspectives économiques

Une analyse qui semble juste. Un journaliste de Libé qui n'a pas "lâché" Hollande.

LIBéRATION

ÉCONOMIE

Contre Merkel, une victoire de la «Sarkhollande»

6 septembre 2012 à 22:16


Les deux présidents français ont, à leur façon, cherché à faire pression sur la BCE.

Par GRÉGOIRE BISEAU
Dans cette rentrée politique catastrophique pour l’actuel gouvernement, voilà une vraie bonne nouvelle. En déclarant vouloir intervenir de manière «illimitée» sur le marché de la dette pour soulager les pays étouffés par des taux d’intérêts très élevés, Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), vient de prononcer les mots que beaucoup de pays (dont la France) attendaient depuis très longtemps. A l’Elysée, on aurait tort de ne pas s’en attribuer quelque mérite. «Il est clair qu’une partie de cette décision revient au travail de conviction de François Hollande auprès de ses partenaires européens, confie-t-on dans l’entourage du Président. Ne serait-ce que parce qu’il a remis la question de la croissance au cœur des discussions.»

Décès de la «Merkozy». Patron des députés socialistes, Bruno Le Roux n’y va pas avec le dos de la petite cuillère : «Cette décision totalement inenvisageable il y a encore six mois est une victoire évidente pour François Hollande», évoquant même l’acte de décès de la «Merkozy». Un diplomate français tempère beaucoup cet enthousiasme : «Cette décision n’est pas le résultat d’un gouvernement en particulier, mais de la prise de conscience de Mario Draghi de la gravité de la situation.»

Hier soir, depuis Londres, Hollande s’est bien gardé de jouer les fanfarons, pour ne pas brusquer la susceptibilité allemande. «Je respecte l’indépendance de l’institution, mais je considère qu’elle a agi en conformité au mandat qui lui est confié», s’est-il contenté de déclarer. Après Madrid (la semaine dernière) et Rome (mardi), le président français s’était pourtant engagé dans un nouveau tour de l’Europe du Sud, dans l’espoir de faire monter la pression sur la BCE. «Ce climat a sûrement contribué à alimenter le débat au sein de la BCE et à pousser la décision dans le bon sens», poursuit notre diplomate. En tout cas, si François Hollande peut légitiment tirer un bout de la couverture à lui, Nicolas Sarkozy aurait rêvé pouvoir le faire. Car sur le rôle que la France souhaite faire jouer à la BCE dans cette crise, il y a eu une parfaite continuité entre la droite et la gauche.

Bride. D’abord, Sarkozy a eu le mérite de ne pas s’être trompé de cheval : très tôt, il a soutenu la candidature du très pragmatique Draghi à la tête de la BCE, pour remplacer le Français Jean-Claude Trichet. Surtout, l’actuel retraité du cap Nègre a n’a pas cessé de chercher à convaincre Merkel de lâcher la bride à la BCE pour lui permettre d’intervenir sur les marchés de la dette et lutter contre la spéculation. Le 24 novembre 2011, à Strasbourg, lors d’un mini-sommet à trois (Paris, Berlin et Rome), Sarkozy était très fier d’avoir arraché à la chancelière le fait que les pays de la zone euro s’engageaient désormais à ne pas «formuler des demandes positives ou négatives» vis-à-vis de la BCE. Paris parlait à l’époque de demi-victoire, espérant alors que le pragmatisme italien de Draghi ferait le reste. L’ex-chef de l’Etat n’aura pas eu le temps de le voir de ses yeux.

Une fois élu, Hollande a fait bouger l’échiquier européen. Il a ouvert le couple franco-allemand à l’Italie de Mario Monti et à l’Espagne de Mariano Rajoy. La droite a hurlé, professant que la gauche était en train de tuer la Merkozy. Mais ça a payé. Lors du sommet européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, Monti, soutenu par Hollande, réussit à exiger que la question de la spéculation sur les dettes souveraines soit abordée. L’Allemagne fait une première concession, accordant quelques assouplissements pour permettre à la BCE de se porter au secours d’un pays qui en ferait la demande. A l’époque, un ancien collaborateur de Sarkozy nous confiait que ce «résultat était une vraie avancée». Ce fut la porte d’entrée à la décision d’aujourd’hui.

Avant même ses conséquences économiques, la déclaration de Draghi pourrait produire quelques effets politiques. Et donner un coup de main au président français. Le gouvernement compte s’en servir pour convaincre la dizaine de députés socialistes qui refusent de signer le traité européen que la voie du compromis choisi par Hollande produit des résultats. Et qu’il faut donc le conforter.

"Rédupliquer, c'est être ce qu'on dit." (S.Kierkegaard)

Re: Le fil des perspectives économiques

La France importante est ici. La BCE reste théoriquement indépendante des pressions politiques.

Libé a écrit:

Un diplomate français tempère beaucoup cet enthousiasme : «Cette décision n’est pas le résultat d’un gouvernement en particulier, mais de la prise de conscience de Mario Draghi de la gravité de la situation.»

Le fait est que la situation était suffisamment grave. Par contre, l'article omet que ces aides seront soumises à conditions et notamment en termes de réformes structurelles que l'Espagne et l'Italie ont entamé, la France toujours pas.

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Re: Le fil des perspectives économiques

sabaidee a écrit:

La France importante est ici. La BCE reste théoriquement indépendante des pressions politiques.

Libé a écrit:

Un diplomate français tempère beaucoup cet enthousiasme : «Cette décision n’est pas le résultat d’un gouvernement en particulier, mais de la prise de conscience de Mario Draghi de la gravité de la situation.»

Le fait est que la situation était suffisamment grave. Par contre, l'article omet que ces aides seront soumises à conditions et notamment en termes de réformes structurelles que l'Espagne et l'Italie ont entamé, la France toujours pas.

Oui, oui, je ne me faisais guère d'illusions te concernant tongue
Accorder un quelconque mérite à F.Hollande est au dessus de tes forces. tongue

Quant à moi, après le lynchage médiatique de F. Hollande du à la" panique " des journalistes, qui pour la plupart ne prennent pas beaucoup de temps pour juger de l'action gouvernementale ( une petite centaine de jours), je maintiens et l'article ci-dessus met en avant également le leadership ( je traduis car très peu de gens parlent anglais sur ce forum ) celui qui guide, qui ouvre une voie, qui initie un changement cf le talent que possède FH d'avoir su prendre des appuis auprès d'autres leaders européens, car il faut se rappeler que Sarko lui se moquait du leader espagnol de l'époque, Zapatero. Donc un talent "relationnel" évident, pour la faire courte. smile

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Re: Le fil des perspectives économiques

zaza's birthday a écrit:

l'article ci-dessus met en avant également le leadership ( je traduis car très peu de gens parlent anglais sur ce forum ) celui qui guide, qui ouvre une voie, qui initie un changement cf le talent que possède FH d'avoir su prendre des appuis auprès d'autres leaders européens, car il faut se rappeler que Sarko lui se moquait du leader espagnol de l'époque, Zapatero. Donc un talent "relationnel" évident, pour la faire courte. smile

Que Hollande ait un talent relationnel, c'est possible; qu'il ait réussi à fédérer les voix de l'Espagne et de l'Italie à la sienne pour demander plus de croissance, c'est évident. Il n'en reste pas moins que la "croissance" chez Rajoy et Monti n'a pas grand chose à voir (pour l'instant) avec la croissance de Hollande: les deux pays méditerranéens entament une politique de croissance de l'offre en mettant en place des réformes structurelles douloureuses, alors que Hollande donnait jusqu'à hier soir, l'impression d'une idéologie de la croissance par la demande.

Sur la décision de Draghi, le charisme réel ou supposé de Hollande n'a théoriquement pas d'effet: la banque centrale est statutairement indépendante du pouvoir politique (d'ailleurs pourquoi un tel organisme pencherait-il plus vers la France que vers la Finlande?).

Le fait est que la décision de l'OMT n'a pas grand chose à voir avec les discussions politiques sur la croissance et comment la retrouver, il s'agit avant tout et très rapidement de répondre à la crise de liquidité de l'Italie qui est étouffée par la charge des intérêts de sa dette, mais aussi et surtout d'éviter que la crise de solvabilité de l'Espagne, qui devra renflouer ses banques et Bankia en particulier, ne débouche sur un défaut de deux pays qui représentent non pas 2% du PIB de la zone, mais près du 1/3 (12 % pour l'Espagne et 18% pour l'Italie), ce qui met l'euro en danger de mort.

