Topic: Le fil des excellents articles de fond

J'ouvre un fil où l'on pourrait rassembler quelques excellents articles de fond.

Je commence par ce papier de plusieurs journalistes qui explicite de façon très éclairante et assez pédagogique les relations cabinets ministériels/administrations.

http://www.lexpress.fr/actualite/politi … 08904.html

Gouvernement Valls: les désordres du ménage à trois

Par Libie Cousteau, François Koch, Corinne Lhaïk et Romain Rosso, publié le 18/04/2014 à 18:09, mis à jour à 18:43

La consanguinité entre politiques, cabinets et administration explique une bonne part des blocages à la française. Ceux-là aussi, Manuel Valls devra les affronter...

A l'arrière d'une voiture, un beau gosse parle à une jolie jeune femme. La pub pour le dernier modèle Peugeot ? Non, Arnaud Montebourg qui cornaque Axelle Lemaire, sa nouvelle secrétaire d'Etat au Numérique. Les deux membres de l'équipe Valls sont filmés par iTélé. Leçon de l'aîné à sa cadette : il faut faire de la politique, les discussions doivent se passer entre le Premier ministre et ses ministres, sous peine que les décisions soient prises par des hauts fonctionnaires. 


"C'est tout le problème, quand il n'y a pas de politique, l'administration prend le pouvoir", conclut le candidat à la primaire socialiste de 2011. Ségolène Royal ne dit pas le contraire, elle qui professe : "On fait de son ministère ce que l'on décide d'en faire." La voici au pied du mur... Comme Manuel Valls, ses 15 autres ministres et ses 14 secrétaires d'Etat. "Etre ministre, dit l'un d'entre eux, c'est connaître le fonctionnement et la place des politiques, des cabinets et de l'administration."

Cet étrange ménage à trois a été efficace il y a quelques décennies. Durant les Trente Glorieuses, des hauts fonctionnaires audacieux ont su se faire le bras armé de la modernisation du pays. C'était avant... Dans un ouvrage récent, Déficits publics, la démocratie en danger (Armand Colin), Alain Lambert, ancien ministre du Budget, s'interroge : "La France a placé depuis longtemps l'essentiel des pouvoirs de son Etat entre des mains désignées par la voie de concours réputés difficiles. Ces élites [...] sont-elles assez clairvoyantes pour le reste de la Nation ?" On devine la réponse.

Ce qui surprend le plus, vu de l'extérieur, c'est la consanguinité. Jean-Pierre Raffarin, ministre des PME (1995-1997), puis Premier ministre (2002-2005), témoigne : "Je me rappelle un déplacement où tout le monde s'embrassait : le ministre du Travail, un directeur de son administration et le préfet. Ils étaient tous de la même promotion de l'ENA. Les autres se sentaient exclus." 

Depuis trente ans, l'alternance accentue ces échanges. Quand la gauche vient au pouvoir, elle compose ses entourages ministériels en puisant parmi les hauts fonctionnaires qui en pincent pour elle. La droite agit de manière symétrique. Aussi les cabinets sont-ils pléthoriques, comme s'il fallait doubler cette administration que l'on soupçonne en permanence de déloyauté, tandis que les fonctionnaires spéculent sur la longévité - jamais très grande - de l'équipe en place. 

Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale de Jean-Marc Ayrault, a vu son autorité s'émousser à l'approche du remaniement annoncé : la haute fonction publique a levé le pied, n'ayant aucune envie d'engager des actions qu'un nouveau ministre pourrait arrêter dans un futur très proche.

La tentation de l'inertie

Les élections peuvent rendre certains hauts fonctionnaires très actifs : ceux qui travaillent pour l'équipe de campagne de l'opposition. Sans le proclamer, sans le cacher. Ainsi, à la direction du Trésor, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, tout le monde connaît les chevilles ouvrières hollandaises. En tout bien tout honneur. Leur patron d'alors, Xavier Musca, directeur du Trésor (2004-2009), nommé par la droite, affirme : "Je suis sûr de mes fonctionnaires, je n'ai jamais soupçonné aucun d'entre eux de fuites."

Si l'opposition l'emporte, ces travailleurs de l'ombre passent à la lumière. Celle des cabinets. Les administrations peuvent aussi proposer tel ou tel, à la fois compétent et politiquement compatible, au ministre en mal de troupes. Ces jeunes - mieux vaut l'être pour le job - quittent l'administration et deviennent alors hiérarchiquement supérieurs à leur ancien patron. "J'étais chef de bureau et je me retrouve audessus de mon directeur, raconte un ancien de Bercy. La première fois qu'il est venu me voir, je me suis levé pour m'asseoir à ses côtés, par déférence. Il m'a dit : "Ne te fatigue pas, reste derrière ton bureau, c'est la règle.""

A la Justice, à l'Intérieur, à l'Education, dans ces grandes maisons techniquement exigeantes, les transferts administration-cabinets sont fréquents. Au point de donner le sentiment d'une permanence des hommes. A l'Education, par exemple, des noms que, souvent, le public ne connaît pas sont au coeur de ce système politico-administratif depuis plus de trente ans : Christian Forestier, Alain Boissinot, Xavier Darcos (lui a même été ministre), Bernard Toulemonde, ou encore Pierre-Yves Duwoye. 

Alors qui dirige le pays? Les ministres qui passent ou les fonctionnaires qui restent? Des deux côtés, la réponse est unanime : le politique gouverne quand il est fort et volontariste. Sinon... A Beauvau de 2002 à 2004, Nicolas Sarkozy forme un couple harmonieux avec des flics, qu'il sait flatter et mobiliser. Le même, à Bercy (mars-novembre 2004), se heurte à une technostructure qui comprend vite que l'homme pressé de la droite ne restera pas longtemps. 

A son arrivée Rue de Grenelle, Vincent Peillon s'entend dire par le recteur de Paris : à l'Education, la durée de vie des ministres est courte, deux ans en moyenne. Eric Woerth, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, confirme : "Nous ne restons pas longtemps, il faut donc beaucoup s'accrocher pour faire passer une décision : au Budget, cinq ministres se sont succédé entre 2010 et 2013." 
"Si l'on n'y prend pas garde, l'administration est conservatrice."

A gauche, Benoît Hamon, qui vient de s'installer à l'Education nationale, après son baptême de ministre à Bercy (Economie sociale et solidaire), renchérit : "Chaque administration a son agenda qui domine les politiques dès lors qu'ils n'ont pas de ligne. Si l'on n'y prend pas garde, l'administration est conservatrice."

Les résistances sont parfois salutaires. Il arrive que les ministres soient mauvais et l'administration enrage d'expliquer dix fois la même chose à d'éternels débutants... Ensuite, "les fonctionnaires sont là pour préparer les décisions et exécuter les ordres, mais aussi, parfois, pour expliquer que le monde est ce qu'il est, et ne peut être changé par la seule magie du verbe", estime Xavier Musca, qui, après le Trésor, a rejoint l'Elysée comme secrétaire général adjoint, puis secrétaire général. 

Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats, donne un exemple : "Le premier projet de réforme de Rachida Dati instaurant des peines planchers pour les récidivistes a été bloqué par l'administration, car il était anticonstitutionnel. En revanche, sur la réforme de la carte judiciaire, il n'y a pas eu de résistance, la volonté politique était trop forte." 

Ainsi Michèle Alliot-Marie a dû beaucoup insister pour que les médias puissent visiter les prisons. Mais l'installation de portiques de détection dans les tribunaux, après l'agression d'un magistrat, en juin 2007, a été fortement freinée. De même, le projet d'établissement pénitentiaire novateur, porté par Pierre Botton et son association Les prisons du coeur, soutenu par Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, a été victime d'une course de lenteur : la maîtrise du temps est, avec celle du droit ("Votre décret va être attaqué en Conseil d'Etat"), l'arme favorite du haut fonctionnaire peu convaincu. 
Au ministère de la Justice, le premier projet de Rachida Dati sur les peines planchers était anticonstitutionnel.

Jean-Pierre Raffarin a cru dominer ces obstacles. En 1995, il convainc Alain Juppé, Premier ministre de l'époque, de réduire le taux de l'impôt sur les bénéfices des sociétés quand ils sont réinvestis. Malgré l'opposition de Bercy. Qui plie, mais ne rompt pas, et produit une circulaire de 50 pages rendant la mesure inapplicable. Pouvait-on faire plus simple ?
Chaque administration a sa culture, sa doctrine, voire son idéologie

La tentation de l'inertie est une première plaie. La politisation peut en être une autre. Non, l'administration n'est pas une peuplade gauchiste, comme le croyait Nicolas Sarkozy. Elle n'est pas, non plus, un bunker droitier hostile par principe à la gauche, comme celle-ci le pense. Mais chacun a sa culture, sa doctrine, voire son idéologie. A l'Education nationale, les 150 inspecteurs généraux, tout-puissants et inamovibles, imposent leur vision, celle d'un enseignement qui privilégie les disciplines (maths, français, etc.). 

Ils s'entendent très bien avec le Snes, ce syndicat de l'enseignement secondaire qui terrorise les ministres et joue un rôle essentiel dans la définition des programmes et de la pédagogie. Claude Lelièvre, historien de l'éducation, raconte : "Ainsi, ils se sont opposés à la création d'un socle commun de connaissances et à celle d'une haute autorité des programmes, qui aurait empiété sur leurs prérogatives." Ils ont aussi torpillé le projet destiné à repérer les enfants en difficulté dès la maternelle, ou celui de cours de langues gratuits voulu par Xavier Darcos.

Les errements en matière de rythmes scolaires, eux, doivent beaucoup aux directeurs académiques des services de l'Education nationale (les Dasen, anciens inspecteurs d'académie). Premier round : en 2008, Xavier Darcos décide de passer à la semaine de quatre jours. Tout le monde est d'accord pour donner de la flexibilité aux communes (mercredi ou samedi, ou même modifier les horaires d'entrée ou de sortie des élèves), mais 90 % des inspecteurs d'académie bloquent et les horaires décalés ne sont pas mis en place. 
Au ministère de l'Education nationale, les inspecteurs généraux sont quasi inamovibles.

Au ministère de l'Education nationale, les inspecteurs généraux sont quasi inamovibles.

Deuxième round : Vincent Peillon veut revenir sur la semaine de quatre jours. Il se heurte à de nombreuses oppositions, dont, de nouveau, celle des inspecteurs : "Ils ont traîné, n'ont pas joué le jeu de la réforme, n'en ont pas fait la pub, or c'est leur rôle", regrette Christian Chevalier, secrétaire général de l'Unsa. André Laignel, vice-président de l'Association des maires de France, ajoute : "Vincent Peillon était conscient de ces blocages, mais les inspecteurs sont quasi inamovibles." Quel accueil feront-ils à l'assouplissement promis par Benoît Hamon?

Armées: un tout petit monde

A la Défense se joue un autre combat. Dès son arrivée à l'hôtel de Brienne, en mai 2012, Jean-Yves Le Drian se bat pour être un ministre, un vrai. Il lui faut plusieurs mois pour qu'un décret - 13 septembre 2013 - redonne "toute sa place au ministre de la Défense dans la chaîne des responsabilités politiques en matière d'emploi des forces". 

Deux phénomènes avaient fortement réduit l'influence du patron de l'armée. D'abord, un décret de 2005 qui désigne le chef d'état-major des armées (Cema) comme le principal interlocuteur du président de la République pour la conduite des opérations. Ensuite, la pratique politique : sous Nicolas Sarkozy, tout se décide à l'Elysée, et les officiers de l'îlot Saint-Germain, siège de l'étatmajor, le comprennent bien. 

Avec sa voix de stentor, Jean-Louis Georgelin, le Cema de l'époque, traite d'autant plus facilement avec le Château - notamment lors des prises d'otages - qu'il a occupé le poste de chef d'état-major particulier (Cemp) du président Jacques Chirac. Sous Nicolas Sarkozy, le Cemp n'est autre que l'amiral Edouard Guillaud, Cema de 2010 à 2014. Le monde est petit...
Un agenda libéral et européen

Et Bercy? "Cette administration est une Rolls, mais même une Rolls a besoin d'être pilotée", commente Bernard Cazeneuve, au Budget pendant un an. Sinon, elle trace sa propre route. Ou plutôt ses propres routes, chaque direction ayant son tropisme. Celui de la direction du Budget est simple : réduire sinon contenir la dépense publique. La légende veut que, en 1981, Louis Schweitzer, luimême directeur du Budget, devenu directeur du cabinet de Laurent Fabius, ministre du Budget, réunisse ses anciens collègues et leur lance : "Messieurs, il va falloir apprendre à dépenser !" Et le budget pour 1982 d'augmenter de 27 %.

Trente ans plus tard, le climat a bien changé. Durant l'été 2012, quand elle négocie les moyens de son administration avec Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget, Cécile Duflot, ministre du Logement, se bat contre les coupeurs de vivres. Unis, malgré leurs différences politiques : ainsi la bonne entente règne entre les conseillers du pouvoir socialiste (Amélie Verdier, directrice du cabinet de Jérôme Cahuzac, et Rodolphe Gintz, conseiller budgétaire de Matignon) et le directeur du Budget, Julien Dubertret, nommé par la droite. 

Pour Duflot, cette proximité relève de la connivence. Vu de Bercy, elle est simplement normale : Verdier, Gintz et Dubertret sont des enfants de la direction du Budget, pétris par des convictions communes sur l'art de bien gérer l'argent public. Quand elle était à la direction du Budget, Amélie Verdier travaillait déjà en bonne entente avec Julien Dubertret, à l'époque conseiller de François Fillon à Matignon. 

Les positions se sont tout simplement inversées. Amélie Verdier explique : "Moi, je suis de gauche, mais bien gérer l'Etat n'est ni de droite ni de gauche : il y a une réalité, il faut faire des arbitrages, on ne peut pas promettre la Lune." Alors où est la différence? "La création des 60000 emplois dans l'Education, voilà une mesure de gauche, annoncée pendant la campagne présidentielle. 

La direction du Budget - elle était dans son rôle - nous a proposé une manière de faire qui en minimisait le coût, en limitant drastiquement le recrutement de professeurs pour privilégier celui, moins coûteux, d'accompagnants, de pions. Nous avons corrigé le tir." La précaution fait sourire aujourd'hui : la création de ces 60000 postes, fanion de gauche de François Hollande, pourrait bien souffrir de la quête aux 50 milliards d'économies.

Au Trésor, l'agenda est libéral et européen. Avec une composante plus ou moins régulatrice, mais les différences ne sont pas éclatantes. Aussi Ramon Fernandez a-t-il pu être maintenu à la tête de cette prestigieuse boutique jusqu'à ce jour, bien qu'il ait été nommé par la droite. Le Trésor est un peu plus qu'une administration. Ses notes sont réputées pour leur concision - pas plus d'une page et demie - et très formatées : un objet, un résumé, le texte lui-même, et une recommandation, en gras. 

Bien sûr, le ministre est libre de la suivre... ou pas. Il lui arrive d'user de sa liberté : la nationalisation d'Alstom (2004), la hausse du plafond du livret A (2012), la création d'une taxe sur les transactions financières (2012), la fusion de Snecma et Sagem pour créer Safran (2005), la défiscalisation des heures supplémentaires (2007), le recours à l'arbitrage pour le règlement de l'affaire Tapie-Crédit lyonnais se sont faits contre la volonté du Trésor. 
Le désarroi des politiques face au magistère technocratique du Trésor

Mais il est difficile de s'émanciper de l'orthodoxie de ce gardien des équilibres économiques et financiers. Ainsi la loi de séparation des activités bancaires, voulue par François Hollande, a été adoucie par le Trésor, soucieux de protéger les banques françaises. Ainsi la feuille de route du Trésor - désendettement et réformes de structure pour rendre le pays plus compétitif - est celle des gouvernements successifs, même s'ils en parlent davantage qu'ils ne l'appliquent. 

Même si Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances jusqu'en mars, affirme dans Combats (Flammarion), avoir voulu s'éloigner de ce courant dominant, celui des élites économiques des pays développés. Moscovici confesse le désarroi des dirigeants politiques face à ce magistère technocratique : "Un chef d'Etat a-t-il vraiment le choix de ses moyens quand ses services lui disent que les mesures qu'il envisage nuiront aux conditions d'endettement de son pays ? [...] Où faut-il mettre le curseur entre le nécessaire volontarisme politique et la réaction éventuellement défavorable, à court ou à moyen terme, des marchés financiers ?" A ce stade, personne ne connaît la réponse...

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Deuxième paragraphe : "A l'arrière d'une voiture, un beau gosse (Montebourg) parle à une jolie jeune femme (Lemaire)."

OK, j'ai arrêté là.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Ca rappellera certainement à ceux qui l'ont vue - ou lue - la sublime et réjouissante série britannique : "Yes, Minister", et "Yes, Prime Minister !"

Yes Minister and Yes Prime Minister is a British comedy series about the wheeling and dealing of political life. Although the series is set within the British political scene, it deals with political games and clashes between politicians and the civil service that could be found almost everywhere in the world.


Prime Minister vs Sir Humphrey :

https://www.youtube.com/watch?v=cEo8sjnU8Jo

"If the right people don't have power..."

https://www.youtube.com/watch?v=gmOvEwt … Eo8sjnU8Jo

Who reads the papers ? (Don't miss it !)

https://www.youtube.com/watch?v=DGscoaU … Eo8sjnU8Jo

Re: Le fil des excellents articles de fond

Un article très très drôle du FT qui derrière l'humour soulève de vraies questions.

http://www.ft.com/cms/s/2/9fc2831e-8ebf … z2ze9OP3j0

How to save France a écrit:

France has lots going for it. I’ve been here 12 years, and it’s a beautiful, fairly well-off country with good food and a life expectancy of 82. Yet as the therapists would say, it’s “not in a good place right now”. Only 30 per cent of French people polled by Ifop in January felt “optimistic” about the future. This is the worst level in 19 years and represents decline from a low base. The French were already less optimistic than Iraqis and Afghans.

At this point it’s conventional for us “Anglo-Saxon” pundits to tell the French to slash the state, face up to globalisation, etc. But obviously that’s not going to happen. Here instead is a realistic set of proposals.

1. Accept that you are a small country. As a Briton married to an American, I know about national decline. The key is to embrace it. French speakers at international meetings should say things like, “You may not have heard of my country. It’s near Belgium and has almost three-quarters the population of Ethiopia. Our language is very like Spanish.” Once the French absorb the fact that France is just an ordinary country, hardly better than Britain, then its role in the world will suddenly make sense and feelings of lost grandeur will go away.

2. Move the capital south. The French ruling class lives in small gardenless flats in a cold, snobbish, overpriced city. Cramming the political, business and intellectual elites into the same few neighbourhoods has encouraged harmful groupthink. Paris damages France through its effects both on French policy and happiness.

Meanwhile the country’s sunny southern expanses are mostly left to the peasantry. This is madness. If the government moved to Provence, the political elite could live the delightful rustic existence it now gets only in August. Paris could be sold off to African dictators, Chinese party members and London commuters – a trend that’s happening anyway. The city could become a tourist site like nearby Disneyland Paris.

This suggestion goes with the French grain. In both world wars the government briefly moved to Bordeaux, enabling the elite to discover the excellent Chapon Fin restaurant.

3. Meanwhile crack down on rudeness in Paris. Parisian rudeness has reached epidemic proportions, due to growing French “morosité” and overcrowding in Paris as ever more residents and tourists pack in. Anne Hidalgo, Socialist party candidate for mayor, really shouldn’t boast about high visitor numbers.

Even new resident Scarlett Johansson complains about “terribly rude” Parisians. If she is snubbed, what chance do humans have? The government should proclaim Paris a crisis zone for rudeness, and use emergency powers to intervene. France’s security services already intercept French emails and phone calls. Anyone overheard greeting a customer with a reprimand (the characteristic Parisian interaction) could be punished with ritual humiliation. This might mean being sent out to dinner in a sweatsuit that reads, “Property of Ohio State Athletics Department”. Once in Provence the Parisians will cheer up anyway.

4. Formal modes of address – “monsieur”, “madame”, “vous” etc – should be banned. Their main function isn’t politeness but the creation of human distance. “Vous” could fade like “Usted” in Spanish. Again, there’s a good French precedent: the French Revolution banned “monsieur” and “madame” too.

