1,601

Re: In Bed with Descoings

Sciences Po : honneur et déshonneur

Point de vue | LEMONDE | 25.01.12 | 14h43   â€¢  Mis à jour le 25.01.12 | 18h23

par Hervé Fradet, maître de conférences à Sciences Po depuis 1990 et membre du conseil de direction


Il y a bientôt un an, un jour que je demandais, lors d'une séance du conseil de direction de Sciences Po, une augmentation pour les charges de cours des maîtres de conférence payées 50 euros de l'heure et qui n'ont pas été revalorisées depuis 1992 - vingt ans ! -, Michel Pébereau, qui n'y était pas favorable, me rétorqua que c'était "un honneur d'enseigner à Sciences Po". Je suis tellement convaincu de la réalité de cet honneur que, dans la crise que traverse notre institution, je m'obligeais à la plus grande réserve, dans l'attente de notre prochain conseil.

Mais la tribune de MM. Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau (Le Monde daté 22-23 janvier), qui ne s'expriment pas en leur nom personnel, mais en qualité de présidents des conseils de Sciences Po, sans que ceux-ci aient été consultés, m'interdit de garder le silence.

Dans leur texte écrit pour éluder les vraies raisons de la crise, ils affirment vouloir répondre "aux attaques portées contre Sciences Po " et ils s'efforcent de nous rassurer sur "le bon bilan" de la maison. Fort bien. Mais la question n'est pas du tout là. Car personne n'attaque Sciences Po, qui ne se confond pas avec son directeur. Ce qui est en cause, c'est premièrement la suppression de l'épreuve de culture générale à l'examen d'entrée, deuxièmement les révélations sur les rémunérations de Richard Descoings ainsi que des membres du comité exécutif, et troisièmement, au bout du compte, une certaine manière de diriger Sciences Po. Sur ces points, j'entends apporter quelques explications.

La suppression de l'épreuve de culture générale a été présentée à notre conseil comme procédant de raisons techniques, et en aucun cas idéologiques. Il s'agissait d'avancer dans l'année notre procédure d'admission en la calant sur le calendrier national des affectations post-bac, ce qui imposait des adaptations. Considérant que Sciences Po n'a pas à jouir d'un privilège exorbitant lui permettant de vider, la veille de la rentrée, certaines des meilleures classes préparatoires de France, j'approuvais pour ma part cette mesure.

Et puisqu'elle nous imposait de ne retenir qu'une seule épreuve obligatoire et une option, je trouvais normal que l'on privilégie l'histoire. Exprimant néanmoins mon très grand regret quant à la suppression de l'épreuve de culture générale, je proposais un amendement consistant à transformer l'épreuve optionnelle de lettres initialement proposée par la direction en une épreuve de lettres-philosophie, dont le jury serait composé pour moitié par des professeurs des deux disciplines. Non ! nous n'étions pas contre la culture générale et nous le prouvions sans ambiguïté.

Aussi ma surprise fut-elle grande de découvrir le lendemain une campagne de communication, dont la source émanait de la direction de Sciences Po, présentant cette mesure comme un moyen de "favoriser la diversité de nos étudiants". Dénaturant la signification de notre vote, la direction nous impliquait dans une attaque contre la culture comme moyen de reproduction sociale, dans un fumet à la Bourdieu, dont le simplisme aurait mis en colère son auteur même.

Fin décembre, j'ai adressé une lettre aux membres du conseil de direction les avertissant des risques de discrédit que cette façon de présenter les choses faisait courir à l'institution. J'insistai sur le fait qu'au moment où le Financial Times reconnaissait nos écoles de commerce comme comptant parmi les meilleures du monde, en raison précisément de la très bonne formation générale reçue par les étudiants dans les classes préparatoires, il était regrettable de déprécier notre avantage. Richard Descoings me répondit qu'il y avait en effet un problème et qu'il le résoudrait à la rentrée.

Hélas, à la rentrée, au lieu d'un communiqué à la presse pour lever le quiproquo, l'attaque contre la culture générale continua du sein même de Sciences Po qui nous expliqua que la presse, forcément de droite, nous en voulait et qu'il y avait un complot contre le directeur.La direction de l'Institut d'études politiques nous affirma le jour de la Saint-Guillaume que nous étions les meilleurs, que l'on nous critique parce que l'on nous envie. Une fois de plus à Sciences Po, il y avait ceux qui étaient "pour" Richard Descoings et ceux qui étaient "contre", ses amis n'étant pas toujours dans le camp que l'on croit. La caporalisation des esprits n'ayant pas sa place à l'université, cette agitation médiatique, si nuisible à notre institution, peut se comprendre comme le pare-feu d'un sujet plus brûlant, celui des rémunérations des membres du comité exécutif de Sciences Po.