C'est d'ailleurs au nom de l'irréversibilité de l'euro que Draghi a fait une entorse au principe de non-financement des Etats par la BCE (l'argutie juridique ne cache pas qu'il s'est effectivement assis sur l'article 125 de ses statuts). En gros, Draghi a pris sa décision sur des problèmes économiques et non sous la pression des politiques.

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Re: Le fil des perspectives économiques

sabaidee a écrit:
zaza's birthday a écrit:

l'article ci-dessus met en avant également le leadership ( je traduis car très peu de gens parlent anglais sur ce forum ) celui qui guide, qui ouvre une voie, qui initie un changement cf le talent que possède FH d'avoir su prendre des appuis auprès d'autres leaders européens, car il faut se rappeler que Sarko lui se moquait du leader espagnol de l'époque, Zapatero. Donc un talent "relationnel" évident, pour la faire courte. smile

Que Hollande ait un talent relationnel, c'est possible; qu'il ait réussi à fédérer les voix de l'Espagne et de l'Italie à la sienne pour demander plus de croissance, c'est évident. Il n'en reste pas moins que la "croissance" chez Rajoy et Monti n'a pas grand chose à voir (pour l'instant) avec la croissance de Hollande: les deux pays méditerranéens entament une politique de croissance de l'offre en mettant en place des réformes structurelles douloureuses, alors que Hollande donnait jusqu'à hier soir, l'impression d'une idéologie de la croissance par la demande.

Sur la décision de Draghi, le charisme réel ou supposé de Hollande n'a théoriquement pas d'effet: la banque centrale est statutairement indépendante du pouvoir politique (d'ailleurs pourquoi un tel organisme pencherait-il plus vers la France que vers la Finlande?).

Le fait est que la décision de l'OMT n'a pas grand chose à voir avec les discussions politiques sur la croissance et comment la retrouver, il s'agit avant tout et très rapidement de répondre à la crise de liquidité de l'Italie qui est étouffée par la charge des intérêts de sa dette, mais aussi et surtout d'éviter que la crise de solvabilité de l'Espagne, qui devra renflouer ses banques et Bankia en particulier, ne débouche sur un défaut de deux pays qui représentent non pas 2% du PIB de la zone, mais près du 1/3 (12 % pour l'Espagne et 18% pour l'Italie), ce qui met l'euro en danger de mort.

C'est d'ailleurs au nom de l'irréversibilité de l'euro que Draghi a fait une entorse au principe de non-financement des Etats par la BCE (l'argutie juridique ne cache pas qu'il s'est effectivement assis sur l'article 125 de ses statuts). En gros, Draghi a pris sa décision sur des problèmes économiques et non sous la pression des politiques.

Merci pour ta réponse. Très "éclairante" comme d'hab.

Tu a employé le terme "fédérer" en parlant de Hollande et c'est le terme approprié, juste. Il sait fédérer autour de lui. Il sait valoriser ses ministres, son premier Ministre, il sait faire participer.  Fédérer, rallier, faire participer, se mettre dans la poche, considérer, d'autres leaders Européens quand il s'agit de construire une Europe Fédérale .Je m'exprime simplement avec peu de connaissances mais de la logique, à vue de nez comme ça, cela paraît être la bonne méthode !
C'est tout de même mieux que railler, se moquer pour essayer de dominer ( Sarko avait besoin d'être sans arrêt reconnu, c'était son gros problème).Dans l'article que j'ai posté, il est dit que la droite a hurlé, reprochant de tuer la MERKOZY ! Elle n'était pas belle la Merkozy, quand elle faisait attendre Papandréou des heures, telle un sous-fifre, pour le sermonner durement quand il a pris l'initiative de faire un référendum. La pression qu'ils lui ont mis, la manière dont il a été traité, un Premier Ministre, ce n'est pas une manière de traiter d'égal à égal des dirigeants  européens. Et on me rétorquera que Papandréou, s'était engagé précédemment auprès de Merkel et Sarkozy; Il n'en demeure pas moins, qu'il y a tout de même, quand on est chef d'Etat, du respect que l'on doit aux autres nations et en l'occurrence si on veut construire quelque chose  avec elles. F.Hollande, personne ne peut lui ôter le respect qu'il manifeste envers autrui. D'accord je suis un peu fan, mais respectueux, FH l'est, convivial aussi, ça me paraît être des qualités très importantes quand on traite avec d'autres dirigeants, et va donc savoir, les qualités humaines de Hollande sont peut-être, seront peut-être contagieuses à terme... Et j'irai plus loin, peut-être que je suis ridicule mais M. Dragui n'a pas subi de pression politique certes, mais peut-être que tout simplement il observait F.H??

D'ailleurs, tu concèdes un "charisme" supposé de Hollande ( c'est un premier pas), alors... tongue

Par alleurs, dans les affaires, c'est souvent avec ce type de "compétences", des compétences relationnelles plus que techniques que des contrats se signent, que des accords importants se réalisent.

Désolée, je suis un peu hors sujet, pas dans le bon thread.

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Re: Le fil des perspectives économiques

zaza's birthday a écrit:

Désolée, je suis un peu hors sujet, pas dans le bon thread.

Effectivement, car la décision de Draghi n'a strictement rien à voir avec la sympathie qu'il pourrait avoir pour Hollande ou l'antipathie qu'il pourrait avoir pour Merkel...

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

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Re: Le fil des perspectives économiques

Le déficit des transactions courantes (solde import/export des biens et services) français a quasiment été divisé par deux par rapport au mois dernier, passant de 4,8 à 2,5 Md€. C'est autant du à des baisses d'importations qu'à la hausse des services aux entreprises étrangères.

Encore une bonne nouvelle ! Pourvu que ça dure.

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Re: Le fil des perspectives économiques

Je réponds ici à une question que m'avait posé sabaidee sur le fait que l'on "passe à l'orange" sur les chiffres économiques :

La dette publique recule de 14,5 milliards d'euros au 3e trimestre
27/12 | 09:51 | mis à jour à 10:03

La dette publique brute de la France a reculé de 14,5 milliards d'euros à environ 1.818 milliards d'euros au troisième trimestre, soit 89,9% du PIB.


La dette publique brute de la France a baissé de 14,5 milliards d'euros au troisième trimestre pour atteindre 1.818,1 milliards fin septembre, soit 89,9% du PIB, selon les statistiques publiées jeudi par l'Insee . Le ratio de dette sur PIB a ainsi baissé de 1,1 point par rapport au trimestre précédent.

La contraction constatée au troisième trimestre est surtout due à un désendettement des administrations centrales. La contribution de l'Etat à la dette publique a en effet diminué de 13,8 milliards d'euros sur ces trois mois. Plus marginalement, les administrations de la Sécurité sociale se sont elles aussi désendettées, leur contribution à la dette diminuant de 1,1 milliard d'euros, a précisé l'Insee dans un communiqué. Outre la dette de l'Etat, la dette publique au sens de Maastricht inclut en effet celles des administrations de sécurité sociale (227,3 milliards fin septembre), des administrations publiques locales (161,7 milliards) et des organismes divers d'administration centrale (9,8 milliards).

Malgré la réduction de sa dette brute, la dette nette publique de la France a quant à elle progressé au troisième trimestre de 24 milliards d'euros à 1.640 milliard d'euros, ce qui représente 81,1% du produit intérieur brut de la France, contre 80,3% au trimestre précédent, a annoncé l'Insee.



Le gouvernement s'attend à une dette publique de 89,9% du PIB fin 2012, puis de 91,3% fin 2013, avant une décrue à partir de 2014 (90,5%, puis 88,5% en 2015)

Il semble qu'il y ait également une baisse du déficit commercial. On note aussi que les chiffres de croissance du troisième trimestre étaient meilleurs qu'attendus.

C'est au niveau du chômage que le bât blesse encore. Et aussi, je l'admet, au niveau des signaux fiscaux qui n'ont pas été des plus intelligents. Peut-être que ça va évoluer...

182

Re: Le fil des perspectives économiques

Moi, je lis aussi ça :

Malgré la réduction de sa dette brute, la dette nette publique de la France a quant à elle progressé au troisième trimestre de 24 milliards d'euros à 1.640 milliard d'euros, ce qui représente 81,1% du produit intérieur brut de la France, contre 80,3% au trimestre précédent, a annoncé l'Insee.

