Topic: Le fil des excellents articles d'opinion

Bon, je crée une nouvelle discussion car si je mets ça dans le fil des excellents articles de fond, Greg va encore me dire que ça n'a rien à y faire puisque cela ne lui plaît pas.
Donc voilà un excellent entretien de fond et d’opinion par Didier Rykner de la Tribune de l'Art. <3

Politique magazine a écrit:

Didier Rykner : « La classe politique est devenue inculte ! »

Depuis une dizaine d’années, le site Internet La Tribune de l’art passe au crible le monde de la culture et des musées, prenant le parti du patrimoine et des œuvres, souvent à rebours de l’idéologie dominante. Rencontre avec Didier Rykner, son bouillonnant fondateur…

Pourquoi avoir créé La Tribune de l’art et dans quel contexte l’avez-vous fait ?

J’ai créé La Tribune de l’art en 2003, parce que je souhaitais lire un journal que je ne trouvais pas, qui n’existait pas, c’est-à-dire un journal d’art ou l’on parle d’expositions que l’on a vues – la plupart des revues d’art commentent des évènements qu’elles n’ont pas vues –, de livres que l’on a lus, etc. J’ai créé ce que je souhaitais avoir en quelque sorte. Après une formation d’ingénieur agronome, je suis passé par Sciences Po et l’école du Louvre mais je ne suis pas devenu conservateur. Le devoir de réserve n’a jamais été tellement mon style… Mon idée était de faire du journalisme sans langue de bois, comme un historien de l’art, en considérant le patrimoine et en prenant le parti de le défendre. Dans ce milieu, cela n’a rien d’une évidence. Pour cela il fallait un média libre et indépendant comme La Tribune de l’art. Culturellement, le contexte était alors meilleur qu’aujourd’hui…

Existe-t-il encore une véritable critique d’art en France ?

Il existe encore des critiques d’art, bien sûr, mais le problème est global. De plus en plus de journaux dépendent de groupes puissants comme Arnault, Lagardère, Bouygues, qui ont des intérêts énormes dans diverses activités, dans l’industrie ou le bâtiment, et qui tiennent les deux bouts de la chaîne. Par exemple, Arnault détruit des immeubles de l’ancienne Samaritaine. Comment voulez-vous que les journaux qui lui appartiennent soient critiques ? Dans ce contexte, il n’est alors plus question de défendre l’intérêt du patrimoine… Le phénomène est le même avec les expositions : lorsque les journaux sont partenaires, il ne faut pas attendre qu’ils en livrent une analyse objective… à cela, il faut aussi ajouter le copinage et les renvois d’ascenseurs, plutôt fréquents dans le milieu. Les critiques d’art sont donc de moins en moins nombreux à être indépendants et à pouvoir s’exprimer. Pour ma part, j’ai été boycotté surtout au début, du temps où Donnedieu de Vabres était au ministère de la Culture et Henri Loyrette au Louvre. Actuellement (cela a commencé d’ailleurs du temps d’Henri Loyrette lui même, il faut le reconnaître) je ne suis plus tenu à l’écart, même lorsque je combats les réserves du Louvre à Lens. On met même un point d’honneur à m’inviter…

Comment voyez-vous évoluer l’articulation entre le monde politique et le monde culturel ? On a l’impression que le premier a totalement asservi le second…

Il apparaît avec évidence que la classe politique est devenue complètement inculte. Même si une minorité échappe à la règle, les gens qui nous gouvernent, à droite comme à gauche, ne connaissent rien et s’en fichent. Par voie de conséquence, la politique se désintéresse de plus en plus du patrimoine et des musées. Il n’y a qu’à voir l’actuel projet de loi sur le patrimoine. Le ministère donne l’impression de vouloir se débarrasser de biens qui l’encombrent, en transférant la responsabilité aux villes, ce qui va être une catastrophe puisque les maires n’ont eux-mêmes souvent que peu d’intérêt ou peu de compétences pour la sauvegarde de leurs bâtiments… Le problème est donc lié à des hommes politiques a-cculturés qui considèrent que l’histoire de l’art est superflue, alors qu’il s’agit d’une des richesses principales de la France, qui plus est, source de revenus énormes… La culture n’est regardée que pour ces postes prestigieux et les nominations abracadabrantes continuent : on parle de nommer Muriel Mayette, l’ancienne administratrice de la Comédie Française, à la tête de la Villa Médicis, sans aucune légitimité… Regardez avec quelle vitesse le Louvre est actuellement entraîné dans une vertigineuse dérive intellectuelle. Il y aura l’année prochaine au Louvre-Lens une exposition sur le Racing club de Lens – il fallait quand même l’imaginer –, et à Paris dès septembre, trois autres expositions : Les mythes fondateurs d’Hercule à Dark Vador, – qui peut sérieusement penser que Dark Vador incarne « un mythe fondateur » ? –, Une brève histoire de l’avenir, d’après le livre de Jacques Attali, qui n’est tout de même pas connu pour ses compétences en matière d’histoire de l’art et dont on peut déjà craindre le verbiage, et des installations de Claude Lévêque, artiste contemporain qui n’a rien à faire au Louvre. Parallèlement, les rétrospectives Le Nain et Charles Le Brun auront lieu non pas à Paris mais à Lens, sans que l’on se demande s’il y avait là-bas un public pour des rétrospectives nécessairement pointues… Heureusement, à côté, certains musées de province s’en sortent à la force du poignet, avec des moyens parfois réduits. On peut citer le musée de Lyon, le musée de Montpellier, de Rennes, ou encore de Roubaix, qui est à sa façon un exemple, situé dans la ville la plus pauvre de France. Il est la preuve que tout n’est pas une question de budget. Mais la tâche est de plus en plus difficile pour eux.

On observe des collusions de plus en plus fréquentes, via l’art contemporain, entre le marché de l’art et les institutions publiques, comme Versailles ; est-ce un phénomène général ?

Il est clair qu’il y a un certain nombre d’artistes, toujours les mêmes, comme Lévêque ou Buren, que l’on retrouve partout y compris dans des lieux dévolus à l’art ancien. Le Louvre et Versailles ont ainsi de véritables politiques d’art contemporain, ce qui n’est absolument pas dans leur rôle. Cela a certainement un impact sur la cote des artistes, même si l’on constate qu’elles se dirigent le plus souvent vers des artistes connus, dont la cote est déjà solidement établie. Koons en est un bon exemple.

Les expositions représentent aujourd’hui un véritable marché destiné aux masses. Les historiens de l’art ne jouent-ils pas un jeu dangereux en y participant et en cautionnant le mythe de l’art pour tous ?

Il est heureux que les historiens de l’art participent aux grandes expositions ; ainsi, certaines ont-elles de réelles qualités scientifiques. Il est certain que l’on veut aujourd’hui que tout le monde aille au musée, y compris les gens qui ne s’y intéressent pas. On les attire donc avec des choses qui ne sont pas muséales pour les faire venir, ce qui est absurde. C’est par exemple ce que vient de faire le musées des beaux-arts de Lille, cet été, avec une exposition sur Donald et les canards… Le niveau baisse donc et on accompagne cette baisse… Vouloir faire des blockbusters avec des grands noms pour que défilent des centaines de milliers de visiteurs aboutit à un non-sens dans la mesure où plus personne ne profite des œuvres.L’idéologie ambiante est que tout se vaut, que Dark Vador est aussi légitime au Louvre qu’Hercule, qu’il n’y a pas de hiérarchie dans la culture. Il faut toujours un prétexte contemporain et populaire pour prétendument faire aimer l’art ancien. Rabaissé de la sorte, l’art ancien n’est quasiment plus considéré pour ce qu’il est.

http://www.politiquemagazine.fr/didier- … e-inculte/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Le Figaro a écrit:

L'école, l'islam et l'Histoire : le témoignage d'un prof de banlieue

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Bruno Riondel évoque les luttes idélogiques dont l'école de la République est la proie

Bruno Riondel est professeur d'Histoire dans l'enseignement secondaire, auteur du livre Considérations inconvenantes, sur l'école, l'islam et l'histoire en France à l'heure de la mondialisation. (Éditions du Toucan).

LE FIGARO. - Votre livre s'ouvre la lettre de Marie-Claude Faivre, professeure de Lettres, à la suite du suicide de Lise B, immolée par le feu au Lycée Jean Moulins de Béziers. Que révèle cette entrée en matière?

Bruno RIONDEL. - Elle révèle le désarroi d'un milieu enseignant confronté à des difficultés croissantes. C'est aussi un beau texte, très émouvant. Il est en lien avec la question scolaire dans sa globalité. La lettre de Marie-Claude Faivre exprime aussi, avec précision, le vécu quotidien des enseignants confrontés aux réalités, aujourd'hui excessivement normatives, d'un milieu éducatif soumis aux exigences bureaucratiques croissantes de la cléricature laïque qui gère le système scolaire, depuis le Ministère et au sein des rectorats. Elle constitue donc une excellente entrée en matière pour un livre sur l'école.

Votre livre puise dans votre expérience de professeur d'histoire de l'enseignement secondaire. Depuis combien d'années enseignez-vous? Comment analysez-vous l'évolution de l'école depuis vos débuts?

J'enseigne depuis près d'une trentaine d'années. L'école a connu une évolution nécessaire, mais elle se trouve aujourd'hui dépassée par sa dynamique réformatrice qui s'est emballée au contact d'un multiculturalisme qui conduit trop souvent les pédagogues à pratiquer une fuite en avant adaptative. L'école s'est en effet démocratisée au cours des années 90 avec l'accès de 80% d'une classe d'âge au baccalauréat, ce qui fut un réel progrès démocratique, chacun pouvant espérer aller le plus loin possible dans ses études. L'école s'est aussi préoccupée du développement personnel des jeunes dans le but de les épanouir, ce qui fut aussi une avancée louable. Mais, elle a dramatiquement laissé tomber les valeurs d'autorité, de discipline et d'efforts, nécessaires à l'acquisition d'une instruction solide. Le rejet du cadre structurant traditionnel, jugé réactionnaire, a subverti un système éducatif qui dès lors s'est progressivement affaissé. Ces progrès qui concernaient essentiellement les jeunes gens porteurs d'une culture occidentale, et chez lesquels il fallait assouplir les effets de normes morales parfois trop contraignantes, se sont révélés inadaptés au contact de certains publics nouveaux. Des comportements d'affirmation excessifs, et même parfois d'opposition, de la part de jeunes dont l'inconscient culturel est différent, sont ainsi apparus, l'esprit laxiste post soixante-huitard ambiant aggravant certaines situations. Au lieu d'affronter ces réalités nouvelles, l'école s'y est adaptée en détricotant toujours plus le système de références traditionnelles, au nom du pédagogisme niveleur des différences.

Au-delà des problèmes de violences, de chute du niveau et de transmission des savoirs, vous dénoncez l'intrusion de revendications communautaires au sein de l'école républicaine. Est-ce vraiment le principal problème de l'éducation nationale aujourd'hui? Ne s'agit-il pas d'un problème plus large de perte de repères et d'autorité?

Ce n'est pas le principal problème de l'école d'aujourd'hui mais cela constitue déjà une problématique majeure dans certaines zones sensibles et s'inscrit effectivement dans un contexte de crise d'autorité. La faiblesse des réponses apportées par l'institution républicaine, confrontée à la perte des repères, renforce la détermination des prosélytes. Cette intrusion communautaire se manifeste par des comportements déplacés divers (contestation des savoirs, revendications multiples et séparatistes, provocations, etc.) et par une tendance à la structuration communautariste de la jeunesse musulmane au sein des établissements (tables séparées et menus toujours plus différenciés, dispenses d'activités scolaires non «islamiquement correctes» (la piscine pour certaines jeunes filles), intensification de la pratique religieuse avec effets visibles (hypoglycémie, instabilité…) lors du mois de ramadan...
Elle se traduit aussi par les liens stratégiques établis entre l'intérieur et l'extérieur de l'établissement par certains élèves, des surveillants et même parfois par des enseignants musulmans, avec des «grands frères» fréquentant assidument la mosquée. Ainsi, parfois, lorsqu'un élève sous emprise religieuse entre en conflit avec certains personnels éducatifs, il obtiendra le soutien de la communauté contre l'institution, l'administration de l'établissement choisissant bien souvent de se placer en retrait pour ne pas envenimer la situation. Le réseau de pouvoir républicain est ainsi doublé par un réseau religieux, véritable contre-pouvoir. De même, la mosquée du quartier peut aussi servir de contre école et les savoirs mécréants appris en classe seront révisés dans un sens plus «islamiquement compatible».

N'exagérez-vous pas des phénomènes marginaux?

Il existe un tabou sur l'islam et ses dérives, un tabou sur la question de la différence de degré ou de nature. Tout cela agit dans l'inconscient collectif comme le font ces secrets de familles inavoués ; ils sont tus, mais il existe une gêne inexprimable et récurrente, jusqu'au jour où la réalité se dévoile avec son lot de souffrances et de déchirements. Un débat sincère sur l'islam en France est indispensable. Je crois que les musulmans sont aptes à entendre les angoisses que suscitent, chez le non musulman, certains contenus de la religion qu'ils pratiquent. Ce dialogue est aujourd'hui nécessaire.

La première affaire du voile à Creil en 1989 serait «une manœuvre dirigée par des fondamentalistes musulmans» pour tester la République. Ne tombez-vous pas dans la «théorie du complot»?

Les Frères musulmans incitent les femmes à se voiler ; c'est là un moyen politique pour tester la résistance des pouvoirs publics. A Creil, en 1989, alors que l'ensemble des musulmanes de France ne portaient pas de voile, il suffisait aux jeunes filles de le retirer pour satisfaire à l'exigence légitime du chef d'établissement. Au lieu de cet acte de bonne volonté, un rapport de force fut créé par les musulmans et une résistance communautaire s'organisa. Il s'agissait bien d'un acte d'affirmation conçu et piloté par des responsables islamiques, le premier auquel d'autres succèderont. L'islamologue Gilles Kepel, que l'on ne peut soupçonner de «complotisme», rappelle dans son ouvrage intitulé «terreur et martyr» qu'en 2004, l'UOIF «encouragea les élèves qui désiraient se présenter voilées à l'école ou au lycée (…) de manière à créer un contentieux juridique qui serait mené jusqu'aux tribunaux européens…». Ne soyons pas naïfs.

Vous considérez que l'enseignement de l'histoire est, lui aussi, victime d'accomodements?

Les ouvrages et les programmes présentent un islam médiéval révisé, tolérant et défenseur des savoirs, alors qu'ils stigmatisent l'Occident chrétien, un monde sombre marqué par les croisades, l'Inquisition ou l'emprise religieuse sur les sociétés. Curieusement les concepteurs des programmes s'alignent sans nuances sur le point de vue musulman. Quant aux pédagogues du site Eduscol, chargés de problématiser les questions proposées par les programmes, ils affirment à propos de l'histoire islamique qu'«il faut rechercher non ce qui est réellement arrivé, mais le sens que prennent ces textes dans un univers culturel différent».
La réalité passée est ainsi escamotée par une approche subjectiviste alors que la science historique exige de l'objectivité. L'impression donnée est celle d'une sagesse islamique qui éclaire un sombre moyen âge. Une telle perception est le fruit d'un postulat idéologique fondé sur de bons sentiments dans le but de favoriser le vivre ensemble ; elle traduit aussi la naïveté de ses concepteurs qui contribuent à endormir les jeunes sur le réel passé d'une civilisation qui ne fut pas aussi progressiste que certains le prétendent. De plus, l'histoire occidentale est diabolisée par la culpabilité qui affecte ses promoteurs.

A cet égard que pensez-vous de la récente polémique sur les nouveaux programmes d'histoire?

Je pense qu'elle est très révélatrice d'une volonté idéologique d'atténuation de la culture dominante avec des enseignements sur le christianisme et les Lumières devenus facultatifs, alors que l'enseignement obligatoire de l'histoire de l'islam est renforcé. Cela traduit la volonté du pouvoir de promouvoir une culture exogène à égalité avec la culture endogène, au nom du multiculturalisme et d'un vivre ensemble républicain. Il s'agit de favoriser l'inclusion de la communauté musulmane - et non plus l'intégration des musulmans- dans la communauté nationale et de forger à une échelle plus vaste une nouvelle culture globale, détachée des déterminismes identitaires et religieux. C'est là un projet généreux et naïf de l'instant présent qui ne tient pas compte de l'influence des racines spirituelles des cultures. Le retour inévitable du réel sera d'autant plus douloureux que les musulmans, eux, n'oublient pas leurs fondements culturels et inscrivent leur action dans le long terme de la tradition islamique.

Vous écrivez que l'histoire doit être un moyen de restaurer la fierté nationale. Est-ce vraiment son rôle?

En partie oui. L'enseignement de l'histoire à l'école a une dimension civique évidente. Il assure la cohésion d'un peuple. L'histoire enseignée n'est jamais neutre. Ainsi, l'histoire repentante sert le multiculturalisme par abaissement de la culture dominante diabolisée et rehaussement des autres cultures posées en victimes de l'histoire. Notre histoire nationale n'a ainsi rien d'attrayant pour susciter le désir d'identification des jeunes issus de l'immigration et si nous voulons réellement les intégrer, nous devons leur donner l'envie d'adhérer au récit national ; pour cela il faut qu'ils en tirent des motifs de fierté. Et ceux-ci sont nombreux dans notre histoire.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015 … nlieue.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Je poste deux tribunes, l'une d'Onfray (qui évoque des évidences mais il est toujours bon de les rappeler) et une sur Onfray, plus précisément le hold-up de la gauche sur les débats intellectuels, son changement de paradigme et ses anathèmes, par Laurent Bouvet :

Le Monde a écrit:

« Marine, si tu m’entends », par Michel Onfray

Il y a un procédé psychologique bien connu dans les cours de récréation dont la formule est : « C’est celui qui le dit qui y est ». Qu’on me reproche d’être l’allié objectif de Marine Le Pen est aberrant ! Qu’elle le dise n’est pas étonnant dans sa course à la respectabilité, dans son envie d’avoir des noms d’éventuels compagnons de route, dans son besoin stratégique et tactique d’un point de vue électoral de remplir le vide intellectuel de son parti.

Toutefois je remarque que la presse qui ne croit jamais rien de Marine Le Pen et qui met en doute son soutien aux juifs de France et aux juifs d’Israël, son diagnostic que la communauté juive est en danger dans certains quartiers français, son aveu qu’Auschwitz fut le plus grand crime du XXe siècle, sa réitération sur tous les tons que son père et elle n’ont plus rien à voir – ce dont témoigne sa mise au rebut du libéralisme et de l’antisémitisme de son père –, cette presse, donc, qui met en doute tout ce qu’elle dit, ne met pas en doute cette affirmation qu’avec d’autres je serais un allié objectif !

Mon athéisme avéré, mon opposition à la peine de mort, ma défense de l’avortement et du mariage homosexuel, mon combat pour l’euthanasie et le clonage thérapeutique, mon refus de jeter tout l’art contemporain à la poubelle, ma défense d’un socialisme libertaire, mon refus de ceux qui, chez elle, relèvent du canal historique du FN, ainsi que mon dédain de toutes les classes politiques dont elle fait partie, tout cela fait que Marine Le Pen n’est pas plus ma tasse de thé que Hollande ou Mélenchon, Sarkozy ou Bayrou. Qu’ils s’en aillent tous comme dirait l’autre. Je suis devenu et resterai abstentionniste. Un « athée social » pour le dire comme Georges Palante, auquel j’ai consacré mon premier livre en 1989. Je ne crois plus qu’à la politique de la base, celle du peuple qui dit non et s’organise en dehors des syndicats et des partis.
Le prolétariat au fossé

En revanche, je m’étonne qu’on ne pointe pas les réels alliés objectifs de Marine Le Pen : autrement dit tous ceux qui la rendent possible depuis un quart de siècle. A savoir : la droite libérale et la gauche libérale qui ont fait du mot « souverainiste » une insulte ; le socialisme qui a renoncé à la gauche en 1983 et qui a vendu une télé publique à Berlusconi et fait de Bernard Tapie un ministre et un héros des temps du socialisme entrepreneurial ; celle qui, avec Joffrin [directeur de la rédaction deLibération] déjà, et, déjà, dans Libération, annonçait aux chômeurs un obscène « Vive la crise ! » en 1984 ; celle qui a fait de Maastricht l’horizon indépassable de la politique, et qui, par conséquent, a précarisé des millions de prolétaires en Europe ; celle qui a jeté le prolétariat au fossé pour lui préférer les bobos qui, plus nombreux, votaient pour elle ; celle qui vit Sarkozy et Hollande sur la même couverture de Paris Match et qu’on retrouvait, copains comme cochons, pour mépriser le vote des Français qui avaient dit non au traité européen en 2005, et qui l’ont quand même eu après que le congrès fut invité à voter contre le peuple ; celle qui, aujourd’hui, propose aux femmes chômeuses de louer leur utérus pour gagner leur vie.

Cette fausse gauche-là et les journalistes qui, à la télé, chaque matin sur les ondes de la radio du service public, dans la presse subventionnée par les contribuables, ne cessent de vendre la soupe qui nourrit la petite entreprise de Marine Le Pen. Ensuite, ils lui reprochent ses bourrelets. Ceux-là, oui, sont les véritables alliés de la montée du FN.

Mais qui le leur dira ? Sûrement pas les journalistes, trop dans l’esprit de corps et pas assez bêtes pour froisser ceux qui les nomment et les appointent. Ni les intellectuels de cour. Ni la classe politique tout à son jeu d’élection et de réélection. Mais nombre de Français qu’on n’entend jamais, eux, le savent et le pensent.

Cette gauche-là a renoncé à être de gauche. Pour ma part, je n’ai pas renoncé à la gauche, celle du 10 mai 1981. Dès lors, le renégat, c’est moi ! Bien sûr… Il le faut bien si cette prétendue gauche veut encore pouvoir se regarder le matin dans la glace quand elle se rase en pensant à la prochaine présidentielle, son seul horizon. Présidentielle à laquelle je ne voterai pas.

Michel Onfray est philosophe, fondateur de l’Université populaire de Caen. Il a récemment publié Cosmos, Flammarion, 2015


Le Monde a écrit:

Non au bûcher médiatique », par Laurent Bouvet

L'information continue et permanente a bouleversé les conditions du débat public, estime Laurent Bouvet.

L’engagement des intellectuels dans le débat public n’a jamais été une promenade de santé, mais il connaît depuis quelques années une évolution nouvelle et rapide, dont les figures classiques de l’intellectuel engagé ou de l’intellectuel médiatique n’arrivent plus à rendre compte. Même «l’intellectuel terminal», bien repéré et décrit par Régis Debray, semble désormais insuffisant pour saisir ce qui est à l’œuvre.

On sait ce que doit une telle évolution à la transformation des conditions mêmes de la production du débat public, en particulier à l’évolution des médias sous l’influence de l’information continue et permanente et, depuis quelques années, de réseaux sociaux devenus omniprésents.

L’immédiateté, le caractère éphémère et caricatural de toute polémique politico-intellectuelle sont devenus la norme. Politiques, intellectuels, journalistes, responsables économiques ou associatifs, artistes, sportifs… Nul ne semble en mesure d’y échapper. Seul le degré de notoriété de l’auteur de tel propos ou de tel acte en commande généralement l’intensité.

C’est à gauche que les dégâts sont les plus visibles comme en témoigne le cas Onfray. A la fois parce que ce camp politique, sous différentes étiquettes, a longtemps cru détenir le monopole de l’engagement intellectuel au nom de la «vérité», historique ou philosophique, et parce que, matériellement, la majeure partie de ceux qui ont prétendu au statut d’intellectuel depuis l’affaire Dreyfus se sont retrouvés dans ce qu’a été la gauche pendant plus d’un siècle. C’est sans doute là que se situe le changement, au-delà des conditions médiatiques. Pour le comprendre, il est indispensable de dépasser l’explication, le plus souvent formulée comme une dénonciation politique, par la «droitisation» d’un champ intellectuel qui suivrait celle de la société française.
L’Europe, le lieu des nouveaux clivages

Mieux vaudrait repartir de l’éclatement de la gauche antitotalitaire auquel on a assisté à partir des années 1990 – à l’occasion de l’effondrement du système communiste, de l’accélération de la mondialisation, des nouveaux conflits (Irak, ex-Yougoslavie…), du débat européen ou de l’approfondissement des «fractures françaises».

C’est à partir de là que chaque prétendant au rôle d’intellectuel public issu de ses rangs a en effet dû revoir sa grille d’analyse et de compréhension de la société et du monde et, de là, prendre position sur de nouveaux enjeux, souvent difficiles à ranger de gauche à droite.

Ainsi, sur l’Europe – sa définition politique, son rôle dans les bouleversements de l’ordre du monde, ses frontières… – qui est devenue le lieu de nouveaux clivages, qu’il s’agisse d’économie ou d’identité. Ils ne correspondent plus ni aux délimitations partisanes et idéologiques ni aux postures intellectuelles qui en découlaient jusque-là. Dans une telle perspective, Michel Onfray contribue, avec d’autres, et quoi qu’on pense de ses conclusions, à alimenter un débat susceptible de clarifier enjeux et clivages sur la question européenne aux yeux de nos concitoyens, jouant ainsi son rôle d’intellectuel.

C’est pourquoi plutôt que de dresser son bûcher médiatique pour «mauvaise pensée», la gauche Savonarole gagnerait à s’appliquer à elle-même le pluralisme qu’elle professe par ailleurs, en participant au débat auquel invite Onfray. Elle y gagnerait en crédibilité et, qui sait, peut-être des lecteurs et des électeurs.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Eh bien, tu vois, pour une fois, je partage entièrement un des articles que tu postes. il faut dire que Laurent Bouvet est probablement l'un des meilleurs intellectuels actuels. Et il a de l'humour qui plus est.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Comme quoi, tu n'es pas totalement irrécupérable. big_smile

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Je te retourne le compliment  roll

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Très bon Onfray contre cet insondable crétin de Moix :

https://www.youtube.com/watch?v=Ba9CSe6aspw

Suite à cela, je poste deux bons articles (juste les liens) sur cette affaire Onfray c/ Libération et le Monde :

Tremolet de Villers : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015 … tional.php

Bilger : http://www.lefigaro.fr/vox/medias/2015/ … onfray.php

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

FDL a écrit:

Très bon Onfray contre cet insondable crétin de Moix :

https://www.youtube.com/watch?v=Ba9CSe6aspw

Suite à cela, je poste deux bons articles (juste les liens) sur cette affaire Onfray c/ Libération et le Monde :

Tremolet de Villers : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015 … tional.php

Bilger : http://www.lefigaro.fr/vox/medias/2015/ … onfray.php

Oui je me retrouve tout à fait dans ce que dit Onfray (merci d'avoir partagé ce lien) et notamment sur sa critique de Tsipras et d'absence absolue de plan B pour lutter contre les libéraux en Europe

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Dommage que l'article soit réservé aux abonnés car il commence très bien :

Le Figaro a écrit:


Jacques Julliard : « Des intellectuels ont été traqués comme on poursuit des délinquants»

FIGAROVOX/EXTRAIT- Dans un grand entretien donné au Figaro Jacques Julliard revient sur l'affaire Onfray, la crise des migrants, la question de l'islam, celles de la gauche radicale et du Front National.

Historien des gauches, éditorialiste à Marianne, Jacques Julliard est l'une des hautes figures de la vie intellectuelle en France.

Depuis dix jours la gauche se divise pour savoir si Michel Onfray «fait le jeu du Front national»… Au milieu des crises qui ébranlent le monde occidental, n'est-ce pas dérisoire?