Je ne personnaliserai pas la question des rémunérations de Richard Descoings et des membres du comité exécutif, et la manière opaque dont elles sont fixées par un comité ad hoc. Mais ce qui est contestable dans une entreprise du CAC 40 dont le conseil d'administration s'attribue un butin hors du contrôle effectif des actionnaires l'est bien davantage à Sciences Po. Mais à Sciences Po, c'est plus qu'ailleurs encore une question d'honneur de savoir s'imposer de la mesure, quand les présidents d'université française perçoivent une rémunération cinq à dix fois inférieure. Comme l'Etat abonde pour 50 % le budget de Sciences Po, la Cour des comptes, qui effectue actuellement un contrôle à Science, se prononcera.

Mais je voudrais rappeler ceci. Tout ce que nous faisons, nous autres enseignants, chaque jour dans nos cours, à la bibliothèque, en corrigeant des montagnes de copies, en ouvrant l'esprit de nos étudiants sur le monde contemporain, c'est de montrer que l'argent n'est pas le but ultime de notre vie et que l'on passe à côté de sa propre vie si l'on n'en a pas de meilleur.

Aussi, quand des dirigeants de Sciences Po, comme ils le font aujourd'hui, justifient leur rémunération devant les étudiants en leur expliquant qu'eux-mêmes n'entrent dans notre école que parce qu'ils veulent gagner autant d'argent qu'eux, ils désavouent ce que nous faisons, comme le dirait M. Pébereau, "pour l'honneur". Comme membre du conseil de direction de Sciences Po, je demande donc aux dirigeants de pas saper les fondements du travail universitaire et d'expliquer à nos étudiants que le but de la vie n'est pas dans l'accumulation de l'argent. A 17 ans, certains disent qu'on n'a pas de culture, ils ont tort, et il serait encore plus périlleux de les laisser dire qu'on n'a pas d'idéal.

Le bilan de Sciences Po n'est pas seulement bon, comme le disent MM. Casanova et Pébereau, il est excellent. Nous avons vécu avec Richard Descoings une formidable aventure intellectuelle : l'internationalisation, la diversification sociale, la création de nouveaux enseignements. Mais il n'y a aucune raison de présenter l'IEP comme une citadelle assiégée dont le directeur serait victime d'une conspiration générale justifiant un pouvoir sans partage. Après s'être ouvert au monde, il serait regrettable que Sciences Po se ferme à la France.

Mais pour ne pas rester dans un entre-soi complaisant, il faut que la démocratie règne aussi à Sciences Po. Notre institution a donné trop de leçons aux Français pour les priver du droit de pouvoir juger librement du genre d'hommes et de femmes qu'ils veulent y voir former comme leurs futurs dirigeants. Il faut que Sciences Po et, plus largement, la formation de nos élites et de leurs valeurs devienne un objet du débat public dans la campagne de l'élection présidentielle.

1,602

Re: In Bed with Descoings

Lettre ouverte d'étudiants de Scpo à Descoings concernant son salaire et sa prime :

Libération a écrit:

Richard Descoings, expliquez-nous !


Par Des étudiants de sciences-Po

En justifiant son salaire dans Libération (1), Richard Descoings, directeur de Sciences-Po Paris, s’est livré à un exercice décevant et déroutant. Etudiants à Sciences-Po Paris, nous souhaitons ici nous exprimer et interpeller notre directeur par voie de presse, puisque celle-ci semble être le seul moyen de se faire entendre. Certes, le bilan de Richard Descoings - que nous ne remettons pas en cause - est globalement très bon. Il a œuvré au désenclavement de la «rue Saint-Guillaume» en ouvrant l’institut à l’international et, en favorisant la diversité sociale au sein de la communauté étudiante, il a largement contribué à consolider l’insertion professionnelle des diplômés. Nous sommes fiers de faire partie d’une institution qui a su se renouveler. Pourtant, aujourd’hui, nous ne pouvons nous empêcher d’être déçus. Déçus par l’attitude de celui qui s’est imposé comme la figure médiatique symbolique de l’établissement. Suite aux révélations de Mediapart en décembre 2011, M. Descoings nous avait promis des explications. En réalité, il ne s’est jamais adressé directement à ses élèves pour leur apporter une quelconque justification. Que Richard Descoings gagne bien sa vie n’est pas en soi un problème - et si en ces temps de crise, nos dirigeants parlent sans cesse de rigueur et d’efforts partagés, il appartient à chacun d’entre nous de juger si ce salaire est excessif ou justifié.