Dans ce lien (http://www.boursier.com/actualites/macr … 12337.html), on peut lire :

L'écart de 38,4 milliards d'euros entre cette hausse de la dette nette et la baisse de 14,4 milliards d'euros de la dette brute traduit notamment la forte diminution de la trésorerie de l'État (-30,7 milliards d'euros) et des administrations de sécurité sociale (-9,4 milliards d'euros).

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des perspectives économiques

J'en conclus que cette baisse de la dette brute procède bien d'un effort sans précédent de réduction des dépenses, et que la hausse de dette nette provient surtout d'une augmentation du besoin en fond de roulement de l'Etat et de la Sécurité sociale (corrigez moi si je me trompe).

Re: Le fil des perspectives économiques

OneAgain a écrit:

Je réponds ici à une question que m'avait posé sabaidee sur le fait que l'on "passe à l'orange" sur les chiffres économiques :

La dette publique recule de 14,5 milliards d'euros au 3e trimestre

Baisse uniquement due à une réduction de la trésorerie de 36 mrds d'€. Il y a donc pas de mou pour faire face à un besoin urgent.

Après, c'est effectivement une bonne nouvelle, j'attends néanmoins d'en savoir un peu plus et notamment s'il y a un effet de saisonnalité.

OneAgain a écrit:

Il semble qu'il y ait également une baisse du déficit commercial.

La chute de la consommation et donc des importations n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. D'ailleurs, les exportations stagnent.

OneAgain a écrit:

On note aussi que les chiffres de croissance du troisième trimestre étaient meilleurs qu'attendus.

Et ceux du T2 2012, ont été revus à la baisse...

Le Monde a écrit:

L'économie française a enregistré une croissance de 0,2 % au troisième trimestre, selon les premiers résultats des comptes nationaux publiés jeudi par l'Insee, alors que de nombreux économistes attendaient une stagnation. La France n'avait pas affiché de hausse de son produit intérieur brut (PIB) depuis un an (+0,2 % au troisième trimestre 2011).
L'activité du deuxième trimestre 2012 a en revanche été revue à la baisse à - 0,1 % contre 0 % estimé auparavant. L'acquis de croissance pour 2012 s'établit à 0,2 %. Cela signifie qu'il faudra une nouvelle progression du PIB au quatrième trimestre pour atteindre l'objectif du gouvernement, qui table sur une croissance de 0,3 % en 2012.

Le fait est que on peut se réjouir de cette baisse, mais elle est pas spécialement significative. Et concrètement, peux-tu m'indiquer une seule mesure d'annonce de réduction des dépenses publiques hormis que des mesures d'économies de dizaine de milliards d'€ dont on ne sait où ils seront pris.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Le fil des perspectives économiques

sabaidee a écrit:
OneAgain a écrit:

Il semble qu'il y ait également une baisse du déficit commercial.

La chute de la consommation et donc des importations n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. D'ailleurs, les exportations stagnent.

Non, la consommation est en hausse au T3. Ce n'est pas la cause de cette diminution du déficit commercial. C'est plus la hausse des exportations de services qui boostent les exports.

sabaidee a écrit:
OneAgain a écrit:

On note aussi que les chiffres de croissance du troisième trimestre étaient meilleurs qu'attendus.

Et ceux du T2 2012, ont été revus à la baisse...

Non, ce sont ceux du T3, originellement prévus à 0%, estimé à 0,2% en première annonce, et finalement calculés à 0,1% en dernière instance.

sabaidee a écrit:
Le Monde a écrit:

L'économie française a enregistré une croissance de 0,2 % au troisième trimestre, selon les premiers résultats des comptes nationaux publiés jeudi par l'Insee, alors que de nombreux économistes attendaient une stagnation. La France n'avait pas affiché de hausse de son produit intérieur brut (PIB) depuis un an (+0,2 % au troisième trimestre 2011).
L'activité du deuxième trimestre 2012 a en revanche été revue à la baisse à - 0,1 % contre 0 % estimé auparavant. L'acquis de croissance pour 2012 s'établit à 0,2 %. Cela signifie qu'il faudra une nouvelle progression du PIB au quatrième trimestre pour atteindre l'objectif du gouvernement, qui table sur une croissance de 0,3 % en 2012.

Le fait est que on peut se réjouir de cette baisse, mais elle est pas spécialement significative. Et concrètement, peux-tu m'indiquer une seule mesure d'annonce de réduction des dépenses publiques hormis que des mesures d'économies de dizaine de milliards d'€ dont on ne sait où ils seront pris.

Une dizaine de Ministères sont censés voir leurs effectif diminuer :

http://s1.lemde.fr/image/2012/07/02/534x0/1727883_5_6be2_reduction-des-effectifs-dans-la-fonction_126ec531a0dddbf67f487dc11103fd5d.jpg

« Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (André Malraux; Les Voix du silence, 1951)

186

Re: Le fil des perspectives économiques

Inutile de baisser les dépenses en valeur, il suffit de les stabiliser en valeur et elles baisseront en volume avec l'inflation et la croissance. C'est ce que le gouv appelle "économies". En même temps, Fillon n'a pas fait autre chose en 2011 et 2012.

Cours d'économie Prep ENA
https://analysecoblog.wordpress.com/

Re: Le fil des perspectives économiques

http://www.liberation.fr/economie/2013/ … cdi_872945

Ouf, on a eu chaud !

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Re: Le fil des perspectives économiques

zaza's birthday a écrit:

http://www.liberation.fr/economie/2013/ … cdi_872945

Ouf, on a eu chaud !

Et pourtant, ce serait une mesure de justice que de supprimer la dichotomie CDD-CDI. La surprotection du CDI se paye: les oustiders (les plus jeunes, les moins qualifiés) se retrouvent cantonnés au CDD, précaires, dans l'impossibilité de contracter le moindre emprunt, voire ayant des difficultés pour ne serait-ce que louer un logement... D'ailleurs, les entreprises privilégient fortement les embauches précaires en ce moment et ce sont ces mêmes précaires qui gonflent le nombre des chômeurs.

Sans compter que Maurin l'a fort bien démontré, les pays où existent cette différence entre CDD et CDI sont ceux où l'anxiété au travail est la plus grande; en effet, quand on bénéficie d'un statut très protecteur, on n'a qu'une hantise, c'est de le perdre et de ne pas être sûr de le retrouver.

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189

Re: Le fil des perspectives économiques

Donc la solution, c'est de niveler par le bas, comme ça tout le monde est précaire ! Hourra !

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Le fil des perspectives économiques

Broz a écrit:

Donc la solution, c'est de niveler par le bas, comme ça tout le monde est précaire ! Hourra !

Ne changeons rien, c'est certain qu'en termes de taux de chômage, de durée de ce même chômage (notamment des jeunes, des vieux et des moins qualifiés), de nombre de pauvres, de déficits budgetaire et commercial, notre modèleest tellement merveilleux que tout le monde nous l'envie...

Le problème en France, ce n'est pas que l'on puisse perdre son emploi, mais bien qu'il est très dur d'en retrouver un.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Le fil des perspectives économiques

Un papier passionnant sur les réformes suédoises et dont on serait avisés de s'inspirer...

Aghion & Berner a écrit:

Après les décisions récentes du Conseil constitutionnel, il est urgent que le gouvernement et le président de la République remettent le dossier fiscal sur la table et réfléchissent à un nouveau système d'impôts, transparent, juste et en même temps incitatif, compatible avec la fiscalité d'autres pays européens. Or, en matière fiscale et budgétaire, l'exemple suédois paraît pertinent.

La France fait en effet penser à la Suède du début des années 1990. A cette époque, la Suède se caractérise par une dette publique élevée (proche de 85 % du PIB), un chômage élevé, une production en stagnation et une grogne de la part des artistes (on se souvient des réactions d'Ingmar Bergman et d'Astrid Lindgren contre le système fiscal) et des entrepreneurs (notamment avec l'exil d'Ingvar Kamprad, fondateur d'Ikea).

En réaction à la crise des années 1990-1991, les Suédois agissent sur deux fronts. Le premier est celui de la fiscalité : la réforme de 1991 donne naissance à un nouveau système fiscal plus simple et plus incitatif qu'auparavant.

la SUÈDE UN DES PAYS DÉVELOPPÉS LES PLUS PERFORMANTS

Le second est celui de la dépense publique : la Suède s'engage dans une réforme radicale de l'Etat pour améliorer l'efficacité de ses interventions. Ces deux piliers sont en effet reliés, car, en l'absence d'un plan crédible de réduction des dépenses publiques, il ne peut y avoir de baisse crédible de la charge fiscale dans le moyen terme, et donc de changement de comportement de la part des investisseurs.

Résultat : la Suède est devenue l'un des pays développés les plus performants, avec un taux de croissance annuel de plus de 3 % en moyenne sur les trois dernières années, et des finances publiques rééquilibrées.

Et les Suédois ont opéré cette transformation tout en demeurant l'un des pays les moins inégalitaires au monde : en 2010, l'indicateur Gini, qui mesure le degré d'équité dans la distribution des revenus après impôts, place la Suède en seconde position mondiale.

Considérons d'abord le pilier fiscal. Avant sa grande réforme de 1991, la Suède se distinguait par : 1 - des taux marginaux de l'impôt sur le revenu allant jusqu'à 87 % pour la tranche supérieure ; 2 - un impôt sur les revenus du capital également progressif dont le taux moyen était de 54 % ; 3 - un impôt sur les sociétés de 58 % ; 4 - un impôt sur la fortune (qui ne rapportait guère plus de 2,5 milliards d'euros par an) et un impôt sur les successions.

La réforme de 1991 a fait converger la fiscalité suédoise vers celle des autres pays d'Europe du Nord. Tout d'abord avec la mise en place d'un système "dual" dans lequel les revenus du travail demeurent soumis à des taux d'imposition progressifs tandis que, pour les revenus du capital, c'est un taux forfaitaire à 30 % qui s'applique désormais.

Ensuite, avec l'abaissement significatif du taux marginal de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, qui passe de 87 % à 57 %. Troisième élément : l'impôt sur les sociétés baisse de 58 % à 30 %. Enfin, il y a réduction drastique du nombre de niches fiscales.

Cette réforme fiscale a produit des effets étonnants sur l'économie suédoise : un taux d'épargne brut qui augmente de près de 4 points sur les vingt dernières années et un saut en matière d'innovation : entre 1990 et 2010, le nombre annuel de brevets par millier d'habitants passe en Suède de 1 a 2,5, alors qu'il n'augmente que de 0,8 à 1,25 en France pendant la même période.

LA FRAUDE FISCALE PLUS FACILE À DÉTECTER

Par ailleurs, le revenu total des impôts a augmenté par rapport à 1991. Certes, les revenus de l'impôt représentaient 53 % du PIB en 1991 et ils ne représentent plus que 47 % du PIB aujourd'hui (davantage que la France jusqu'à la dernière loi de finance), mais la croissance du PIB a été telle depuis 1991 que les 47 % d'aujourd'hui représentent davantage de richesse que les 53 % d'alors.

Comment expliquer que, malgré les réductions drastiques des taux d'imposition, le revenu de l'impôt représente encore 47 % du PIB ? Trois raisons à cela. La première, c'est que la réforme a accru l'incitation au travail et réduit l'absentéisme et donc a augmenté la base fiscale. La deuxième, c'est que la réforme a stoppé le processus d'exil fiscal.

La troisième, c'est qu'en simplifiant le système et en éliminant les niches on a rendu la fraude fiscale plus facile à détecter et donc à empêcher.

Pourquoi les Suédois ont-ils eu raison de ne pas taxer les revenus du capital comme ceux du travail ? Tout d'abord parce que le capital c'est de l'épargne - laquelle n'est à la base que l'accumulation des revenus du travail nets de l'impôt sur le revenu -, et taxer l'épargne incite les individus à réduire l'investissement et donc le stock de capital productif à long terme.

Ensuite, parce que nous sommes en économie ouverte et que surtaxer le capital encourage la fuite des capitaux, à commencer par le capital productif.

Est-ce à dire qu'il ne faut pas taxer le capital, encourager la rente et ne pas porter attention aux inégalités de revenus et de patrimoine ? Tout au contraire : la Suède taxe les revenus du capital et, comme on l'a vu, les indices d'inégalité de revenus après impôt en Suède sont parmi les plus bas au monde.

En même temps, la fiscalité suédoise est efficace, c'est-à-dire avec un bon rendement de l'impôt, et incitative, autrement dit elle ne pénalise pas l'innovation.

La crédibilité de la nouvelle fiscalité suédoise a reposé sur l'autre pilier de la réforme, à savoir la réduction des déficits publics.

L'EXEMPLE SUÉDOIS EST PERTINENT

Les effectifs dans le secteur public sont ainsi passés de 1,7 million employés dans les années 1990 à environ 1,3 million aujourd'hui, tandis que l'emploi dans le secteur privé est passé de 2,8 millions à 3,25 millions.

Dans le même temps, les dépenses d'assurance-maladie n'ont augmenté que d'un point de PIB entre 1990 et 2011, alors qu'en France elles ont augmenté de près de quatre points.

La Suède a réussi à maîtriser la hausse du coût de la santé notamment en décentralisant le système de soins. Enfin, la mise en place d'un mécanisme par points en 1994 a permis à la Suède de garantir l'équilibre de son système de retraites depuis lors.

L'exemple suédois est pertinent, parce qu'il s'agit d'un effort conduit au départ par les sociaux-démocrates de ce pays, un effort dicté par le souci de stimuler la croissance tout en préservant une distribution équitable des revenus et en maintenant un niveau d'investissements publics conséquent, en particulier dans l'éducation et la santé.

Le gouvernement français ne peut ignorer l'expérience suédoise alors qu'il s'est officiellement engagé à mettre en place une " social-démocratie de l'offre" réconciliant maîtrise des déficits, justice sociale, et croissance.

http://www.lemonde.fr/idees/article/201 … _3232.html

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

Re: Le fil des perspectives économiques

Je ne suis pas certain que le gouvernement soit capable (ou bien même ait l'intention) de mener une vraie réforme fiscale. L'article est effectivement très intéressant.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

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Re: Le fil des perspectives économiques

Merci pour cet article très instructif.
La situation me semble cependant difficilement comparable tant au regard du point de départ (les taux étaient bcp plus élevés en Suède) qu'au regard du contexte international, qui autorisait à ce moment une consolidation budgétaire qui ne soit pas trop récessive.

Cours d'économie Prep ENA
https://analysecoblog.wordpress.com/

Re: Le fil des perspectives économiques

Rayan a écrit:

Merci pour cet article très instructif.
La situation me semble cependant difficilement comparable tant au regard du point de départ (les taux étaient bcp plus élevés en Suède) qu'au regard du contexte international, qui autorisait à ce moment une consolidation budgétaire qui ne soit pas trop récessive.

Justement, on devrait mettre à profit l'accalmie sur les marchés obligataires pour passer en revue les dépenses publiques, les champs d'action de l'Etat et les structures économiques pour parer à l'éventualité probable d'une hausse des taux.

Après, je suis évidemment conscient que la France n'est pas la Suède. Mais peut être que des réformes dans ce pays (comme au Québec) méritent qu'on les étudie pour voir dans quelle mesure on pourrait les appliquer. Je pense notamment aux politiques d'innovation et d'investissement suédoises.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

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Re: Le fil des perspectives économiques

sabaidee a écrit:
Rayan a écrit:

Merci pour cet article très instructif.
La situation me semble cependant difficilement comparable tant au regard du point de départ (les taux étaient bcp plus élevés en Suède) qu'au regard du contexte international, qui autorisait à ce moment une consolidation budgétaire qui ne soit pas trop récessive.

Justement, on devrait mettre à profit l'accalmie sur les marchés obligataires pour passer en revue les dépenses publiques, les champs d'action de l'Etat et les structures économiques pour parer à l'éventualité probable d'une hausse des taux.

Après, je suis évidemment conscient que la France n'est pas la Suède. Mais peut être que des réformes dans ce pays (comme au Québec) méritent qu'on les étudie pour voir dans quelle mesure on pourrait les appliquer. Je pense notamment aux politiques d'innovation et d'investissement suédoises.

Je crois justement que c'est ce qui est en train de se faire en douceur.
Contrairement à ce que l'on dit souvent, il est à mon avis plus facile d'évaluer et de couper dans les dépenses (on a l'expertise et c'est le gouv qui assume) que de réformer la fiscalité (tous les lobbies se lèvent les uns après les autres pour protéger leurs niches, sans parler de l'opposition du groupe PS dont certains éléments se croient toujours en 1981).