Jacques JULLIARD. - Les questions soulevées par Michel Onfray ne sont pas dérisoires. Elles rejoignent d'ailleurs les grandes interrogations contemporaines. Ce qui est choquant, c'est cette personnalisation effrénée autour d'un individu. Il est vrai que le système médiatique, celui de la télévision, encourage continuellement cela. Mais la presse écrite a tort d'en rajouter. Une tendance à la chasse à l'homme s'est instituée depuis quelque temps à gauche, et ce n'est pas du niveau de la presse sérieuse. C'est ainsi que successivement Alain Finkielkraut (qui au départ était plutôt un homme de gauche), Éric Zemmour (qui n'a jamais été à gauche), Michel Houellebecq (qu'il est impossible de situer) et Michel Onfray (qui vient de l'extrême gauche) ont été traqués comme on poursuit des délinquants. Aujourd'hui, quand on ouvre Le Monde ou Libération, on se demande toujours avec inquiétude de quoi l'on est coupable. Ce qui est frappant, c'est que le public a répondu à cette dérive. La gauche, et ce n'était pas son intention, a fait de ces «cibles» des vedettes absolues. Prenons le cas d'Alain Finkielkraut, son espèce de damnatio s'est traduite par son élection à l'Académie française, avec le retentissement considérable qui a suivi. Michel Houellebecq, au moment du 11 janvier, a été désigné dans des éditoriaux à la vindicte des islamistes. Comment a réagi le public? En faisant de son dernier livre un succès incroyable. En moins de six mois, il a vendu 650 000 exemplaires. Et Zemmour a obtenu un énorme succès avec Le Suicide français, Onfray se vend très, très bien. Tout se déroule comme s'il y avait une sorte de résistance passive de l'opinion à cette chasse aux sorcières.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015 … quants.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Le Figaro a écrit:

Pourquoi les jeunes sont passés à droite

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Un sondage montre que les 18-24 ans sont les catégories d'âge qui se disent le plus à droite. Vincent Tournier analyse les raisons de ce basculement historique.

Vincent Tournier est enseignant-chercheur en science politique à l'Institut d'études politiques de Grenoble. Il est spécialiste des questions liées à la jeunesse et à la politique.

LE FIGARO. - Les 18-24 ans et les plus de 65 ans sont les catégories d'âge qui se disent le plus à droite, selon un sondage Elabe pour Atlantico publié mercredi. Que cela vous inspire-t-il?

Vincent TOURNIER. - Pour les plus de 65 ans, ce n'est pas très surprenant. On sait depuis longtemps que la propension à se classer à droite augmente avec l'âge, ce qui s'explique notamment par l'importance du patrimoine et de la religion dans les anciennes générations.

Le résultat le plus étonnant concerne les jeunes puisque, en général, c'est chez eux que la gauche obtient ses meilleurs scores. Cela dit, il faut rester prudent. Les marges d'erreur sont plus élevées lorsqu'on isole une tranche d'âge que lorsqu'on travaille sur l'ensemble de l'échantillon, surtout avec un sondage qui ne porte que sur un millier de personnes. Si la tendance se confirme, ce qui n'est pas exclu, on pourra alors en déduire que l'on assiste bel et bien à une modification profonde du contexte sociopolitique.

On a longtemps dit que la jeunesse était de gauche. Était-ce le cas?

Ce n'est pas faux mais il ne faut pas généraliser. La jeunesse ne recouvre pas une réalité unique. Même en 1981, période qui est censée incarner la domination de la gauche chez les jeunes, on peut voir que la situation est plus nuancée: certes, 24% des 18-24 ans ont voté George Marchais au premier tour (contre 16% pour le reste de la population) mais ils ne sont que 22% à avoir voté pour François Mitterrand (contre 26% en moyenne).
Il n'en reste pas moins que, globalement, les jeunes sont plus nombreux à se positionner à gauche. Cela s'explique par le fait que, depuis l'après-guerre, la société française a évolué dans un sens favorable à la gauche, avec le déclin du catholicisme, le discrédit du nationalisme, la remise en cause de l'autorité, la disparition du monde rural au profit d'une classe moyenne urbanisée et libérale sur le plan des mœurs. La France est d'ailleurs l'un des pays d'Europe où la part de la population qui se classe à gauche est l'une des plus élevées. Or, les jeunes ont tendance à amplifier les grandes dynamiques sociales. C'est logique: comme ils sont dans une phase de découverte et d'apprentissage, ils ont tendance à être davantage marqués par les thèmes qui dominent les débats publics.
De plus, il ne faut pas négliger l'attrait des jeunes pour la radicalité. Les mouvements contestataires sont souvent portés et animés par des jeunes. Est-ce lié à la chronobiologie? C'est possible, mais on peut y voir plus simplement un effet de position sociale: les jeunes découvrent le monde, avec ses contradictions et ses injustices. Ils sont d'autant plus réactifs qu'ils ne connaissent pas forcément le passé des choses et ont plus de mal à admettre la complexité du monde. De plus, les jeunes n'exercent pas de responsabilité, ce qui les rend disponibles pour les engagements risqués ou excitants, surtout lorsque la répression policière est quasiment inexistante. En général, les jeunes mettent leur goût de l'action au service des mouvements de gauche car celle-ci bénéficie d'une légitimité idéologique supérieure, mais ils peuvent aussi la mettre au service de la droite. Rappelons que, en 1973, le gouvernement a dissout simultanément la Ligue communiste et Ordre Nouveau après que ceux-ci se sont physiquement affrontés.

Comment expliquez-vous ce basculement. Cela traduit-il un mouvement général de droitisation de la société ou le phénomène est-il spécifique à la jeunesse?

Il est effectivement devenu courant de parler d'une «droitisation» de la société, mais les évolutions semblent plus complexes. Si on prend par exemple le domaine des mœurs, notamment l'égalité hommes-femmes et l'homosexualité, il serait plus juste de parler d'une «gauchisation». En revanche, il est vrai que l'opinion s'est durcie ces dernières années sur l'immigration et la sécurité. On a même vu remonter le soutien à la peine de mort.

Ces différentes évolutions ne sont pas forcément contradictoires. Les Français sont devenus très libéraux sur le plan des mœurs ; ils sont même parmi les plus libéraux d'Europe. Mais l'immigration de masse des années 60-70, ainsi que les ratés de l'intégration, provoquent aujourd'hui un choc culturel: les Français sont confrontés à une population qui s'avère très traditionnaliste, bien plus que les catholiques d'autrefois. Des questions que l'on croyait définitivement réglées, comme l'accès des femmes à l'espace public ou la liberté sexuelle et conjugale, reviennent en force. Du coup, les clivages se brouillent. La critique de l'islam et de l'immigration, qui était autrefois l'apanage des Français conservateurs, gagne les milieux libéraux. Le FN new style a su percevoir cette évolution et adapter son discours en conséquence. C'est pourquoi il est désormais rejoint par des militants de la cause homosexuelle, et gagne même une certaine sympathie dans les milieux juifs inquiets devant la hausse de l'antisémitisme.

L'attitude des migrants est d'autant plus troublante que ceux-ci semblent refuser l'intégration, et même manifester un certain mépris pour la population autochtone. Sur des sites musulmans, on voit des imams s'interroger sur le fait de savoir s'il est licite ou illicite de faire la bise ou de serrer la main à un non-musulman, et les plus radicaux traitent de porcs ceux qui mangent du cochon. L'idée d'un racisme anti-blanc se diffuse. Selon un sondage IFOP de 2014, 47% des Français pensent que le racisme anti-blanc est répandu en France contre 53% qui pensent qu'il est marginal. Cette proportion est quasiment la même chez les moins de 35 ans (45% approuvent l'idée d'un racisme anti-blanc) alors que les jeunes ont traditionnellement été les plus acquis à la cause antiraciste. C'est un point important qui est susceptible d'expliquer le retour de l'identité nationale, surtout dans l'électorat de droite, car les identités se construisent les unes par rapport aux autres, dans une logique d'action et de réaction. Le politologue Pierre Bréchon, qui a étudié l'évolution de l'identité nationale entre 2003 et 2013, constate ainsi une «droitisation de la droite». C'est une conséquence logique de la montée des affirmations identitaires de la part des minorités. C'est aussi le résultat de ce qu'Alain Finkielkraut appelle le «romantisme pour les autres»: à force de célébrer les identités des migrants ou des autres civilisations, on finit par provoquer un retour de balancier, ce qui débouche sur un besoin de reconnaissance de la part de la population autochtone.

30% des moins de 35 ans ont voté FN aux élections européennes. Comment expliquez-vous ce vote? Que dit-il de la jeunesse d'aujourd'hui?

Ce chiffre de 35% est effectivement supérieur à la moyenne du vote FN, qui était de 25% aux dernières européennes de 2014. Cela semble confirmer une tendance que l'on a vu émerger depuis quelques années puisque, pour l'élection présidentielle de 2012, la SOFRES indiquait déjà que Marine Le Pen faisait 23% chez les 18-24 ans (contre 19% en moyenne nationale). Mais il faut aussi relever que, aux élections européennes, d'après le même sondage, 13% des moins de 35 ans ont voté pour la gauche radicale (extrême-gauche et Front de gauche), ce qui est plus que la moyenne nationale (8%).

Autrement dit, la radicalisation ne concerne pas que l'extrême-droite. L'actualité permet de le vérifier. La radicalité se retrouve à tous les niveaux, que ce soit à droite avec les Jeunes Identitaires ou à gauche avec les «zadistes», lesquels entendent défendre la nature contre une modernité jugée corruptrice (ce qui est plutôt un thème de droite), sans oublier évidemment le radicalisme islamiste. Il faut aussi tenir compte d'autres formes de radicalité, par exemple le phénomène de l'expatriation, lequel a manifestement pris de l'ampleur ces dernières années. Une enquête a ainsi montré que 43% des 18-24 ans se disent prêts à partir à l'étranger, contre 21% dans l'ensemble de la population. Certes, l'expatriation correspond à une radicalité moins inquiétante que le djihad, mais tous ces phénomènes sont vraisemblablement liés ; ils expriment les différentes facettes d'une époque dont la mondialisation et la crise économique constituent la toile de fond.

Dans ce contexte, le FN s'en sort particulièrement bien. Il est vrai qu'il propose un discours sur l'immigration et l'islam qui paraît plus en phase avec la réalité. Il a aussi le mérite de s'inscrire désormais dans le prolongement des grandes valeurs républicaines comme la laïcité. A contrario, les partis de gouvernement s'embourbent dans des contradictions majeures, comme l'a récemment révélé le Salon des musulmans à Pontoise, ville tenue par la droite, qui donne du crédit au soupçon de clientélisme électoral dénoncé par l'élue socialiste Céline Pina.

Le Printemps arabe a également permis à Marine Le Pen de gagner en crédibilité car elle peut se vanter d'avoir eu raison avant tout le monde lorsqu'elle annonçait une explosion des flux migratoires, alors que l'extrême-gauche se contentait d'une analyse angélique désormais peu crédible. La crise migratoire sert d'autant mieux le Front national que cette crise active une angoisse inconsciente qui travaille les sociétés occidentales engagées dans la mondialisation: celle de voir le monde livré au chaos d'un ensauvagement généralisé. Cette angoisse s'exprime clairement dans le cinéma, qui en dit parfois plus long que bien des enquêtes sociologiques. Les films de zombies comme World War Z décrivent ainsi la destruction du monde civilisé par des hordes ensauvagées que rien ne peut arrêter, comme jadis l'angoisse de la guerre froide était retranscrite dans les films de science-fiction où le monde libre se voyait anéanti par des êtres venus d'ailleurs mais disposant d'une haute technologie. La capacité des dirigeants européens actuels à conjurer les angoisses contemporaines sera un élément important des futures évolutions politiques.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/20 … droite.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Entretien très intéressant avec Boualem Sansal.
« En 2084, la France sera islamiste. » Voilà qui plaira à cet idiot de Moix.

http://www.lepoint.fr/culture/boualem-s … 8347_3.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

On peut l'aimer ou pas, on peut être d'accord avec lui ou pas, mais Yann Moix n'a rien d'un idiot, en public comme en privé, contrairement à toi, qui est un pitre de seconde zone qui te croit autorisé à juger de ton mépris rapide et ordinaire et du haut de ta petite personne toute personnalité publique.

Cela n'empêche pas que par ailleurs, Boualem Sansal ait écrit un très bel ouvrage.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Yann Moix est un idiot, je l'ai suffisamment prouvé sur ce forum et je n'ai pas attendu qu'il soit chez Ruquier pour le démontrer. Mon premier message à son sujet doit avoir trois ans. 
Quant à toi, qui t'évertues à m'insulter car tu serais bien en peine de me contredire, si tu avais une once de culture et de jugeote, tu saurais que ton nouveau protégé a frayé dans le passé avec un certain Paul-Eric Blanrue, dont il a préfacé l'Anthologie des propos contre les juifs. Il est assez cocasse que toi, le chevalier blanc sans peur et sans reproche (mais avec beaucoup de brouillard dans le cerveau), toujours prompt à dénoncer la nauséabonderie, tu te mettes à le défendre. Quoique, finalement, vous débitez à peu près le même nombre d'âneries au kilomètre, vous vous ressemblez.
Pour ta gouverne :

http://www.agenceinfolibre.fr/paul-eric … yann-moix/

http://www.agoravox.tv/tribune-libre/ar … moix-49514

Pour rire un peu, voilà comment ce guignol de Moix, sous l'emprise évidente d'une substance dont je te laisse deviner la nature, réagit quand on le questionne sur cette fameuse préface : https://www.youtube.com/watch?v=nl9yJfEUV2Q

Et relis-toi un peu, ton orthographe laisse à désirer.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Dans mon gouvernement idéal, Brighelli serait ministre de l’Éducation nationale.

Le Point a écrit:

Brighelli - Petit cours de rhétorique à l'usage des politiques

Les Français préfèrent Michel (Onfray) à François, Alain, Nicolas et les autres. Brighelli suggère aux politiques quelques pistes pour être à nouveau audibles.
Par Jean-Paul Brighelli

Dans une interview parue dans Le Monde des 27-28 septembre, l'historien britannique Sudhir Hazareesingh affirme – non sans raison – à propos de Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony et tant d'autres « mécontemporains » : « Que l'on partage ou non leurs analyses, force est de constater que les auteurs dont nous parlons savent manier la langue française. [...] De l'autre côté, le problème est que l'on a une génération d'hommes politiques qui utilisent tous, peu ou prou, une langue technocratique. Ce sont des gestionnaires, incapables de changer de registre en citant un écrivain ou un poète. »

La question du registre

On savait bien avant McLuhan que « le médium, c'est le message », ou, si l'on préfère, que c'est le discours – la rhétorique au sens noble du terme – qui fait sens. Et elle seule. Vous pouvez mettre dans un écrit ou un oral toutes les bonnes intentions possibles, si vous ne savez pas les exprimer, vous serez inaudible – ou illisible. Ce qui a fait le succès de Sarkozy en 2007, ce n'est pas la force de ses convictions – en a-t-il ? –, mais la puissance du verbe d'Henri Guaino. L'une ou l'autre des « plumes » de François Hollande a eu, en 2012, la bonne idée de la diatribe sur « la finance ». On avait beau savoir que le futur président n'en pensait pas un mot, l'effet était garanti. Et Hollande fut élu sur un malentendu bien exprimé.

L'effet rhétorique tient à un décrochement. À un écart. Le discours technocratique est uniformément lisse. « Degré zéro » ou « écriture blanche » : aucune émotion, aucun risque. On enseigne aux politiques une prudence de couleuvre, un vocabulaire froid hérité de Sciences Po, une élocution mesurée.

Et c'est tout le contraire qu'il faut faire – du moins quand la situation est grave. Il ne faut même pas hésiter à utiliser parfois des mots presque vulgaires. « La réforme, oui, la chienlit, non » – ce n'est pas d'hier, mais c'était efficace. Comme le « quarteron de généraux » utilisé pour désigner les putschistes d'Alger. De Gaulle, qui maîtrisait dans ses Mémoires la grande rhétorique héritée de Bossuet, savait parler avec l'efficacité bourrue d'un adjudant cultivé.

La question du fond

Et quel fond transbahuterait cette forme rebelle ? Ma foi, l'avenir sera ouvert au premier homme politique qui comprendra que l'antipolitiquement correct a seul de l'avenir, en l'état présent de la France. Que le mot « Europe » n'est plus audible qu'en contexte négatif. Que le mot « peuple » doit être réinventé, et qu'il mène tout naturellement au mot « souverainisme », parce que le peuple est souverain, et pas les élites autoproclamées qui nous gouvernent, politiciens usés, politiciennes permanentées, journalistes pérorant sur tous les sujets qu'ils ignorent, pseudo-intellectuels (si, il y en a) convertis en animateurs chez Ruquier, et j'en passe.

Le débat surréaliste entre le roquet de service Yann Moix et Michel Onfray, un homme de gauche lucide et qui donc ne votera pas pour la gauche actuellement aux manettes, était sur ce point significatif. Tout comme l'est, dans le même numéro du Monde qui ne pouvait pas ne pas faire une place au degré zéro de la pensée, la tribune signée par Édouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie – deux hommes qui ont insulté l'année dernière un vrai intellectuel, Marcel Gauchet, qui a plus de talent dans son petit doigt que ces deux grandes inintelligences dans toute leur personne. « Intellectuels de gauche, réengagez-vous », pleurnichent-ils. Mais il n'y a plus d'intellectuels à gauche – en tout cas, pas la vôtre ! Il n'y a plus d'intellectuels dans le « Camp du Bien », comme disait Philippe Muray. La gauche est nue.

La question du peuple

Dans Le Figaro paru le même jour, Natacha Polony analysait fort bien le nœud du débat Onfray-Moix : l'un parle du peuple, l'autre – de son propre aveu – ignore ce que c'est, tant il se croit d'une essence supérieure. Voici revenu le temps des petits marquis aboyeurs ! 1788, nous voilà !

Et d'expliquer – j'ai moi-même enfoncé le clou à l'occasion, Internet permettant un ton et un vocabulaire qui ne sont pas dans les habitudes du Figaro – que derrière ce mot « peuple » (qu'Onfray définit selon Machiavel comme celui « sur lequel s'exerce le pouvoir »), dénigré par la gauche qui le déforme en « populisme », et par la droite classique qui ne l'entend pas du tout, il y a ce non-dit du « peuple souverain », capable quand on l'excède de frotter durement les oreilles des gouvernants et de leurs laquais. Le point de contact entre Onfray, Finkielkraut, Michéa et les autres, c'est le souverainisme – entendons par là l'amour de l'État-nation, contre toutes les démissions mondialistes, les fuites européanistes, les tentations du marché global et autres fariboles.

Contre l'éradication de la culture à l'école aussi. On a cru limiter à jamais les rébellions populaires en renonçant à l'instruire. Mais le peuple, même illettré, peut, à un certain niveau d'exaspération, tout ce qu'il croit pouvoir – ça, c'est le cardinal de Retz qui le dit. Mais François Hollande ou Édouard Louis ont-ils lu Retz ?

« Parle au peuple ! » aurait conseillé Pierre Mauroy, en 2002, à un Lionel Jospin déjà convaincu que la bataille se gagnerait avec les voix des arrondissements centraux de Paris. Ma foi, on sait ce qu'il en est advenu, et Jospin entra triomphalement dans les poubelles de l'Histoire. Le premier qui, dans les mois à venir, saura parler au peuple balaiera les pantins.

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/ … 7_1886.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Au fait Greg, que penses-tu de la nomination de VdG à la tête de la Banque de France ? j'en ai parlé plus haut, j'aimerais bien avoir ton opinion. Je me souviens de nos débats sur la transparence financière (notamment au moment de la crise des agences de notation) qui sont toujours d'actualité.

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Excellent sur tout, du début à la fin.
2002 a été le grand rendez-vous raté.

Le Figaro a écrit:

"L'élimination d'Assad ouvrirait les portes de Damas à Daech"

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, vendredi 2 octobre 2015. Propos recueillis par Vincent Tremolet de Villers.

LE FIGARO : Malgré les tensions entre Barack Obama et Vladimir Poutine, l'idée d'une coalition internationale contre l'État islamique progresse…
Jean-Pierre CHEVÈNEMENT : Cette coalition, c'est une évidence, est nécessaire, même si elle rencontre des difficultés. Tous les pays sont concernés, à commencer par les pays musulmans, qui paient le plus lourd tribut à Daech. Qu'est-ce que Daech? Ce n'est pas, comme on l'entend souvent, un phénomène né en Syrie. C'est en Irak qu'al-Baghdadi a commencé par proclamer son califat, dans les régions occidentales dont la population sunnite s'est sentie rejetée par la politique sectaire du gouvernement al-Maliki. C'est ensuite que le soi-disant État islamique s'est étendu en Syrie, en profitant du vide politique créé par la guerre civile. Avant de former une coalition, il faut définir l'objectif politique ; celui-ci ne saurait être que le rétablissement des États dans leurs frontières historiques fixées il y a près d'un siècle, mais en rendant ces États vivables pour leurs populations.

À Téhéran, où je suis allé il y a une semaine, j'ai plaidé pour un Irak fédéral auprès des responsables iraniens que j'ai rencontrés - notamment M. Velayati (ministre des Affaires étrangères d'Iran de 1981 à 1997 et conseiller du Guide, M. Ali Khamenei, pour les questions internationales, NDLR). On ne pourra venir à bout de Daech que si on le sépare des populations. En Syrie, il faut d'abord rétablir la paix, et ensuite donner la parole au peuple syrien. Vouloir imposer un ordre inverse n'a pas de sens. La coalition dont on parle doit être aussi large que possible. Les grandes puissances d'abord - États-Unis et Russie au premier chef -, les puissances régionales ensuite - Iran, Turquie, pays arabes, et bien entendu les gouvernements irakien et syrien, quoi qu'on en pense.

Dans un premier temps, il faudra créer un état-major commun, permettant le partage du renseignement, la coordination des frappes aériennes, et j'ajoute enfin et surtout le contrôle des frontières. Il faut soumettre le soi-disant État islamique à un rigoureux blocus. Deux problèmes se posent: celui de la Turquie, qui est plus préoccupée par le PKK que par l'EI, et celui de la force arabe, qui doit impliquer à la fois l'Arabie saoudite et l'Égypte. Dans ce Moyen-Orient compliqué, gardons-nous des idées simples. On créera le mouvement en marchant.

Le sort de Bachar el-Assad divise la communauté internationale…
S'agissant de Bachar, nous sommes prisonniers d'une erreur initiale commise au moment de l'éclosion des révolutions arabes. Le mot d'ordre «Bachar el-Assad doit partir» était inapproprié à la situation spécifique de la Syrie. Nous avons rompu nos relations avec Damas en mars 2012 sous M. Juppé… M. Fabius n'a pas corrigé la trajectoire… Dès le mois de juin 2012, j'ai fait part au président de la République et au ministre des Affaires étrangères de ma perplexité - et c'est une litote - en plaidant pour que la France cherche plutôt à jouer un rôle de médiation dans la guerre civile syrienne.

Aujourd'hui, je ne vois pas comment l'élimination d'Assad n'aboutirait pas à ouvrir les portes de Damas à Daech. Les frappes opérées par la coalition internationale dirigée par les États-Unis ont montré leur insuffisance. Les alliés «modérés» n'existent pas. L'«Armée de la conquête» qui tient Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, c'est surtout al-Nosra, une filiale d'al-Qaida. Voulons-nous donner la Syrie à al-Qaida plutôt qu'à Daech? Toute politique, pour avoir du sens, doit partir des réalités.

Dans la crise syrienne, que vous inspire la position de la diplomatie française ?
On ne comprend pas cette surenchère, on ne voit pas à quoi cette position «à l'ouest de l'Ouest», comme j'ai eu l'occasion de le dire à la tribune du Sénat, en septembre 2013, peut conduire, sinon à l'isolement de la France. Il me semble que nous sommes prisonniers du mythe des révolutions arabes. En 2011, la France devait se défendre de l'accusation de complaisance envers les régimes autoritaires tunisien et égyptien. Aujourd'hui, notre diplomatie me paraît en porte-à-faux. Que Bachar soit un dictateur brutal est une évidence, mais il ne faut pas mélanger morale et politique. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Il faut toujours en revenir à Pascal: «Qui veut faire l'ange fait la bête.» Le véritable humanisme consiste à éliminer Daech dans les délais les plus courts. Il est nécessaire d'établir clairement les priorités. Comme disait Jaurès, «si on veut aller à l'idéal, il faut d'abord commencer par comprendre le réel».

En un an, Vladimir Poutine est revenu au centre du jeu diplomatique.
Je déplore la russophobie qui aveugle la plupart des commentateurs, aussi bien sur le dossier ukrainien que sur le dossier syrien. Vladimir Poutine n'est pas un enfant de chœur, mais c'est un réaliste. Il soutient Assad parce que la Russie est engagée dans la lutte contre le terrorisme djihadiste depuis près de vingt ans, que ce soit au Caucase, en Asie centrale ou dans sa capitale même, où ont eu lieu de terribles attentats. Poutine a une ligne claire. Pour moi, il n'y a pas de guerre contre le terrorisme qui tienne si les objectifs ne sont pas clairement définis au préalable. À partir de là, il faut les atteindre, de la manière la moins gesticulatoire possible. Sinon, on fait le jeu du terrorisme qu'on prétend combattre.

On reproche aux Russes qui ont commencé à frapper de ne pas viser l'État islamique…
Le secrétaire d'État américain s'interroge, en effet, mais les Russes ont démenti. Raison supplémentaire de mieux coordonner les frappes…

Faut-il une intervention au sol en Syrie ?
Nous devons éviter de rentrer dans le jeu de Daech, qui ne veut rien tant qu'une guerre de civilisations, entre les musulmans ralliés à sa bannière et l'Occident tout entier engagé dans une nouvelle croisade. L'éradication de l'EI est d'abord l'affaire des peuples concernés. Il faut aider les Irakiens et les Syriens qui le veulent à se débarrasser de Daech. Bien sûr, on peut les aider à travers des forces militaires, locales de préférence, au besoin soutenues par les grandes puissances dès lors qu'il y aurait un mandat clair de l'ONU. On peut imaginer des opérations coup de poing, ponctuelles et temporaires, avec une relève par les forces locales ou régionales. Le travail de planification militaire reste à faire. Aujourd'hui je ne suis pas favorable à une opération au sol non préparée dont les objectifs seraient confus. Le risque d'enlisement est évident. On apprend dans les écoles militaires que l'idée de manœuvre commande le reste. Pour le moment, je ne la vois pas.

L'accord iranien bouscule la stratégie «sunnite» du gouvernement…
La France n'est pas et ne doit pas être engagée dans une guerre de religion entre sunnites et chiites. Elle doit être une puissance de médiation. L'accord nucléaire avec l'Iran est un bon accord, conforme au traité de non-prolifération nucléaire. Que l'Iran ait retrouvé une position dominante dans la région est le résultat des deux guerres menées en 1991 et 2003 contre l'Irak, qui servait de verrou pour le monde arabe face à l'Iran. Aujourd'hui, l'Irak, majoritairement chiite, est largement dans l'orbite iranienne. Là encore il faut tenir compte des réalités, l'Iran est un grand pays qui vient du fond de l'histoire, il pourrait être demain un grand émergent. Sa population est nombreuse et éduquée. J'ai trouvé de bonnes dispositions à Téhéran vis-à-vis de la France. La visite que leur a rendue Laurent Fabius le 29 juillet a été utile. En retour, M. Rohani viendra à Paris début novembre. Il y a un moment propice pour reprendre des relations à un haut niveau qui correspondent à notre intérêt mutuel. Nous avons intérêt à ce que le président Rohani réussisse, car il symbolise pour la majorité de la population et pour la jeunesse iranienne l'ouverture et la reprise de relations normales avec les pays occidentaux.