5. Pay school teachers to compliment pupils. “You sound less stupid today, Fabrice,” could qualify for a €1 bonus, for instance. Currently, French people are taught the critical view – of themselves and of everyone else – from their first school day when the teacher greets them with a reprimand. Praise from teachers would have long-term transformational effects on national character. That would help lift the gloom. The French tend to think they are morose because the situation is terrible. In fact the situation seems terrible because they are morose.

6. All schooling should be in English. The French can speak French or they can shape the global debate but they can’t do both. French can survive as a “kitchen language”. It probably won’t be altogether forgotten, as it’s increasingly taught as an accomplishment in high-end New York schools, like Latin.

7. Donate the French army to the United Nations, to serve as the UN’s permanent peacekeeping force. The French “defence” budget last year was €31.4bn, more than five times the UN’s peacekeeping budget. That’s because France (like certain other well-known countries) still likes to meddle in foreign conflicts in the name of grandeur. Meddling while wearing blue UN helmets would scratch that national itch, but would raise the chances of doing something useful.

8. Replace the “First Lady” with a rotating team of First Ladies. There should always be a stock of seven or so for the president to choose from for different functions. An actress might be perfect for one event, a journalist for another, and a gay male (I’m presuming French presidents will for ever be men) could accompany the chief to places like Sochi. Alternatively, France could restore the monarchy again and let people obsess over royal sex scandals instead.

Re: Le fil des excellents articles de fond

[Faisons un autre essai]

Voici un excellent article de fond (et c'est sincère) qui donne sept moyens que Flanby a utilisés pour ne pas tenir ses promesses.
Je précise : ce n'est pas un article d'opinion.

http://luipresident.blog.lemonde.fr/201 … -7-lecons/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Je recommande cet excellent article de la Tribune sur différents ouvrages tâchant, chacun à leur manière et selon des thèses tantôt complémentaires, tantôt contradictoires, d'expliquer l'engrenage qui a précédé le déclenchement de la déflagration de 14-18.

http://www.latribune.fr/opinions/tribun … -1914.html

Comprendre ce qui s'est passé durant l'été 1914
Chronique des Livres et des Idées Que lire pour comprendre l'été 14 ? Que lire pour comprendre l'été 14 ?
Romaric Godin  |  13/06/2014, 17:31  -  1904  mots

A 15 jours du centenaire de l'attentat de Sarajevo, un choix de lectures pour comprendre les événements qui ont mené l'Europe à la Première guerre mondiale.


A peine les cérémonies de commémoration du débarquement du 6 juin achevées qu'il va falloir vous préparer pour un autre anniversaire. Le 28 juin 1914, voici 100 ans, le jeune étudiant serbe Gavrilo Princip abattait à Sarajevo l'archiduc François Ferdinand de Habsbourg-Lorraine et sa femme morganatique Sophie Chotek. Un geste qui, un mois plus tard, allait déboucher sur la déclaration de guerre de l'Empire austro-hongrois à la Serbie, enclenchant la fatale dynamique des alliances qui provoquera quatre ans de combats meurtriers et destructeurs.

Les librairies de l'Europe entière se remplissent progressivement de nombreux ouvrages sur la première guerre mondiale. Il faut se rendre à l'évidence, beaucoup sont des ouvrages « opportunistes » tentant de profiter de l'aubaine du battage médiatique qui accompagne tout anniversaire sans véritablement apporter une pierre au débat historique. Pourtant, celui-ci est loin d'être clos. Cent ans après les faits, les événements de ce mois de juillet crucial dans l'histoire du monde restent un sujet de controverse, d'étonnement et de réflexion. Plutôt que de s'en tenir aux têtes de gondole des librairies, il peut être intéressant de se plonger dans les ouvrages qui font référence pour comprendre ces événements.


Des élites défaillantes

L'été 1914 est un événement historique rare. C'est l'histoire d'une étincelle qui aurait pu s'éteindre dans l'indifférence d'une énième conférence internationale, finir comme une ligne dans les manuels d'histoire les plus denses et qui, pourtant a mis le feu aux poudres d'une Europe sous tension. Comment en est-on arrivé là ? Les récits des péripéties diplomatiques du mois de juillet ne manquent pas. Mais rien ne remplace sans doute l'ouvrage du publiciste allemand Emil Ludwig, Juillet 1914, paru outre-Rhin en 1929 et rapidement traduit en français. Ce texte est d'abord un récit haletant, bien construit, qui montre avec brio une machine qui s'emballe, alimentée par l'inconscience, l'ambition et la lâcheté de la plupart des dirigeants. C'est aussi  un travail de terrain qui s'appuie sur des documents et sur un esprit aiguisé et sans concession. On y rencontre des personnages de roman qui vont « construire » cette guerre sans trop y croire, notamment le ministre autrichien des Affaires étrangères, le comte Berchtold, ce nationaliste obtus décidé à faire un exemple et qui va tenter d'obtenir le feu vert de Berlin.

Mais Emil Ludwig refuse de pointer du doigt une puissance responsable. Il débute son ouvrage par ses mots : « la responsabilité de la guerre incombe à l'Europe tout entière. » Pour lui, 1914 est une faillite des élites européennes : « Si, au lieu de faire une coupe horizontale de l'Europe, on en fait une verticale des classes de la société, on constate que toute la responsabilité repose sur les Cabinets d'Europe et que les peuples sont complètement innocents. »
Des mouvements ouvriers impuissants

Complètement ? C'est vite dit. Ces peuples, qui vont se déchirer dans des conditions jusqu'ici inédite pendant plus de quatre ans, pourquoi n'ont-ils rien fait ? Comment le mouvement socialiste qui progressait alors tant qu'il en devenait dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, la première force politique, n'a-t-il pas pu arrêter la machine infernale ? Pourquoi le mouvement syndical pacifiste qui avait promis en cas de menace de guerre une grève générale paneuropéenne n'a-t-il pas bougé ? On trouvera des éléments de réponse dans un petit ouvrage très instructif, Les 10 derniers jours, de Jean-Claude Lamoureux, qui suit de près la dernière semaine précédant le déclenchement des hostilités du point de vue du mouvement ouvrier. On y voit une évolution qui va du refus décidé de la guerre au vote quasi unanime des crédits militaires dans toutes les grandes nations engagées dans le conflit. S'appuyant sur de nombreux documents, l'auteur montre de façon vivante comment les Socialistes, engagés dans la lutte parlementaire, se sont trouvés naturellement amené à défendre des sociétés dont ils faisaient partie. Et c'est aussi pourquoi ils n'ont pas su faire de vrais contrepoids au patriotisme déchaîné des foules, lui-même enflammé par les dirigeants des futurs belligérants.
Question d'honneur

On en revient alors à l'élément déclencheur. Dans un ouvrage qui demeure une référence incontournable, La Première Guerre Mondiale, le Britannique John Keegan, fait la distinction entre les crises précédentes et celle de 1914. Qui voudra disposer d'un résumé complet et clair de cet été 1914 devra lire la dizaine de pages qui le concerne. Pour le Britannique, jusqu'ici, les crises ne relevaient que de « l'intérêt national, non de question d'honneur et de prestige. » L'intérêt national peut donner sa chance à la diplomatie, pas l'honneur qui doit être lavé dans le sang. Les Austro-Hongrois auraient alors agi comme pour laver un soufflet par le sang d'un duel. Il leur fallait frapper Belgrade. Et dès lors, la diplomatie avait perdu d'avance. Mais Vienne n'était somme toute qu'une puissance secondaire. Seule, elle n'aurait pas pris le risque de se lancer dans une telle aventure.

