Topic: 15 jours pour une France pacifiée
Chers forumeurs,
Je ne vous cache pas qu'en tant que citoyen français, amoureux de mon pays, l'idée d'avoir Nicolas Sarkozy à l'Elysée dans 15 jours serre mon estomac d'une angoisse refoulée mais latente.
Tout a déjà été dit sur ce candidat, qui manie avec grande dextérité la communication de masse, l'hypnose des foules, le discours carré, fort, entraînant...
Mais la politique, ce n'est pas que les discours, loin de là ... Et je dirais même : méfions nous des discours, surtout quand on sait qu'ils visent à donner une image en rupture avec des comportements passés.
La politique, c'est une façon de gouverner, un style d'autorité et surtout un ensemble de politiques publiques. Si l'on peut dire tout et son contraire, la politique n'est plus qu'une scène théatrale vide de sens.
Veut-on une façon brutale de gouverner ? Une désinformation permanente ? Une politique qui avance masquée (comme ce dernier décret publié à pas de velours qui applique de la plus inquiétante manière la loi de "confiance" en l'économie numérique, obligeant les FAI à garder pendant 1 an toutes les informations sur ce qu'ont fait les internautes) ? Qui fait passer des politiques publiques derrière le dos des citoyens en tenant le discours inverse de la politique menée depuis 5 ans (cf. les discours simili-gauchisants matinés de paternalisme, ou bien l'idée de faire passer devant le parlement un texte refusé par un réferendum - l'avocat sarkozy ne semble jamais avoir entendu parler du parallelisme des formes et des compétences...)
Ou bien veut-on une politique de rassemblement des Français, fraternelle, tolérante, compréhensive des différences, des difficultés des uns et des autres ? Tolérante certes, mais ferme sur la sécurité, vigilante et dure contre le terrorisme, car il n'est pas question de laisser l'angélisme se réinstaller à gauche. Veut-on une politique claire (dite du pacte présidentiel) qui combine mise en action de tous les leviers du plein emploi (contrat première chance, emplois-tremplins, investissements massifs dans les nouvelles technologies, soutien aux PME innovantes et/ou exportatrices, corrélation du niveau de charges patronales à l'effort des entreprises en terme de création d'emploi), relance de la croissance économique et du pouvoir d'achat (SMIC à 1500€), et aussi sécurisation des parcours professionnels ? Veut-on une remise au premier plan des questions d'éducation, sans tabou, quitte à demander des efforts aux uns et aux autres (aux étudiants, qu'il faut mieux orienter mais qui doivent également mieux se responsabiliser dans leurs parcours et mériter toute forme d'aide financière par des emplois éducatifs d'intérêt général ; aux professeurs, qui devraient s'investir dans le soutien scolaire public ; à l'administration qui doit être plus parcimonieuse dans ses dépenses de fonctionnement hors personnels).
Veut-on le consensus pour réaliser les grandes réformes nécessaires à ce pays, et notamment celles permettant d'avoir un Etat plus efficace, dont les dépenses utiles sont privilégiées aux dépenses de communication, de réception, et de gabegie, qu'il faudra réduire au maximum dans tous les services de l'Etat afin de stopper l'accroissement de la dette et de réduire le déficit public ? Oui, le consensus est nécessaire pour une telle réforme ; sans lui, le conflit social risque d'être encore une fois couteux pour la France en terme financiers, d'image et de temps gagné sur l'avenir. Les socialistes savent de quoi ils parlent : l'échec de la réforme de Bercy nous a rappellé à quel point la concertation préalable était nécessaire à toute réforme. C'était moins grave, certes, que les manifestations étudiantes de 2006.
Je n'ai pas le tempérament de supporter, aussi je n'idéalise pas ma candidate, ça ne servirait à rien. En revanche, l'idée d'avoir pendant 5 ou 10 ans à la tête de mon pays un homme qui stigmatise les uns et les autres, et qui veut faire de la République un instrument de combat ("si tu te lèves tôt le matin, la République t'aidera, si tu te lèves tard, elle te combattra"), ça me fait franchement flipper, et je le dis sans complexes. La République doit combattre le crime, l'exclusion, la délinquance, mais en aucun cas, elle ne doit commencer à s'attaquer aux individus qui respectent les lois, quelles que soient leurs pratiques de vie.
J'appelle donc simplement ceux, parmi les lecteurs qui ont voté Bayrou, à choisir le rassemblement des forces démocratiques au deuxième tour, rassemblement qui devra évidemment se faire sur une base ouverte et publique (pas d'accords de coulisses acceptables dans le cadre de démocratie participative ouvert par Ségolène Royal). Ce soir, sur F2, François Fillon a clairement mis les candidats UDF devant une forme de chantage : soit ils appellent à voter pour le candidat de l'ump, soit ils pourront rêver pour des accords électoraux locaux. A eux également , j'en appelle à la raison républicaine, à l'union sacrée des démocrates, contre le front sarkozysto-lepeniste (je réfère à ces 10% d'électeurs de le pen qui ont "voté utile" pour sarkozy au premier tour et aux 10 autres pourcent qui s'apprettent à les imiter).
J'en appelle à ceux qui sont attachés à la France éternelle, notre mère à tous, celle qui nous a élevés dans l'amour des valeurs de justice, de progrès, de laïcité, et pas dans une vision communautariste qui ethnicise le discours, qui renvoie chacun à ses origines et à sa religion.
J'en appelle à ceux qui ont grandi dans une certaine idée de la grandeur de la France, car c'est en restant fiers de nous mêmes et fiers de nos valeurs que nous rayonnons dans le monde, pas, au contraire, en se donnant, sur un trépied, à des valeurs opposées, au prétexte qu'elles sont temporairement dominantes au niveau mondial.
J'appelle également l'ensemble de la gauche à se rassembler pour la seule candidature de la justice sociale, de l'écologie réelle et concrète (cf. le dense programme écologique de Ségolène Royal, soutenue par de nombreuses associations écologiques et maintenant par les Verts), et de la résistance aux lobbies des puissances de l'argent et du mépris des plus faibles.
J'appelle à un rassemblement de tous les démocrates contre l'extremisme rampant, pour la liberté, et pour une pacification de notre société.
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)