Les Israéliens sont très inquiets…
S'agissant d'Israël, l'accord lui donne des garanties certaines en matière des délais qui seraient nécessaires à la construction d'une arme nucléaire de la part des Iraniens ; dans ce cas, fortement improbable, il y aurait réversibilité des sanctions à leur encontre. Il n'y a pas d'alternative à cet accord. Qui voudrait ajouter encore une guerre à celles qui ravagent déjà le Moyen-Orient? Israël a tout intérêt à normaliser ses relations avec l'Iran comme avec l'ensemble de la région, qui pour le moment a surtout besoin d'être pacifiée, et dont Israël n'est plus le premier souci. Bien sûr, la France reste fortement attachée à la sécurité d'Israël, mais celle-ci ne sera jamais mieux garantie que lorsque le peuple palestinien pourra, lui aussi, jouir du droit à disposer d'un État qui lui appartient comme à tout autre peuple.

La faiblesse de l'Europe face à la crise des réfugiés vous préoccupe-t-elle ?
Dans une Europe à 28, cette faiblesse est inévitable. Là aussi, on ne peut pas faire comme si l'UE n'était pas faite de 28 nations, et comme si quelques fonctionnaires pouvaient imposer de Bruxelles des quotas permanents et contraignants. Les effets d'annonce du ministre allemand de l'Intérieur, puis de la chancelière, n'ont pas été anticipés correctement. Mais Mme Merkel est arrivée à une conclusion saine: il faut d'abord éteindre le conflit en Syrie, et pour cela, ainsi qu'elle l'a déclaré, parler avec tout le monde, y compris avec Assad. Car que représentent 300.000 réfugiés syriens en Europe par rapport aux 4 millions qui se trouvent dans les trois pays contigus, Turquie, Jordanie et Liban?

Le mieux que l'on puisse faire pour ces malheureux serait de leur permettre de regagner leur pays afin de participer à sa reconstruction. Le mécanisme d'accueil mis en place est acceptable dans l'urgence afin de venir en aide aux réfugiés qui avaient gagné les côtes européennes. Pour autant, il ne saurait être pérennisé: c'est un dispositif de crise, rien de plus. Enfin, on ne peut pas nier, ce que la Commission européenne a tendance à faire, que chaque pays a ses spécificités (taux de chômage, démographie, richesse par habitant, situation politique intérieure, etc.). Pour le reste, il n'y a pas de solution aux questions de l'immigration en dehors du codéveloppement avec les pays sources. Je ne suis pas partisan de faire le jeu du FN en agitant ces questions de manière démagogique.

Michel Onfray est attaqué par une partie de la gauche au motif qu'il «ferait le jeu du Front national». Il ne cache pasla sympathie qu'il vous porte. Que vous inspire cette polémique?
Je suis pour la liberté d'expression, et trouve intolérable qu'on veuille faire taire un homme comme Michel Onfray, dont la culture, l'intelligence et la générosité font honneur à notre pays. On peut ne pas partager toutes ses vues. Michel Onfray critique une politique qui, depuis trois décennies, a cessé de se définir d'abord à l'aune des intérêts du peuple français. C'est son droit, et même son devoir, s'il le pense. Le débat de fond doit vivre. C'est en tuant le débat qu'on fait le jeu du FN !

http://www.chevenement.fr/L-elimination … a1758.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Un article auquel je ne souscris pas entièrement (je n'assimile pas Onfray et Finkie aux autres cités), mais qui a le mérite de décrire parfaitement le mal qui touche certains forumeurs.

http://www.liberation.fr/politiques/201 … my_1397142

Stop à la réac academy

Ils sont les faux martyrs, les faux exclus, les faux parias, les faux dissidents et, au bout du compte, les faux prophètes. Soi-disant ostracisés, ils occupent les écrans, les studios, les tribunes des journaux, les unes des magazines, des devantures des libraires. Ils se disent pourchassés, mais on les voit partout. Les dix jours qui viennent de s’écouler dans l’éphémère temps médiatique furent une sorte d’acmé, d’apocalypse cathodique, d’orgasme réactionnaire. Onfray le soir, Debray l’après-midi, Polony au petit-déjeuner, Ménard au déjeuner, Finkielkraut au souper, Elisabeth Lévy au pousse-café, Morano toute la journée et Zemmour à tous les repas. Quelle indigestion ! Ciotti les singe, Estrosi les copie, De Villiers les imite, Dupont-Aignan leur fait écho, Wauquiez les paraphrase et Sarkozy s’en inspire. S’il y a une pensée unique, c’est la leur.

A lire, l'entretien avec Laurent Ruquier «Une des critiques que je peux entendre, c'est d'avoir gardé Zemmour»

Mais au fait, quelle pensée ? C’est là qu’on arrive aux choses sérieuses. Quand on fait de la propagande, répétition vaut démonstration. Vieux routiers des micros et des éditos, ils ont assimilé la recette des démagogues : répétez sans cesse les mêmes mensonges, ils deviendront vérité. Ils jouent donc sur tous les tons quelques leitmotivs qui finissent par saturer l’air du temps : sus au «politiquement correct», craignons le déclin, méfions-nous des étrangers, fermons les frontières, à bas l’Europe, pleurons l’ancienne culture, glorifions le peuple français abandonné par les élites, fustigeons les bobos, sonnons le tocsin devant la montée de l’islam, penchons-nous avec amour sur l’identité française malheureuse. Les instruments sont différents, de la grosse caisse au pipeau, de la flûte à la crécelle, des grandes orgues au triangle. Mais l’orchestre joue à l’unisson. Relisez les livres, révisez les éditoriaux, réécoutez les diatribes audiovisuelles: toujours vous tomberez sur l’une de ces ritournelles qui tiennent lieu de philosophie.

Bien sûr, leur succès a des causes qu’on aurait grand tort de négliger : les erreurs du progressisme, les mauvaises réponses de la gauche et, surtout, les difficultés sociales et d’intégration rencontrées par la société française, qui ont jeté une partie des classes populaires dans le désarroi. Mais leurs analyses et leurs réponses égarent l’opinion. Ce sont de bons propagandistes et de mauvais bergers, qui montrent une seule direction, celle de l’intolérance. Voici donc les cinq commandements des ennemis de l’avenir, qu’il faut connaître pour mesurer le danger qui nous menace, celui d’une immense régression politique.

A lire : «La gauche est doublement responsable», par le philosophe Marc Crépon

Le politiquement correct tu dénonceras

C’est la ruse d’origine, le masque universel, le déguisement à tout faire. Bien sûr, on a raison de dénoncer les conformismes, de réfuter la langue de bois ou la langue de guimauve. La pensée automatique est un péché contre l’esprit et la bienséance ne saurait servir de méthode, qui cache pieusement les vérités dérangeantes pour imposer des idées toutes faites, plus ou moins généreuses. C’est entendu, la gauche a eu grand tort (il y a vingt ans) de sous-estimer l’insécurité, de croire que l’immigration ne poserait aucun problème ou que l’Europe libérale serait une protection contre les effets de la mondialisation. Qui le conteste aujourd’hui ? La gauche, d’ailleurs, le dit-elle encore ?

Eric ZEMMOUR à l'occasion d'un diner débat organisé au Mas de Saporta à Montpellier par l'association Travail & Progrès, Montpellier, Hérault, France.  09 avril 2015 © Alain Tendero / Divergence Contact 06 80 91 58 06Eric Zemmour, lors d’un dîner-débat, à Montpellier, le 9 avril. Photo Alain Tendro. Divergence



Aussi bien, est-ce le seul conformisme à incriminer ? Croit-on vraiment que la droite ou l’extrême droite n’ont pas aussi leurs automatismes de pensée, leurs croyances douteuses, leurs préjugés ? Pourtant, de ceux-là il n’est jamais question. Et pour cause : la dénonciation du «politiquement correct», la critique de «la bien-pensance» n’ont qu’une seule fonction : délégitimer les idées progressistes sans même en débattre. Au lieu d’avancer à visage découvert, de dire clairement qu’on est conservateur, traditionaliste, nationaliste ou antimusulman, on prend un détour, on joue au billard. On dénonce le «politiquement correct» de l’adversaire sans jamais se démasquer. On ne défend pas le racisme, on accuse l’antiracisme, comme l’a encore fait Alain Finkielkraut qu’on interrogeait sur la lamentable sortie de Nadine Morano à propos de la France «de race blanche». On ne dit pas qu’on veut refuser l’entrée en France des réfugiés chassés par les guerres du Moyen-Orient. On dénonce «l’émotion bien-pensante» de ceux qui plaident pour l’accueil. On n’attaque pas directement la masse des musulmans. On accuse d’irénisme et de boboïsme ceux qui prêchent la tolérance entre les religions. On ne dit pas qu’on veut fermer les frontières - c’eût été trop fruste - on déplore la naïveté du «sans-frontiérisme».

Au fond, qu’est-ce que le «politiquement correct» dans leur bouche ? Les idées de droits de l’homme, d’égalité, de liberté et de fraternité que nous autres progressistes cherchons - maladroitement, on veut bien le concéder - à mettre en pratique. A Rousseau, on opposait qu’il était candide, à Condorcet qu’il n’était qu’un faiseur de système, à Hugo que son romantisme l’abusait, à Jaurès qu’il était un rêveur, à Blum qu’il était naïf, à Camus qu’il philosophait pour les classes terminales, à Mendès qu’il était trop confiant dans la rectitude des hommes ou à Stéphane Hessel qu’il ne savait que s’indigner. Tous ceux-là, et bien d’autres étaient, justement, «politiquement corrects», dénoncés, avec d’autres mots, par les mêmes réactionnaires. Pourtant, en voulant une société meilleure, plus juste et plus libre, ils avaient raison. Et si c’est cela être «bien-pensant», eh bien nous en sommes !

L’effacement de l’identité française tu déploreras
On a raison de défendre son identité, d’aimer son pays, d’éprouver un attachement pour la terre qui vous a vu naître. Mais pourquoi faut-il que cela soit désormais sur le mode de la nostalgie, de la peur ou de l’affrontement ? Comme si on ne pouvait pas être français et ouvert sur le monde, enraciné et voyageur, patriote et européen !


La France vient du fond des âges, son histoire est riche, sa littérature respectée, sa langue et ses monuments universellement admirés. N’importe quel voyage en France impressionne par le génie de l’architecture, la diversité des paysages, le nombre de ses manifestations culturelles. Sixième puissance économique du monde, la France traverse la crise avec difficulté, mais sa personnalité profonde demeure. Des difficultés, des drames ? Il y en a beaucoup, de toutes sortes. Dans de nombreux quartiers, dans les villes et les cités, la cohabitation des différences est souvent dure, amère, et même violente. Qui le nie ? Libération, tout récemment, titrait sur «l’apartheid social» qui divise les banlieues. Qui sous-estime ces réalités ? Problèmes aigus, problèmes lancinants, problèmes démoralisants. Mais on prend la partie pour le tout. On confond les cités où l’on a entassé les immigrés avec le pays dans son ensemble, qui est là, solide, pérenne et qui sera là dans un siècle. A force d’étendre ces inquiétudes justifiées à l’identité même du pays, on pratique la métonymie volontaire, qui prend la minorité pour la totalité. L’intégration des groupes différents, musulmans ou autres, se fait dans la douleur, pour des raisons sociales autant que culturelles. C’est l’évidence. Mais qui peut croire sérieusement que 10% de musulmans, chiffre maximal selon les statistiques, puissent changer en profondeur l’identité des 90% qui restent, alors même que la méfiance instinctive envers l’islam - malheureusement - est largement partagée ? En s’appuyant sur des difficultés réelles mais partielles, on prédit la chute du vieux pays. Epouvantail pour lecteurs déprimés et pour électeurs angoissés…

A moins bien sûr - c’est le point clé - de défendre une version fixe, immobile, agressive, de l’identité nationale, une identité pure que le moindre mélange viendrait corrompre, alors même que la France, au moins depuis Clovis, ou même Vercingétorix, fut toujours mélange, apport de l’étranger et synthèse de plusieurs influences. Il y a plus de mots arabes dans la langue française que de mots gaulois… Quel manque de confiance en soi-même ! Quel rejet paniquard de la différence ! Quelle trouille ! On se dit patriote et on ne croit pas en la France ! C’est l’éternelle paranoïa du nationaliste : on craint l’Italien avec Zola, le juif avec Dreyfus, l’Allemagne avec «Herr Jaurès», le bradeur louche avec Mendès et maintenant l’Arabe ou le musulman, qui menaceraient l’intégrité française. Et on a le front de présenter ces jérémiades vieilles de deux siècles pour une pensée neuve !

L’emprise de l’islam tu stigmatiseras
L’islam, c’est la grande affaire. C’est l’obsession autour de laquelle tournent nos penseurs passéistes : ils ont peur des musulmans. Voilà la triviale banalité qu’ils camouflent sous de subtiles circonvolutions. «Plaidoyer pour l’enracinement», «identité malheureuse», «suicide français», «pays menacé», «grand remplacement», «communautarisme», «soumission», «menaces sur la laïcité»… Il n’est question, dans toutes ces dissertations, simplistes ou érudites, que d’une seule chose : l’islam. En phase avec une opinion inquiète, la pensée de droite tape sur le même clou jusqu’à l’infini. Personne, au demeurant, ne niera les difficultés rencontrées dans ce domaine. Les minorités intégristes doivent être combattues sans rémission, le terrorisme pourchassé et ses tueurs emprisonnés. Les musulmans dans leur masse doivent respecter les lois laïques et faire l’effort de s’intégrer à la vie française. Dans leur grande majorité, d’ailleurs, ils le font. Les pressions exercées par certains d’entre eux sur la majorité pour qu’elle adopte un mode de vie conforme à la charia sont insupportables.

Mais si l’on veut être pertinent, réaliste, pourquoi nier que dans beaucoup de cas, l’intégration marche ? Les exemples sont innombrables. Les Français de culture musulmane sont partie prenante, à beaucoup d’égards, de la vie nationale. Quelques-uns sont ministres, PDG, artistes de renom, savants ou écrivains. Va-t-on les distinguer par leur religion que, souvent, ils ne pratiquent pas ? Seraient-ils de mauvais Français ? Et ces ouvriers de culture musulmane, ces employés, ces fonctionnaires, ces policiers, ces soldats qui vivent leur vie dans la République, dont ils épousent de toute évidence les idéaux, parce qu’ils y croient et parce qu’ils les protègent ? Serait-ce une minorité dangereuse ? Une cinquième colonne ? Volontairement ou non, les intellos réacs ne cessent de le sous-entendre. Ils s’inquiètent de l’unité du pays, mais s’emploient à le diviser. L’islam a droit de cité en France : c’est la loi de la République. Il faut encourager ce mouvement, pour jouer justement l’intégration, et donner toute leur place à ces citoyens dont les apports enrichiront la culture française, ce qui évitera, au passage, toute convergence de la masse musulmane avec la petite minorité intégriste qui nous révulse. La laïcité, c’est la tolérance.

Du peuple méprisé tu seras le héraut
C’est la thèse la plus agaçante, la plus révoltante même. Dès lors qu’on refuse de placer la question identitaire en tête des priorités, on mépriserait le peuple français. Cette accusation outrageante se double évidemment d’attaques au-dessous de la ceinture : le progressisme ne peut être le fait que d’une élite qui se goberge ou de bobos coupés du monde. Mais que savent-ils de nos vies ou de nos ascendances ? De quel droit s’érigent-ils en héros de la classe ouvrière ? Travaillent-ils au fond d’une mine ? Dans une usine ? Dans un centre d’appels ? Ils sont souvent plus riches que les gens qu’ils critiquent et habitent pour la plupart au centre de Paris. Quelle est cette usurpation ? Que savent-ils vraiment du peuple ? Que font-ils pour lui ?

C’est le fond de la question : la politique qu’ils suggèrent en brandissant une identité menacée serait, selon eux, plus favorable aux classes populaires. Mais quelle politique ? En fait, il y en a qu’une : restaurer les contrôles aux frontières, réduire le nombre des immigrés par l’expulsion, instaurer une préférence nationale. Bien sûr, ils ne le diront pas : ce serait se commettre dans l’arène politique. Mais il n’y a pas d’autres conclusions à leurs raisonnements qui sont ceux du nationalisme le plus traditionnel depuis Barrès ou Maurras.

C’est là que la démagogie éclate : croit-on que le peuple français trouverait soudain un remède au chômage, à l’exclusion, à la stagnation du pouvoir d’achat, à la souffrance au travail, à l’angoisse pour l’avenir, si l’on réduisait de deux ou trois millions le nombre des personnes d’origine étrangère en France ? Ou si l’on arrêtait toute immigration ? Bien sûr, il faut réguler les flux migratoires, traiter la question des ghettos urbains, rassurer les classes populaires sur leurs acquis et leurs protections. Mais défendre le peuple français, cela consiste-t-il à prendre les étrangers pour boucs émissaires ? C’est pourtant ce qu’on fait quand on martèle à longueur de journée la nécessité de défendre à tout prix l’identité du pays, judéo-chrétienne et blanche, comme le dit Nadine Morano, à qui nos intellos réacs trouvent évidemment toutes les excuses. La Suisse, les pays scandinaves, les Etats-Unis, le Canada sont des pays d’immigration. Le chômage y est bien moindre que chez nous et le pouvoir d’achat des classes populaires nettement supérieur. Le Japon est l’un des rares pays où l’immigration est très faible, sans doute à cause de son insularité ou bien en raison de traditions nationales. Ce pays se débat dans une crise sans fin. La solution est évidemment ailleurs : trouver les voies d’une politique de redressement économique qui fasse reculer les inégalités et serve le peuple. Si les élites sont contestées ou rejetées en France, c’est d’abord parce qu’elles ont été incapables de la mettre en œuvre et qu’en conséquence le peuple s’est senti abandonné. C’est pure démagogie que de lui faire croire que les étrangers en sont les responsables et que tout irait mieux s’ils partaient.

De l’Europe, tu diras toujours du mal
Nous arrivons au dernier mantra. Comme des cabris, les intellos réacs sautent sur leur chaise en criant «à bas l’Europe, à bas l’Europe, à bas l’Europe !» La politique menée par l’Union, on l’a écrit souvent dans Libération, est beaucoup trop orthodoxe. Elle a plongé le continent dans la stagnation économique et le chômage de masse, même si, après sept ans de crise, plusieurs pays voient leur situation s’améliorer. En appliquant une austérité brutale, l’Union a aggravé la crise et heurté de plein fouet les classes populaires. C’est seulement quand le président de la Banque centrale a relâché la bride que l’économie européenne a commencé à se rétablir, très lentement. Constatant ce fait, que beaucoup à gauche dénoncent avec justesse et virulence, les plus articulés de nos intellos nationalistes proposent de quitter au plus vite la zone euro. Cette politique serait-elle plus favorable au peuple ? Rien ne le prouve. Les pays restés hors de la zone euro ne se portent pas mieux, en moyenne, que ceux qui y sont. Les classes populaires sont-elles plus heureuses en Grande-Bretagne qu’en Allemagne ? Non. Le peuple français serait-il plus heureux en dehors de l’Europe ? Rien ne le démontre. Il serait débarrassé de «l’horrible dictature bruxelloise», admettons. Mais ce serait pour se retrouver en tête à tête avec les marchés, qui ne sont guère plus tendres. Aléxis Tsípras, placé devant ce dilemme, alors même que l’Europe lui a imposé une médication terrible, a préféré rester en Europe : le peuple grec l’a réélu. Cet indice ne fait-il pas réfléchir ? Haro sur le baudet européen ? Les vraies raisons de la crise sont en France, non à l’extérieur. Retrouver les bases d’une politique progressiste, à la fois réaliste et sociale, solidaire et efficace : c’est la seule voie du salut. C’est le défi qui est lancé aux forces du progrès, réformistes ou radicales, qui croient encore aux valeurs républicaines et qui ont compris que les contorsions cathodiques de l’intelligentsia réactionnaire ne mènent nulle part, sinon à la régression identitaire et à la fermeture nationaliste.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Haha ! Je l'ai mis dans les articles pourris, celui-là.
Bon, je vais répondre, puisque c'est de moi qu'il s'agit (peut-être d'autres aussi mais qu'ils se dénoncent !), notamment sur les deux passages en gras.
En fait, et c'est très drôle, Mouchard se lamente de ce que lui-même et ses séides ont appliqué depuis, disons, mai 68. Peut-être qu'il a raison sur ces points, il y a des gens (et il ne s'agit pas des personnalités qu'il cite, à moins qu'on considère Ménard et Morano comme des penseurs...) qui se contentent de fustiger le politiquement correct, la bien-pensance etc. Mais je vais retourner l’argument :

Version originale :

"Et pour cause : la dénonciation du «politiquement correct», la critique de «la bien-pensance» n’ont qu’une seule fonction : délégitimer les idées progressistes sans même en débattre. Au lieu d’avancer à visage découvert, de dire clairement qu’on est conservateur, traditionaliste, nationaliste ou antimusulman, on prend un détour, on joue au billard. On dénonce le «politiquement correct» de l’adversaire sans jamais se démasquer. On ne défend pas le racisme, on accuse l’antiracisme, comme l’a encore fait Alain Finkielkraut qu’on interrogeait sur la lamentable sortie de Nadine Morano à propos de la France «de race blanche». On ne dit pas qu’on veut refuser l’entrée en France des réfugiés chassés par les guerres du Moyen-Orient. On dénonce «l’émotion bien-pensante» de ceux qui plaident pour l’accueil. On n’attaque pas directement la masse des musulmans. On accuse d’irénisme et de boboïsme ceux qui prêchent la tolérance entre les religions. On ne dit pas qu’on veut fermer les frontières - c’eût été trop fruste - on déplore la naïveté du «sans-frontiérisme»."

Version remaniée par votre serviteur :

"Et pour cause : la dénonciation du "fascisme", la critique de "la réaction" n’ont qu’une seule fonction : délégitimer les idées antimodernes sans même en débattre. Au lieu d’avancer à visage découvert, de dire clairement qu’on est libéral, immigrationniste, pro-communautariste ou anti-identité française, on prend un détour, on joue au billard. On dénonce le «fascisme» de l’adversaire sans jamais se démasquer. On ne défend pas le racisme, on accuse le communautarisme blanc, comme l’a encore fait Pascal Blanchard qu’on interrogeait sur la lamentable sortie de Nadine Morano à propos de la France «de race blanche». On ne dit pas qu’on veut accorder l’entrée en France aux millions de migrants dont une bonne partie n'a rien à voir avec les guerres du Moyen-Orient. On dénonce «la nauséabonde réaction» de ceux qui plaident pour la méfiance. On n’attaque pas directement la masse des chrétiens. On accuse de traditionalistes moisis et de falsificateurs de l’histoire ceux qui prêchent la défense des racines judéo-chrétiennes. On ne dit pas qu’on veut abolir les frontières - c’eût été trop brutal pour le peuple français - on déplore la volonté de repli sur soi du «frontiérisme»."


Version originale :

"Cette accusation outrageante se double évidemment d’attaques au-dessous de la ceinture : le progressisme ne peut être le fait que d’une élite qui se goberge ou de bobos coupés du monde. Mais que savent-ils de nos vies ou de nos ascendances ? De quel droit s’érigent-ils en héros de la classe ouvrière ? Travaillent-ils au fond d’une mine ? Dans une usine ? Dans un centre d’appels ? Ils sont souvent plus riches que les gens qu’ils critiquent et habitent pour la plupart au centre de Paris. Quelle est cette usurpation ? Que savent-ils vraiment du peuple ? Que font-ils pour lui ?"


Version remaniée :

"Cette accusation outrageante se double évidemment d’attaques au-dessous de la ceinture : l'antimodernisme ne peut être le fait que de soi-disant penseurs minables à qui l'on dénie toute légitimité ou de beaufs attablés au café du commerce. Mais que savent-ils de nos vies ou de nos ascendances ? De quel droit s’érigent-ils en héros de la classe ouvrière ? Travaillent-ils au fond d’une mine ? Dans une usine ? Dans un centre d’appels ? Ils sont souvent plus riches que les gens qu’ils critiquent et habitent pour la plupart au centre de Paris. Quelle est cette usurpation ? Que savent-ils vraiment du peuple ? Que font-ils pour lui ?"

Tu remarqueras que je n'ai pas touché aux quatre dernières lignes, qui s'appliquent parfaitement aux journaleux de Libé qui vivent dans le 3ème arrondissement.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Hmm, la technique du miroir magique

Audacieux, mais assez classique quand même

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Haha FDL donc tu t'assimiles toi même au mirroir de ce que la gauche la plus stupide a à offrir. Félicitations !

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Mais je ne me sens pas visé par l'attaque de Mouchard, moi. C'est toi qui m'as indirectement interpellé. smile
A part ça, je ne pense pas que ce soit moi qui fasse usage de miroir magique puisque Mouchard fait partie du camp qui a été idéologiquement majoritaire dans le débat public depuis mai 68 jusqu'aux années 2000. Ce camp du bien, à la suite de Sartre, a fait peser une chape de plomb sur le débat en désignant systématiquement les contradicteurs qui ne s'intégraient pas dans la norme de médiocres ou d’extrémistes de droite. Il a alors utilisé les qualificatifs de réactionnaires, de fascistes, de polémistes, de pamphlétaires, de déclinistes, de souverainistes, de beaufs du café du commerce etc. afin de disqualifier l'autre [au niveau très modeste de ce forum, regardez comment Greg, représentant du camp du bien, a procédé avec moi, représentant du camp du mal].
A partir de ce constat, le camp du mal a répliqué en criant au politiquement correct, à la pensée unique, à la bien-pensance etc. Concepts qui se contentent parfois, et je ne le nie pas du tout, d'imprécations. Beugler au politiquement correct en s'arrêtant là, c'est très facile mais ça ne sert à rien.
Maintenant que le camp du bien est ébranlé sur ses bases (même s'il détient toujours la grande majorité des médias), il crie lui-même à la pensée unique, à la présence ultra-majoritaire dans les médias du camp du mal (ce qui est factuellement faux, je renvoie entre autres à la prestation de Finkielkraut de samedi). Le miroir magique se trouve donc ici, je ne fais que révéler le stratagème.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

FDL a écrit:

Ce camp du bien, à la suite de Sartre, a fait peser une chape de plomb sur le débat en désignant systématiquement les contradicteurs qui ne s'intégraient pas dans la norme de médiocres ou d’extrémistes de droite. Il a alors utilisé les qualificatifs de réactionnaires, de fascistes, de polémistes, de pamphlétaires, de déclinistes, de souverainistes, de beaufs du café du commerce etc. afin de disqualifier l'autre

Juste pour illustrer ce que j'ai écrit, lisez donc le titre et les premières phrases de cet article. Il est assez représentatif de cette volonté de discréditer les contradicteurs :

L'Obs a écrit:

Les intellectuels de gauche absents, les polémistes de droite à la fête
Pascal Riché

Où sont passés les intellectuels de gauche ? On ne semble plus croiser, sur la scène médiatique, que des penseurs nostalgiques et des agités d'extrême droite. [...]

Les intellectuels doivent bien exister, mais ils se cachent. Ils ont disparu du paysage médiatique.[...]

On ne croise plus que des intellectuels pessimistes et anti-modernes (Onfray, Debray, Finkielkraut, Houellebecq…).
LireOnfray-BHL : arbitrez le duel des philosophes. Ils voient tout en noir et tout au passé. Rien à voir avec les intellectuels d’antan, ceux "de gauche", qui pensaient tout en termes de lutte, de progrès, d’avenir.

[...]

http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20 … -fete.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Tiens donc, tous les messages ont disparu... Je reposte l'article qui est passé à la trappe.