En revanche, qu’il écrive que les étudiants qui s’indignent sont «des étudiants d’extrême gauche», qu’il affirme qu’il aurait pu «partir dans un cabinet comme partenaire» et «qu’on ne serait pas en train de discuter 25 000 euros», ou encore qu’il sous-entende que les étudiants de son institut ont pour motivation première le quadruplement de leur salaire au cours de leur carrière, cela est intolérable. Nous sommes de tous bords politiques et ne nous exprimons ici sous l’influence d’aucun parti ni d’aucun syndicat. Nous considérons que l’exercice auquel s’est livré notre directeur met en lumière les contradictions d’un personnage pourtant très apprécié. Accessible, ouvert aux discussions sur les réseaux sociaux et dans les locaux de l’établissement, le directeur est demeuré muet à l’égard des étudiants à propos des rémunérations des directeurs de Sciences-Po Paris, attitude troublante au regard de certaines valeurs qu’il défend. En effet, M. Descoings parle de «transparence», affirmant que la pratique des bonus date de 2007 et a eu pour objectif de «baisser les salaires» - alors même que son traitement mensuel s’élevait en 2005 à 17 408 euros (selon la Tribune). Est-ce l’expression de la transparence que le refus de communiquer le montant des primes versées aux cadres dirigeants, ainsi que les critères sur lesquels ces primes sont versées ? L’absence d’information n’est-elle pas révélatrice d’une forme d’arbitraire dans la répartition de ces «parts variables» du salaire ? Richard Descoings s’inscrit en faveur d’une culture de la performance, soit. Mais dans ce cas, il faut alors mener la démarche jusqu’au bout et rendre public ce qui aujourd’hui demeure l’affaire de réunions opaques. Nous, étudiants, finançons désormais une part importante du budget de l’IEP de Paris. Si, bien évidemment, l’augmentation de nos frais de scolarité n’a pas intégralement servi au versement des dites primes, la logique démocratique voudrait que nous ayons un droit de regard sur l’utilisation des fonds que nous apportons. Notre directeur défend son attitude - qu’il considère apparemment comme courageuse - d’être «resté» à la direction de l’institut plutôt que d’être parti dans le privé où il aurait pu «gagner plus». De son point de vue, diriger Sciences-Po relèverait ainsi d’un acte de charité - «dédommagé» à hauteur de la modique somme de 27 000 euros brut par mois, sans compter la part variable - plutôt que d’un honneur - celui de diriger un établissement des plus prestigieux en France ou plus simplement d’une mission - celle de faire briller les qualités de l’enseignement français à l’étranger.

En définitive, les grands oubliés sont bien les enrichissements intellectuel et culturel que nous apportent l’institut et les opportunités professionnelles qu’il nous offre. Bien plus qu’une hypothétique perspective de doublement ou de quadruplement de notre salaire de jeunes diplômés, nous sommes venus chercher à Sciences-Po des clés de méthode, de compréhension et d’analyse du monde contemporain. Nous espérons ainsi contribuer, modestement, au bon fonctionnement et à la dynamique des institutions et entreprises nationales, européennes ou internationales. La réputation de l’école - ainsi que celle de ses étudiants - nous oblige à réagir. Nous aimerions que le fonctionnement démocratique dont se targue Richard Descoings ne soit plus seulement une façade médiatique à destination du grand public mais une réalité concrète auprès des premiers concernés : les étudiants. Si M. Descoings a largement contribué à faire d’une institution fermée et élitiste une plate-forme d’échanges et d’enrichissements culturels et sociaux à haute exigence intellectuelle, les propos qu’il a tenus récemment ont mis en lumière une facette de sa personnalité et de sa vision du monde que nous ne connaissions pas. Sciences-Po présente un très bon bilan, mais l’image de son maître d’œuvre est désormais indéniablement ternie.

Signataires : Marion Aubry, Olivier Borel, Hélène Dumez-Paytau, Céline Dupeuble, Vincent Galibert, Rémi Hattinguais, Elise Haumont, Jules Hébert, Cindy Heraud, Emmeline Heymes, Lucie Huber, Virgine Mauz, Elise Stern.

(1) Du 31 janvier.

"In heaven, everything is fine." (the Lady in the Radiator)
"You'd never guess...There was a fish... in the percolator."
"I like to remember things my own way... not necessarily the way they happened."

1,603

Re: In Bed with Descoings

C'est vrai que le titre de ce thread...

"Moult a appris qui bien connut ahan"

1,604

Re: In Bed with Descoings

Hu hu...c'est clair !

Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta