a) L'ambition que j'avais en écrivant mon premier message sur ce fil était destinée à des gens non familiers des questions macroéconomiques afin de :
1/ Montrer que les débats sur la dette sont beaucoup plus complexes qu'une simple approche en termes de "bon gestionnaire" vs. "dépensiers à tout va", même si à première vue cela peut sembler du bon sens (alors qu'en fait, ce n'est pas du tout aussi simple).
2/ Les positions économiques tenues par certains politiques se rattachent très souvent, comme l'a dit Keynes, à la pensée d'un "économiste mort depuis des décennies" et qu'il y a de lourds présupposés économiques et idéologiques derrière des positions qui peuvent sembler aller d'elles-mêmes. D'où ma critique sur des positions tenues par Hollande par exemple qui sont plus proches économiquement des monétaristes que des keynésiens, ce qui est assez inquiétant pour un socialiste.
b) Le problème dans les débats que j'ai eus ici avec toi Greg est qu'on se situe simplement à deux niveaux différents d'analyse économique. Tu développes une vision qui semble de bon sens, mais qui est en fait très naîve voire même simpliste et erronée de la gestion du budget d'un Etat. Tu n'as bien sûr jamais répondu à aucun de mes arguments pour te contenter d'un "il faut être responsable, grandir et mûrir", "soyons de bons gestionnaires, etc." sans compter les imprécisions sur l'équivalence épargne-dette et autres choses. Je montre que cette question est beaucoup plus complexe et que les vrais problèmes se situent un cran au dessus :
1/ Il est tout à fait possible que les mesures d'austérité prônées ici ou là ne conduisent pas dans la réalité à une réduction du déficit et à une diminution du rythme de croissance de la dette. En effet, comme je l'ai expliqué avec plus ou moins de bonheur plus haut, les seuils de soutenabilité sont endogènes : admettons qu'un pays ait une dette à 90% du PIB handicapante mais soutenable et qu'il souhaite revenir à un seuil moins handicapant de 60%. Si les mesures misent en place conduisent à une hausse du chômage, un ralentissement généralisé de la croissance, etc. la perte en revenus fiscaux, en stabilisateurs automatiques, etc. va faire que le pays va se retrouver dans une situation pire qu'avant (ce qu'il gagne en mesure d'austérité d'un côté il le perd en revenus fiscaux, c'est un raisonnement type "courbe de Laffer") !
La dette devient alors insoutenable, alors même qu'il était lancé sur des mesures d'austérité. Il faut donc parvenir à mettre en place une politique suffisamment soft et graduelle pour réduire la dette tout en accroissant la croissance et diminuer le chômage. Contrairement à toi qui parle de "d'objectifs à avoir en tête", je défends avec beaucoup d'autres (parmi lesquels Krugman, Piketty, Cohen et d'autres, hein, pas des types mabouls non plus) des mesures dont des réformes monétaires pour alléger le fardeau couplées avec des réformes structurelles progressives sur la fiscalité et du marché de l'emploi (personne n'a été partisan du "raser gratis", dépenser n'importe comment et ne rien faire. Piketty te dit qu'il faut réformer la fiscalité, mais aussi ne pas trop se focaliser sur le remboursement d'une dette qui va être douloureux. Je suis d'accord avec lui, je n'ai jamais été un laxiste. J'ai juste le sens des priorités).
2/ Comme je l'ai déjà dit, ce que tu appelles la "responsabilisation" n'est jamais qu'un doux euphémisme pour parler de mesures socialement très dures qui consistent en des transferts de valeurs des travailleurs-consommateurs vers les détenteurs de capitaux, des générations les plus jeunes (qui remboursent la dette) vers les plus âgées (qui l'ont créee). C'est une position défendable économiquement (les monétaristes sont pour ce genre de solution, contre l'inflation et la monétisation de la dette) mais il faut l'assumer. On ne peut pas dans le même temps prôner une obéissance et une remboursement aux marchés tout en ayant comme priorité la redistribution des richesses des plus riches vers les plus pauvres. Je t'ai montré que la position que tu défends (respectable) a en fait des conséquences sociales et idéologiques importantes. A toi de les assumer (sans tomber ensuite dans un relativisme mou et inefficace, "non mais en fait, on ne parle pas de mesures contraignantes, c'est juste un objectif".
3/ Tu ne te rends pas compte à quel point les débats entre économistes sur la gestion de la dette sont en ce moment très animés et pas du tout consensuels (je sais que tu n'es pas spécialiste d'économie théorique et appliquée, mais il y a des gens vraiment très intelligents des deux côtés qui débattent violemment; ce n'est pas aussi simple). Il suffit de voir les débats aux US (lis une tribune de Krugman dans le NYT ou bien le FT), à Londres (les mesures d'austérité de Cameron qui ont consisté à réduire le budget de tous les ministères (sauf 2, santé et aide internationale) de 20% font beaucoup de débat), en Europe continentale (les plans de rigueurs en Grèce, Espagne, Irlande, etc. sont âprement débattues sur Vox.eu par exemple par des économistes de profession), en Amérique Latine (cas du Brésil entre autres) et même maintenant en Chine, débats dans lesquels je prends part avec de nombreux économistes chinois et étrangers.
Donc oui il y a matière à débat, non ce n'est pas si simple et les choix faits vont avoir des conséquences très importantes.
Sur le fond, je ne suis pas là pour convaincre un webmaster des conséquences macro des politiques actuelles, j'ai suffisamment à faire avec les articles que j'écris et les débats que je mène avec des hauts fonctionnaires et économistes français et étrangers. J'essaye simplement de défendre un autre point de vue et de faire acte de pédagogie pour défendre des idées qui me semblent importantes; en espérant que cela puisse intéresser des gens ici.
PS : je passe par un proxy car j'ai actuellement un problème de connection. N'y vois pas une attaque anonyme contre toi.
PPS : de grâce, cesse de te poser en victime quand tu m'as insulté de, je cite, "mégalomane attardé, déséquilibré, timbré, aigri, fou, menteur, etc." alors que j'ai au plus émis un très fort doute sur tes compétences en économie (par l'emploi du mot charlot) et sur ton honnêté intellectuelle.