Le Figaro a écrit:

Comment peut-on être «Zemmouriste» ?

FIGAROVOX/TRIBUNE - Mathieu Bock-Côté analyse le succès de l'essayiste et ce qu'il révèle de la vie politique française. Il estime qu'Eric Zemmour incarne des valeurs de droite que celle-ci a désertées depuis longtemps.

Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologue et chargé de cours aux HEC à Montréal. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Cet essayiste est en particulier l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007). Mathieu Bock-Côté est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada.

La publication de l'excellent roman de politique-fiction Une élection ordinaire, par Geoffroy Lejeune, qui propulse Éric Zemmour en vainqueur surprise de l'élection présidentielle de 2017, a dû donner des sueurs froides aux belles âmes. Zemmour est devenu pour la gauche médiatique l'autre nom de la bête immonde. Il suffit de le chuchoter à ses représentants pour qu'ils frémissent. Les lecteurs et admirateurs de Zemmour, quant à eux, ont peut-être rêvassé un instant: et si c'était vrai? Dans un pays où la classe politique semble discréditée, une candidature étrangère au système politique ferait peut-être éclater les vieux clivages et délivrerait le politique d'un dispositif qui le condamne à l'impuissance. La droite renaîtrait, et avec elle la France.

Mais si le livre intéresse au-delà de l'exercice amusant, il s'agissait surtout, pour l'auteur, de faire surgir une évidence trop souvent occultée: il existe en France une majorité conservatrice qui peine à prendre forme politiquement, tant elle est écartelée entre la droite «républicaine» et la droite «populiste». La première capitule toujours devant la gauche, la seconde a l'habitude de contaminer tout ce qu'elle touche et de rendre intouchable les thèmes dont elle s'empare. Lejeune le fait bien comprendre: la cause de Zemmour est majoritaire, mais elle n'a pas de porteur. En un mot, la majorité d'idées qu'il incarne ne parvient pas à devenir une majorité politique, ce qui contribue à pourrir la conscience collective, tant les décisions politiques s'écartent des préférences populaires. On aime dire de la droite française qu'elle est la plus bête du monde: c'est faux. Mais elle est certainement la plus suicidaire qu'on puisse imaginer.

À bien des égards, le phénomène Zemmour s'est constitué, au fil des ans, à partir de cette crise de la droite. Zemmour en est venu à incarner médiatiquement l'opposition qui faisait défaut dans la vie politique. Et contrairement aux intellectuels qui maudissent l'époque mais qui renoncent à la combattre, Zemmour s'est distingué en offrant le visage d'une droite offensive, sûre d'elle-même, et enfin délivrée de la quête incessante de la respectabilité à gauche, comme si la droite devait simplement être une gauche un peu plus modérée. La droite zemmourienne n'entend plus se définir à partir des tabous de la gauche, de ses interdits moraux. On peut certainement trouver à redire sur telle ou telle proposition de l'écrivain, mais son constat général semble emporter l'adhésion d'un très grand nombre: depuis quarante ans, la France régresse. À chacun, ensuite, d'apporter toutes les nuances qu'il voudra.

Pour peu qu'on fasse un peu d'histoire des idées, Zemmour actualise à bien des égards ce qui était le programme de la droite RPR et UDF au moment de la première cohabitation. On sait bien qu'aujourd'hui, un tel programme se ferait coller de sales étiquettes. On le classerait peut-être même à l'extrême-droite. Il faudrait bien convenir, pourtant, que ce terme, comme bien d'autres, sert moins à décrire une réalité qu'à la décrier. Il sert à ostraciser ceux qui, d'une manière ou de l'autre, refusent de suivre le rythme de la révolution sociétale initiée en Mai 68. Pour sembler moins grossier, on peut se contenter de dénoncer ceux qui cèdent au repli sur soi et qui se «ferment à l'autre». Chose certaine, le centre de gravité idéologique sur les questions identitaires et sociétales s'est déplacé très loin à gauche et un homme décidé à faire carrière politiquement se pliera à la nouvelle orthodoxie.

Mais la philosophie politique contemporaine n'autorise plus vraiment qu'on parle de déclin, encore moins de décadence. Du passé, il faudrait toujours s'arracher et ne jamais le regretter. De ce point de vue, la droite zemmourienne rompt avec une tendance lourde vieille de 40 ans. Depuis Giscard, en fait, la droite française est passée d'une synthèse nationale-conservatrice à une synthèse libérale-moderniste qui culmine aujourd'hui dans le discours d'un Alain Juppé, qui a quand même la prétention d'être le défenseur de l'identité heureuse. L'homme n'est pas sans qualité mais il représente bien cette droite qui se contemple dans le miroir de la gauche, comme on le voit lorsqu'il hurle à la catastrophe pour parler des écrits de Zemmour et Finkielkraut. Il s'attirera certainement les commentaires respectueux de la gauche qui pétitionne à Libération, qui toujours se croit appelée à distinguer entre la bonne droite et la mauvaise droite. Devra-t-il pour autant s'en féliciter?

Disons les choses clairement: c'est une nouvelle légitimité qui s'est imposée depuis plus de quarante ans. Un nouveau régime, si on préfère qui usurpe la référence à la démocratie tout en la vidant de son contenu. La vie politique officielle a de plus en plus l'allure d'une comédie morbide. On parle encore de la France, mais elle n'a plus aucune substance ni héritage: elle est réduite à des valeurs universelles qui, fondamentalement, ne la distinguent pas du Danemark, du Japon ou de la Nouvelle-Zélande. Mais ce changement est censuré, ou alors, on le présente comme une évolution naturelle indiscutable. On constate pourtant chez les Français, comme chez les autres peuples européens, un attachement à leur monde commun, à leur mode de vie. On a beau leur expliquer qu'ils n'existent plus vraiment, au fond d'eux-mêmes, ils sentent le contraire. Ils sentent bien qu'un pays a quelque chose comme une épaisseur identitaire. L'homme n'est pas une matière inerte qu'on peut reconditionner à volonté.

La gauche «terra-noviste» cherche normalement à blinder ses réformes de civilisation en les protégeant derrière le sens de l'histoire, qu'elle connaît et impose à tout le monde. Il s'agissait alors de réviser le grand récit français depuis Mai 68. C'est ce à quoi a travaillé Zemmour depuis Le livre noir de la droite jusqu'à son Suicide français. La réinterprétation de l'histoire était chose indispensable pour élargir le domaine du possible et du pensable. On a beau le traiter de polémiste ou le transformer artificiellement en politicien médiatique, comme si on espérait ainsi disqualifier sa parole publique, il s'est révélé à la manière d'un remarquable écrivain politique, qui diagnostiquait bien l'esprit de son temps, qui comprenait bien la logique derrière le déploiement chaotique des événements, même s'il se laissait abattre de temps en temps par le sentiment de la fin d'un monde, comme si tout était fini et qu'il restait seulement l'honneur à sauver.

On aime annoncer la fin du clivage gauche-droite. Il est certainement insatisfaisant intellectuellement, mais il semble bien ancré dans les consciences, pour peu qu'on comprenne qu'il change de sens, du moins en France, mais peut-être aussi ailleurs. Le zemmourisme, c'est l'autre nom d'une droite décomplexée qui se réconcilie avec sa part conservatrice et n'entend plus céder à l'injonction de modernité à tout prix. La droite zemmourienne réhabilite la légitimité de l'enracinement. C'est la protestation enfin entendue de ceux qui ne veulent pas d'un destin nomade. C'est aussi le parti des frontières, pour peu qu'on assimile leur redécouverte à la reconnaissance de la finitude de l'homme et de sa nécessaire inscription dans un monde commun, une patrie, qu'il faut défendre lorsqu'elle est compromise. Zemmour, en fait, contribue à la réhabilitation de la fonction protectrice du politique.

Mais ne nous racontons pas d'histoire: Zemmour ne sera évidemment pas candidat, et encore moins président. Qu'on le veuille ou non, on ne passe pas des médias à la politique aisément. Le travail qu'il a commencé, d'autres le poursuivront - ou non. Une brèche est néanmoins ouverte, et on sent bien l'ébullition idéologique de penseurs s'affranchissant du politiquement correct. Il n'en demeure pas moins que le livre de Geoffroy Lejeune suggère à la droite une piste intéressante: c'est en se montrant indifférente aux injures répétées qu'elle pourra renaître. Zemmour n'a pas fait carrière sur un créneau opportuniste mais parce qu'il était convaincu de la vertu de ses idées. Quoi qu'en pensent les petits cyniques, il ne suffit pas, en politique, d'avoir le bon positionnement: il faut y croire.

À travers ses analyses, Zemmour, en fait, redonne une charge existentielle au politique. Il veut surtout révéler les lignes de fracture réelles qui le traversent aujourd'hui, et les investir au cœur de la vie publique. Zemmour fascine parce qu'il pose directement la question du régime alors qu'elle a été longtemps censurée, et l'est encore à bien des manières. Soit on s'y plie et on joue à l'adversaire honorable. On aura droit alors aux politesses mondaines, celle qu'on réserve aux cocus contents. Ou alors on l'affronte, et on deviendra inévitablement l'ennemi public. Ce n'est pas un sort agréable, quoi qu'en disent ceux qui s'imaginent que les hommes courageux sont tous habités par le désir de passer pour des martyrs.Zemmour en a eu le courage. Sont-ils si nombreux ceux qui peuvent en dire autant?

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015 … urisme.php

Last edited by FDL (09-10-2015 09:35:48)

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Il est toujours aussi naze cet article d'ailleurs, zemmourisme ça pique vraiment les yeux

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

J'ai ri en lisant "La publication de l'excellent roman de politique-fiction Une élection ordinaire, par Geoffroy Lejeune, qui propulse Éric Zemmour en vainqueur surprise de l'élection présidentielle de 2017, a dû donner des sueurs froides aux belles âmes."

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Jean-François Kahn résume merveilleusement ce que j'ai écrit.
Il y a même un clin d'oeil à Greg dans l'article. Saurez-vous le retrouver ?

Libération a écrit:

Gare à la mal pensance, par Jean-François Kahn

Lundi 5 octobre, en réponse à Finkielkraut, Onfray et autres, «Libération» titrait en une : «Oui, on est bien-pensants, et alors?». Et pourquoi pas Annie Cordy, se demande Jean-François Kahn. Pour le polémiste, cette tendance du journal aux amalgames et aux excommunications tue tout autant le débat démocratique que les pires propos réacs.

D’abord ces précisions qui vous paraîtront sans doute extravagantes : j’adhère à certaines assertions contenues dans la philippique de Laurent Joffrin «Oui, on est bien-pensants», bien qu’il m’apparaisse, parfois, que Libération pense mal. Renouer avec une certaine verdeur polémique, remuscler le choc des idées par le choc des mots : pourquoi pas ? Pire - et cela vous surprendra plus encore -, j’admets la pertinence de réflexions que je ne partage pas et je reconnais la légitimité de jugements que je réprouve. C’est dire que je récuse le dualisme simpliste et manichéen, bloc contre bloc, qui conduit à ces deux perversions du débat démocratique : l’amalgame et la lepénisation systématique du désaccord. La charretée des salauds face à la galaxie des anges.

L’amalgame : les staliniens en abusèrent, qui évacuèrent trotskistes et fascistes dans le même sac, comme les terroristes robespierristes firent monter le rouge et le noir dans les mêmes charrettes. Onfray, Debray, Finkielkraut, Polony, un de vos chroniqueurs ajoute même Pascal Bruckner (et il en manque des flopées, de Marcel Gauchet à Elisabeth Badinter en passant par Jean-Claude Michéa et Christophe Guilluy), le tout malaxé en un improbable cocktail auquel on peut, du coup, ajouter impunément Eric Zemmour, Nadine Morano, Robert Ménard et Philippe de Villiers et même, au point où on en est, Nicolas Sarkozy, ce serait limite infâme si n’était le côté farce.

Onfray-De Villiers ? Debray-Morano ?

Et pourquoi pas Kenji-Marc Lévy-Nicolas Anelka et Annie Cordy ? Ou Poutou-Joffrin ? Ou Tony Blair-Pol Pot, tous deux gauchos comme chacun sait. Et Platon-Lénine, puisqu’ils tricotèrent tous les deux de la dialectique. Tous «réacs de service» (pourquoi «de service» d’ailleurs) ? Bien que le pluralisme inhérent à la vie des idées induise, en effet, qu’il y ait des gauchistes et des réactionnaires, qu’on y prenne garde : la globalisation de ce concept-là, purgé de toute relativité, peut réserver des surprises.

Par exemple : si, il y a vingt ans, un éditorialiste avait approuvé, comme certains le firent dans vos colonnes, la constitution d’une nouvelle sainte alliance capable d’imposer, à tous ceux qui prétendent s’en émanciper, un ordre néolibéral axé sur le laminage des acquis des moins favorisés (comme en Grèce), on l’aurait qualifié de «fieffé réactionnaire». Et, fût-ce un chroniqueur de Libération, il se serait retrouvé sur votre liste.

Faire preuve de la plus grande indulgence, ce qui est votre droit, envers un pouvoir dont le bilan, à en croire Laurent Joffrin, peut se résumer ainsi (c’est lui qui l’écrit, moi je n’aurais pas osé), «le chômage, l’exclusion, la stagnation du pouvoir d’achat, la souffrance au travail et l’angoisse pour l’avenir» et qui, ajoute-t-il, «a abandonné les bases d’une politique progressiste à la fois réaliste et socialiste, solidaire et efficace» qu’il s’agit, selon lui, «de retrouver», toute complaisance donc avec une telle orientation qui nourrit, reconnaissez-vous encore, le vote Front national, n’aurait-elle pas été qualifiée, en un autre temps, de profondément réactionnaire ? Comment aurait-on caractérisé, hier, une politique étrangère, que vous ne condamnez pas, d’alignement sur l’Arabie Saoudite, la Turquie d’Erdogan et le Qatar ? Au minimum de «réactionnaire».

Joffrin écrit - bravo ! - «la gauche a eu grand tort de sous-estimer l’insécurité, de croire que l’immigration ne poserait aucun problème ou que l’Europe libérale serait une protection contre les effets de la mondialisation». Et d’enfoncer le clou : «La politique européenne a plongé le continent dans la stagnation économique et le chômage de masse. L’Union européenne, en appliquant une austérité brutale, a aggravé la crise et heurté de plein fouet les classes populaires.» C’est très excessif. Mais ceux qui disaient cela, exactement cela, n’ont-ils pas été «démasqués» et traités, de quoi ? De «populistes», de «souverainistes frileux» et de «réactionnaires». Pardi !

Autre excroissance stalinienne : la lepénisation, c’est-à-dire la diabolisation. Elle consiste à rejeter tout écart, par rapport à une ligne que l’on estime juste, dans le camp de Belzébuth, en l’occurrence le Front national, comme en d’autres temps les communistes fascisaient tous ceux qui s’écartaient de leur orthodoxie : y compris Léon Blum, qualifié de «social-fasciste», ou Tito, forcément nazi, parce qu’il se réclamait d’un «communisme national».

La substitution du concept de «dérive», obsessionnellement invoqué, à celui de «déviationnisme» n’est-il pas éloquent ? Complicité objective ? Mais rappelez-vous : s’opposer, comme vous (et vous aviez raison), à la catastrophique invasion de l’Irak, c’était se faire complice de Saddam Hussein. S’opposer, contrairement à vous (et vous aviez tort) à la calamiteuse intervention en Libye, c’était se faire complice de Kadhafi. Hier, les antistaliniens étaient des complices objectifs de Hitler et les antifascistes des complices objectifs de Staline. Pointer l’horreur des prédécesseurs de Daech, qui sévirent en Algérie pendant la guerre civile, faisait de vous des complices des éradicateurs militaristes algériens et vous tombâtes, à l’époque, dans le panneau. «Ce n’étaient pas les islamistes qui massacraient !» De bons gars !

Il faut arrêter avec ça. On est ce qu’on est. Ce qu’on dit. Ce qu’on écrit. On a tort ou on a raison. On peut juger une pensée fondamentalement erronée sans la criminaliser pour autant. C’est néantiser toute altérité que de fondre l’autre, qui ne pense pas comme vous, dans le bloc abstrait et réducteur de tous ceux qui pensent mal.

Si vous appelez à la mobilisation contre Daech, vous n’intégrez pas pour autant le camp de Poutine qui lance exactement le même appel. Si vous accusez Bachar al-Assad d’avoir été le bourreau de son peuple, vous n’intégrez pas pour autant le camp d’Al-Qaeda qui dit exactement la même chose.

La lepénisation intellectuelle ne commence pas plus à votre droite que la bolchevisation ne commence à votre gauche. D’autant que l’on peut paraître plus à droite que vous dans les mots en étant plus à gauche dans les faits. Cette traque obsessionnelle de la déviation est, au demeurant, hémiplégique. Les glissades néostaliniennes y échappent. Ainsi, deux chasseurs de dérives, ceux-là même qui ont voulu exclure le philosophe Marcel Gauchet de la conférence inaugurale des Rencontres de Blois, écrivent, dans une tribune publiée par le Monde, lisez bien : «Au mythe de l’espace public comme lieu unifié de délibération, il faut opposer l’idée selon laquelle il y a des problématiques incompatibles entre elles… ils (il s’agit des méchants) ne parlent que de nation, de peuple, de souveraineté, nous voulons, nous, parler de classes, de violences, de domination. Voilà les deux scènes possibles et irréductibles l’une à l’autre. Nous n’acceptons pas de présenter comme des opinions sujettes au débat ce que l’on sait être faux.» C’est clair et carré. Aucune confrontation démocratique possible. Avec toute référence au «peuple», à la «nation», à la «souveraineté», commence l’acte intellectuel intrinsèquement délictueux et délinquant.

Dans une autre tribune du Monde, la dénonciation de certaines évolutions présumées droitières d’intellectuels est agrémentée de termes tels que «surenchère nauséabonde», «intellectuel moribond», «plumitifs», «déshonneur du philosophe». On a échappé à «rance».

Le qualificatif de «nauséeux» devient un gimmick.

De toute façon, un philosophe qui pense mal n’est plus un philosophe (n’est-ce pas ?). Je lis même, sous la plume de l’un de vos chroniqueurs, que Yann Moix, Michel Onfray et Laurent Binet sont «des sous-produits de synthèse à usage des masses et des médias en manque de cerveaux mannequins».

A quand le retour des «rats visqueux» et des «vipères lubriques» ? Le comble : une de vos chroniqueuses considère que la place de Onfray est à l’asile psychiatrique. Ces dérives-là ne méritaient-elles pas aussi vos foudres ? Pourquoi cette indulgence ? Qui ne voit qu’à opposer obsessionnellement une rhétorique d’exclusion à résonance néostalinienne à tout ce qui est soupçonné, parfois à raison, parfois à tort, d’aller dans un sens qui nous disconvient rend un service inouï à la propagande du FN ?

Posons-nous la question : cela fait des années que ceux qui se sont arrogé le monopole du combat antilepéniste, qui ont imposé leur stratégie, leur tactique, leurs méthodes, leurs expressions, leurs mots, procèdent de la même façon. De cette façon. Et, au rythme de leurs séances d’exorcisme, de leurs pratiques inquisitoriales, de leurs fulminations d’anathème, le Front national n’a cessé de progresser. Cela ne vous pose pas problème ? 10 % en 2007, 18 % en 2012, 27 % en 2015. Combien de temps encore va-t-on se contenter de réitérer mécaniquement, paresseusement, une façon de combattre qui ne fait que fertiliser le terreau sur lequel progresse ceux que vous avez raison - c’est à votre honneur - de combattre ?

Cas clinique de masochisme : au FN, on fait systématiquement cadeau de tout ce sur quoi il se contente de poser le doigt. N’a qu’à se servir. Faire ses courses. Il désigne et c’est à lui. On le lui offre. Hier, précisément, le peuple, la nation, la souveraineté, l’identité. Puis la sécurité, la laïcité, demain quoi ? La République, le progrès social ? Ce que la gauche brade, il le préempte et ce qu’il préempte, la gauche le brade. Le centre aussi.

Combien de temps va-t-on pousser l’auto-enfermement jusqu’à se recroqueviller sur ce qui ne marche pas ? A ceux qui, inconsciemment, confortent le FN pour mieux en instrumentaliser l’effet repoussoir (et là je ne vous vise nullement), on a envie d’adresser cette complainte : comme disait ma grand-mère, sortez, tendez l’oreille, écoutez, regardez autour de vous ! Cent fois, on a tenté de montrer, avec des mots simples pour être compris, que l’utilisation compulsive, presque maladive, à propos de tout et de n’importe quoi du terme «populiste», en quoi le public comprend souvent «populaire», un peu comme les exorcistes faisaient le signe de croix, a eu un effet absolument dévastateur. Rien n’y fait : on continue. Ce n’est pas l’Inquisition qui permet de refouler l’hérésie, c’est l’exemplarité et la refondation. L’arme de la raison, pas le fagot du bûcher.

A une dynamique régressive et perverse (car elle existe en effet), c’est une dynamique offensive, transformatrice et refondatrice qu’il faut opposer, pas le déploiement cynique d’une trahison délétère dissimulée derrière le cache-sexe des imprécations excommunicatrices. L’extrême droite ne cesse de prospérer. Pourquoi ? Le Front national est aujourd’hui largement en tête dans l’électorat le plus populaire. Pourquoi ?

Les gauches ont été reléguées en troisième position dans leur ancien pré carré du Nord-Pas-de-Calais. Pourquoi ? La social-démocratie régresse partout, quand elle ne s’effondre pas, alors que de nouvelles radicalités s’affirment y compris à gauche. Pourquoi ?

Ne sont-ce pas ces questions qu’il convient urgemment de poser ? Ce qui n’exclue nullement la polémique, mais exige, aussi, et peut-être avant tout, l’autocritique. On ne peut efficacement condamner des errements que si lucidement on accepte de reconnaître des erreurs.
Jean-François Kahn Editorialiste

http://www.liberation.fr/debats/2015/10 … ce_1401888

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Barney, faut-il inclure Julliard dans le camp des réacs finalement ?

Marianne a écrit:

Réacs et bien-pensants

Jacques Julliard

Revenus à des concepts prémarxistes, empreints de moralisme et dépourvus de vertu analytique, le seul débat qui occupe les esprits de nos élites médiatiques se réduit aujourd'hui à un classement entre « réacs » et « bien-pensants » ! Un réflexe qui annihile les nuances des pensées et cache un véritable débat de fond, un enjeu réel qui porte sur la nature de la France, pour ne pas dire sur son identité.
De nos jours, George Orwell serait-il considéré comme un "réac" ou un "bien-pensant" ?

Voilà l’une des conséquences de la fin du marxisme ordinaire et de la vision de classes de la société. Loin d’avoir progressé en rigueur, nous sommes revenus à des concepts prémarxistes, empreints de moralisme et dépourvus de vertu analytique : « réacs » et « bien-pensants » ! Je vous demande un peu ! Nous nous imaginions dans le « postmodernisme » et nous voilà revenus à l’ère de la reine Victoria (1837-1901). Tout est désormais dans l’apparence, le conformisme social, l’affectivité. On ne dit pas quartier populaire ou immigré, on dit quartier sensible ; on ne dit plus fasciste, ou raciste, on dit nauséabond.

Qu’est-ce qu’un « réac » aux yeux d’un « bien-pensant » ? Un dissimulateur, un homme qui avance masqué, qui habille sa détestation des minorités en amour du peuple réel, sa haine de l’islam en apologie de la laïcité, son refus de l’étranger en culte de l’identité nationale. Et qu’est-ce qu’un « bien-pensant » aux yeux d’un « réac » ? Un bobo antiplébéien qui dissimule son indulgence pour la drogue en sévérité pour l’alcool, son indifférence envers la malaria en militantisme contre le sida, son relativisme quant à la criminalité ordinaire en sévérité pour le racisme, son ralliement au capitalisme mondialisé en critique du souverainisme, et sa phobie du christianisme en indulgence éperdue pour l’islam.

J’ai des amis des deux côtés et des idées dans les deux camps. Pour autant, je ne suis pas en train de fonder un tiers parti ; j’ai déjà assez de mal à comprendre ce qui se passe, et je me demande si cela n’est pas le plus urgent. Que s’est-il passé qui mérite réflexion ? Une fois éclusées les banalités d’usage sur le narcissisme des intellectuels et les effets simplificateurs de la télévision façon Ruquier, un fait culturel important : la gauche morale, la gauche des droits de l’homme a pris le pouvoir dans les élites et les médias, tandis que la droite populaire, celle de la décence ordinaire – la common decency d’Orwell – s’est emparée du peuple. A la première l’opinion, à la seconde les élections, comme on le verra en décembre.

Rien de plus significatif que l’évolution de l’expression de « bien-pensants » que la gauche morale se prend aujourd’hui dans la figure après en avoir assaisonné pendant des décennies ses adversaires de droite. « Bien-pensant » s’appliquait traditionnellement aux milieux bourgeois et aux dames patronnesses. Alors, vous pensez, quand la gauche Libé se voit retourner le compliment, quels grincements de dents… Jusqu’à ce que Laurent Joffrin se décide l’autre jour à l’assumer. Nos sobriquets deviennent notre marque de fabrique.

Des campus américains est venue l’expression de « politiquement correct » qui est l’équivalent de cette bien-pensance à laquelle Georges Bernanos a donné ses lettres de noblesse (1). Jean-François Kahn a forgé l’expression de « pensée unique ». Déjà, Gramsci avait parlé au début du XXe siècle d’hégémonie culturelle.

Dans le cas particulier, la bien-pensance désigne le monopole de la parole légitime que détient désormais la gauche morale ; plus précisément, le passage de témoin du socialisme prolétarien de jadis à l’humanisme droit-de-l’hommiste. C’est en ce sens que cette gauche-là a abandonné le peuple. L’auréole de sacralité que portait le prolétariat, qui en faisait la classe élue, s’est estompée ; ce sont les exclus, les marginaux qui désormais en retirent un statut de sainteté morale. Quand on a dit que l’islam est la « religion des pauvres », on a seulement oublié que l’islam est aussi la religion des émirs d’Arabie saoudite et du Qatar. Mais, dans tous les cas, on reste dans le registre de la religiosité.

Ce débat quelque peu théologique dissimule un enjeu réel qui porte sur la nature de la France, pour ne pas dire sur son identité. La France doit-elle demeurer un pays unitaire, intégrateur, laïc et universaliste, ou doit-elle s’orienter vers la vision plutôt anglo-saxonne d’un pays multiculturaliste, dont l’identité est la résultante des communautés installées sur son sol ? Je vous renvoie sur ce point au remarquable numéro de la revue le Débat (septembre-octobre 2015). Pour ma part, j’ai tranché en faveur de la première solution, parce qu’elle est conforme à notre génie, et propre à nous éviter les guerres les plus menaçantes du monde moderne : les guerres culturelles. Sur ce point, je suis clairement du côté des « réacs » (2). Mais je me sens « bien-pensant » quand il faut faire sa place à la diversité des apports de l’immigration. Et je sais que nous pouvons compter pour cela sur beaucoup d’intellectuels musulmans, bien plus proches du modèle français que du modèle saoudien. Salut à Boualem Sansal et à tous ceux qui pensent comme lui.

Voilà le véritable débat national, qu’il faudrait mener dans le respect des personnes et des idées et non dans une atmosphère hystérique, à mi-chemin entre la guerre civile et la pantalonnade. Nous en sommes encore loin.

(1) La Grande Peur des bien-pensants, 1931. Un livre éclatant et impossible, une apologie d’Edouard Drumont, fameux antisémite du début du XXe siècle.
(2) Il y a pourtant des réacs multiculturalistes comme Pierre Manent : Situation de la France (Desclée de Brouwer, 2015).

http://www.marianne.net/reacs-bien-pens … 37266.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Barney, faut-il inclure Julliard dans le camp des réacs finalement ?

Marianne a écrit:

Réacs et bien-pensants

Jacques Julliard

Revenus à des concepts prémarxistes, empreints de moralisme et dépourvus de vertu analytique, le seul débat qui occupe les esprits de nos élites médiatiques se réduit aujourd'hui à un classement entre « réacs » et « bien-pensants » ! Un réflexe qui annihile les nuances des pensées et cache un véritable débat de fond, un enjeu réel qui porte sur la nature de la France, pour ne pas dire sur son identité.
De nos jours, George Orwell serait-il considéré comme un "réac" ou un "bien-pensant" ?

Voilà l’une des conséquences de la fin du marxisme ordinaire et de la vision de classes de la société. Loin d’avoir progressé en rigueur, nous sommes revenus à des concepts prémarxistes, empreints de moralisme et dépourvus de vertu analytique : « réacs » et « bien-pensants » ! Je vous demande un peu ! Nous nous imaginions dans le « postmodernisme » et nous voilà revenus à l’ère de la reine Victoria (1837-1901). Tout est désormais dans l’apparence, le conformisme social, l’affectivité. On ne dit pas quartier populaire ou immigré, on dit quartier sensible ; on ne dit plus fasciste, ou raciste, on dit nauséabond.

Qu’est-ce qu’un « réac » aux yeux d’un « bien-pensant » ? Un dissimulateur, un homme qui avance masqué, qui habille sa détestation des minorités en amour du peuple réel, sa haine de l’islam en apologie de la laïcité, son refus de l’étranger en culte de l’identité nationale. Et qu’est-ce qu’un « bien-pensant » aux yeux d’un « réac » ? Un bobo antiplébéien qui dissimule son indulgence pour la drogue en sévérité pour l’alcool, son indifférence envers la malaria en militantisme contre le sida, son relativisme quant à la criminalité ordinaire en sévérité pour le racisme, son ralliement au capitalisme mondialisé en critique du souverainisme, et sa phobie du christianisme en indulgence éperdue pour l’islam.

J’ai des amis des deux côtés et des idées dans les deux camps. Pour autant, je ne suis pas en train de fonder un tiers parti ; j’ai déjà assez de mal à comprendre ce qui se passe, et je me demande si cela n’est pas le plus urgent. Que s’est-il passé qui mérite réflexion ? Une fois éclusées les banalités d’usage sur le narcissisme des intellectuels et les effets simplificateurs de la télévision façon Ruquier, un fait culturel important : la gauche morale, la gauche des droits de l’homme a pris le pouvoir dans les élites et les médias, tandis que la droite populaire, celle de la décence ordinaire – la common decency d’Orwell – s’est emparée du peuple. A la première l’opinion, à la seconde les élections, comme on le verra en décembre.

Rien de plus significatif que l’évolution de l’expression de « bien-pensants » que la gauche morale se prend aujourd’hui dans la figure après en avoir assaisonné pendant des décennies ses adversaires de droite. « Bien-pensant » s’appliquait traditionnellement aux milieux bourgeois et aux dames patronnesses. Alors, vous pensez, quand la gauche Libé se voit retourner le compliment, quels grincements de dents… Jusqu’à ce que Laurent Joffrin se décide l’autre jour à l’assumer. Nos sobriquets deviennent notre marque de fabrique.

Des campus américains est venue l’expression de « politiquement correct » qui est l’équivalent de cette bien-pensance à laquelle Georges Bernanos a donné ses lettres de noblesse (1). Jean-François Kahn a forgé l’expression de « pensée unique ». Déjà, Gramsci avait parlé au début du XXe siècle d’hégémonie culturelle.

Dans le cas particulier, la bien-pensance désigne le monopole de la parole légitime que détient désormais la gauche morale ; plus précisément, le passage de témoin du socialisme prolétarien de jadis à l’humanisme droit-de-l’hommiste. C’est en ce sens que cette gauche-là a abandonné le peuple. L’auréole de sacralité que portait le prolétariat, qui en faisait la classe élue, s’est estompée ; ce sont les exclus, les marginaux qui désormais en retirent un statut de sainteté morale. Quand on a dit que l’islam est la « religion des pauvres », on a seulement oublié que l’islam est aussi la religion des émirs d’Arabie saoudite et du Qatar. Mais, dans tous les cas, on reste dans le registre de la religiosité.

Ce débat quelque peu théologique dissimule un enjeu réel qui porte sur la nature de la France, pour ne pas dire sur son identité. La France doit-elle demeurer un pays unitaire, intégrateur, laïc et universaliste, ou doit-elle s’orienter vers la vision plutôt anglo-saxonne d’un pays multiculturaliste, dont l’identité est la résultante des communautés installées sur son sol ? Je vous renvoie sur ce point au remarquable numéro de la revue le Débat (septembre-octobre 2015). Pour ma part, j’ai tranché en faveur de la première solution, parce qu’elle est conforme à notre génie, et propre à nous éviter les guerres les plus menaçantes du monde moderne : les guerres culturelles. Sur ce point, je suis clairement du côté des « réacs » (2). Mais je me sens « bien-pensant » quand il faut faire sa place à la diversité des apports de l’immigration. Et je sais que nous pouvons compter pour cela sur beaucoup d’intellectuels musulmans, bien plus proches du modèle français que du modèle saoudien. Salut à Boualem Sansal et à tous ceux qui pensent comme lui.

Voilà le véritable débat national, qu’il faudrait mener dans le respect des personnes et des idées et non dans une atmosphère hystérique, à mi-chemin entre la guerre civile et la pantalonnade. Nous en sommes encore loin.

(1) La Grande Peur des bien-pensants, 1931. Un livre éclatant et impossible, une apologie d’Edouard Drumont, fameux antisémite du début du XXe siècle.
(2) Il y a pourtant des réacs multiculturalistes comme Pierre Manent : Situation de la France (Desclée de Brouwer, 2015).

http://www.marianne.net/reacs-bien-pens … 37266.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Un peu de lecture matinale.

Le Comptoir a écrit:

Marcel Gauchet : « Le non-conformisme est globalement passé du côté conservateur »

Philosophe et historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le rédacteur en chef de la revue “Le Débat” est un intellectuel complexe. Penseur de gauche, héritier du libéral Raymond Aron, critique du marxisme, ainsi que de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault – idoles de la gauche contemporaine –, Marcel Gauchet ne peut pas faire l’unanimité. Radicalement anticapitalistes, au Comptoir, nous ne nous retrouvons pas dans le réformisme du philosophe. Pourtant, nous considérons que le père de l’expression « fracture sociale » fait partie des intellectuels qui aident à mieux comprendre notre époque, notamment grâce à l’analyse de la modernité développée dans “Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion” (Gallimard, 1985). Nous avons mis de côté nos divergences pour discuter avec lui de sujets aussi vastes que la démocratie représentative, la modernité, les droits de l’Homme, ou encore le libéralisme.

Le Comptoir : Depuis trente ans, le taux d’abstention ne cesse de progresser, principalement au sein des classes populaires. Est-ce dû à l’aspect aristocratique d’un système représentatif qui ne favorise que les élites ?

Marcel Gauchet : Deux choses dans votre question : le pourquoi de l’abstention et la grille d’explication que vous évoquez. Elle ne convainc pas sur le fond, même si elle touche à quelque chose de juste. Pourquoi voter quand l’offre ne propose plus d’opposition tranchée ? “Tous pareils”. L’Union européenne limite fortement la gamme des choix. Elle accentue l’effet de la mondialisation, en créant le sentiment que les gouvernants, de toute façon, ne peuvent pas grand-chose. “Ils causent, mais ils ne peuvent rien faire.” Enfin, cerise sur le gâteau, la politique est faite pour les gagnants de la mondialisation. Pourquoi les perdants iraient-ils approuver le fait qu’ils sont sacrifiés sur l’autel de la bonne cause? “Ils se foutent des gens comme nous.” La mondialisation, c’est l’alliance des riches des pays riches avec les pauvres des pays pauvres contre les pauvres des pays riches. Voilà les trois faits qui me semblent largement expliquer la montée de l’abstention, en particulier dans les milieux populaires. Il y a d’autres facteurs, plus diffus, comme la dépolitisation générale.

Quant au rôle du système représentatif lui-même, en le qualifiant d’“aristocratique”, vous faites sans doute allusion à l’analyse de mon ami Bernard Manin. Je ne crois pas que ce soit le mot le plus approprié. La représentation, c’est effectivement un processus de sélection de gens supposément pourvus de qualités spéciales, dont celle de la représentativité. Mais cette représentativité peut très bien s’exercer contre les privilégiés. C’était le grand argument contre le suffrage universel pendant longtemps. Il était présenté comme le moyen pour les masses de faire fonctionner le pouvoir à leur profit grâce à de dangereux démagogues. Le système représentatif a été, de fait, le moyen pour réformer socialement nos régimes en d’autres temps. Il faut se demander comment il s’est retourné sur lui-même. Le problème est ailleurs, en un mot. Il ne faut pas confondre l’instrument et les conditions de son usage.

Peut-on, dans ce cas, dire que le clivage gauche-droite n’a plus de sens et que le vrai clivage s’opère aujourd’hui entre défenseurs et pourfendeurs de la nation ?

Pas du tout. Il y a une nation de droite et une nation de gauche. Il y a une anti-nation de droite, libérale, et une anti-nation de gauche, libertaire. Il y a la nation d’hier et la nation d’aujourd’hui. La nation de 2015 n’est pas, et ne peut pas être, celle de 1915. Et puis, il y a l’Europe : nation de substitution ou autre chose, mais quoi exactement ? La vérité est que le brouillage est complet. Tout est à redéfinir.

Vous avez analysé la modernité comme la « sortie de la religion » associée à la montée de l’individualisme, que vous avez toutes les deux liées au christianisme. Or, selon-vous, l’« individu total » tue la démocratie. Un renouveau du politique passe-t-il nécessairement par un retour du religieux ? Une redécouverte du paganisme peut-elle être utile ?

Aucun retour d’aucune sorte ne nous sera d’une quelconque utilité – il faudrait d’ailleurs qu’ils soient possibles, ce qui, en l’état, n’est pas le cas. Nous sommes condamnés à inventer. Cela commence par nous mettre en position de comprendre ce qui nous est arrivé pour nous retrouver dans cette impasse, sans anathèmes, exorcismes et autres “dénonciations”. Qu’est devenu le politique, par exemple, et pourquoi ? C’est le genre de travail auquel l’individu “total”, comme vous dites, n’est pas spontanément très disposé. Pourtant, il va falloir qu’il s’y mette, et il s’y mettra ! Les cures de désintoxication, c’est dur. Christianisme et paganisme sont des sujets très intéressants en soi, ce n’est pas moi qui dirai le contraire, mais ils ne nous aideront pas beaucoup pour ce travail, si ce n’est indirectement, pour nous aider à mesurer ce qui nous sépare de leurs univers. C’est là qu’est le sujet principal.

Vous critiquez les droits de l’Homme, tout en défendant la démocratie libérale : n’y a-t-il pas là une contradiction ? Comment critiquer les droits de l’Homme et leur universalisme abstrait sans pour autant tomber dans le relativisme culturel typiquement moderne ?

Je ne critique pas les droits de l’Homme, je critique les applications qui en sont faites et les conséquences qu’on prétend en tirer, ce qui est fort différent. Il n’y a pas grand sens à critiquer les droits de l’Homme si on y réfléchit un peu sérieusement : ils sont la seule base sur laquelle nous pouvons établir cette chose essentielle dans une société qu’est la légitimité. Que pourrions-nous mettre d’autre à la place pour définir la norme des rapports entre les gens ou la juste source du pouvoir ? La seule alternative valable, ce sont les droits de Dieu. C’est d’ailleurs ce qu’ont bien compris les fondamentalistes. Il faut donc faire avec les droits de l’Homme. La question est de savoir s’ils ont réponse à tout. C’est là qu’est l’égarement actuel. Ils ne rendent pas compte de la nature des communautés politiques dans lesquelles ils s’appliquent. Ils doivent composer avec elles. Le politique ne se dissout pas dans le droit. Ils ne nous disent pas ce que nous avons à faire en matière économique, etc. La démocratie libérale, bien comprise, consiste précisément dans ce bon usage des droits de l’Homme qui leur reconnait leur place, mais qui se soucie de les articuler avec ce qui leur échappe et ne peut que leur échapper. C’est en ce sens qu’elle est le remède au droit-de-l’hommisme démagogique.

De la même façon, cette vision de l’équilibre à respecter entre droit et politique permet d’échapper au relativisme culturel, qui fait d’ailleurs système avec le droit-de-l’hommisme. S’il n’y a que des individus et leurs droits, alors toutes les expressions culturelles émanées de ces individus se valent. Mais s’il existe des communautés historiques qui ont leur consistance par elles-mêmes, alors il est possible de les comprendre pour ce qu’elles sont, d’abord, en faisant aux cultures singulières la place qu’elles méritent et, ensuite, en les distinguant au sein d’une histoire où nous pouvons introduire des critères de jugement. C’est, de nouveau, une affaire de composition entre des exigences à la fois contradictoires et solidaires. La chose la plus difficile qui soit dans notre monde, apparemment. La conférence de l’Unesco, qui a adopté la Convention sur la protection et la promotion des expressions culturelles en 2005, souligne expressément, selon ses mots, « l’importance de la diversité culturelle pour la pleine réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».
Pour Hannah Arendt et Karl Marx, les droits de l’Homme consacrent l’avènement d’un homme abstrait, égoïste et coupé de toute communauté. De son côté, Simone Weil estimait que « la notion de droit, étant d’ordre objectif, n’est pas séparable de celles d’existence et de réalité » et que « les droits apparaissent toujours comme liés à certaines conditions ». On peut donc se demander si les droits de l’Homme peuvent vraiment avoir vocation à être universels. Marx pensait également qu’il aurait mieux valu un modeste Magna Carta, susceptible de protéger réellement les seules libertés individuelles et collectives fondamentales, plutôt que ce « pompeux catalogue des droits de l’Homme ». La logique des droits de l’Homme ne transforme-t-elle pas la politique en simple procédure au détriment des libertés réelles ?

Ne tirons pas de conclusions définitives sur l’essence des droits de l’Homme depuis ce que nous en observons aujourd’hui. Il est vrai que beaucoup de gens de par le monde trouvent grotesques les prétentions occidentales à l’universalisation des droits de l’Homme – non sans raison, étant donné les contextes sociaux où ils sont supposés s’appliquer. D’un autre côté, la débilité de nos droits-de-l’hommistes n’est plus à démontrer. Mais cela ne prouve rien sur le fond. Il a fallu deux siècles en Occident pour qu’on prenne la mesure opératoire du principe. Il est permis de penser qu’il faudra un peu de temps pour que leur enracinement s’opère à l’échelle planétaire. De la même façon, le mésusage de ce principe tel que nous le pratiquons actuellement dans nos démocraties peut fort bien n’être qu’une pathologie transitoire. C’est ce que je crois.

Je pense que les droits de l’Homme ont une portée universelle en tant que principe de légitimité. Ils représentent la seule manière de concevoir, en dernier ressort, le fondement d’un pouvoir qui ne tombe pas d’en haut et ne s’impose pas par sa seule force, à l’instar, par exemple, des dictatures arabes. Ils sont également le seul étalon dont nous disposons pour concevoir la manière dont peuvent se former des liens juste entre les personnes dès lors qu’ils sont déterminés par leur seule volonté réciproque et non par leurs situations acquises. De ce point de vue, je suis convaincu qu’ils sont voués à se répandre au fur et à mesure que la sortie de la religion, telle que je l’entends, se diffusera à l’échelle du globe – c’est en cours, c’est cela la mondialisation.

Maintenant, ce qui légitime ne peut pas se substituer à ce qui est à légitimer : l’ordre politique ou l’action historique. En Europe, c’est la folie du moment que d’être tombé dans ce panneau. C’est ce qui produit ce dévoiement que vous résumez très bien : la réduction du processus politique à la coexistence procédurale des libertés individuelles. Mais ce n’est pas le dernier mot de l’histoire, juste une phase de délire comme on en a connu d’autres. Elle est en train de révéler ses limites. Il y a un autre emploi des droits de l’Homme à définir. Ils n’ont pas réponse à tout mais ils sont un élément indispensable de la société que nous avons le droit d’appeler de nos vœux.

Dans De la situation faite au parti intellectuel (1917), Charles Péguy écrivait : « On oublie trop que le monde moderne, sous une autre face, est le monde bourgeois, le monde capitaliste. » La modernité est-elle nécessairement capitaliste et libérale ?

C’est quoi au juste “libéral” ? C’est quoi “capitalisme” ? Il serait peut-être temps de se poser sérieusement la question avant de brailler en toute ignorance de cause.

Libéraux, nous le sommes en fait à peu près tous, que nous le voulions ou non, parce que nous voulons que tous soient libres de parler, de se réunir, mais aussi de créer des journaux, des radios, des entreprises pour faire fructifier leurs idées. La raison de fond de ce libéralisme qui nous embrigade, c’est que le monde moderne est tourné vers sa propre invention et que cela passe par les libres initiatives des individus dans tous les domaines. Et capitalistes, du coup, nous sommes amenés à l’accepter inexorablement parce que pour faire un journal, une radio, une entreprise, il faut des capitaux, des investissements, des emprunts, des bénéfices pour les rembourser, et ainsi de suite. Préférons-nous demander à l’État, à ses bureaucrates, et à ses réseaux clientélistes ?

Ce sont les données de base. Après, vient la question de la manière dont tout cela s’organise. Et sous cet angle, nous ne sommes qu’au début de l’histoire. Nous avons tellement été obsédés par l’idée d’abolir le libéralisme et le capitalisme que nous n’avons pas vraiment réfléchi à la bonne manière d’aménager des faits premiers pour leur donner une tournure vraiment acceptable. Voilà le vrai sujet. Il me semble que nous pouvons imaginer un capitalisme avec des administrateurs du capital qui ne seraient pas des capitalistes tournés vers l’accumulation de leur capital personnel. De la même manière, nous avons à concevoir un statut des entreprises qui rendrait la subordination salariale mieux vivable. Après tout, chacun a envie de travailler dans un collectif qui a du sens et qui marche. Mais il faut bien que quelqu’un prenne l’initiative de le créer et de définir sa direction. Arrêtons de rêvasser d’un monde où tout cela aurait disparu et occupons-nous vraiment de le penser.

Dans son ouvrage majeur, La grande transformation, l’économiste Karl Polanyi montre que notre époque se caractérise par l’autonomisation progressive de l’économie, qui, avant cela, avait toujours été encastrée dans les activités sociales. Si on définit le libéralisme comme une doctrine qui tend à faire du marché autorégulateur – aidé par la logique des droits individuels –, le paradigme de tous les faits sociaux, est-il vraiment possible de l’aménager ? N’existerait-il pas une “logique libérale”, pour reprendre les mots de Jean-Claude Michéa, qui ferait que le libéralisme mènerait à une “atomisation de la société” toujours plus grande, qui elle-même impliquerait un renforcement du marché et une inflation des droits individuels, pour réguler la société ?

Autonomisation de l’économie, soit. Mais jusqu’où ? Il ne faut surtout pas se laisser prendre au piège du discours libéral et de son fantasme de l’autosuffisance du marché autorégulateur. La réalité est que ce marché est permis par un certain état du politique, qu’il repose sur le socle que celui-ci lui fournit. Il en a besoin, même s’il tend à l’ignorer. Sa logique le pousse en effet à vouloir aller toujours plus loin dans son émancipation du cadre politique, mais cette démarche est autodestructrice et bute sur une limite. Elle suscite en tout cas inévitablement un conflit avec les acteurs sociaux à peu près conscients de la dynamique destructrice à l’œuvre. Nous y sommes. C’est en fonction de cette bataille inévitable qu’il faut raisonner, en rappelant aux tenants frénétiques du marché ses conditions même de possibilité. Non seulement la place du politique demeure, mais plus le rôle du marché s’amplifie, plus sa nécessité s’accroît, en profondeur. Nous ne sommes pas à la fin de l’histoire !

Votre conférence inaugurale aux Rendez-vous de l’histoire de Blois de 2014, qui avait pour thème “Les rebelles”, a fait couler beaucoup d’encre, et a notamment été suivie d’un boycott de l’événement par l’écrivain Édouard Louis et le philosophe Geoffroy de Lagasnerie. La sacralisation post-68 de la culture de la transgression a-t-elle accouché d’une société faussement subversive et terriblement conformiste ? Être rebelle aujourd’hui ne consisterait-il justement pas à défendre une forme de conservatisme ?

La réponse est dans la question ! Évidemment que les roquets qui m’ont aboyé dessus représentent la quintessence du néo-conformisme actuel, qui prétend combiner les prestiges de la rebellitude avec le confort de la pensée en troupeau. Les commissaires politiques “foucaldo-bourdivins” d’aujourd’hui sont l’exact équivalent des procureurs et des chaisières qui s’indignaient hier des outrages aux bonnes mœurs. Par conséquent, le non-conformisme, dans cette ambiance, est globalement passé du côté conservateur, vous avez raison. C’est un fait, mais ce n’est qu’un fait. Car le conservatisme n’est pas exempt pour autant de pensées toutes faites, de schémas préfabriqués et de suivisme. Le vrai non-conformisme est dans la liberté d’esprit et l’indépendance de jugement, aujourd’hui comme hier. Il n’est d’aucun camp.

Pierre Bourdieu et Michel Foucault ont-ils remplacé Karl Marx dans le monde universitaire français ? Le “foucaldo-bourdivinisme”, comme vous l’appelez, est-il selon vous le nouvel “opium des intellectuels”, pour reprendre la formule de Raymond Aron ?

N’exagérons pas les proportions du phénomène. Comme vous le remarquez vous-même, il reste confiné à la sphère universitaire. Contrairement au marxisme, il n’a pas le mouvement ouvrier derrière lui. Mais il a, en revanche, un relais public assez important avec la complicité de l’extrême gauche présente dans le système médiatique. Il fournit au journalisme de dénonciation une vulgate commode. Foucault voit le pouvoir partout, Bourdieu détecte la domination dans tous les coins. Voilà du grain à moudre pour la “critique” à bon marché. C’est d’une facilité à la portée des débiles, mais avec une griffe haute couture. Que demander de mieux ?

Il y a, depuis quelques années, un retour sur la scène publique des idées de Cornélius Castoriadis avec, notamment, la publication d’actes de colloque ou la grande biographie de François Dosse. Quel est votre rapport à l’œuvre de ce « titan de la pensée », comme le qualifiait Edgar Morin ?

J’espère que vous avez raison sur le constat et que la pensée de Castoriadis est en train de trouver l’attention qu’elle mérite. Elle est autrement consistante que les foutaises qui occupent le devant de la scène. Cela voudrait dire que les vraies questions sont peut-être en train de faire leur chemin dans les esprits, en dépit des apparences. Je ne peux que m’en réjouir. Je dirais que nous étions fondamentalement d’accord sur la question, justement, et en désaccord sur la réponse à lui apporter. Nous étions d’accord, d’abord, sur le brouillage intellectuel et politique dans lequel nos sociétés évoluent à l’aveugle. Et au-delà de ce constat critique, nous étions unanimes sur la voie pour en sortir : il faut ré-élaborer une pensée de la société et de l’histoire – seule à même de permettre de nous orienter efficacement – en mesure de prendre la relève du fourvoiement hegelo-marxiste. De ce que les pensées antérieures en ce domaine ont erré, il ne suit pas que toute pensée en la matière est impossible, comme nous le serinent les insanités postmodernes. C’est sur le contenu de cette pensée que nous divergeons. Si j’apprécie la part critique de l’idée de l’institution imaginaire de la société, je suis pourtant peu convaincu par la philosophie de l’imaginaire radical que développe Castoriadis, ce qui ne m’empêche pas d’admirer l’entreprise. Elle ne me semble pas éclairer l’histoire moderne et ses prolongements possibles. C’est pourquoi je me suis lancé dans une autre direction en élaborant l’idée de sortie de la religion. Le but est précisément d’élucider la nature de ce qui s’est passé en Occident depuis cinq siècles comme chemin vers l’autonomie et les difficultés présentes sur lesquelles butent nos sociétés. Pour tout dire, j’ai le sentiment que l’idée d’imaginaire radical est avant tout faite pour sauver la possibilité d’un projet révolutionnaire, plus que pour comprendre la réalité de nos sociétés. Elle empêche Castoriadis de mesurer la dimension structurelle de l’autonomie qui rend possible la visée d’autonomie.

Cela dit, ces divergences de vue se situent à l’intérieur d’un même espace de questionnement et c’est pour moi ce qui compte au premier chef. La discussion a du sens, elle n’est pas une dispute avec du non-sens. C’est l’essentiel.

http://comptoir.org/2015/10/14/marcel-g … servateur/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Claude Hagège <3 <3 <3

Le Point a écrit:


Hagège : "L'anglais détruit notre pensée"

Dans "Contre la pensée unique" (Odile Jacob), Claude Hagège, professeur au Collège de France, pourfend l'anglais comme vecteur de pensée unique et en appelle au sursaut.

"Contre la pensée unique", de Claude Hagège, professeur au Collège de France (éditions Odile Jacob).

Le Point : Vous affirmez que la propagation d'une langue engendre une pensée unique. Pourquoi ?

Claude Hagège : Attention, la propagation d'une langue en général - et ce fut le cas du latin pendant des siècles en Europe et au-delà - n'implique pas de danger d'homogénéisation de la pensée. Elle a, bien au contraire, favorisé sa multiplicité. Mon propos ne concerne pas n'importe quelle langue, mais l'anglais. L'anglais, dont la diffusion mondiale est accompagnée d'une certaine idéologie néolibérale, dont l'ensemble du monde est à la fois l'auteur et la victime. La propagation d'une langue n'est pas nécessairement négative. Elle peut servir les besoins ou les désirs d'une population, comme ce fut le cas des langues véhiculaires de vaste diffusion.

N'est-ce pas le cas de l'anglais, justement ?

Absolument. À ceci près que les contenus culturels véhiculés par la langue anglaise apportent avec eux une certaine conception du monde, à laquelle on n'est pas obligé d'adhérer. La musique pop, par exemple, ou bien le rock sont à mes yeux un instrument de très forte homogénéisation du monde et de stérilisation de la créativité.

N'est-ce pas un peu exagéré ?

Pas du tout. Il n'y a qu'à voir la tête de mes étudiants lorsque je leur traduis les chansons à la mode en ce moment ! Il est profondément déculturant d'adhérer à un mode de pensée sans pour autant nécessairement le comprendre.

Vos craintes ne sont donc pas spécifiquement liées à l'anglais... Et si des morceaux chinois déferlaient sur nos ondes dans quelques années ?

En effet, la pensée unique n'est pas attachée par essence à une langue en particulier. Le chinois est d'ailleurs en passe de devenir une langue à diffusion mondiale, avec ses 1 200 instituts Confucius à travers le monde. À l'avenant de leur montée en puissance économique et politique, les Chinois sont en train de faire tout ce qu'ils peuvent pour répandre leur langue et leur culture. Il s'agit ni plus ni moins d'une attitude d'affrontement contre l'anglais afin d'en offrir une alternative. Le chinois pourrait donc à son tour parfaitement diffuser des contenus qui finiraient par répandre une certaine forme de pensée unique.

Est-il idéaliste de croire en une superposition des cultures ?