Il faut donc aller plus loin. Si Vienne s'est montrée si hardie, c'est qu'elle avait pu obtenir en amont le blanc-seing de l'Allemagne, sa puissante alliée. Nous voici alors replongés dans la question de la responsabilité des Etats. Le cœur de la controverse et de la polémique qui a déchiré les historiens européens et qui, pour tout dire, n'est pas close, même si avec le temps, elle semble s'être apaisée. Dans un premier temps, ce sont les politiques qui ont pris les rênes de la polémique. Les alliés ont proclamé dans le traité de Versailles la seule « responsabilité de l'Allemagne » et en ont tiré les conséquences : les lourdes indemnités de guerre que l'on a alors exigé. Le Reich, de son côté, a répondu par une longue enquête parlementaire qui a conclu que l'Allemagne n'était « pas davantage responsable » que les autres puissances de ce qui s'est passé durant l'été 1914.

La responsabilité allemande

Les historiens se sont ensuite emparés du débat qui s'est emballé dans les années 1960. Le brûlot qui a relancé la polémique, c'est le livre de l'historien allemand Fritz Fischer paru en 1963, Griff Nach der Weltmacht, traduit en français en 1970 sous le titre "Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale". Ce livre très solide montre que l'Allemagne visait à la domination européenne, ce qui signifiait mondiale à l'époque. Certains dirigeants allemands la voulaient économique, d'autres plus territoriales, mais tous voyaient dans la guerre un moyen d'en finir avec le principal rival du Reich, l'Empire britannique. Dans son récit de l'été 1914, Fritz Fischer montre le double jeu de Berlin, apaisant vis-à-vis de l'Europe et boutefeu face à l'Autriche-Hongrie. Jusqu'à ce que le mécanisme s'emballe et devienne incontrôlable. Le livre de Fritz Fischer n'est plus guère en odeur de sainteté en ces temps de fraternisation européenne. Il est pourtant encore nécessaire. D'abord parce que beaucoup de ses arguments n'ont pas encore été mis en défaut et, ensuite, parce que c'est encore et toujours ce livre qui structure le débat autour de 1914. C'est contre lui (la plupart du temps) que l'on écrit aujourd'hui sur le sujet. C'est dire s'il est lisible. Du moins pour ceux qui lisent l'allemand, car l'ouvrage n'est plus disponible en français. Il n'a pas été réédité depuis 1970.

La faute britannique ?

Le principal adversaire de Fritz Fischer, c'est l'écrivain britannique Niall Fergusson. Dans son ouvrage de 2002, The Pity of War, il défend l'idée que le vrai désastre de cet été 1914 a été l'entrée en guerre du Royaume-Uni, provoquée notamment par l'inconscience francophile du ministre des affaires étrangères de Sa Majesté, le Comte Grey. Cette entrée en guerre a été « la plus grande erreur de l'histoire moderne. » L'Empire britannique n'avait, selon lui, aucune raison de porter les armes contre l'Allemagne, qui, du point de vue de Niall Fergusson, était une puissance pacifique contraint de s'armer pour se défendre d'un revanchisme français qui est la vraie cause de la guerre. Il n'y aurait donc point de volonté expansionniste dans la politique allemande, mais la volonté de créer une « union européenne » fondée sur les échanges économiques. Parfois un peu naïves et un peu trop conduites par une pensée libérale simpliste, les thèses de Niall Fergusson doivent pourtant être connues, car elles sont aussi parfois solidement charpentées et ont une forte influence au Royaume-Uni. Mais là encore, ne comptez pas le lire en français, le livre n'est pas traduit…
Inconscience collective ?

La thèse dominante aujourd'hui est celle de la responsabilité collective, ce qui revient sans doute à éviter en fait de répondre à une question qui, peut-être est fort mal posée. Deux livres récents défendent cette thèse. Les Somnambules de l'historien australien Christopher Clark. Sa thèse est séduisante, c'est celle de l'incompréhension générale qui reprend, du reste, en partie celles d'Emil Ludwig. Pour l'auteur, la guerre était tout sauf « inévitable. » Il n'y avait pas de volonté structurelle de puissance allemande, de revanchisme irréductible. Mais une peur générale, entretenue par des alliances fragiles, incertaines que les puissances moyennes comme l'Autriche-Hongrie voulait sécuriser par l'épreuve des faits. Les Allemands ne se seraient pas rendus compte de l'enjeu, pas davantage que les autres. La guerre serait alors le fruit de cette inconscience collective. L'ouvrage, cette fois traduit en français, défend une thèse intéressante et profonde et, c'est appréciable, a, cette fois, été traduit en français !
Attaquer la substance plus que la surface

Le dernier livre qu'il est peut-être utile de lire avant le grand barnum médiatique à venir est le petit livre de l'historien italien Luciano Canfora, sobrement titré 1914. Spécialiste de l'antiquité, mais aussi grand observateur de l'actualité, il désamorce cette fois soigneusement toutes les idées reçues sur le début de la première guerre mondiale, étudie les causes les plus profondes du conflit en remontant aussi loin qu'il le faut. Ne se contentant pas de la surface « qui est la propagande », il tente d'atteindre la « substance », ce qu'il appelle les « causes réelles du conflit. » Mais lui aussi rejette la thèse de la « faute » allemande, « alibi pour tous les autres », il met en lumière le poids de l'alliance anglo-russe et des Socialistes, en s'appuyant sur le retournement spectaculaire (en 1915) du socialiste pacifique Benito Mussolini en un foudre de guerre nationaliste.