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Re: Le fil des perspectives économiques

Pas mal : le déficit extérieur a diminué de 7 milliards d'euros cette année.

Re: Le fil des perspectives économiques

Excellente tribune, confirmant que les socialistes n'ont aucunement l'intention de réguler VRAIMENT le monde de la finance. Je conchie ces gens qui s’aplatissent platement devant de telles logiques et qui de surcroit, au contraire de la droite, osent s'affirmer qu'ils ne sont pas d'accord avec une libéralisation accrue du système.

La régulation bancaire au pistolet à bouchon

lundi 18 février 2013, par Frédéric Lordon

Ce sera sans doute la perle de la crise. Karine Berger, députée socialiste, rapporteure du projet de loi dit de « séparation » et de « régulation » des activités bancaires, reprenant la parole en commission des finances après les exposés de MM. Chifflet, Oudéa et Bonnafé, respectivement président de la Fédération bancaire française, président de la Société Générale et directeur-général de BNP-Paribas : « Vos trois exposés laissent paraître que vous n’êtes pas réellement gênés par ce projet de loi ; j’en suis à la fois étonnée et ravie » [1]…

Qu’elle en fût uniquement étonnée n’aurait trahi qu’une charmante simplicité d’esprit. Qu’elle en soit au surplus ravie ne laisse plus le moindre doute quant au côté où elle se tient. Pour notre part, plus rien ne nous étonne dans les rapports du socialisme de gouvernement et de la finance — quant au ravissement, évidemment… « I am not dangerous », s’était empressé de préciser François Hollande à l’adresse de la City qu’il était venu rassurer après l’avoir nommée « l’ennemi sans visage », sans doute dans un moment d’égarement, caractéristique du contact avec la foule des meetings. Heureusement vite rattrapé. La députée Berger et le ministre de l’économie et des finances Moscovici, eux aussi, poursuivent le minotaure au pistolet à bouchon — inutile de rentrer les enfants, on ne prévoit pas de bain de sang.


Ce sera donc du gâteau pour les historiens d’ici quelques décennies de se livrer à l’analyse comparée des réactions respectives à la crise financière des années trente et à celle de 2007, et l’on saura à quoi s’en tenir quant à la tenue des élites des deux époques, leur degré de compromission avec les forces de la finance et de servilité vis-à-vis des puissances d’argent. « La solution du rapport Liikanen est certes trop radicale… », déclare sur le ton de l’évidence Karine Berger, à propos d’une de ses dispositions (relative au traitement des opérations dites de « tenue de marché »). « Certes ». Fouetter les banquiers avec le plumeau du rapport de la Commission européenne, c’est en effet d’une insoutenable violence. Ne connaissant pas à Karine Berger de lien financier crasseux avec les institutions bancaires — à la manière de certains économistes en Cercle — nous savons donc maintenant qu’on peut être vendu(e) à la finance sans en toucher le moindre sou [2] ! Ce qui est peut-être pire encore… Un article de Benjamin Masse-Stamberger sur l’art et la manière du lobbying bancaire de vider un projet de régulation de toute substance [3], nous apprend (entre autres) que la vice-présidente (socialiste) de la commission des finances, Valérie Rabault, est l’ancienne responsable Risk Strategy des activités dérivés-actions de BNP-Paribas. « Loi de régulation bancaire », « commission des finances », « vice-présidente socialiste », « BNP-Paribas dérivés-actions » : inutile de jouer à « cherchez l’intrus » dans cette liste, dans le monde où nous sommes, il n’y en a plus. Bien sûr, dans un geste altier et pour ne pas donner prise à l’accusation de « conflit d’intérêt », Valérie Rabault, vice-présidente (socialiste) de la commission dérivés-actions de l’Assemblée nationale, a décliné d’être rapporteure du texte de loi. Il faut bien admettre que le cran juste au-dessus aurait consisté à faire rédiger le texte directement par Michel Pébereau, et ça aurait fini par se voir.

Mais au fond de quoi s’agit-il ? Trois fois rien : la race des seigneurs de la finance globalisée a perdu aux alentours de 2 000 milliards de dollars dans l’une des crises les plus retentissantes de l’histoire du capitalisme ; les banques françaises, pas feignantes, ont tenu à figurer dignement et à prendre toute leur part du bouillon. Car, pour toutes ses fanfaronnades, le système bancaire français aurait purement et simplement disparu sans les concours massifs de la Banque centrale européenne (BCE) et les aides d’Etat apportées par véhicules ad hoc interposés [4]. Sans doute les montants mobilisés en France sont-ils moindres qu’aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni — il a fallu tout de même que ces véhicules lèvent 97 milliards d’euros [5] pour nos chères banques. Les banquiers se croient dégagés de tout arriéré au motif qu’ils ont remboursé les aides d’Etat. On leur rappellera donc d’abord que les contribuables français et belges plongent — pour l’heure — de 12 milliards pour le compte de Dexia. On leur rappellera surtout que le remboursement en question ne les exonère de rien du tout, et notamment pas de l’effondrement de croissance qu’ils ont laissé derrière eux, où nous sommes encore pour un moment, avec les dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires qui vont avec.

"Dans Le Monde diplomatique de février, en kiosques : « Notre solution pour l’Europe », d’Alexis Tsipras et « Comment contourner l’impôt sans s’exiler » d’Alexis Spire. "Il était question d’historiens à l’instant, gageons qu’un de leurs motifs d’ébahissement tiendra à l’extravagante indulgence dont le groupe social de la finance aura pu jouir relativement à l’ampleur de son pouvoir de destruction avéré. Car cinq ans après le désastre : rien ! — et la « loi de séparation et de régulation bancaire » est à peine mieux que rien. L’idée de départ était pourtant simple : les marchés sont intrinsèquement instables, les activités de marché sont donc intrinsèquement déstabilisantes. Pas seulement pour elles-mêmes mais pour l’économie tout entière quand l’accident franchit des seuils critiques. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien l’on en prend son parti et l’on s’habitue par avance à devoir régulièrement repasser par des épisodes semblables, avec récession et mobilisation du corps social tout entier pour sauver la finance ; ou bien on choisit d’y mettre un terme, c’est-à-dire de cantonner la nuisance au cordon sanitaire. Dans un mélange de candeur et de parfaite sûreté de soi, Frédéric Oudéa, le patron de la Société générale, en effet « pas gêné » (au sens de Karine Berger), a cependant fini par lâcher le morceau en avouant que la loi de « séparation » n’allait le séparer que de 1,5 % du total de ses activités…

Pour avoir, donc, quelque chose qui ne soit pas rien, il aurait fallu au texte de loi, en dépit de toutes ses dénégations, ne pas se laisser complètement intoxiquer par les jérémiades de l’industrie financière qui jure que chacune de ses opérations, même des plus scabreuses, est une « contribution au financement de l’économie ». Mais les esprits socialistes ont été dévastés par l’idée que le financement par le marché est d’une incontestable modernité — « et donc » toutes les activités connexes qui vont avec : couverture, fourniture de liquidité, financement du shadow banking system etc. Reste 1,5 %.
Tout au marché Retour à la table des matières

« Quand certaines entreprises comme Vinci, ont besoin, pour financer des projets à dix ou quinze ans, de plusieurs centaines de millions d’euros, elles se tournent non pas vers des banques commerciales mais vers des banques d’affaire, qui pratiquent là des activités de marché non pas spéculatives mais utiles à l’économie concrète », proteste Karine Berger pour rejeter un amendement qui demandait plus que la simple filialisation des activités de marché. Mais rien n’établit que le coût total du financement obligataire soit beaucoup plus compétitif que celui d’un crédit bancaire classique. En revanche, on sait avec quelle brutalité une entreprise en difficulté peut se voir refuser tout accès aux marchés — ironie du sort, elle n’a plus alors qu’à trouver une banque secourable qui acceptera de lui sauver la mise avec du bon vieux crédit à la papa. Les banquiers français glapissent que, empêchés de conduire ces opérations de marché, ils perdraient clients, chiffre d’affaire et profit. S’agissant de leur chiffre d’affaire, de leur place dans la hiérarchie mondiale des plus grandes banques, et de leur profit, la collectivité doit d’emblée affirmer clairement qu’elle s’en fout ! Le corps social n’a aucun intérêt à jouer au jeu infantile de la plus grosse qui passionne les capitalistes (plus encore les financiers), il aurait même l’intérêt exactement contraire. Il s’en aperçoit désagréablement au moment de ramasser les morceaux en prenant conscience qu’un secteur bancaire qui pèse (en actif total) jusqu’à quatre fois le produit intérieur brut (PIB), comme c’est le cas en France, lui laisse entrevoir l’ampleur possible de la facture — et que la « grosse » lui laisse le fondement un peu douloureux.