C'est un voeu tout à fait méritoire. Mais en partie illusoire. Les cultures ne se greffent pas les unes aux autres ; elles s'affrontent. Et, au risque de vous décevoir, la coexistence pacifique n'est pas au programme. La Chine conçoit la diffusion de sa culture et de sa langue de manière offensive, et non pas comme un simple effort vers la sinisation du monde, en réponse à l'américanisation. Bien sûr, certains vous diront que l'affrontement des cultures est un enrichissement permanent. Lorsqu'on est adulte, peut-être. Mais les enfants ? Ont-ils les armes de la critique pour faire leurs propres choix ? Je suis contre l'idée d'imposer l'anglais comme langue unique enseignée à l'école primaire. Les enfants devraient, dès l'âge de 5 ans, se familiariser avec plusieurs langues à large diffusion, comme l'italien, l'allemand, le portugais ou l'espagnol. Les enfants de l'Allemagne nazie recevaient l'idéologie à l'école.

Justement, la culture soviétique a bien été imposée aux pays de l'ex-URSS...

Mais on ne leur imposait pas de parler russe ! C'était certes la langue de l'Union, mais le lituanien, le letton, le roumain, l'ukrainien, le biélorusse étaient-ils pour autant pourchassés ? Aucun effort n'a jamais été fait pour briser l'attachement des peuples à leur langue maternelle. Avec le rejet du communisme et du marxisme, le russe a été boudé quelque temps. Mais, après cette période de désaffection consécutive à la dislocation de l'Union soviétique, il reprend peu à peu sa valeur de langue régionale, qui le caractérisait déjà à l'époque des tsars. Si vous vous rendez aujourd'hui dans les républiques musulmanes d'Asie centrale, vous vous apercevrez que ce ne sont pas forcément des gens de 30 ou 40 ans qui parlent le russe. Les enfants l'apprennent aussi à l'école. De la même manière, en Estonie, on parle, bien sûr, l'estonien, mais le russe est bien plus important en termes de diffusion. Idem au Kazakhstan ou en Ukraine. Les langues nationales ont-elles pour autant disparu ? Elles sont encore très vivaces.

Alors, pourquoi le français devrait-il se sentir menacé ?

Parce que le russe, même à l'apogée de la puissance soviétique sous Brejnev, n'a jamais eu pour vocation de devenir une langue mondiale. Naturellement, il y a eu une tentative de diffusion de la culture et de la langue russes dans les démocraties populaires, et dans les États satellites - le "glacis de l'URSS" - on enseignait le russe à l'école. Mais, pour autant, on n'a jamais empêché d'apprendre le hongrois à Budapest ou le roumain à Bucarest ! Or, la vocation de l'anglais depuis la victoire de 1945 et jusqu'aux années 80, quand le monde a commencé à remettre en question la domination américaine, était planétaire.

Mais aujourd'hui, à l'heure où l'on annonce le déclin américain, à quoi bon s'inquiéter ?

En dépit du déclin évident, la force de résurgence reste extrêmement puissante. Regardez le monde dans lequel on vit : nos valeurs, nos comportements, le commerce... J'ai appris récemment que certaines entreprises françaises demandaient à leurs salariés de soumettre leurs requêtes administratives en anglais ! Autrement dit, la propagation ne relève plus des États-Unis eux-mêmes, mais des pays concernés, qui deviennent demandeurs et promoteurs de la pensée unique. Regardez Bruxelles et les institutions européennes : tout s'effectue en anglais. Et les écoles de commerce ? Il s'est passé en France le même phénomène que pour les grandes inventions. On a créé des besoins qui n'existaient pas par les instruments mêmes qui étaient destinés à les combler. La profession de manager ne correspond en rien à une réalité française.

N'êtes-vous pas un peu réactionnaire ?

C'est incroyable que le fait de promouvoir une identité nationale s'apparente à jouer le jeu des partis de droite ! La défense des identités nationales est une idée républicaine et parfaitement démocratique. Pensez à la Révolution. La langue française n'apparaît-elle pas dans la Déclaration des droits de l'homme comme porteuse de liberté ? C'est le contraire même de la réaction. Dans mon livre, je ne défends pas une langue imposée, mais plutôt la diversité des langues.

Diffuser les mots, est-ce nécessairement en partager l'idée ?

Je ne fais que reprendre l'idée de Carter ou de Brzezinski : on ne doit pas sous-estimer la lutte idéologique. Ce que les Américains appellent soft power. Un pouvoir non plus fondé sur les armes, mais sur des contenus, dont les Américains se sont aperçus qu'ils étaient bien plus efficaces que l'affrontement physique. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu'ils véhiculent. Ainsi, je n'emploie jamais les termes de "planning" ou de "timing", qui, même pour un Anglo-Saxon, ne signifient pas "programme". Il vaut mieux dire schedule. De la même façon, un "dancing" n'est pas plus un mot anglais que français pour désigner un endroit pour danser. Il désigne en effet une action, et non un lieu ! Le risque est de perdre les deux langues, sa langue maternelle et celle d'emprunt. Tout cela parce qu'une expression est à la mode. Pardon, je devrais dire "tendance", comme on dit maintenant... Ce mot qu'on croit français, mais qui vient de "tendancy". Même "mode" est démodé, vous imaginez !

Mais quel mot de notre lexique n'emprunte pas à d'autres langues ? N'est-ce pas l'essence même d'une langue d'évoluer ?

Vous avez raison. Le français est à 90 % latin. Évidemment, les langues vivent d'emprunts. Mais c'est un phénomène à évaluer en fonction d'un seuil. En deçà de 7 à 10 %, l'emprunt est vivant, alimente et enrichit. De 10 à 15 %, on est sur le chemin de l'indigestion. Au-delà de 25 %, on doit craindre une menace. À partir de 70 %, on parlera davantage de substitution.

L'invasion de l'anglais n'est peut-être qu'éphémère...

S'il s'agit d'expressions pour désigner certains comportements, oui. Les emprunts d'indices économiques pourraient parfaitement s'évaporer si ces valeurs disparaissaient. Mais, précisément, le néolibéralisme, avec son vocabulaire des affaires, du commerce et son obsession du rendement et de l'argent, s'installe pleinement dans l'histoire.

Repères
1955 : Entrée à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. 1958 : Agrégation de lettres classiques. Depuis 1966 : Enquêtes de terrain sur diverses langues des cinq continents. 1968-1972 : Diplômes d'arabe, de chinois, d'hébreu, de japonais, de russe aux Langues orientales. 1985 : L'homme de paroles (Fayard). 1987 : Le français et les siècles (Odile Jacob). Depuis 1988 : Professeur au Collège de France. 1991 : Doctorat d'État en linguistique générale. 1992 : Le souffle de la langue " (Odile Jacob). 1996 : Le français, histoire d'un combat (Odile Jacob). 2000 : Halte à la mort des langues (Odile Jacob). 2006 : Combat pour le français. Au nom de la diversité des langues et des cultures (Odile Jacob). 2009 : Dictionnaire amoureux des langues (Plon/Odile Jacob).

http://www.lepoint.fr/grands-entretiens … 33_326.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Jean-François Kahn, c'est comme le vin : il se bonifie avec le temps. Même s'il se réveille un peu tard.

Le Figaro a écrit:

Jean-François Kahn : «Nous assistons au retour d'une rhétorique stalinienne»

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Mardi 20 octobre, le journal Marianne organise une réunion sur le thème, «Peut-on encore débattre en France ?». Jean-François Kahn répond aux questions de FigaroVox.

Jean-François Kahn est un journaliste et écrivain français, historien de formation. En 1984, il crée L'Événement du jeudi puis, en 1997, l'hebdomadaire d'information Marianne dont il est le directeur jusqu'en 2007. Son dernier livre, L'ineffaçable trahison ,vient de paraître chez Plon.

LE FIGARO. - Mardi 20 octobre, le journal Marianne organise une réunion publique à la Mutaualité sur le thème, «Peut-on encore débattre en France?». Pourquoi cette initiative?

Jean-François KAHN. - Dans une tribune publiée dans Le Monde, deux intellectuels d'extrême gauche, qui avaient dénoncé la conférence inaugurale de Marcel Gauchet à Blois, on très clairement répondu à cette question: «Il ne faut pas débattre». Ils ont écrit: «Certains disent peuple ou nation, nous disons classe ou violence: il n'y a pas de débat possible entre nous. Au débat, il faut susciter le combat.» On ne s'écoute pas, on ne s'entend pas, on s'excommunie, se criminalise, on ne débat plus. Sous la troisième République , Jaurès, Clemenceau, Barrès débattaient de façon musclée, mais débattaient. De même au XIXe siècle Charles de Montalembert, catholique libéral, dialoguait avec Victor Hugo, représentant de l'extrême gauche républicaine. En revanche, quand les Girondins et les Montagnards ont substitué le combat au débat, les têtes sont tombés. C'est également ce que les fascistes et les staliniens ont fait.

Quels sont les débats interdits aujourd'hui?

Aujourd'hui, c'est le principe même du débat qui est interdit. Nous assistons au retour d'une rhétorique stalinienne. L'affrontement polémique est réjouissant. Mais actuellement, nous avons surtout assisté à l'amalgame. Comme sous la terreur, tous les intellectuels, malgré des différences évidentes, sont mis dans la même charrette, hébertistes et dantonistes, sous l'appellation «néo-réac» ou «décliniste». Quel rapport entre le chouan Philippe de Villiers et l'athée Michel Onfray? Entre Régis Debray et Finkielkraut? On peut, en effet, difficilement faire plus antagonistes particulièrement sur la question du Proche-Orient. La deuxième évolution est la fascisation ou la lepénisation de toute divergence. Le Monde a fait une manchette de laquelle il résultait que tout intellectuel dont le FN reprend un mot, une image est complice du Front national. Il s ‘agit d'une méthode qu'affectionnait les staliniens et qui fait du Front national l'arbitre des élégances. Le mot «dérive» est également insupportable. C'est une manière de diaboliser toute évolution. C'est la traduction de l'expression stalinienne déviationniste. Dans certains articles, l'injure remplace l'argumentation comme en témoigne l'emploi obsessionnel des termes: «nauséabonds», «rance» ou «plumitif». Il s'agit de déshumaniser celui avec lequel on est en désaccord. Enfin, nous avons vu apparaître un nouveau clivage totalementr binaire celui de l'ancien et du nouveau monde. Il faut se souvenir que sous le Second Empire, les républicains étaient considérés comme des réactionnaires. De même sous le fascisme, les démocrates étaient considérés comme réactionnaires.

Michel Onfray et beaucoup d'autres intellectuels étaient attendus à cette manifestation. Leur absence n'est-il pas déjà un échec?

Le Monde et France Inter ont évoqué une opération pour soutenir Onfray. Ce n'était pas le cas. D'ailleurs, il n'a pas besoin de nous. Il s'agissait de s'interroger sur l'avenir de la démocratie en interpellant toutes les tendances. Cependant, il est vrai que notre échec à toutes les réunir est révélateur d'un profond problème. On constate une double radicalisation. Ainsi, pour beaucoup de militants de droite, Alain Juppé est considéré comme un homme de gauche tandis que pour beaucoup de socialistes Manuel Valls est perçu comme un homme de droite. La tendance au politiquement correct pendant vingt ans à gauche a provoqué des réactions de crispation inverse. La montée du Front national et la droitisation de la droite a également provoqué une exaspération et une crispation chez certains intellectuels de gauche. A un excès a répondu un autre excès. Aujourd'hui, aucun camp ne veut plus parler avec l'autre. Enfin, il faut également insister sur un autre phénomène: le fait que la gauche soixante-huitarde a bradé ses aspirations sociales et s'est ralliée à la doxa néo-libérale. L'antifascisme et la croisade exaltée contre un bloc réactionnaire fantasmé est le seul moyen pour eux de se convaincre qu'ils sont toujours à gauche.

Pourquoi inviter Laurent Joffrin et non Eric Zemmour?

Nous avons invité Alexis Brézet et Natacha Polony qui ne représentent pas la pensée gauchiste. Laurent Joffrin, qui a été mis en cause, doit pouvoir répondre. Mais nous avons également invité des représentants de tendance plus réactionnaire ou de tendance plus bien-pensante. Malheureusement, ils ont refusé de venir. C'est justement se refus de débattre qui est délétère. Ils disent: «Plus de débat, le combat!». Mais on peut aussi organiser le combat en débat. C'est le principe de la démocratie.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/20 … nienne.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Jean-François Kahn, c'est comme le vin : il se bonifie avec le temps. Même s'il se réveille un peu tard.

Le Figaro a écrit:

Jean-François Kahn : «Nous assistons au retour d'une rhétorique stalinienne»

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Mardi 20 octobre, le journal Marianne organise une réunion sur le thème, «Peut-on encore débattre en France ?». Jean-François Kahn répond aux questions de FigaroVox.

Jean-François Kahn est un journaliste et écrivain français, historien de formation. En 1984, il crée L'Événement du jeudi puis, en 1997, l'hebdomadaire d'information Marianne dont il est le directeur jusqu'en 2007. Son dernier livre, L'ineffaçable trahison ,vient de paraître chez Plon.

LE FIGARO. - Mardi 20 octobre, le journal Marianne organise une réunion publique à la Mutaualité sur le thème, «Peut-on encore débattre en France?». Pourquoi cette initiative?

Jean-François KAHN. - Dans une tribune publiée dans Le Monde, deux intellectuels d'extrême gauche, qui avaient dénoncé la conférence inaugurale de Marcel Gauchet à Blois, on très clairement répondu à cette question: «Il ne faut pas débattre». Ils ont écrit: «Certains disent peuple ou nation, nous disons classe ou violence: il n'y a pas de débat possible entre nous. Au débat, il faut susciter le combat.» On ne s'écoute pas, on ne s'entend pas, on s'excommunie, se criminalise, on ne débat plus. Sous la troisième République , Jaurès, Clemenceau, Barrès débattaient de façon musclée, mais débattaient. De même au XIXe siècle Charles de Montalembert, catholique libéral, dialoguait avec Victor Hugo, représentant de l'extrême gauche républicaine. En revanche, quand les Girondins et les Montagnards ont substitué le combat au débat, les têtes sont tombés. C'est également ce que les fascistes et les staliniens ont fait.

Quels sont les débats interdits aujourd'hui?

Aujourd'hui, c'est le principe même du débat qui est interdit. Nous assistons au retour d'une rhétorique stalinienne. L'affrontement polémique est réjouissant. Mais actuellement, nous avons surtout assisté à l'amalgame. Comme sous la terreur, tous les intellectuels, malgré des différences évidentes, sont mis dans la même charrette, hébertistes et dantonistes, sous l'appellation «néo-réac» ou «décliniste». Quel rapport entre le chouan Philippe de Villiers et l'athée Michel Onfray? Entre Régis Debray et Finkielkraut? On peut, en effet, difficilement faire plus antagonistes particulièrement sur la question du Proche-Orient. La deuxième évolution est la fascisation ou la lepénisation de toute divergence. Le Monde a fait une manchette de laquelle il résultait que tout intellectuel dont le FN reprend un mot, une image est complice du Front national. Il s ‘agit d'une méthode qu'affectionnait les staliniens et qui fait du Front national l'arbitre des élégances. Le mot «dérive» est également insupportable. C'est une manière de diaboliser toute évolution. C'est la traduction de l'expression stalinienne déviationniste. Dans certains articles, l'injure remplace l'argumentation comme en témoigne l'emploi obsessionnel des termes: «nauséabonds», «rance» ou «plumitif». Il s'agit de déshumaniser celui avec lequel on est en désaccord. Enfin, nous avons vu apparaître un nouveau clivage totalementr binaire celui de l'ancien et du nouveau monde. Il faut se souvenir que sous le Second Empire, les républicains étaient considérés comme des réactionnaires. De même sous le fascisme, les démocrates étaient considérés comme réactionnaires.

Michel Onfray et beaucoup d'autres intellectuels étaient attendus à cette manifestation. Leur absence n'est-il pas déjà un échec?

Le Monde et France Inter ont évoqué une opération pour soutenir Onfray. Ce n'était pas le cas. D'ailleurs, il n'a pas besoin de nous. Il s'agissait de s'interroger sur l'avenir de la démocratie en interpellant toutes les tendances. Cependant, il est vrai que notre échec à toutes les réunir est révélateur d'un profond problème. On constate une double radicalisation. Ainsi, pour beaucoup de militants de droite, Alain Juppé est considéré comme un homme de gauche tandis que pour beaucoup de socialistes Manuel Valls est perçu comme un homme de droite. La tendance au politiquement correct pendant vingt ans à gauche a provoqué des réactions de crispation inverse. La montée du Front national et la droitisation de la droite a également provoqué une exaspération et une crispation chez certains intellectuels de gauche. A un excès a répondu un autre excès. Aujourd'hui, aucun camp ne veut plus parler avec l'autre. Enfin, il faut également insister sur un autre phénomène: le fait que la gauche soixante-huitarde a bradé ses aspirations sociales et s'est ralliée à la doxa néo-libérale. L'antifascisme et la croisade exaltée contre un bloc réactionnaire fantasmé est le seul moyen pour eux de se convaincre qu'ils sont toujours à gauche.

Pourquoi inviter Laurent Joffrin et non Eric Zemmour?

Nous avons invité Alexis Brézet et Natacha Polony qui ne représentent pas la pensée gauchiste. Laurent Joffrin, qui a été mis en cause, doit pouvoir répondre. Mais nous avons également invité des représentants de tendance plus réactionnaire ou de tendance plus bien-pensante. Malheureusement, ils ont refusé de venir. C'est justement se refus de débattre qui est délétère. Ils disent: «Plus de débat, le combat!». Mais on peut aussi organiser le combat en débat. C'est le principe de la démocratie.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/20 … nienne.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Hahaha, Kahn qui utilise sans ironie aucune le terme "stalinien" pour condamner l'emploi de mots comme "néo-réac" ou "décliniste". Et qui se lamente sur un débat "interdit".
Je
me
marre

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Fichtre ! Elle a repris mon expression "gauche olfactive".

Elisabeth Levy dans Causeur a écrit:

Nous sommes partout !
Joffrin et ses semblables ont quitté le réel

Ils sont marrants à Libé. Ils se plaignent de trop nous voir et ils n’arrêtent pas de nous mettre en Une. Pas moins de trois fois en un mois. Et on a aussi eu les honneurs du Monde, de L’Obs et de pas mal d’autres, qui contribuent grandement à notre omniprésence médiatique en la dénonçant. C’est qu’à en croire la presse convenable, nous occupons l’espace public – jusque dans les journaux de l’adversaire –, nous colonisons les esprits, nous vampirisons le débat. « Leur savoir est faible, leurs propos faux pour l’essentiel, et leurs intentions putrides », proclame l’historien Nicolas Offenstadt, l’un des intellectuels dont Libération nous annonce que « face aux réacs, ils résistent ». Putrides, rien que ça. On notera que ces résistants à l’odorat délicat sont représentés à la Une de Libé (et de Causeur) en train de lapider Zemmour à la télé – après tout, si eux-mêmes se voient comme des vandales, il n’y a pas de raison de ne pas les montrer comme tels. En tout cas, message reçu : ils veulent bien débattre. À coups de pavés.

Pour comprendre de quoi on parle, il faudrait savoir de qui on parle. Qui est ce « nous » ? Quelle est cette cohorte malfaisante qui conspire à la droitisation de la France ? Nos accusateurs adorent citer Camus à tout bout de champ – « mal nommer les choses…» –, mais ils ne brillent pas par la précision sémantique quand il s’agit de définir l’axe du mal dont ils déplorent le pouvoir grandissant. L’appellation varie en fonction de l’auteur et de l’humeur du moment, mais la plus générique, passée dans le langage courant, reste « réacs » – ça ne veut rien dire mais tout le monde comprend. On peut aussi dire « intellectuels de droite »,  « conservateurs » – quand on est poli, ce qui est rare –, « alliés objectifs du Front national », « ennemis de l’avenir » (celle-là, elle est de Lolo Joffrin et c’est ma préférée), ou encore « dangereux prophètes du pire », quand on fait dans le grand genre comme Danièle Sallenave. Saluons la sobriété de Mediapart qui publie une intéressante (et contestable) « Enquête sur les néo-républicains », qui a au moins la vertu de ne pas être un tissu d’insultes. J’ai par ailleurs la faiblesse de prendre pour un compliment l’étiquette de « pythie médiatique de la réaction droitière » dont me gratifient les deux auteurs. Pythie, ça fait chipie…

Bien entendu, ce bloc très rouge-brun, quoiqu’un peu blanc-royco-catho sur les bords, n’existe que dans les fantasmes de certains « intellectuels de gauche » – c’est ainsi que les journaux les présentent pour souligner que l’espèce n’a pas complètement disparu. Parce que, de Régis Debray à Nadine Morano, l’hydre réac que dépeignent mes confrères effarés finit par avoir tellement de têtes qu’on ne voit pas ce qu’elle pourrait dire. Comme l’observe Pascal Bories, les pourfendeurs d’amalgames ne font pas dans le détail. Pour eux, tout ça c’est la même engeance, identitaire et compagnie. Peu importe, en réalité, ce que disent et écrivent vraiment ceux qu’ils dénoncent, la gauche olfactive reconnaît les mauvaises idées à leur odeur – nauséabonde, rance, moisie, on a l’embarras du choix. Le fait notable, dans la période récente, est qu’aux indémodables (Zemmour, Finkielkraut et quelques autres dont, je l’espère, votre servante) se sont ajoutés un grand nombre de « noms de gauche », comme Jacques Sapir, Régis Debray ou Michel Onfray. Cette traque de plus en plus frénétique de l’ennemi intérieur est peut-être un signe supplémentaire que la chute est proche.

Dans ces conditions, autant avouer notre crime. Oui, vous avez raison : nous sommes partout ! Sur vos écrans, dans vos journaux et, dirait-on, dans vos cauchemars. « Il n’est désormais plus possible d’ignorer l’omniprésence envahissante des intellectuels de droite, avec leurs fantasmes identitaires, sécuritaires, leur obsession du déclin et leur goût apeuré de la “catastrophe” annoncée. Ils envahissent l’espace public. On ne voit qu’eux », se désole Marc Crépon, l’un des hérauts de la contre-réaction (on notera au passage la présence insistante du thème de l’invasion, tiens tiens…). En réalité, ils nous entendent même quand nous nous taisons (oui, il m’arrive de me taire, vous n’allez pas vous y mettre ?). Regardez ce malheureux Laurent Joffrin, le patron de Libé qui murmure à l’oreille du président. Il n’en peut plus, sa vie est un enfer : « Onfray le soir, Debray l’après-midi, Polony au petit-déjeuner, Ménard au déjeuner, Finkielkraut au souper, Elisabeth Lévy au pousse-café, Morano toute la journée et Zemmour à tous les repas. Quelle indigestion ! » S’il vivait dans le monde réel, Joffrin aurait pu se soigner en écoutant Nicolas Domenach (tous les jours sur RTL le matin, Canal + à midi, sans compter les extras), Alain Duhamel, Anne-Sophie Lapix, Audrey Pulvar et tant d’autres qu’on entend et voit d’abondance, d’ailleurs, nous on ne s’en plaint pas ; dans le camp du mal, en général, on aime bien la diversité des points de vue.

Seulement, Joffrin et ses semblables ont quitté le réel depuis longtemps : comment expliquer autrement qu’ils prennent Finkielkraut pour Pétain et Booba pour Voltaire ? Qu’ils condamnent l’antisémitisme et excusent les antisémites ? Qu’ils dénoncent nos « obsessions racialistes » et passent leur temps à compter les Noirs et les Arabes sur nos écrans et ailleurs ? Est-il possible, surtout, qu’ils n’aient pas compris que les attentats de l’hiver dernier avaient changé la donne, en profondeur, et que leur prêchi-prêcha multiculturel, totalement déconnecté de l’existence concrète, n’était plus de mise ? Oui, c’est possible. « Il n’y a pas de territoires perdus », a décidé le président de la République. Voire. Mais même les progressistes les plus déterminés sont perméables au doute, voire au désenchantement, qui perce par exemple chez Nicolas Truong, responsable des pages Débats du Monde, quand il se demande d’où vient le malaise : «  De l’impression d’avoir perdu la partie face aux néoconservateurs et à leur hégémonie. De la crainte de certains intellectuels multiculturalistes d’aborder les questions qui fâchent – par souci de ne pas “stigmatiser” les minorités –, qui a contribué à renforcer l’idée que les intellectuels de gauche pratiqueraient un “déni de réalité”. D’un déficit d’aura parfois. D’un sentiment que le clivage droite-gauche est dépassé face aux enjeux culturels et civilisationnels. » Bel effort, même si mon estimable confrère ne va pas jusqu’à tirer les conséquences de ses constats empreints de lucidité.

En attendant, si je comprends bien, on a gagné. C’est marqué dans tous les journaux. Comme le disait l’ami Brice Couturier un matin sur France Culture, « c’est la morne complainte de l’automne, le blues des intellectuels de gauche, l’adagio de la bonne presse : l’hégémonie culturelle aurait basculé du côté du conservatisme et des néo-réacs. » Rien de très neuf, en vérité : depuis une bonne quinzaine d’années, dès qu’elle ne sait plus quoi dire sur le monde et sur l’époque ou qu’elle a besoin de refaire son unité, c’est-à-dire tout le temps, la gauche brandit la menace réac. N’empêche, cette fois, ça a l’air grave. Je ne sais pas si c’est l’hommage de la vertu au vice, mais on dirait bien que les puissants, désormais, c’est nous. D’ailleurs, on a eu une promotion, maintenant on nous appelle le « bloc réactionnaire » et on est l’ennemi principal du Parti socialiste. « Bloc réactionnaire », ça fait riche. Ou peur. On les comprend, les pauvrets. Quand eux n’ont que des samizdats comme Le Monde, Libération ou Mediapart, petits quotidiens en crise, nous, nous avons la puissance de feu de Causeur. Et parfois, sur un plateau de télé, ils ne sont que cinq ou six contre Alain Finkielkraut ou Michel Onfray. Le combat est inégal.

Reconnaissons que nos aimables contradicteurs ont au moins raison sur un point : ils sont devenus parfaitement inaudibles. Et si ça se trouve, c’est parce qu’ils n’ont rien à dire. Revenant sur le débat suscité par les prises de position d’Onfray sur les migrants, Nicolas Truong déplore « le vide abyssal d’une gauche intellectuelle qui semblait à nouveau timorée, recluse ou silencieuse. » Si on entend les réacs même quand ils se taisent, pour les intellectuels de gauche, c’est exactement le contraire : on ne les entend pas même quand ils parlent. On comprend qu’ils en perdent les pédales, allant jusqu’à attaquer sur l’âge comme cette journaliste de Libé qui s’en prend aux « croisés en préretraite » Debray et Finkielkraut. « À qui s’adresse un Finkielkraut, proclamé un “Français libre“ par Le Figaro, qui décline ad libitum son amour perdu pour les blouses grises et sa hantise de l’immigration massive ? », écrit-elle. On lui fera remarquer que les lecteurs d’Alain Finkielkraut sont bien plus nombreux (et sans doute bien plus jeunes) que ceux de Libération. D’accord, c’est un peu mesquin, mais ça fait du bien.

Reste que, sauf à confondre visibilité et hégémonie, la prétendue hégémonie du camp réactionnaire est évidemment une entourloupe. Tout comme  l’affirmation sans cesse répétée qu’il y aurait désormais deux pensées uniques. Deux pensées uniques, c’est un oxymore, bourricots ! Ce qui enrage la pensée unique, c’est qu’elle n’est plus unique et qu’elle doit désormais, quoi qu’elle en ait, tolérer l’altérité. En clair, le camp progressiste a beau diffamer, tempêter, dénoncer, il ne peut plus réduire au silence ceux qui ne pensent pas comme lui. La victoire des prétendus réactionnaires, si victoire il y a, c’est d’avoir gagné le droit de parler, à égalité avec leurs adversaires. Pour certains, c’est intolérable. Pour tous ceux qui aiment les idées, même celles des autres, c’est une bonne nouvelle.