Ces lectures ne vous offriront certes pas de belles images et de beaux livres d'apparat. Mais elles vont permettront à coup sûr d'aller plus loin que la « surface » que nous ne manquerons pas, tous, d'entendre d'ici deux semaines.
Choix de lectures :

Emil Ludwig, Juillet 1914, Payot, 2012, 264 pages, 8,65 €

Jean-Claude Lamoureux, Les 10 Derniers Jours, Les Nuits Rouges, 2013, 149 pages, 10 €

John Keegan, La Première Guerre Mondiale, Perrin, coll. Tempus, 2005, 553 pages, 10,70 €

Fritz Fischer, Griff Nach der Weltmacht, Droste Verlag, rééd. 2014, 574 pages, 24,60 €

Niall Fergusson, The Pity of War, Penguin, reed. 2012, 672 pages, 16,92 €

Christopher Clark, Les Somnambules, Flammarion, 1914, 668 pages, 25 €

Luciano Canfora, 1914, Flammarion, coll. Champs histoire, 2014, 220 pages, 8 €

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Entretien de fond et d'opinion de Marcel Gauchet, qui répond par la même occasion aux gnomes médiocres qui essayent de le faire taire :

http://www.lemonde.fr/idees/article/201 … _3232.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Comme j'ai parlé de Gauchet juste au-dessus, je mets ça ici.
La conférence inaugurale très intéressante de Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l'Histoire, qui a le mérite de fermer le clapet de la gauche bête et beuglante, celle des Édouard Louis, Lagasnerie, Didier Eribon etc.

http://www.marcelgauchet.fr/blog/?p=2642

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Un excellent article de fond sur la question de l'immigration clandestine en Europe et en France. Recent figures inside.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/art … 55770.html

La France connaît-elle une vague d’immigration clandestine ?

Le Monde.fr | 23.10.2014 à 19h38 • Mis à jour le 23.10.2014 à 19h51 | Par Samuel Laurent, Alexandre Pouchard et Sylvie Gittus

Les discours se multiplient sur un prétendu « envahissement » de l'Hexagone par les migrants clandestins. Si l'Europe connaît effectivement un afflux massif depuis le début de l'année, la France n'est pas la première terre d'accueil.

C'est une thèse répandue, particulièrement en 2014, où se multiplient les images de migrants se pressant à Calais et dans les Alpes-Maritimes : la France serait « envahie » par ces populations, chassées d'Afrique ou du Maghreb par la misère ou les troubles politiques et sociaux. Voilà pour le cliché. Pourtant, les chiffres récents des autorités françaises et de leurs homologues européennes dessinent un autre paysage, où la France n'est pas la première terre d'accueil des migrants.

Il est complexe, par définition, de mesurer l'immigration clandestine. Les chiffres les plus fantaisistes circulent : 200 000 personnes, voire 400 000 ?

Quelques indicateurs peuvent cependant y aider : les demandes d'asile, notamment, mais aussi les reconduites à la frontière ou les bénéficiaires de l'aide médicale d'Etat (AME).


L'Europe fait face à un afflux massif de migrants

Les derniers chiffres fournis par Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, sont impressionnants. Les entrées illégales sur le sol européen connaissent, depuis le début de l'année 2014, un pic qui n'avait même pas été atteint en 2011 lors des révolutions arabes. Au cours du deuxième trimestre, les Etats membres de l'UE ont recensé l'arrivée de 68 589 migrants clandestins, soit plus de trois fois plus qu'au cours du premier trimestre.

Nombre d'entrées illégales dans l'Union européenne entre janvier et septembre 2014.

La très grande majorité de ces entrées (et tentatives) sur le sol européen se font par la mer. La Méditerranée occidentale, qui comprend la zone entre le Maghreb et l'Europe du Sud (Espagne, Portugal, France, Italie) est, de loin, la voie la plus empruntée par les migrants. L'île italienne de Lampedusa, tristement connue pour les naufrages meurtriers régulièrement constatés à son large, est notamment située sur cette route.
Franchissements illégaux aux frontières de l'Europe selon la "route" empruntée.


L'Allemagne, première destination des migrants

Un bon indicateur pour mesurer la masse de migrants dans chaque pays est le nombre de premières demandes d'asiles. Si ce chiffre est forcément incomplet, certains clandestins ne se déclarant jamais aux autorités, il permet de faire des comparaisons pays par pays.

Selon les chiffres publiés chaque mois par l'institut de statistiques Eurostat, près de 400 000 personnes ont demandé l'asile dans les 28 Etats membres de l'UE entre avril 2013 et mars 2014. Parmi eux, 122 335 l'ont fait en Allemagne, 59 910 en France et 56 055 en Suède.

Les chiffres publiés par Frontex pour l'année 2014 montrent eux aussi une augmentation massive des demandes d'asile en Allemagne et en Suède (+ 22 315 et + 20 130 par rapport à 2013), tandis que la France a vu une diminution (- 11 600). En août, le ministère de l'intérieur expliquait au Monde cette situation par le fait que l'Hexagone était davantage un « pays de transit » vers d'autres destinations où les perspectives économiques sont jugées meilleures (Allemagne, Royaume-Uni, Suède).
Evolution des nouvelles demandes d'asile entre janvier et septembre 2014, par rapport à 2013.

220 Quand on rapporte ce chiffre à la population, la France est loin d'être en tête. Au premier trimestre 2014, les demandeurs d'asile ont représenté 220 personnes pour 1 million d'habitants, très loin de la Suède (1 205 demandeurs d'asile par million d'habitants) et derrière la Suisse (555) le Luxembourg (430), Malte (425) ou l'Allemagne (400).


Kosovars et Congolais devant les Syriens

Il est également intéressant de regarder de près les nationalités des demandeurs d'asile. Sur l'ensemble de l'UE, les Syriens constituent en 2013 le groupe de demandeurs le plus important, suivis des Russes et des Afghans, selon Eurostat.

Pour la France, ce sont les Kosovars qui ont représenté le groupe le plus important (8 % du total), suivis de personnes fuyant la République démocratique du Congo et des Albanais (autour de 8 % également).

Par contraste, l'Allemagne connaît un afflux de Serbes, de Russes et de Syriens, tandis que Pakistanais, Iraniens et Sri-Lankais sont les trois nationalités à demander le plus asile au Royaume-Uni.
Principales "routes" empruntées par les migrants clandestins selon leur origine.

83 % Le taux de rejet des demandes d'asile est de 66 % en moyenne en Europe. En France, sur 61 455 demandes en 2013, 10 470 ont été acceptées. Soit un taux de rejet de 83 %.

Autre indicateur intéressant, celui des reconduites à la frontière. Il est relativement stable depuis 2006, autour de 20 000 à 22 000 personnes par an.

Quant aux placements en rétention administrative, ils étaient en 2013 de 20 554, contre 34 987 en 2007.


Augmentation relative des bénéficiaires de l'AME

L'aide médicale d'Etat (AME), accordée aux immigrés en situation irrégulière, peut également fournir une évaluation. Selon un rapport parlementaire de 2013, on observe une hausse depuis 2009 : on est passé en cinq ans de 215 763 à 263 962 personnes qui ont eu recours à l'aide.

Mais l'AME n'est pas accessible à tous les immigrés clandestins : il faut résider en France de manière stable depuis plusieurs mois pour pouvoir en bénéficier, sous conditions de ressources. Par ailleurs, une personne avec des papiers peut aussi en profiter, si elle omet de dire qu'elle est en situation régulière. L'AME ne peut donc constituer qu'une indication.