Que les banques ne soient pas trop grandes, mais ternes et sans attrait, qu’elles fassent des profits modestes qui ne leur donnent pas le délire des grandeurs et n’engraissent pas les actionnaires (ou les traders), c’est exactement l’objectif à poursuivre. Quant à leurs grands clients, ces derniers comprendront assez vite que, supposé un coût supérieur du crédit bancaire (par rapport au financement de marché), celui-ci paiera bien la continuité d’une relation partenariale qui ne les abandonnera pas au premier tournant — là où les marchés les éjecteraient à la moindre difficulté sérieuse. Il y a donc peu de chance pour que Vinci ne confie plus ses destinées qu’à Goldman Sachs.

Mais la manie des marchés qui habite les socialistes français va maintenant jusqu’à souhaiter d’y plonger les petites et moyennes entreprises (PME). On sait assez que les relations de ces dernières avec les banques ne sont pas une allée semée de pétales de rose… Mais l’idée de les rendre modernes en les envoyant se faire voir au marché est une trouvaille où l’ineptie le dispute à l’entêtement idéologique. Car de deux choses l’une : ou bien seule la crème des PME y aura accès et alors, par construction, la chose demeurera marginale ; ou bien l’on y envoie gaiement le gros de la troupe, soit des milliers d’entreprises, et l’on se demande bien comment les analystes financiers ou les agences de notation pourront avoir quelque suivi sérieux d’un nombre aussi élevé de débiteurs, là où les réseaux d’agences bancaires, au contraire, ont une connaissance locale et fine de leurs clients — attendons-nous donc aux ratings à la louche façon subprime.


« Les activités de marché
comme le cochon (tout est bon) »

Bien sûr l’élite bancaire ne se reconnaît pas entièrement dans la métaphore charcutière, mais c’est quand même un peu l’idée. Ou plutôt le sophisme : si la forme supérieure du financement de l’économie est à trouver dans le marché, alors tout ce qui contribue à la belle activité du marché est peu ou prou désirable. Sous une forme un peu plus sophistiquée, l’argument se décline le plus souvent sous la thèse increvable de la liquidité : pour que des agents de l’économie réelle émettent avec succès des titres sur les marchés, il faut qu’ils trouvent preneurs, et pour que les preneurs acceptent de souscrire, il faut qu’ils soient certains de ne pas rester « collés » et de pouvoir sortir à tout instant du marché. Il importe alors que le segment de marché considéré connaisse une activité permanente suffisante pour que chaque vendeur soit assuré de trouver acheteur (et réciproquement). La liquidité, voilà donc la justification ultime de la spéculation qui en finirait presque par se présenter comme un service public : foin des appâts du profit — du tout, du tout — les spéculateurs, certes en première instance, étrangers à l’économie réelle, n’en sont pas moins ses fidèles desservants puisqu’ils s’offrent à être contreparties pour tous les autres agents qui ont besoin d’entrer ou sortir du marché, assurant finalement qu’il tourne bien rond, donc permettant qu’il finance efficacement… les agents de l’économie réelle, quod est demonstrandum.

Dire « spéculateur » est par conséquent inutilement blessant : préférer « teneur de marché ». Certes la « tenue de marché » révèle de fortes accointances avec la recette du pâté d’alouette car — étonnamment — on observe en général dix fois plus d’opérations spéculatives que d’opérations à finalité « réelle » — pour sûr le marché est bien tenu… La plus charitable des interprétations conclurait que le « service public de la liquidité » est fâcheusement entropique — et en fait, pur prétexte à la pollution spéculative. La liquidité serait aussi bien assurée avec… neuf fois moins d’opérations de « teneur de marché », et encore par beau temps seulement. Car, en cas de coup de tabac, les « teneurs », pas fous, font comme tout le monde : ils fuient le marché à tire-d’aile, laissant la liquidité s’effondrer, au moment où on en aurait le plus besoin.

Ce sont pourtant ces opérations de teneur de marché que la loi de « séparation » tient beaucoup à ne pas séparer — à l’inverse de la Commission européenne (rapport Liikanen), qui cède visiblement à tous les vents mauvais du populisme. Evidemment n’importe quelle opération spéculative pour compte propre peut, sur simple demande, être requalifiée de « tenue de marché » — c’est bien pratique. En résumé, tout et n’importe quoi sur les marchés est tenue de marché : toute offre puisqu’elle permet à un acheteur d’acheter, et toute demande puisqu’elle permet à un vendeur de vendre… Il suffisait d’y penser ! Puisque n’importe quoi contribue à tenir le marché et que le marché est ce-qu’il-nous-faut-pour-financer-l’économie, il faudrait être idiot, inconscient ou de mauvaise foi pour séparer quoi que ce soit — puisque tout sert. La commission des finances française s’est rendue sans hésitation à cet argument de simple bon sens — moyennant quoi, en effet, 1,5 % et Oudéa pas gêné.

Ne pas rompre avec nos amis les « hedge funds »

C’est une direction tout à fait semblable, et en fait identiquement argumentée, que prend le texte de loi en matière de relation des banques avec les hedge funds. Fléaux avérés, les hedge funds, dont c’est constitutivement le principe que de prendre des positions risquées et très leviérisées, devraient être isolés dans l’équivalent financier de léproseries, et en tous cas interdits de toute relation avec le système bancaire — après tout, que les héros du marché se débrouillent pour trouver leur financement sur les marchés. Mais, se dit le ministre Moscovici, les hedge funds sont des éléments de ce shadow banking system, dont nous savons qu’il détient maintenant quelque 20 % du total des actifs financiers — interprétés, toujours par le même contresens, comme « 20 % des contributions au financement de l’économie » —, c’est donc très important — parce que très utile à l’économie. La conclusion s’ensuit comme déroulé de papier à musique : il ne faut surtout pas empêcher les banques de financer les hedge funds qui financent l’économie. Bravo ministre ! Une objection élémentaire lui signalerait pourtant que les banques pourraient financer directement l’économie au lieu de passer par la case hedge funds… qui en fait Dieu sait quoi. L’objection pourrait d’ailleurs être généralisée à tout le shadow banking system, ce trou noir agglomérant les entités financières les plus obscures et les moins régulées, et qui a pris cette importance uniquement parce que le crédit bancaire s’est laissé évincer au nom de la modernité. Que les banques universelles cessent de financer par crédit ce système de l’ombre, et ce serait simultanément le meilleur moyen d’en piloter l’attrition relative, et pour elles-mêmes de se protéger de la vérole que ce système ne cesse de répandre — rappelons que la catastrophe Bear Stearns commence avec la fermeture de ses deux hedges funds les plus « sophistiqués », que BNP-Paribas avait dû fermer inopinément trois des siens à l’été 2007, et que la grosse catastrophe tourne vraiment au vilain avec la fermeture des money market funds à l’automne 2008. Personne ne pourra soutenir qu’un financement sain des entreprises et des ménages ne pourrait être pris en charge par le simple crédit bancaire et ne pourrait être assuré que par ces entités.

Mais non ! Les banques universelles pourront continuer de prêter aux hedge funds et d’exposer à leur risque les dépôts du public. « Nous avons pris toutes les précautions », se défendent les promoteurs du texte, voyez seulement l’alinéa 10 de l’article premier : les banques ne pourront avoir d’exposition non sécurisée vis-à-vis des fonds à effet de levier. Et puisque ne seront autorisées que les transactions « sécurisées », n’est-ce pas que la sécurité règnera ? Mais en quoi ces sécurisations consistent-elles au juste ? En cette pratique extrêmement commune de la finance spéculative dite de la « collatéralisation » : une entité emprunte auprès d’une autre en déposant en gage un actif d’une valeur équivalente à celle du prêt contracté. Or rien n’est sûr dans cette affaire ! On notera pour commencer que toutes les opérations de prêt à des hedge funds sont déjà collatéralisées (« sécurisées » au sens Moscovici-Berger) — c’est simplement l’actuelle pratique ordinaire en cette matière ! Et l’on comprendra alors que le texte de loi ne produit rigoureusement aucun changement, donc aucune restriction sous ce rapport.