On ne prétendra pas pour autant que rien n’a changé. Les lignes bougent. On peut appeler ça « droitisation », si on a envie, mais ce qui est certain c’est que les sermons n’ont plus de prise. Les oukazes non plus. Alors, peut-être est-il temps d’avoir un véritable affrontement, argument contre argument, au lieu d’essayer de clore toute discussion par des hoquets de gens bien élevés. La première condition d’un débat intellectuel digne de ce nom, c’est qu’aucune question ne soit écartée d’emblée. Or, l’obsession de la gauche, c’est précisément d’empêcher que l’on parle de certains sujets. « Identité nationale, islam, immigration, tant que les enjeux seront culturels, il n’y aura pas de renouvellement à gauche », décrète dans Libération le philosophe Michaël Foessel, successeur d’Alain Finkielkraut à Polytechnique. L’important, comme chacun sait, c’est la question sociale.

Encore faudrait-il montrer en quoi les questions identitaires et culturelles qui taraudent nos contemporains sont si méprisables. Observateur attentif et engagé de la tectonique des plaques idéologiques, le chercheur Gaël Brustier estime que la question de l’islam et des banlieues a fait basculer beaucoup de gens de gauche dans le camp des « néoconservateurs ». « Pour eux, le danger n’est plus l’extrême droite, mais l’islamisme, dit-il à Mediapart. C’est ce qui va donner Causeur », précise-t-il. Ce diagnostic n’est que partiellement faux : si on ne voit vraiment pas ce que viennent faire les néoconservateurs dans notre sympathique galère, il est indéniable que l’évolution de l’islam et les inquiétudes qu’elle suscite ont accéléré un certain nombre de reclassements idéologiques. Là encore, on aimerait que Brustier explique en quoi ces inquiétudes sont fautives ou même infondées. La France aurait-elle subi des attentats d’extrême droite ? Croit-on vraiment que la situation de nos banlieues, et, au-delà, la progression d’un islam qui s’oppose frontalement aux mœurs libérales de l’Occident n’inquiètent que quelques réactionnaires aveuglés par la nostalgie ?

Qu’on ne se méprenne pas pour autant. L’opposition entre le multiculturalisme qu’ils défendent et le néo-républicanisme que, selon eux, nous incarnons, n’est ni factice, ni méprisable.  Nous ne cherchons ni à faire taire nos adversaires, ni à délégitimer leur point de vue. La seule chose que nous demandons,  et même que nous exigeons, c’est un débat à la loyale, dans lequel on ne réduise pas la pensée de l’adversaire à une indigeste et coupable bouillie. Dans le fond, c’est peut-être la seule chose qui distingue leur morale et la nôtre.

http://www.causeur.fr/finkielkraut-zemm … 5243.html#

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

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"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Sur l'islam, par un frère dominicain. Passionnant.

Adrien Cnadiard a écrit:

Comprendre l’islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien)
Adrien Candiard·samedi 21 novembre 2015

Merci à tous d’être venus ce soir, malgré le découragement, malgré la peur, malgré aussi l’avalanche de discours qui nous tombe dessus depuis vendredi. Tout le monde a un avis à donner, tous les experts se précipitent, les micros se tendent, les réseaux sociaux bruissent d’analyses, de coups de gueule, de témoignages poignants, de théories farfelues, d’encouragements poétiques. J’avoue que, malgré une pente naturelle à m’exprimer plus souvent qu’à mon tour, cela me donne surtout envie de me taire. Parce que « tout discours est fatigant », comme dit l’Ecclésiaste ; parce qu’il faut reformer un peu, après un tel bouleversement, son humus intérieur ; parce que je sais qu’il faut du temps pour commencer à penser, et que cinq jours ne sont rien, surtout après un choc pareil ; surtout, enfin, parce que je n’ai pas de solution intelligente à proposer et que je crains d’ajouter encore du bruit au bruit. Comme si nous n’avions pas eu assez de vacarme.
Pourtant, me voilà, et pas seulement pour honorer l’engagement pris après l’amicale invitation du Père Laurent, que j’ai connu quand j’étais lycéen – il était déjà prêtre, en ces temps lointains. Comme islamologue, membre d’un centre de recherche, l’Idéo, spécialisé sur l’islam, je me sens en ces jours une certaine responsabilité. Je n’ai pas la naïveté de penser que l’islam est une clef universelle qui ouvre la serrure de tous nos questionnements angoissés ; mais enfin, il faut que chacun s’y mette dans son domaine : la géopolitique, l’histoire, la sociologie, la psychiatrie mais aussi la théologie musulmane. Car mon domaine, l’islam, n’est sans doute pas le moins opaque.
On ne peut pas dire qu’on n’en parlait pas. Avant l’attentat contre Charlie hebdo et l’hyper-casher en janvier, déjà, il n’était question que d’islam. Depuis des années, nous sommes abreuvés d’informations et d’opinions sur l’islam. L’actualité tragique du monde comme les mutations profondes de la société française, tout ne cesse de pointer vers cet islam auquel journaux, sites Internet et émissions de télévisions consacrent tant de décryptages. Il sortait tous les mois trois essais sur l’islam, et je pense que la concurrence va s’intensifier. Déjà, il ne s’agissait pas de comprendre l’islam parce que le sujet est intéressant, mais parce qu’il inquiète. La vraie question, c’est : faut-il avoir peur ? L’islam, avec son milliard de croyants, en veut-il vraiment à notre mode de vie et à la paix dans le monde ? On comprend que la réponse à cette question soit vitale. J’imagine aussi que certains, parmi nous sans doute ce soir, ne se posent déjà plus la question et écartent d’une main rageuse toutes les finasseries de spécialistes dans mon genre. À quoi bon ? Est-ce que l’islam ne vient pas de révéler son vrai visage ?
Je comprends cette envie d’aller vite, de frapper fort, de ne pas faire nécessairement dans la dentelle. Mais je crois aussi que si nous ne voulons pas ressembler à Daech, alors, passée l’émotion légitime, il faut réfléchir, prendre le temps de comprendre. Or justement, l’islam semble, de ce point de vue, bien difficile à comprendre.
Et c’est là tout le problème : plus on explique, moins on comprend. La masse des pièces à charge et à décharge rend le dossier toujours plus incompréhensible. Les articles et les prises de position semblent ne jamais aboutir au moindre résultat un peu clair. Tous ces gens ont l’air bien informés, et ils ne parviennent pas à se mettre d’accord. Les uns disent que l’islam est une religion de paix, et que les barbares qui s’en réclament la pervertissent évidemment (« cela n’a rien à voir avec l’islam », « ces gens n’ont jamais lu le Coran ») ; ils citent, pour nous en persuader, de beaux versets du Coran qui invitent au respect et à la tolérance, ou qui interdisent la violence. D’autres, avec le même aplomb, nous disent que l’islam est évidemment une religion violente, et ils nous citent des versets insupportables tirés du même Coran. Qui a raison ? Pourquoi ne peut-on pas les départager une bonne fois pour toute, en ouvrant le livre ? Pourquoi peut-on dire sur l’islam tant de choses contradictoires et apparemment fondées ?
Mon ambition ce soir n’est pas de tout vous expliquer. D’abord, malgré quelques années d’études sur la question, je suis très loin d’avoir fait le tour de l’islam. Alors vous promettre que nous pourrions le faire en une heure serait évidemment mensonger. Mais j’aimerais, pour faciliter nos efforts de compréhension, essayer de voir pourquoi il est si difficile de se faire une idée simple sur l’islam. Si nous comprenons pourquoi nous n’y comprenons rien, ce sera déjà une première étape.

Je crois d’abord que deux erreurs courantes empêchent d’y comprendre quoi que ce soit. La première, c’est de croire que l’islam existe ; la seconde, de croire qu’il n’existe pas.
Rassurez-vous, je m’explique un peu plus précisément. La première erreur, croire que l’islam existe, c’est croire d’abord que les musulmans ne sont que des musulmans ; que leur identité religieuse recouvre tout le reste : opinions politiques, solidarités nationales ou ethniques, culture, fantaisie… Un ingénieur musulman pense-t-il comme un ingénieur ou comme un musulman ? Tout cela est évidemment plus complexe. J’ai fait profession de suivre le Christ, d’y consacrer ma vie, mais je ne suis pas dupe : mon christianisme est loin de tout expliquer de mes réactions, de mes idées, de mon attitude, parce que je suis quelqu’un de compliqué. Pourquoi les musulmans seraient-ils plus simples ? Quand bien même, comme certains l’affirment, l’islam serait une religion totale, englobant tous les aspects de la vie, quand bien même l’islam aurait cette ambition, elle serait à peu près irréalisable dans la pratique. Milieu familial, déterminisme social, vie sexuelle, disposition nerveuse, les facteurs sont innombrables, et les convictions théologiques n’en sont qu’un parmi d’autres. Même pour les musulmans, même pour les fanatiques – qu’ils le veuillent ou non. Ce serait leur faire trop d’honneur, il me semble, que de les croire sur parole quand ils se disent mus par de simples préoccupations religieuses.
Renoncer à croire que l’islam existe, c’est aussi ouvrir les yeux sur l’extrême diversité des manières de vivre l’islam. La diversité est culturelle, de l’Indonésie au Sénégal, même si l’islam arabe, celui dont nous sommes le plus familier, garde une autorité morale importante. Mais la diversité est aussi théologique. Il y a bien sûr la grande division, qui est aujourd’hui la principale source de violence, entre sunnites et chiites : la séparation est ancienne, mais ce n’est que récemment qu’elle semble atteindre un point de non-retour qui déstabilise tout le monde arabe. Mais cela va plus loin. Les points d’accord entre tous les musulmans du monde sont au fond très peu nombreux : croire qu’il n’y a qu’un Dieu, que Mahomet est son Prophète, que le Coran témoigne d’une manière ou d’une autre de la volonté de Dieu pour les hommes, qu’un Jugement divin nous attend au dernier jour. C’est à peu près tout. Dès qu’on essaie d’entrer dans davantage de détail, d’expliciter un peu une de ces formulations sommaires, la diversité saute aux yeux. Prenez une question comme celle, brûlante, du jih?d, la fameuse guerre sainte, incontestablement mentionnée dans les sources islamiques. Un salafiste de Daech vous dira que c’est une obligation individuelle et que chacun doit aller tuer au plus vite tous les mécréants, les non-musulmans comme les faux musulmans (ceux qui ne sont pas de leur groupe), par des attentats au besoin. Un juriste classique vous dira qu’il s’agit d’une obligation collective, et non individuelle, et qu’elle ne peut être accomplie que par l’autorité politique légitime, certainement pas par le premier venu se croyant investi d’une mission ; et il ajoutera le plus souvent que le jih?d est défensif, qu’il vise à défendre les territoires musulmans contre les agressions, et non à agresser. Enfin, un soufi vous expliquera que le véritable jih?d, c’est la guerre contre le péché, contre nos passions mauvaises, et qu’il s’agit donc d’ascèse et de travail sur soi. Et entre ces trois positions bien distinctes, que de nuances il faudrait présenter (le terroriste ne fait pas l’unanimité, loin de là, chez les salafistes, et certains soufis sont favorables à la lutte armée) ! Qui a raison ? Qui est plus musulman que les autres ? Bien malin qui peut le dire. Notre choix serait dicté par nos préférences (on favorisera le soufi parce que cela nous paraît plus gentil, et nous permet donc de « sauver » l’islam) ou nos angoisses (le salafiste aurait raison, parce qu’ainsi au moins, nous serions fixés). Il faut commencer par ne pas choisir et accepter que cette diversité existe, irréductible.
Vous allez me dire que j’exagère et qu’il y a, tout de même, un islam un peu objectif : celui du Coran. Les musulmans peuvent bien dire ce qu’ils veulent, mais pour découvrir le « vrai visage » de l’islam, pour en capturer l’essence et juger sur pièces du danger qu’il nous fait ou non courir, il suffirait d’aller à la source et de lire les textes fondateurs. Le procédé semble très simple, mais il va vite tourner court. Tout d’abord, le Coran est un texte à peu près incompréhensible. Certains de ses versets sont très clairs, mais le livre lui-même est extrêmement difficile. Le sens même des mots arabes dans ce texte très ancien est, dans beaucoup de cas, absolument conjecturel. Et même lu en traduction, c’est-à-dire après un choix d’interprétation, il reste mystérieux. Ceux qui vous disent que le Coran est très clair ne l’ont manifestement jamais ouvert. Je fais chaque année cette expérience avec des étudiants, non musulmans, que j’invite à lire le Coran comme un roman, sans commentaires ni guide de lecture ; ils sont toujours déboussolés de cette lecture d’un livre à la fois allusif et désordonnés, regorgeant de répétitions et de contradictions.
Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’on puisse absolument tout lui faire dire : impossible de fonder un polythéisme sur le Coran, ou un athéisme ; on n’y trouvera pas la Trinité chrétienne, on n’y trouvera pas non plus la philosophie de Spinoza. On ne peut pas tout lui faire dire, mais reste qu’il a le dos large. Et surtout, il ne parle pas tout seul. Croire qu’un texte, et spécialement un texte considéré comme saint, parle de lui-même et qu’il suffit de l’ouvrir pour le comprendre est une illusion. Tout texte appelle nécessairement une interprétation, et ceux-là même qui en nient la nécessité, qui prétendent pratiquer le littéralisme le plus rigoureux, proposent en fait eux aussi une méthode de lecture et d’interprétation. Soyons plus fins que ces littéralistes et surtout, ne leur donnons pas raison, n’acceptons pas leur définition de l’islam – pas parce qu’elle nous déplaît, mais parce qu’elle est stupide. Penser qu’en ouvrant son Coran, un journaliste français va pouvoir saisir l’essence de l’islam, c’est accepter l’illusion littéraliste. C’est aussi courir à l’échec, car le journaliste en question risque bien de trouver dans le Coran ce qu’il y a aura apporté. S’il travaille pour Valeurs actuelles et veut démontrer que le Coran est un texte dangereux, il trouvera le matériel terrifiant qu’il cherche ; s’il travaille pour Libération et entend souligner combien le Coran est un texte débordant d’humanisme et de tolérance, il y arrivera tout aussi bien. Parce que sur ce point comme sur bien d’autre, le Coran regorge d’affirmations apparemment contradictoires. Ce qui fera l’unité de la lecture, ce qui donnera le sens du texte, et pas d’un verset par-ci par-là, c’est l’interprétation. Et force est de constater que l’islam a proposé historiquement et propose toujours des interprétations très différentes. Impossible de définir laquelle est la plus juste.
Il ne faut pas forcer le trait, évidemment : le Coran fourni un cadre à ces interprétations, mais aussi un imaginaire, et cet imaginaire n’est pas un imaginaire non-violent. Cela interdit-il toute lecture radicalement non-violente du Coran ? Non. Mais à l’inverse, le Coran n’oblige pas à une lecture violente. Pour tenter d’aller un peu plus loin, je dirais que le Coran n’est pas un texte violent, mais qu’il offre une certaine disponibilité à un usage violent. Une comparaison peut être éclairante, si on en ôte l’effet « point Godwin » tout à fait fâcheux : Wagner n’était pas nazi, Nietzsche n’était pas nazi, mais ils ont pu être récupérés par le nazisme ; ce que le nazisme n’aurait jamais pu faire avec la philosophie de Kant ou la musique de Haydn. Faut-il condamner Wagner et Nietzsche pour cette disponibilité ? Je ne le crois nullement. Ils méritent qu’on les connaisse pour eux-mêmes, pas qu’on les condamne par l’usage que des criminels en ont fait.
D’autant qu’il n’y a pas, en matière de texte sacré, que le Coran. L’islam, c’est aussi des dizaines de milliers de ?ad??s, ces anecdotes ou propos rapportés du Prophète, sur à peu près tous les sujets imaginables. Le ?ad?? a l’avantage d’être nettement plus clair, en général, que le Coran, et son autorité pour les musulmans est considérable. On dit que l’islam, c’est le Coran, et c’est effectivement la théorie ; mais dans la pratique, l’islam, c’est bien plutôt le ?ad??. Mais c’est un corpus colossal, touffu, rempli de contradictions, où tous les textes ne se valent pas, certains étant même au dire de la tradition musulmane elle-même de pures et simples arnaques ; c’est un océan dans lequel les savants musulmans apprennent à naviguer avec un ensemble de règles tout à fait byzantines. Là encore, il y a des écoles, qui ne partagent pas le même corpus. Et quand, aux différentes écoles sur le Coran, vous ajoutez les différentes traditions sur le ?ad??, vous arrivez à une infinité de nuances.
Il n’y a pas, sur ce point comme sur tant d’autre, de « vrai visage » à découvrir : il nous faut admettre qu’il y en a plusieurs. Une essence de l’islam, l’islam réduit à un concept manipulable, ce serait tout à fait commode, mais cela n’existe pas. On a le droit de le regretter, mais pas de l’ignorer.

Mais en rester là serait un peu trop facile. Je balaie devant ma porte : dans le monde de l’islamologie, cette diversité est une manière d’avoir la paix quand le questionnement se fait trop pressant. Comme j’en sais plus que la plupart d’entre vous, je peux facilement balayer les arguments d’une salle, en disant « non, les ibadites ont une approche différente » ou « les murjites se sont opposés à cette manière de voir », bref en renvoyant toute affirmation sur l’islam à son irréductible diversité. C’est bien pratique ! On a raison de souligner, bien sûr, que l’islam est divers, qu’il faut toujours parler des islams, que l’essence de l’islam n’existe pas. Mais cela ne suffit pas : si la première erreur était de croire que l’islam existe, la seconde est bien de croire qu’il n’existe pas.
Certains nous l’assurent encore ces jours-ci. Tout ce à quoi nous assistons ne serait que l’effet de la misère sociale, des politiques néo-impérialistes de l’Occident, du passé colonial, de tout ce qu’on voudra, mais c’est évidemment sans lien avec l’islam. C’est aussi absurde que de vouloir tout expliquer par l’islam : la religion n’est qu’un facteur explicatif parmi d’autres. Mais on le rejette au nom d’un aveuglement idéologique stupéfiant, selon lequel le religieux ne peut pas être un moteur historique réel, mais nécessairement le symptôme d’autre chose. Trente-six ans après la Révolution iranienne, cet aveuglement serait comique s’il n’était pas si triste. On songe au mot de Péguy : « Il faut dire ce que l’on voit, et surtout, ce qui est plus difficile, il faut voir ce que l’on voit. »
Autre façon de croire que l’islam n’existe pas : le réduire à sa diversité, comme s’il n’avait aucune forme d’unité. Sa diversité est réelle, mais au moins dans la conscience des musulmans, l’islam, c’est quelque chose, pas un patchwork d’interprétations. Le sentiment est au contraire celui d’appartenir à un mouvement commencé par la révélation prophétique à Mahomet ; les contours de ce mouvement sont mouvants, l’accord ne se fait pas sur les limites, mais précisément : ce désaccord même prouve qu’il y a une aspiration à l’unité, et l’idée que certaines formes d’islam sont plus légitimes que d’autres. C’est ce qui explique qu’un mouvement arabe comme le califat de Daech puisse trouver un écho aux quatre coins de la planète. C’est aussi ce qui provoque la crise actuelle qui déchire l’islam et nous saute au visage. Car à mon sens, la crise de l’islam est d’abord une crise interne, et même une double crise interne : l’opposition sunnites-chiites est chauffée à blanc ; et se fait jour, au sein même du sunnisme, une guerre très dure pour la définition de l’orthodoxie.

Je vous propose d’ailleurs, à présent que nous avons admis que rien n’est simple, de ne pas nous arrêter à ce constat et d’entrer un peu dans cette complexité. L’islam sunnite explose parce qu’il se déchire entre au moins deux définitions concurrentes de ce que signifie être musulman.
Ce conflit nous est souvent largement opaque, non seulement parce qu’il touche à des points parfois très techniques, mais parce que nous n’avons pas nécessairement le bon cadre. Nous sommes marqués par un schéma d’explication très européen, celui des Lumières, selon lequel nous assisterions à une opposition au sein de l’islam entre des traditionnalistes rétrogrades, voulant conserver des pratiques totalement médiévales, et des modernisateurs qu’il conviendrait d’épauler dans leur tâche d’avant-garde éclairée. Nous avons en tête, parce que c’est notre arrière-plan culturel, que la tradition est rétrograde et que la modernité est ouverte et rationnelle. Les méchants ne seraient donc qu’une queue de comète menant un combat désespéré, et sans doute d’autant plus violent qu’il est désespéré, contre le progrès. Le problème, c’est que cela n’a rien à voir avec la situation.
Pour résumer les acteurs en présence, et simplifier évidemment, deux forces se disputent la définition de l’orthodoxie musulmane sunnite et s’opposent.
La première, c’est l’islam sunnite traditionnel, l’islam impérial – c’est-à-dire celui qui s’est élaboré dans le cadre des empires arabes et ottoman et qui a servi de cadre religieux, législatif et spirituel à ces empires du passé. Cette longue expérience du pouvoir, et du pouvoir sur des populations très diverses, l’a obligé à élaborer des outils de gestion de la diversité. Pour quiconque travaille sur cet islam classique, la diversité est un élément essentiel, à rebours de ce qu’on imagine souvent sur un islam qui serait obsédé par l’unité et l’uniformité. L’islam impérial ne se contente pas de donner un cadre, évidemment tout à fait dépassé aujourd’hui mais relativement généreux au moyen-âge, pour organiser la diversité confessionnelle dans l’empire, en permettant aux juifs et aux chrétiens de pratiquer leur culte, en trouvant des astuces pour intégrer dans ce cadre d’autres traditions religieuses comme l’hindouisme ; il organise également la diversité en son sein : diversité théologique, diversité juridique (ce n’est pas rien : l’islam classique accepte au moins quatre écoles de droit, qui se reconnaissent entre elles comme légitimes. Quatre manières de comprendre la volonté de Dieu, distinctes mais pouvant cohabiter en bonne intelligence ! Quatre versions de la shar??a, dont il est dès lors difficile de faire un absolu), diversité spirituelle aussi.
Cet islam-là a élaboré au fil des siècles une tradition de sagesse pratique. Il est notable par exemple que la fameuse lapidation prévue par les sources musulmanes pour punir les femmes adultères n’ait été, semble-t-il, au cours des quatre siècles qu’a duré l’empire ottoman, mise en pratique qu’une seule fois, à Istanbul ; et les chroniqueurs qui rapportent le fait en sont absolument horrifiés. Les savants musulmans classiques n’avaient en général guère plus d’appétit que nous pour un châtiment aussi barbare qu’ils cherchent à tout prix à éviter et qui, d’ailleurs, ne vient même pas du Coran. La doctrine juridique veut donc que, pour que l’adultère soit établi, on dispose de quatre témoins (c’est ce que demandent les sources) ; et ce témoignage est volontairement compris en son sens le plus fort : les quatre témoins doivent avoir été témoins oculaires de la pénétration elle-même. Cela suppose des conditions particulièrement peu communes. De ce fait, une condamnation à la lapidation pour adultère devient, dans les faits, à peu près impossible. Vous l’aurez compris, je ne mentionne pas là le fait que certains musulmans soient des gens tout à fait généreux et sensibles, mais bien la pratique que l’islam a eu, des siècles durant, de son propre héritage. C’est une manière de vivre l’islam, qui est probablement légitime puisqu’elle a dominé l’essentiel de l’histoire musulmane, et conserve une influence considérable.
Cet islam classique est aussi un islam culturel. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas religieux, mais qu’il s’inscrivait dans un cadre culturel, dans une société, dont il n’était pas facilement dissociable. C’est-à-dire qu’il était possible, dans cet univers, d’être authentiquement musulman sans être constamment mobilisé sur des questions religieuses : le religieux fait partie de la vie, il ne vient pas constamment la bouleverser pour tout le monde. L’islam, à la période classique, ne se prétend pas une doctrine pour une élite de militants sur-engagés. C’est une maison large, ouverte à la société dans son ensemble.
Vous vous en doutez, quand on essaie de démontrer que l’islam est pacifique et tolérant, c’est en général à cet islam-là qu’on va se référer, d’autant plus facilement que ce cadre, l’islam classique et impérial, est celui qui fait référence, ou du moins qui faisait référence jusqu’à récemment.
Car cet islam impérial a connu quelques soucis. Au XIXe siècle, quand la supériorité technique et scientifique de l’Occident est devenue évidente en se doublant d’une supériorité militaire qui a permis la colonisation d’immenses territoires musulmans, on l’a accusé, chez les musulmans eux-mêmes, d’être la cause de la décadence de la civilisation arabo-musulmane, d’avoir trahi, de s’être sclérosé, d’avoir perdu la vigueur de l’islam des origines à force de subtilité juridique et théologique. Des mouvements de réforme sont apparus, qui ont voulu moderniser l’islam ; certains en le laïcisant, en l’occidentalisant, et d’autres en revenant à l’origine.
C’est dans ce dernier mouvement que va apparaître le salafisme. Les « salaf », ce sont les pieux anciens, les premières générations musulmanes, considérées comme un modèle indépassable, encore préservé de la dégradation progressive de la tradition. Cette préoccupation pour l’origine comme source d’un possible renouveau apparaît chez des penseurs qui veulent moderniser l’islam à la fin du XIXe siècle ; et cette volonté modernisatrice va rencontrer sur sa route un mouvement théologique totalement marginal, le wahhabisme, né à la fin du XVIIIe siècle dans une oasis des déserts d’Arabie, qui promeut un islam bédouin à la fois très simple et très rigoriste, loin de la décadence de l’islam des villes. Ces deux mouvements assez différents vont faire, au début du XXe siècle, une forme de jonction inattendue. L’argent du pétrole de la monarchie séoudienne, salafiste par excellence, et la mobilisation du jih?d contre les Soviétiques en Afghanistan, qui a rassemblé des musulmans du monde entier, ont permis à cette idéologie de se répandre, au point de devenir, d’une hérésie condamnée et prise de très haut par les autorités musulmanes à ses débuts, un candidat sérieux à la nouvelle orthodoxie.
Le salafisme n’est pas un mouvement traditionnel. C’est même exactement le contraire : il refuse l’islam traditionnel, il refuse la tradition, ce qui se passe de générations en générations, au nom d’un rapport direct à l’origine. Ils jouent leurs arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents contre leurs parents et grands-parents. Ils refusent l’islam qu’ils ont reçu, qui est l’islam traditionnel, classique, impérial, au nom d’un autre islam, jugé plus authentique. Ce n’est pas un mouvement conservateur : au contraire, il cherche à dynamiter le passé, l’héritage, au nom d’un passé nettement plus lointain et donc nécessairement fantasmé.
Car l’ennui, ou l’avantage, avec les arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents, c’est qu’on ne les a pas connus. On peut donc leur faire dire à peu près ce qu’on veut. Les parents et les grands-parents, c’est plus complexe, cela résiste. Mais le passé lointain ouvre de vastes champs à l’imagination.
Cet islam-là n’est pas lesté par des siècles d’expérience historique des responsabilités. Il n’a jamais eu à faire cohabiter des peuples, à appliquer des lois, à se confronter à un réel qui existe, qui résiste et qui oblige à faire aussi de la politique – qui est l’art du compromis avec le réel.
Cet islam-là ne s’embarrasse pas de culture : il est religieux, et rêve que toute la vie des individus soit réglée par des préceptes religieux. Il rêve de musulmans chimiquement purs, qui ne seraient que musulmans et pas en même temps égyptiens, pharmaciens, fans de football, sensibles à la poésie classique et allergiques au poil de chat. Cela atteint des niveaux absurdes. Il y a un grand débat : certains textes disent que le prophète était friand de pastèque, et certains salafistes, de ce fait, en mangent à tous les repas ; d’autres textes affirment qu’il n’en mangeait jamais, et d’autres salafistes, en conséquence, n’en mangent jamais. Le débat théologique fait donc rage : faut-il manger des pastèques ? Le goût personnel n’entre pas en compte.
Cet islam total a un problème, on s’en doute, avec la diversité. Que l’islam classique ait pu admettre quatre écoles de droit, quatre interprétations différentes de la Loi divine (comme il y a quatre évangiles pour un seul Jésus), leur est insupportable. La Loi divine doit être univoque, identique, claire. Elle repose sur un présupposé littéraliste : il suffit d’ouvrir le Coran pour le comprendre. Les plus rigoristes, les plus littéralistes de l’islam classique n’allaient pas jusque-là (Ibn Hanbal reconnaissait que trois hadiths ne pouvaient pas être lus littéralement, dont celui où le Prophète déclare que la Pierre noire est la main de Dieu sur la terre). Ce littéralisme est une illusion grave, qui laisse croire qu’un texte du VIIe siècle écrit en Arabie est immédiatement compréhensible par un musulman français du XXIe, sans place pour le raisonnement, la hiérarchisation, l’élaboration intellectuelle. L’existence de quatre écoles de droit légitimes qui ont irrigué toute l’histoire du sunnisme apparaît comme une bizarrerie incompréhensible et surtout inacceptable : il ne peut y avoir qu’une seule volonté de Dieu, claire et nette, puisque l’accomplir est la seule voie vers le paradis.
Il serait faux de croire que le salafisme, pour autant, soit toujours violent. Les terroristes ne représentent qu’une minorité d’entre eux, la majorité préférant se désintéresser de la politique et prôner la soumission aux autorités, quelles qu’elles soient. Mais guerrier ou non, le salafisme crée les conditions intellectuelles et spirituelles de la violence.
Cet islam-là est-il conforme à l’islam des origines ? Certainement pas. Tout d’abord parce que l’imitation du passé n’est pas le passé : vous pouvez vous poudrer et porter la perruque, vous ne serez jamais à la cour de Louis XIV, ni même comme à la cour de Louis XIV, pour la bonne et simple raison qu’à la cour de Louis XIV, on n’imitait rien. On était soi-même, on était de son temps, on ne vivait pas dans l’obsession du passé – ce qui, peut-être, a permis précisément à ce temps d’être grand. De plus, nous connaissons mal l’islam des origines : les sources sont tardives, et laissent donc tout l’espace à une reconstruction imaginaire digne des remparts de Carcassonne. Le salafisme n’est pas l’islam des origines, mais est-il la vérité de l’islam ? Certainement pas. Ceux qui le répètent aujourd’hui, en nous disant que l’islam est nécessairement littéraliste, hostile à toute diversité, brutal, etc., ne font que reprendre les thèses salafistes. Ils se laissent convaincre par les salafistes. Notre devoir devrait être, au contraire, de résister à ces thèses. Nous n’avons pas à choisir quel est le « vrai visage » de l’islam, mais continuer à tenir qu’il en a plusieurs – pas parce que cela nous fait plaisir, mais parce que c’est vrai.
La crise de l’islam à laquelle nous assistons, c’est donc une crise de modèle, sur fond de concurrence entre ces deux manières bien différentes de vivre l’islam. Longtemps en position écrasante de force, l’islam classique, traditionnel, a d’abord considéré le salafisme naissant comme une hérésie ridicule, un simplisme de Bédouins illettrés. La condamnation du salafisme était alors sans appel. Aujourd’hui, la concurrence est rude entre ces deux conceptions radicalement différentes, et le salafisme parvient à contester au premier son monopole séculaire de définition de l’orthodoxie. L’hérésie semble même en passe, dans beaucoup d’esprit, d’être devenue l’orthodoxie elle-même. Car la frontière, si elle est claire au plan doctrinal, ne l’est pas tant que cela dans les appartenances. Les musulmans ne sont pas, pour la plupart, dans un camp ou un autre ; mais ils en subissent plus ou moins l’influence, et force est de reconnaître que l’influence du salafisme est grandissante, dans le monde arabe comme en Europe.
Ce succès du salafisme profite de la faiblesse déjà ancienne des institutions de l’islam classique. Le discours de ces dernières manque de prises sur le réel depuis des décennies et reste prisonnier, sans créativité, des schémas anciens élaborés patiemment au moyen-âge, avec sagesse et mesure. Depuis trop longtemps, cet islam-là, qui nous est bien plus sympathique que le salafisme, est incapable de répondre avec netteté aux questions posées par la modernité. Démocratie, droits de l’homme, droits des femmes, ces sujets modernes questionnent évidemment les cadres juridiques classiques, mais on attend encore des réponses sérieuses, capables de conjuguer une tradition si riche et les aspirations d’aujourd’hui. Car le salafisme, mouvement moderne, né en réaction à la modernité, a quant à lui des réponses claires à proposer dans tous ces domaines. La démocratie ? C’est non. Une déclaration universelle des droits de l’homme ? C’est non. Des droits des femmes égaux à ceux des hommes ? C’est non. Il est remarquablement plus adapté pour dire, aujourd’hui, ce qu’il faut penser. La réponse qu’il donne aux questions du temps ne nous plaît pas, mais il a au moins le mérite d’en donner. C’est d’ailleurs pour cela que je ne suis pas à l’aise avec le discours fréquent qui nous répète que l’islam doit procéder à son aggiornamento. Il l’a déjà fait, et cet aggiornamento, c’est le salafisme. L’urgence n’est pas, pour l’islam, de rompre avec sa tradition, mais au contraire de retrouver un rapport apaisé, constructif, avec sa tradition.
Ces constats trop schématiques, et pourtant déjà bien longs, nous indiquent également que demander aux autorités musulmanes de se démarquer des terroristes à coup de pancartes « Not in my name ! » et de condamner les attentats est tout à fait insuffisant. Il ne suffit pas non plus de proposer, comme on le demande souvent, un islam « modéré » face aux extrémistes. J’espère n’être pas un chrétien modéré, et je crois que la demande sous-entendue qui est faite par là n’est pas qu’on ait des musulmans modérés, mais des gens modérément musulmans. L’expression suppose que les salafistes sont davantage musulmans que les autres. Quelle efficacité peut avoir, en ce cas, un tel discours de la modération pour des jeunes précisément attirés par la radicalité du discours salafiste. Seul un discours radical peut, en retour, les en détourner. Mais une radicalité plus profonde, plus authentique, qui peut être, comme le proposent certaines voies musulmanes, une radicalité spirituelle : la recherche de Dieu en soi, la rencontre de Dieu dans la prière personnelle plutôt que dans l’attentat-suicide me paraissent une aventure nettement plus radicale, si on la poursuit sérieusement. Dans cette voie, la tradition islamique aurait bien des richesses, aujourd’hui largement inexploitées, à faire valoir. Saura-t-elle le faire dans les années qui viennent ? Ce serait, il me semble, une des rares façons de sortir par le haut de ces luttes sanglantes ; mais la réponse appartient évidemment aux musulmans eux-mêmes.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Le Figaro a écrit:

INTERVIEW EXCLUSIVE – Une semaine après le carnage du 13 novembre, le philosophe exprime son accablement et son inquiétude devant la confirmation du retour violent d’une Histoire qui «n’est pas belle à voir». Il s’élève contre «l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience de l’Occident».

Sa parole exigeante trouve un écho profond dans l’inconscient collectif. Comme il est écouté, comme il est lu, il est régulièrement qualifié de «populiste», en tête de la nuée des «oiseaux de malheurs». Ces intellectuels que certains voulaient faire taire quand il fallait, plus que jamais, les entendre. Dans La Seule Exactitude*, son dernier ouvrage, Alain Finkielkraut intitule son chapitre consacré aux attentats de Copenhague (en février 2015) «Le tragique de répétition».

Une semaine après les attentats du 13 novembre, le philosophe espère qu’un sursaut national permettra à la France de reprendre les territoires qui, sur notre sol, sont déjà entrés en sécession culturelle.

LE FIGARO. – Dix mois après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, Paris et sa banlieue ont été le théâtre de scènes de guerre. Cent trente personnes sont mortes. On compte des centaines de blessés. Le pays est traumatisé. Le mot «guerre» est sur toutes les lèvres. Quel sentiment prime chez vous: le chagrin, l’inquiétude ou la colère?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui domine en moi, c’est l’accablement et même le désespoir. Comme le rappelait dans ces colonnes Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement: nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (1), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de «croisés», d’«impies» ou d’«idolâtres», peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert: ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. Pour résumer le bonheur parfait, les Juifs d’Europe centrale disaient: «Wie Gott in Frankreich.» Selon Saul Bellow, cette expression signifie que «Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il ne serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule.» Paris était «la ville sainte de la laïcité», mais les massacres du 13 novembre ont fait le malheur de Dieu.

Une rhétorique antiterroriste rythme les discours de nos gouvernants et de nos politiques. Notre ennemi, c’est le terrorisme?

Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier. Lâcheté? Non, mémoire. Du Juif, c’est-à-dire, selon l’expression de Jankélévitch, de l’Autre indiscernable, de l’Autre imperceptiblement Autre, Hitler avait fait l’ennemi, et même l’ennemi absolu. Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre? C’est toute la question.

Avant le 13 novembre, le débat intellectuel était très tendu. L’unité nationale est-elle possible chez les intellectuels?

Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les «néoréacs». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des «humoristes» même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. Ma tête était mise à prix pour ce crime: nommer l’ennemi au lieu de dénoncer les humiliations infligées à l’Autre et de faire le procès du Même (c’est-à-dire de l’identité nationale). Contre cette pensée «nauséabonde» et «putride», L’Obs a battu le rappel des nouveaux intellos de gauche et promis sur une pastille jaune (oui, jaune!) en couverture «0 % de Finkielkraut, Zemmour et les autres», et Alain Badiou, sur le site de ce journal où soufflait naguère l’esprit d’Albert Camus, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il ne pouvait se rendre à mon émission «Répliques» (où je l’avais invité pour le mois de janvier prochain) du fait du «devenir central» dans ma pensée «du concept néonazi d’État ethnique». Le fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors qu’il puise son inspiration dans l’œuvre de Péguy et non dans celle de Barrès ou de Vacher de Lapouge! Cette impudence témoigne de la férocité de l’idéologie aujourd’hui en France. Démentie par les faits, elle se jette sauvagement sur celui qui les rapporte. On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement.
«Plus il y a d'immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps?», se demande Alain Finkielkraut.

Voir la réalité, n’est-ce pas résister à la tentation de l’amalgame?

Par la multiplication des attentats, l’État islamique veut provoquer des lynchages, des attaques de mosquées, des agressions contre les femmes voilées et déclencher ainsi une guerre civile. Ce serait donc tomber dans le piège mortel qu’il nous tend que d’incriminer l’ensemble des musulmans de France. Nombre d’entre eux se sentent pris en otages par les barbares. L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. L’obligation du djihad, rappelle Bernard Lewis, se fonde sur l’universalité de la révélation musulmane: «Cette obligation n’a de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Elle doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’État islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux: la maison de l’islam et la maison de la guerre. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance.»Bref, le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. L’Occident doit se défaire de la croyance mégalomaniaque que, pour le meilleur et pour le pire, c’est toujours lui qui mène le bal. Il faut en finir avec l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience. Les islamistes ne sont pas des corollaires, ce sont des sujets historiques à part entière. Aujourd’hui l’État islamique a une adresse. Le califat n’est plus un rêve mais un lieu. On peut donc et on doit répondre par la guerre à la terreur qu’il répand. Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP.

Sommes-nous prêts pour cette longue lutte?

Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps?

Dans votre dernier ouvrage,La Seule Exactitude (Stock), vous méditez sur le sursaut du 11 janvier, les espérances et les déceptions que cette marche a pu faire naître. S’agit-il désormais d’histoire ancienne?

L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux.

(1) Titre du dernier ouvrage de Régis Debray consacré à la disparition de l’Histoire.

* La Seule Exactitude (Stock). 20 €.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Merci beaucoup pour l'article d'Adrien Candiard, qui mérite sa place dans le fil des articles de fond.

Je pourrais souscrire entièrement aux propos de Finkielkraut s'il nous épargnait les querelles de personnes et de chapelles dont tout le monde se fout.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Très bon Matzneff.

Le Point a écrit:


Matzneff - Les trois petits cochons

Des attentats de Paris est née une "génération Bataclan" dont le manque de spiritualité, de courage et de profondeur fait horreur à Gabriel Matzneff...
Par Gabriel Matzneff

Les trois petits cochons tiennent à leur vie pépère, le tragique leur fait horreur, ils ne veulent pas entendre parler de la mort, ni de l’éternité, ni du salut de leurs âmes, ni de l’ascèse, ni du jeûne, ni de Dieu ; ce qu’ils désirent, c’est continuer à boire des bocks de bière.

Trafalgar Square et la gare de Waterloo sont à Londres. La gare d'Austerlitz et la rue d'Arcole sont, elles, à Paris. Aux lieux, aux monuments, on donne des noms de victoires, non de défaites. De même, dans les écoles militaires les promotions de jeunes officiers prennent les noms de soldats victorieux : « Maréchal de Turenne », « Général Lassalle », « Lieutenant-Colonel Amilakvari ». Quand, par extraordinaire, il s'agit de vaincus, ce sont des vaincus qui se sont battus héroïquement jusqu'au bout, ont été vaincus avec tous les honneurs de la guerre : une des promotions de Saint-Cyr se nomme « Ceux de Diên Biên Phu ».

Quel est le suicidaire crétin qui a donné le nom de « génération Bataclan » aux jeunes femmes et jeunes hommes qui ont l'âge des victimes du vendredi 13 novembre 2015 ? C'est l'État islamique qui doit donner ce nom à ses jeunes citoyens, non la France, pour qui ce vendredi 13 novembre 2015 demeurera la date d'une de ses plus spectaculaires et déprimantes défaites.

La médiocrité de cette « génération Bataclan »

Ce choix de « génération Bataclan » exprime un masochisme, un mépris de soi ahurissant. Et l'on est accablé par la médiocrité petite-bourgeoise, l'insignifiance des propos tenus par les survivants de cette « génération Bataclan » lorsqu'ils sont interrogés par les journalistes ou s'expriment sur les réseaux sociaux. Le zozo qui s'est mis une ceinture de cœurs autour de la taille, l'autre imbécile qui se balade avec une pancarte « Vous êtes tous super ! », le troisième qui déclare fièrement que son but dans la vie est de continuer à se distraire, à voir les copains, ces petits bourgeois qui tiennent pour un acte de courage de dîner au restaurant le vendredi soir.

S'il s'agissait de gamins de douze ans, ce serait admissible. Hélas, ce n'est pas le cas. Ceux qui se comportent de manière si niaise, si médiocre sont des adultes, des barbus. J'ai dit « ahurissant », mais le mot juste est « consternant ». Comme a été consternante la cérémonie d'hommage aux victimes dans la cour des Invalides. J'adore Barbara et je connais par cœur certaines de ses chansons, mais ce jour-là, c'est le « Dies irae » qui, après La Marseillaise, devait retentir en ce haut lieu, non une gentille chansonnette, et nous aurions été autrement saisis aux tripes si, à la place du discours fadasse de M. Hollande, un acteur de la Comédie-Française nous avait lu le Sermon sur la mort de Bossuet.

Ils ne vivent pas, ils existent

Cette niaiserie, cette médiocrité s'expliquent par le total vide spirituel de tant de nos compatriotes. Ils ne vivent pas, ils existent, ils ont une vue horizontale des êtres et des choses. Ce sont les trois petits cochons d'une chanson que M. Hollande aurait dû faire chanter aux Invalides, elle lui va comme un gant : « Qui a peur du grand méchant loup ? C'est pas nous, c'est pas nous ! Nous sommes les trois petits cochons qui dansons en rond. »

À part le pape de Rome et le patriarche de Moscou, qui, en Europe, fait appel aux forces de l'Esprit, invite les gens à la transcendance ? Personne. En tout cas, personne en France où les responsables politiques pleurnichent contre la montée de l'islamisme, mais leur unique réponse, pour endiguer cette montée, est d'interdire les crèches de Noël dans les mairies. Bientôt, j'en fais le pari, la passionnante fête de la Nativité, du mystère de l'incarnation, du Verbe qui se fait Chair, du Christ Dieu et homme, sera, comme en Union soviétique à l'époque de la persécution antichrétienne, remplacée par une fête du Bonhomme Hiver, Diadia Moroz, mouture léniniste du père Noël.

Ce qu'ils désirent, c'est continuer à boire des bocks de bière

Jadis, du général de Gaulle à François Mitterrand, certains chefs d'État surent parler de transcendance aux petits cochons à béret basque et baguette de pain, les inviter à se dépasser, à lire Sénèque, Plutarque et Pascal. Aujourd'hui, l'État n'invite pas les Français à renouer avec les vivifiants trésors de leur patrimoine gréco-romain et chrétien, il en est incapable. L'État ne parle jamais de leur âme aux Français de la « génération Bataclan », et ceux-ci persistent à n'avoir d'autre souci que de gagner de l'argent, en foutre le moins possible, partir en vacances et s'amuser. Les trois petits cochons tiennent à leur vie pépère, le tragique leur fait horreur, ils ne veulent pas entendre parler de la mort, ni de l'éternité, ni du salut de leurs âmes, ni de l'ascèse, ni du jeûne, ni de Dieu ; ce qu'ils désirent, c'est continuer à boire des bocks de bière et surtout, surtout, que les vilains terroristes du méchant calife Abou Bakr al-Baghdadi les laissent tranquilles, na !

Pendant ce temps-là, dans nos banlieues où l'on s'ennuie, où au lieu d'inviter les jeunes Français d'origine maghrébine à – comme le firent naguère les jeunes Français d'origine arménienne, russe, espagnole, italienne, polonaise – lire Les Trois Mousquetaires, visiter le Louvre, voir Les Enfants du paradis, l'État n'enseigne que le football et d'abstraites « vertus républicaines » qui ne font bander personne, c'est le méchant calife qui leur parle de leur âme ; leur enseigne la transcendance ; leur explique que ce qui fait la grandeur de l'homme, comme l'enseignèrent jadis le Bouddha, Épicure, le Christ, ce n'est pas le Sum, mais le Sursum ; non pas le soi, mais le dépassement de soi ; non pas le confort, mais le sacrifice. C'est ce que ces adolescents rebelles, écorchés vifs, comme le sont depuis toujours les adolescents sensibles, ont soif d'entendre. Éduqués, instruits, ils pourraient devenir de lumineux Aliocha Karamazov, mais, grandissant parmi des adultes plats comme des limandes, ils basculent du côté du calife, de l'archange noir de la mort, du grand méchant loup. Il faut être très bête, ou d'une extraordinaire mauvaise foi, pour s'en étonner.

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/ … 8_1885.php

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"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Très bon ? Ouahou c'est génial un vieux, intellectuel de surcroit, qui trouve que la jeunesse est décadente ! J'avais jamais lu ça avant ! En plus c'est super bien argumenté comme tribune, on frole tout juste l'indigence lorsqu'il nous explique que nous autres petits cochons débiles ne voulons pas entendre parler du salut de notre âme. Il peut toujours aller se faire foutre à Raqqa, il y trouvera sa transcendance

Last edited by Barney (30-11-2015 11:13:51)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Je crois que tu n'as pas bien lu malheureusement. Il parle certes de jeunes citoyens mais ce n’est pas pour fustiger la jeunesse en général, il critique la génération Bataclan, qui ne pense qu'à jouir de plaisirs petits-bourgeois, pour reprendre son terme, qui est justement une génération "d'adultes, barbus".
Dans cette génération se retrouvent des gens de tous âges.
Ne serais-tu gérontophobe ? wink

Last edited by FDL (30-11-2015 11:46:04)

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Titre alternatif: "Ma dépression face au dépérissement du christianisme occidental"

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Je ne sais pas si j'ai mal lu, vu que la "génération Bataclan" n'est absolument pas définie, ça ne veut pour l'instant rien dire. Mais quand on parle de génération on implique normalement une catégorie d'age, Matzneff sait lire et écrire, il connait le sens des mots qu'il utilise. Je suis de façon générale très sceptique devant les articles ou tribunes qui tirent des conclusions définitives sur des choses aussi récentes, surtout quand c'est dans l'unique but de donner des leçons à tout le monde. Oui, sa tribune ressemble bigrement à un texte de vieux con. Par ailleurs son analyse tient à ça : ils veulent continuer à boire des verres et à profiter de la vie ces crétins. Comme si le fait de vouloir continuer à vivre comme avant excluait toute autre forme d'engagement personnel. On reprend un procédé bien connu de ce forum : on caricature à fond une catégorie d'individus, dans un délire qui confine au fantasme, pour mieux la critiquer. C'est cool mais ça sert à rien.

Le reste est tout aussi creux à mes yeux, de la critique de la cérémonie des Invalides à la référence aux crèches de Noël.

Last edited by Barney (30-11-2015 12:07:14)

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Eh bien pour moi, la génération Bataclan regroupe les personnes qui se reconnaissent dans cet, euh, activisme post-attentats qui consiste à adresser un doigt d'honneur (et une bonne partie, soyons honnêtes, à fanfaronner) à Daesh en revendiquant de boire en terrasse et de forniquer. Ce n’est pas mal de boire des verres en terrasse et de forniquer, là n'est pas la question. Mais cela ne doit pas être la seule réponse à l'agression que nous avons subie. Oui, certaines des réactions sont franchement grotesques : celui qui dit "vous êtes super", l'autre qui arbore des cœurs en papier, l'autre encore qui fait le baise-main à des musulmans, et sont révélatrices des travers de notre société de consommation jouissive pour laquelle l'idéal repose dans la biture et la partouze. Et c’est triste. Car de l'autre côté, nous avons des gens, fanatiques certes, qui croient en un idéal, dévoyé bien sûr, mais transcendant ! Et cela suffit à fédérer des foules. Pourquoi croyez-vous que Daesh ait tant de succès auprès de jeunes en pertes de repères ? Car ils sont justement en perte de repères ! Nous avons d'un côté McDo et l'Iphone, de l'autre un dieu vengeur pour qui l'on se sacrifie afin d'instaurer une société fantasmée de pureté et d'idéal. C'est de cela dont Muray parle quand il dit que nous sommes tous morts (et que nous finirons par vaincre). Quel idéal proposez-vous à ces jeunes (et à la société en général de toute façon) autre que le matériel ? L’argent ? Un soi-disant progrès qui est aliénant ? C'est tout ce que dit Matzneff. Ce n'est pas un discours de "vieux con". L'âge n'a rien à voir là-dedans.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles d'opinion

FDL a écrit:

Eh bien pour moi, la génération Bataclan regroupe les personnes qui se reconnaissent dans cet, euh, activisme post-attentats qui consiste à adresser un doigt d'honneur (et une bonne partie, soyons honnêtes, à fanfaronner) à Daesh en revendiquant de boire en terrasse et de forniquer. Ce n’est pas mal de boire des verres en terrasse et de forniquer, là n'est pas la question. Mais cela ne doit pas être la seule réponse à l'agression que nous avons subie.

Non, et tout le monde s'accorde là dessus, ce n'est pas la seule réponse à apporter. Mais le fait de continuer à vivre normalement, d'aller à des concerts, de profiter de sa liberté, c'est une des réponses à apporter. Par ailleurs le lien que tu fais avec la société "Macdo iPhone" ne me semble pas du tout évident, ou au moins pas systématique. Le fait par exemple de continuer à aller à des concerts, ou à en donner d'ailleurs, n'a pour moi rien à voir du tout avec la société de consommation, bien au contraire. Mais encore une fois on voit la même manoeuvre sur le forum comme ailleurs : on crée une catégorie indéfendable, dont l'existence est loin d'être évidente et on s'insurge.

Quant aux foules transcendées par Daesh, je crois qu'il faut garder une certaine mesure.

It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.

"Un terroriste ne mérite pas de mourir. Il mérite de vivre l'enfer. A perpétuité. Et seule la déchéance de la nationalité le permet." Greg

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Lis cet article par exemple (j'ai pris le premier qui me tombait sous la main) : http://www.sudouest.fr/2015/11/16/attaq … 3-6155.php
Article assez idiot d'ailleurs car il se focalise sur la jeunesse, comme si seule la jeunesse avait été la cible des terroristes ou comme si elle seule en avait été la victime.
On y parle de jeunes urbains, d'hédonistes etc. ; les gens exhibent leur courage en carton (on a bien vu ce que valait leur courage lors de la fausse alerte à l'attentat il y a deux semaines) en proclamant "je suis en terrasse", d'autres chantent une ode à la perversité comme cette cruche de Vanhoenacker et tutti quanti. Je répète, il n'y a rien de critiquable à continuer à prendre des verres en terrasse (je le fais moi-même et les terroristes ne m'en empêcheront pas). Seulement, cela donne l'impression que ce sont les seules valeurs pour lesquelles se bat l'Occident. C'est ce que cible très bien Matzneff en conseillant AUSSI de se tourner vers notre patrimoine, ce qui constitue notre identité depuis des siècles. Et ce serait beaucoup plus efficace qu'un minable "je suis terrasse". Mais nous n'avons pas fini de payer Mai 68.

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Pas d'accord. Cet article ne dit à aucun moment qu'il s'agit de la seule réponse à apporter ou que ça se suffit à soi-même. C'est peu ou prou la même chose que le "keep calm and carry on" des anglais, des gens qui ont juste voulu signifier qu'ils continueraient à vivre comme avant. Et puis il y a aussi un côté personnel qui me semble évident - au moins dans mon cas - le besoin de sortir pour ne pas rester tout seul devant iTélé/BFM en déprimant.

Pour la référence à mai 68 je suis en total désaccord. Ces mêmes jeunes (ou moins jeunes d'ailleurs) n'ont à mon sens aucun problème avec le drapeau tricolore ou la Marseillaise, pas de mépris particulier pour la police en tant que telle, en fait je vois très mal à quels codes tu fais référence quand tu parles de mai 68.

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Vivre sans temps mort, jouir sans entraves, par exemple.
Des slogans, des envies, une "philosophie", qui étaient peut-être justifiés ou justifiables à l'époque mais qu'il faudrait dépasser car le monde a changé.

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

FDL a écrit:

Vivre sans temps mort, jouir sans entraves, par exemple.
Des slogans, des envies, une "philosophie", qui étaient peut-être justifiés ou justifiables à l'époque mais qu'il faudrait dépasser car le monde a changé.

Heu... ça n'a un peu rien à voir, si je peux me permettre, tant les contextes sont différents. Jouir sans entrave en 68 n'a absolument rien à voir avec le souhait de pouvoir s'amuser (je finis par me demander si tu ne détestes pas ce mot) à Paris sans se faire tirer dessus. Assimiler tout ça à une même philosophie me semble assez contestable, tant les revendications (aller à un concert, boire en terrasse, aller voir un match de foot) ne sont pas révolutionnaires. Mais bon, je suppose que c'est le propre de "ceux-ci persistent à n'avoir d'autre souci que de gagner de l'argent, en foutre le moins possible, partir en vacances et s'amuser". Pas du tout fantasmé.

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Re: Le fil des excellents articles d'opinion

Raaah Barney !
Je te recopie cette phrase de l'article dont j'ai posté le lien :

ce texte est devenu la nouvelle définition d'une France qu'on aime pour sa liberté de jouissance.

La voilà, la philosophie héritée de Mai 68 dont on persiste à se réclamer. Ce n’est pas une histoire de prendre des verres en terrasse ou s'amuser.

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