Le prisme de l'effet de concentration

Si une partie de l'opinion, confortée par des déclarations exagérées, est amenée à croire en une « vague » d'immigration dans le pays, c'est aussi parce que les migrants sont particulièrement visibles dans les points d'entrée du territoire (comme la frontière franco-italienne) et de sortie (comme Calais), créant un effet de masse. Le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, a ainsi confirmé le 23 octobre l'explosion récente du nombre de clandestins dans la région, avec « entre 2 200 et 2 300 migrants sur le Calaisis, loin des 1 500 de la fin de l'été ».

On l'a vu, si l'on se fie au nombre de demandes d'asiles déposées jusqu'à maintenant, le pays ne connaît pas de vague d'immigration plus importante que les dernières années. L'Hexagone se trouve au carrefour de routes de migrations très empruntées, sans que les hausses d'entrée dans l'UE ne se traduisent, pour le moment tout du moins, dans les chiffres français.

Mais l'effet de concentration joue à plein à Calais, passage considéré comme indispensable pour ceux souhaitant rejoindre le Royaume-Uni. Les images de ces derniers jours, montrant des migrants se battant entre eux ou « prenant d'assaut » des camions en partance pour la Grande-Bretagne et poussant le ministère de l'intérieur à envoyer des renforts sur place, continuent à alimenter les fantasmes sur le sujet.



    Samuel Laurent
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    Alexandre Pouchard
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    Sylvie Gittus
    Journaliste au Monde

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Un excellent article de fond (c'est le cas de le dire) de Marianne sur l'arnaque de l'art contemporain. Au passage, il faut lire les ouvrages de Jean Clair.

Marianne a écrit:

Le "plug anal" de McCarthy place Vendôme : un accident industriel ?

Et si l'installation de Paul McCarthy avait été la "provocation" de trop, celle risquant de mettre à nu les ressorts du système économique de l’art contemporain : une coterie de riches, de critiques et de fonctionnaires de la Culture s’accaparant l’espace public pour décréter "œuvres" des signes qui servent de plus en plus la rente financière et sa défiscalisation massive ?

Que se passe-t-il ? Si le sabotage du « plug anal » géant de Paul MacCarthy - lui-même géant de la création contemporaine - érigé place Vendôme pour l’ouverture de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac) a produit l’habituel concert de basse-cour des coucous suisses piaillant par réflexe « Réacs ! Réacs ! Réacs ! », de grandes voix ont significativement divergé. A commencer par celle de l’un des commissaires politiques les plus écoutés du marché de l’art contemporain, le critique Philippe Dagen. Cette fois-ci, au lieu de hurler avec les idiots utiles de l’avant-gardisme chic et de la provocation toc, il a condamné dans sa chronique du Monde une opération relevant selon lui du « vulgaire » et de la « trivialité » : « Il y a mieux à faire que gonfler un phallus couleur sapin dans les beaux quartiers de Paris ».

La surprenante mise en garde de Philippe Dagen est en fait un signal d’alarme lancé à un monde dont lui-même fait partie : la bulle spéculative de l’art contemporain qui s’emballe depuis quelques années. Il prévient qu’elle pourrait exploser et le pot aux roses être découvert à cause d’erreurs comme celle qui a fait « pschitt ! » place Vendôme. Les komsomols à front bas de l’art contemporain se réjouissent du scandale McCarthy - selon eux une réussite totale : l’artiste est un héros d’avoir été agressé physiquement par un dangereux crétin et sa baudruche est grandie d’avoir été dégonflée. Mais Philippe Dagen, lui, a compris autre chose. Et il sermonne le Comité Vendôme (qui réunit les enseignes de luxe de la célèbre place), les organisateurs de la Fiac et la Mairie de Paris pour avoir mis en scène cet « enculoir » (selon la traduction de Delfeil de Ton dans L’Obs) rebaptisé « Tree » pour les petits enfants et les grands journalistes faux-culs. Attention, leur fait comprendre la vigie culturelle du Monde, le choix de ce spécialiste des « provocations pornographiques et scatologiques » risque de mettre à nu les ressorts du système économique de l’art contemporain : une coterie de riches, de critiques et de fonctionnaires de la Culture s’accaparant l’espace public pour décréter « œuvres » des signes qui servent de plus en plus la rente financière et sa défiscalisation massive. Un secteur en plein essor.

L’art dit contemporain suscite en effet aujourd’hui plus de commentaires dans les pages « Finances » et « Argent » des journaux que dans la rubrique « Culture ». Le Monde Eco Entreprise nous apprend que « 76% des collectionneurs l’achètent pour faire un investissement » : pour les très riches à la recherche de bons placements, « l’art est aujourd’hui le plus porteur. Selon Artprice, son indice a augmenté depuis 2012 de 12 % quand celui de l’or baissait de 49 % et les prix immobiliers de 3 % ». Ce marché, qui a augmenté de 40 % en un an et de 1 000 % sur dix ans, vient d’être rassuré par le gouvernement anti-passéiste de Manuel Valls qui assomme les retraités et les familles mais a maintenu pour les riches l’exonération des œuvres d’art de l’impôt sur la fortune.

« L'art des traders »

L’un des artistes les plus côtés, Jeff Koons (les homards gonflables…), lui même un ancien financier, est représentatif de cet « art des traders » analysé par Jean Clair, historien de l’art et ancien directeur du Musée Picasso : « Est arrivée la crise de 2008. Subprimes, titrisations, pyramides de Ponzi : on prit conscience que des objets sans valeur étaient susceptibles non seulement d’être proposées à la vente, mais encore comme objets de négoce, propres à la circulation et à la spéculation financière la plus extravagante ». Le développement de cette bulle spéculative confirme les pronostics faits bien avant la crise par Jean Baudrillard, critique regretté des simulacres de la société de consommation. Il avait décrit la capacité de cet autre marché à « faire valoir la nullité comme valeur » : « Sous le prétexte qu'il n'est pas possible que ce soit aussi nul, et que ça doit cacher quelque chose », l’art contemporain « spécule sur la culpabilité de ceux qui n'y comprennent rien, ou qui n'ont pas compris qu'il n'y avait rien à comprendre. Autrement dit, l'art est entré (non seulement du point de vue financier du marché de l'art, mais dans la gestion même des valeurs esthétiques) dans le processus général de délit d'initié ».