Les illusions « collatérales »

Mais surtout les actifs apportés en collatéral peuvent voir leur valeur s’effondrer, précisément à l’occasion d’une crise — les collatéraux sont supposément des papiers de « très bonne qualité », mais l’épisode de 2007-2008 a suffisamment montré que le réputé triple-A parfois ne valait pas tripette... Le débiteur est alors prié de compenser par de nouveaux apports, mais en une conjoncture de crise où très probablement ses positions sont en train de se détériorer à grande vitesse, et où sa liquidité se trouve mise sous haute tension. En d’autres termes, le fonds débiteur doit se procurer un supplément d’actif collatéralisant, et pour ce faire, d’abord de la liquidité, au moment précis où celle-ci lui manque le plus — parfois au point de voir tous ses accès aux financements de marché brutalement interrompus. Comme on sait, ce sont ces tensions ingérables sur la liquidité qui ont électrocuté tout le système financier par les circuits de la collatéralisation (et des appels de marge) en 2007-2008.

Du côté des créanciers qui reçoivent ces collatéraux, les choses ne sont pas plus sûres. Compte non tenu des problèmes soulevés à l’instant, les opérations de collatéralisation ne rempliraient vraiment leur office de back-up que si les collatéraux étaient rigoureusement conservés dans des comptes sanctuarisés. Mais qui peut croire qu’une banque pourrait ainsi mettre soigneusement de côté, en s’abstenant d’y toucher, les actifs qu’elle reçoit en collatéralisation de ses crédits ? Lorsque ceux-ci sont de bonne qualité (ou supposés tels), ils constituent une ressource financière qu’aucune banque ne consent à laisser oisive. Aussi la banque va-t-elle se défaire sans tarder du collatéral qui normalement la couvre, soit pour à son tour collatéraliser une de ses propres opérations quand elle se trouve du côté débiteur, soit pour retourner au cash en le vendant dans le marché. Il est désormais toute une partie des marchés monétaires, dite « Repo » (pour Repurchasing), qui procure de la liquidité à court terme contre collatéraux — et où ceux-ci circulent hardiment. Et lorsque vient le coup de grisou, i. e. le défaut d’un débiteur, par exemple d’un hedge fund, où est le collatéral ? Parti depuis belle lurette pour servir à prendre d’autres positions, dont certaines seront très probablement devenues perdantes en temps de crise — évidemment, tout comme la liquidité, la collatéralisation fait partie de ces « sûretés » qui fonctionnent très bien… quand elles n’ont à protéger de rien.

Comme souvent en matière de finance, le diable est dans les détails, ou plutôt dans d’obscurs recoins techniques, à l’image, par exemple, de la question des exigences de marges dans les transactions sur dérivés — dont on jugera a contrario du caractère stratégique à la manière dont les velléités du Dodd-Frank Act en cette matière ont été soigneusement annihilées par le lobbying bancaire des Etats-Unis. La « gestion des collatéraux » en fait tout autant partie. C’est en effet par ce genre de canaux que se propagent les spasmes de la finance. Au lieu de se gargariser avec l’illusion des « transactions sécurisées », le législateur socialiste s’il avait deux sous de volonté régulatrice, réformerait drastiquement les dispositions relatives au traitement des collatéraux — ou plutôt en instituerait, puisque en ce domaine, les opérateurs financiers font exactement ce qu’ils veulent. On mesurera d’ailleurs l’inanité du socialisme de gouvernement à ce fait qu’il réussit même à être en retard sur l’autorégulation de la finance ! Car les banques elles-mêmes, pour le coup conscientes de ce qui a failli les tuer, commencent à se préoccuper sérieusement de modifier leurs pratiques en matière de collateral management [6] — jusqu’au point d’envisager de réserver les collatéraux pour leur faire jouer pleinement leur rôle de sécurité.

Malheureusement, l’autorégulation bancaire est affligée d’une lamentable inconstance. Sous le coup d’une peur bleue, les banquiers jurent qu’ils ont retenu la leçon et qu’on ne les y prendra plus… L’expérience montre pourtant que leurs bonnes résolutions s’évanouissent avec le temps qui les éloigne du traumatisme, pour être complètement oubliées quand revient l’euphorie de la bulle d’après. Ce que le législateur socialiste n’a visiblement pas bien compris, c’est la force de la loi, ou du règlement, seuls à même de tenir des autorégulés dont la « constance » est entièrement gouvernée par leurs affects du moment. Parmi toutes les œuvres utiles que ce texte de loi aurait pu accomplir, il y avait donc l’institution d’une stricte obligation de mise sous séquestre des actifs reçus en collatéral — et déjà l’on aurait entendu Frédéric Oudéa commencer à couiner. Proposition tout à fait générale et qui n’excluait en fait nullement d’interdire purement et simplement toute transaction des banques avec les hedge funds et le shadow banking system — après tout, on verra bien comment ces jolis messieurs se débrouillent privés de crédit bancaire.

Quelle séparation ?

Non seulement la matière séparée, à force d’exemptions et de validation des pratiques ordinaires, est-elle tendanciellement inexistante (1,5 %), mais la forme même de la séparation a tout du concubinage prolongé. De ce point de vue, la « Volcker Rule », les rapports Vickers et Liikanen, ainsi que le projet Moscovici ont au moins en commun le même entêtement dans le contresens, et la même illusion de la « capitalisation séparée », alias : on range les activités « à problème » dans une filiale soumise à des ratios de capital (Tier-1) « plus exigeants », et nous voila parés contre tout inconvénient.

C’est n’avoir toujours pas compris que les ratios de solvabilité sont parfaitement secondaires dans ces processus de crise financière qui n’explosent que par le retournement brutal des jugements sur une classe d’actifs et la constriction foudroyante qui s’ensuit de la liquidité du segment de marché correspondant, puis de tous les segments latéraux, atteints de proche en proche par les effets de report de la ruée vers le cash [7]. On rappellera donc pour la énième fois que Bear Stearns et Lehman Brothers se sont effondrés avec des Tier-1 très au-dessus des minima réglementaires les plus exigeants. Après cinq années laissées à la méditation soigneuse des mécanismes et des conséquences de la crise financière, on est un peu consternés que les apprentis régulateurs n’aient toujours pas saisi que les plus belles capitalisations séparées ne protègeront jamais une banque de marché du désastre.

En réalité, la seule mesure faisant quelque peu sens en cette matière est celle proposée par Goodhart et Persaud de rendre les ratios de solvabilité contracycliques [8] : plutôt que d’être fixées une fois pour toutes, les exigences de fonds propres croîtraient proportionnellement aux prix de marché d’une certaine classe d’actif suspecte d’être en proie à une bulle, et des encours de crédit qui s’y déversent. Encore faut-il ne pas se méprendre sur l’effet véritable de cette mesure, qui a moins, comme on le répète à satiété, pour propriété principale d’épaissir le « coussin de capital permettant d’absorber les pertes », que de resserrer progressivement la capacité des banques à accorder des crédits dans le segment de marché considéré, donc de ralentir le développement de la bulle. En d’autres termes, les ratios de capital contracycliques ne participent pas tant, comme on le croit le plus souvent, d’une politique prudentielle que d’une politique monétaire (mais poursuivie par d’autres moyens), puisqu’il s’agit moins de renforcer la base de capital des banques que de réguler leur offre de crédit.

Misère de la filialisation Retour à la table des matières

Les contresens de principe n’excluant pas ceux d’exécution, le recours à la filialisation, par opposition au bank split en bonne et due forme, vient porter la complaisance régulatrice à son comble. Karine Berger s’exclame en commission des finances qu’en cas de pépin, la filialisation laisserait intacte à coup sûr la maison-mère — dépositaire des encaisses monétaires de la clientèle des particuliers. Car le texte de loi stipule que la filiale de marché doit être traitée par sa holding comme une entité extérieure, en conséquence de quoi lui sera appliquée la directive « grands risques » qui interdit à une banque de concentrer plus de 10 % de ses fonds propres dans des engagements risqués sur une seule entité. La banque holding ne pourrait donc se livrer à un éventuel renflouement de sa filiale au-delà de cette limite, en foi de quoi Karine Berger croit pouvoir conclure qu’« à [son] sens c’est la garantie d’une étanchéité absolue en cas de faillite d’une filiale vis-à-vis de la maison-mère » [9]. Il est cependant possible que « son sens » ne soit pas celui auquel il faille se confier aveuglément, et pour de nombreuses raisons.

