PARIS (Reuters) - Le député socialiste Henri Emmanuelli a suggéré dimanche que Nicolas Sarkozy, en tant que président de l'UMP, soit nommé Premier ministre en remplacement de Dominique de Villepin.
"Parvenus là où nous en sommes (dans l'affaire Clearstream), il ne me paraît pas possible que le Premier ministre reste en fonction", a réaffirmé Henri Emmanuelli, sur Radio J.
"Je pense que le chef de l'Etat devrait prendre ses responsabilités, agir vite et nommer un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre."
"Il y a un parti majoritaire, avec un président qui de surcroît, paraît-il, sait tout faire, je parle de Nicolas Sarkozy. Donc le président n'est pas dépourvu de possibilités", a-t-il remarqué.
"C'est ce qui se fait d'habitude. On nomme le responsable du parti majoritaire."
Une "superstition politique" veut qu'un Premier ministre ne parvienne pas à se faire élire à la présidence de la République dans la foulée de son séjour à Matignon, à l'instar de Jacques Chirac en 1988, d'Edouard Balladur en 1995 et de Lionel Jospin en 2002.
Henri Emmanuelli a estimé que Dominique de Villepin devrait démissionner d'ici la reprise des travaux parlementaires et la séance des questions d'actualité au Palais-Bourbon, mardi.
"Si le Premier ministre est toujours sur les bancs du gouvernement, ça va être une séance assez particulière", a-t-il dit.
"Imaginez, mardi, le spectacle d'un gouvernement où seront assis côte-à -côte M. de Villepin, M. Sarkozy, Mme la ministre de la Défense, etc. Imaginez l'ambiance ! La France n'a pas besoin de ça."
"Nos institutions sont à bout de souffle. Et, depuis la réforme inachevée et boiteuse du quinquennat, il faut changer les institutions de ce pays", a estimé le député des Landes en prônant un recours plus fréquent au référendum.
Le président de l'UDF, François Bayrou, a lui aussi réaffirmé dimanche qu'il fallait "des institutions reconstruites".
La France "est au bout de la crise de régime", assure-t-il dans une interview au Parisien Dimanche.
"Au départ, il y a la haine réciproque accompagnée de coups tordus entre les principaux responsables de l'Etat et du gouvernement. Mais l'engagement des services secrets, les manipulations du renseignement dans cette guerre intestine révèlent où nous en sommes arrivés dans l'effondrement des principes démocratiques."
"Un gouvernement, normalement, c'est une entente", remarque François Bayrou, estimant "intenable" que ce climat au sommet de l'Etat dure jusqu'à l'élection présidentielle, au printemps 2007.