Topic: A propos de l'interdiction de la publicité pour Marithé et Gribaud
Extraits de la décision du tribunal des référés cités par l'AFP :
Le tribunal, présidé par Jean-Claude Magendie, a estimé que l'affichage de cette publicité constituait "un acte d'intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes".
"L'injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché", a souligné le tribunal.
En conséquence, le tribunal a interdit à l'annonceur, la société GIP, et à la société Decaux "d'afficher la photographie objet de la présente procédure, en tous lieux publics et sur tous supports". Cette interdiction s'accompagne d'un ordre d'interruption de tout affichage.
Le tribunal a assorti "cette condamnation d'une astreinte de 100.000 euros par jour de retard, Ã compter du 3e jour suivant la signification" de cette ordonnance aux parties.
Les deux sociétés se voient également condamnées à verser 10.000 euros au titre des frais de justice à l'association Croyance et Libertés.(...)
Le tribunal a estimé que les femmes parodiaient les attitudes et les gestes peints par Léonard de Vinci et que "la présence, dans une position non dénuée d'ambiguité, d'un homme dos nu, introduit un motif de dérision inutilement provocateur".
"La légèreté de la scène fait par ailleurs disparaître tout le caractère tragique pourtant inhérent à l'évènement inaugural de la Passion", fait remarquer le tribunal.
Dans Le Progrès, Jean-Philippe Mestre écrit :
"Une pieuse association a réussi à faire interdire une affiche plagiant aimablement une fameuse fresque de Léonard de Vinci. On peut s'étonner : aucun peintre, aucun conservateur, aucun critique d'art n'a cru devoir s'insurger du détournement d'une oeuvre d'art, fût-ce à des fins publicitaires. En quoi ces ayatollahs catholiques se sont-ils cru fondés à le faire ? Parce que l'oeuvre d'art en question représente une scène religieuse, le dernier repas du Christ. (...) Blague à part, il est intéressant de voir que dans notre société de l'image omniprésente, des images fassent encore scandale au point que certains souhaitent les interdire, alors que pour la plupart, elles ne tirent pas à conséquence. Cela révèle une sensibilité, des inquiétudes, des angoisses par rapport à notre époque qui méritent d'être interrogées et approfondies. Cela dit, ce n'est pas la première fois que des croyants font interdire des images qu'ils considèrent comme incroyantes. Alors qu'on n'a pas souvenir du contraire. Les incroyants sont sans doute plus tolérants."
La LDH de son côté :
La Ligue des droits de l'homme (LDH) a dénoncé vendredi "le retour de l'ordre religieux" après la décision de la justice d'interdire l'affichage d'une publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud qui présentait une libre interprétation de "La Cène" de Léonard de Vinci.
"Cette décision d'interdiction est une scandaleuse régression", a dit la LDH dans un communiqué intitulé "la LDH dénonce le retour de l'ordre religieux". Elle a précisé qu'elle "interviendra en appel aux côtés des publicitaires".
Pour elle, le jugement restaure "le délit de blasphème" et signe "le retour de l'inquisition".
"Cette décision est donc une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d'expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu'aux artistes qu'elle pille pour vendre".