Re: IRAN - US "Boy, we're going to just do it."
Edito du Monde
Après l'Irak, l'Iran ?
LE MONDE | 10.04.06 | 13h17
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Après l'Irak, l'Iran ? Les Américains, sous la présidence de George W. Bush, préparent-ils sérieusement l'emploi de la force militaire pour obliger le régime des mollahs à renoncer à son programme nucléaire ? La question est posée de plus en plus ouvertement à Washington à la suite d'articles publiés par deux experts. Le premier, Joseph Cirincione, un spécialiste de la non-prolifération, prend l'hypothèse très au sérieux dans le prestigieux magazine Foreign Policy. Le second, Seymour Hersh, un enquêteur du New Yorker, auteur des révélations sur la prison d'Abou Ghraib, croit même savoir que le Pentagone a mis au point un plan de bombardements de l'Iran incluant l'usage d'armes nucléaires tactiques.
Ces spéculations ont été qualifiées de "cinglées" par le chef de la diplomatie britannique Jack Straw, tandis que les officiels américains oscillaient entre le refus de commenter et la dénégation. Quelle crédibilité faut-il donc leur accorder ?
C'est le rôle des militaires de préparer des plans pour toutes les éventualités. Il n'est donc pas anormal que des experts au Pentagone planchent sur les différentes possibilités d'intervention en Iran, pour le cas où les efforts diplomatiques échoueraient à dissuader Téhéran de se doter de l'arme nucléaire. Rien n'indique qu'ils le fassent à la demande du pouvoir politique, a fortiori que celui-ci ait déjà envisagé une solution militaire à la crise. Ces bruits de bottes savamment orchestrés ont aussi pour but d'accroître la pression sur le président Mahmoud Ahmadinejad pour qu'il mesure la gravité de la situation. Cela ne signifie pas qu'ils seront nécessairement suivis d'effets.
Il reste que le précédent irakien doit inciter à la prudence. Saddam Hussein éliminé, l'administration Bush considère aujourd'hui l'Iran comme le principal danger pour la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés. La récente mouture de la doctrine stratégique américaine le déclare en toute clarté. Washington a laissé les trois Européens, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, s'épuiser dans un interminable marathon diplomatique avec Téhéran. Après l'échec des négociations directes, le dossier est maintenant au Conseil de sécurité des Nations unies, où les cinq membres permanents ont beaucoup de mal à définir une ligne commune. Les pressions diplomatiques n'ont de chances d'aboutir que si les Occidentaux peuvent compter sur le soutien de la Russie et de la Chine. Mais ce soutien ne peut être assuré qu'au prix d'un compromis.
Si l'impasse persiste, l'emploi de la force risque d'apparaître comme l'option de dernier recours, avec toutes les conséquences désastreuses qu'une telle action comporterait pour tout le Moyen-Orient. La France, qui a toujours été très impliquée dans le dossier du nucléaire iranien, aurait son mot à dire. Lequel ?
Article paru dans l'édition du 11.04.06