En premier lieu, l’« étanchéité absolue » est tout de même autorisée à laisser passer 10 % des fonds propres… En second lieu, le règlement n°93-05 de la Banque de France, relatif au contrôle des « grands risques » [10], indique que le volume de risques sur une seule entité s’entend comme « risques nets pondérés », ce qui signifie que le volume brut de crédit de secours apporté par la holding à la filiale pourrait aller bien au-delà du seuil des 10 % de fonds propres. C’est bien ce volume brut qui importe en situation de crise, où comptent avant tout les ressources mobilisables pour faire face à une crise majeure de liquidité. On peut donc gager que la holding fournirait tout ce qu’elle peut à sa filiale pour la sauver, jusqu’au point où ses engagements bruts sur cette dernière excèderaient significativement 10 % de ses fonds propres — 10 % tout ronds, pour BNP-Paribas, ça fait tout de même déjà 7,5 milliards d’euros, une paille si la filiale venait en bout de course à faire défaut pour de bon. Mais comme toujours dans cette affaire, le danger n’est pas tant de manger les fonds propres que de se trouver face à des besoins urgents de liquidité impossibles à satisfaire. Or, précisément, en situation de crise, la liquidité est LE problème, et pour tout le monde. Qui peut imaginer que le spectacle d’une holding contrainte d’apporter dans la précipitation des concours à sa filiale, donc qui exprimerait des besoins de liquidité massifs, laisserait les opérateurs de marché indifférents, et qu’en serait-il alors de la possibilité effective pour cette holding de les financer ?

C’est en général à ce moment que la question de la solvabilité, objectivement secondaire, n’en fait pas moins retour, mais sous la forme vicieuse d’un accélérateur de panique. Car, pour tous leurs défauts de pertinence, les ratios de solvabilité n’en sont pas moins scrutés par les opérateurs des marchés de gros du crédit [11], où ils sont interprétés comme un signal sur la qualité des débiteurs… même pour la fourniture de liquidités de court terme [12]. C’est tout le charme de la finance de marchés que la croyance y fait loi : il suffit donc que le jugement des opérateurs se cristallise sur un indicateur quelconque pour que celui-ci acquière une importance, et un pouvoir d’entraîner des effets, qu’il ne possède nullement par lui-même. Si les opérateurs se mettent — et c’est le cas en situation de crise ! — à considérer que les débiteurs doivent être jugés d’après leurs ratios Tier-1 et que seuls les meilleurs auront accès à la liquidité, malheur à celui qui vacillera en cette matière : ses sources de financement se fermeront les unes après les autres, jusqu’à l’apoplexie finale… semblant donner raison à la « théorie » qui se sera en effet révélée « vraie »… mais pas du tout pour les raisons qu’elle croit. En tout cas voilà aussi ce qui pendra au nez de la holding encombrée d’une filiale de marché en train de prendre l’eau : car la holding devra consolider les pertes de cette dernière… et voir ses propres ratios de solvabilité prendre sérieusement de la gîte. Avec menace subséquente sur sa propre capacité à maintenir la continuité de ses financements… au moment où ils devraient être le mieux garantis pour venir au secours de la filiale en perdition.

Pour une loi d’apartheid bancaire Retour à la table des matières

A part ça, Karine Berger voit dans la (fausse) séparation par filialisation « une garantie d’étanchéité avec la maison-mère ». « A [son] sens ». Mais tout est faux, « au sens » de n’importe quel autre regard tant soit peu décidé à tirer les conséquences de ce qui s’est passé, dans les invraisemblables préventions dont ce texte de loi fait preuve à l’égard de ce qu’on présenterait sans exagération comme le plus grand pouvoir de destruction sociale — mais celui-ci est en costume trois pièces, en vertu de quoi il passe rigoureusement inaperçu… en tous cas aux yeux de ses semblables. Pour qui pourtant veut bien se donner la peine de simplement s’y pencher, l’histoire économique, et sur tous les continents ou presque, regorge d’épisodes attestant la nocivité des marchés de capitaux libéralisés. La moindre des réponses à la crise présente, sans doute l’une des plus graves de toute l’histoire du capitalisme, ne pourrait viser en dessous de la ségrégation complète des activités de marché, dont il faut redire, et là encore attestation historique en main, qu’elles ne rendent aucun service important, ou presque, que le simple crédit bancaire ne saurait rendre («  et la Bourse des actions ! », s’écrient alors éperdus les amis de la finance de marché, même sous le fordisme il y en avait une — c’est qu’il n’était pas allé assez loin et ne s’était pas aperçu qu’on peut carrément s’en passer [13]).

Par une indulgence en fait coupable, on pourrait tolérer qu’il demeure des activités de marché. Mais sous l’interdiction formelle faite aux banques de dépôt d’avoir le moindre contact avec ceux qui s’y livrent. Comme on pouvait s’y attendre, la première protestation apeurée (bien à tort) des banquiers français est allée au rappel de ce que le modèle de banque n’était pour rien dans cette affaire, qu’on avait vu de pures banques de marché, comme Bear et Lehman, aller au tapis, et que les banques universelles « à la française » s’était très honorablement comportées. Sauf vaine discussion sur les points d’honneur de la profession bancaire, et le « comportement » réel des banques françaises à l’épreuve de la crise, on appréciera davantage le culot de ces messieurs. Qui sont touchants de candeur de nous enseigner que, oui, être assis sur le tas des dépôts aide bien à amortir les gamelles ! On en est donc arrivé au point où il faut leur rappeler que l’argent du public n’a pas exactement pour vocation de les aider à tenir plus confortablement le choc de leurs pertes spéculatives — on mesurera d’ailleurs l’arrogance innocente de la finance qui, pour se défendre, ne voit même plus le mal à consentir l’aveu qu’elle compte exposer les dépôts aux risques de ses turpitudes spéculatives, et qu’elle est même bien contente de les avoir sous la main !

Même le banking split complet [14], en lieu et place de la filialisation et des conceptions passablement Titanic que Karine Berger se fait de « l’étanchéité », ne suffirait pas à apporter une réponse satisfaisante. Il faut couper absolument toute connexion entre les institutions de dépôts et les banques de marché, non seulement, évidemment, tout lien capitalistique du type holding-filiale, mais tout lien de crédit ou de contrepartie avec n’importe quel acteur spéculatif, puisque c’est aussi par ce genre de canaux que les dépôts finissent par se trouver exposés. Ceci signifie qu’une banque commerciale ne pourra en aucun cas être impliquée dans une relation de crédit avec une banque de marché — en tous cas du côté créancier. Laquelle clause suppose alors d’instituer deux marchés interbancaires séparés. Voilà ce qui suit de prendre au sérieux l’idée de séparation bancaire : séparation dans tous les domaines ! Séparation des institutions bancaires elles-mêmes ; séparation de leurs conditions réglementaires (ratios de capital, leviérisation, etc.) ; séparation des marchés interbancaires ; et comme on l’avait proposé il y a quelque temps déjà [15], séparation des taux d’intérêts de la banque centrale pour les refinancements respectifs des banques commerciales et des banques de marché [16].

Si le socialisme de gouvernement n’était pas complètement colonisé de l’intérieur par la finance, s’il lui restait quelques audaces et s’il avait pris un tant soit peu la mesure des désastres que la finance de marché a infligés au corps social, ça n’est pas cette indigente loi de « séparation » qu’il lui imposerait. Mais une loi d’apartheid.

Re: Le fil des perspectives économiques

Tosino a écrit:

La régulation bancaire au pistolet à bouchon
lundi 18 février 2013, par Frédéric Lordon

Attention avec Lordon qui est un économiste marqué politiquement...

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz

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Re: Le fil des perspectives économiques

Je te mets au défi de trouver un économiste qui ne le soit pas.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Le fil des perspectives économiques

Broz a écrit:

Je te mets au défi de trouver un économiste qui ne le soit pas.

Certes, je n'ai jamais prétendu le contraire. En revanche, Lordon est clairement un économiste marginal qui travaille au Monde diplomatique, qui est loin d'être le plus neutre des périodiques en France.

"L'islam n'est pas une idéologie" Broz