Délit d’initiés, car, comme les subprimes et la titrisation, cette valorisation financière de la nullité repose sur une division du travail tacite entre collectionneurs privés, fondations (qui défiscalisent à hauteur de 60 %), musées d’Etat et journalistes afin de décider dans le dos du public des valeurs à la hausse. Dans ce système, l’artiste est en fait plus créé qu’il ne crée. « Les commissaires se sont substitués aux artistes pour définir l’art », résume Yves Michaud, philosophe et ancien directeur de l’Ecole des Beaux-Arts. L’important n’est pas l’artiste mais ce processus associant collectionneurs, fonctionnaires et critiques qui le désignent. Dans un milieu de plus en plus fluide : les collectionneurs pénètrent les conseils des musées publics, les « artocrates » passent du ministère de la Culture, aux musées et aux fondations, les grands collectionneurs prescrivent le marché tandis qu’à coup d’expositions et d’achats, les fonctionnaires d’un Etat culturel de plus en plus co-financé par le mécénat privé orientent l’argent des contribuables pour valider auprès du public la cote des artistes sélectionnés. C’est l’un de ces petits marquis de la rue de Valois qui avait dit il y a quelques années au peintre Gérard Garouste qu’il n’aimait pas sa peinture « qui ne représentait en rien l’art français ».

Imposture en bande organisée

Comme toute les impostures en bande organisée, cet art d’initiés additionne les risques. D’abord ceux que représentent les grands enfants que sont ces nouveaux artistes. Ils peuvent vendre la mèche comme l’avait fait un jour Jeff Koons : « Mon œuvre n’a aucune valeur esthétique… Le marché est le meilleur critique ! » Une fois qu’ils sont starisés, il est parfois difficile de les contrôler et ils peuvent se montrer approximatif dans le réglage du niveau de provocation, comme McCarthy ou comme cet autre génie qui avait, la nuit, pendu aux arbres d’une place de Milan des imitations d’enfants pour se gausser des ploucs locaux horrifiés au petit matin... Car leur créativité sans bornes est aussi facile que risquée : n’importe qui peut être candidat à l’art conceptuel. Ce qu’avait anticipé Claude Levi-Strauss dans son fameux article sur « le métier perdu » en peinture a bien muté : il n’y a plus besoin d’une formation technique aux métiers de l’art pour récupérer une vieille palette sur un chantier, faire faire un tonneau à une voiture, mettre du caca en conserve ou produire des pénis en chocolat. « L’acte artistique ne réside plus dans la fabrication de l’objet, mais dans sa conception, dans les discours qui l’accompagnent, les réactions qu’il suscite », explique la sociologue Nathalie Heinich, auteur du Paradigme de l’art contemporain (Gallimard).

Le risque peut venir aussi des collectionneurs, qui par inculture ou passion spéculative, ne savent pas s’arrêter quand il faut, parce qu’ils se flattent, au travers de leurs actes d’achat, d’ignorer le passé, l’histoire, la culture dont il faut faire table rase. « Avoir un Jeffs Koons chez soi dispense de justifier ses gouts tout en envoyant un message clair : "Je suis riche" », explique la marchande d’art Elisabeth Royer-Grimblat. « De la culture au culturel, du culturel au culte de l’argent, c’est tout naturellement que l’on est tombé au niveau des latrines, souligne Jean Clair, Le fantasme de l’enfant qui se croit tout puissant et impose aux autres les excréments dont il jouit ».

La machine à cash dévoilée

A ce propos, Philippe Dagen est assez inquiet pour se permettre dans son rappel à l’ordre de sermonner aussi François Pinault. Il reproche au grand collectionneur d’avoir lui aussi commis l’erreur d’exposer dans sa Fondation les œuvres scatologiques de McCarthy et d’autres petits génies dont l’inventivité se réduit à représenter divers carnages, sodomies et supplices sexuels. Il recommande à Pinault et à ses « conseillers » de suivre plutôt l’exemple de son frère ennemi en spéculation artistique, Bernard Arnault, dont la Fondation Vuitton, « loin de chercher le scandale », sait maintenir les apparences, avec un « art ni transgressif ni régressif ».

Car, insiste Dagen, s’il se réduit à la « blague salace », à la « provocation grasse » et au « scandale sexuel », l’art contemporain aura du mal à continuer de faire croire qu’il est autre chose qu’une machine à cash fonctionnant au coup médiatique. Le risque le plus grave serait de perdre la complicité des élus-gogos et des fonctionnaires drogués au mécénat. Car ces provocations programmées ont besoin de disposer de lieux publics emblématiques et prestigieux (Tuileries, Versailles, Grand Palais, place Vendôme, etc.), la profanation de ces célèbres écrins historiques permettant de sacraliser des « œuvres » – poutrelles de ferraille, animaux gonflables, carcasses de voitures, étrons géants, etc. – qui n’auraient pas le même effet sur un parking de supermarché ou un échangeur d’autoroute. Dagen explique qu’un bug pas banal comme le plug anal « fournit des arguments à tous ceux qui, avec Luc Ferry pour maître à penser, tiennent l’art d’aujourd’hui pour uniformément nul – une vaste blague ». Le philosophe dénonce en effet régulièrement, avec exemples confondant à l’appui, l’« imposture intellectuelle » de cet « art capitaliste jusqu’au bout des ongles », qu’il analyse comme une version nihiliste de la « destruction créatrice » de Schumpeter étendue de l’économie à la culture.

Derrière les cris des perroquets hurlant aux « réacs »

Pour l’instant, les réflexes sont toujours là. Canal + continue à ânonner le catéchisme habituel : « Avec cet art qui appuie là où ça fait mal, McCarthy n’a pas fini de déranger et de briser les tabous, et c’est tant mieux pour nous ! ». Et la ministre de la Culture Fleur Pellerin a gagné le prix de la célérité à atteindre le point Godwin de nazification de l’affaire McCarthy en tweetant  : « On dirait que certains soutiendraient volontiers le retour d'une définition officielle de l'art dégénéré ». Plus significatif était le retrait et l’embarras très inhabituel de l’autre ministre de la Culture, Jack Lang, sur le plateau du Grand Journal : il ne dissimulait pas son peu d’empathie pour McCarthy, préférant s’inquiéter de la « spéculation » et de « l’unanimisme » régnant depuis quelques années dans le monde de l’art. Autre parole remarquée, l’aveu récent, au moment de partir à la retraite, d’un des plus grands marchands d’art, Yvon Lambert : « J’arrête aussi parce que mon métier a changé, il n’y a que le fric qui compte ».

Philippe Dagen a donc estimé urgente sa mise en garde et son article remarqué constitue un tournant historique dans ce petit milieu spéculatif. Le puissant critique du Monde a bien senti, derrière les cris des habituels perroquets hurlant aux « réacs », le silence gêné des professionnels de la profession se demandant si l’affaire du plug anal de 24 mètres de la place Vendôme n’était pas le premier accident industriel du juteux business de l’art contemporain. Philippe Dagen est leur « lanceur d’alerte ».

http://m.marianne.net/Le-plug-anal-de-M … m#comments

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Cette bulle ne date pas vraiment de la crise des subprimes ...
Rappelons nous ce sketch des Inconnus:
http://www.dailymotion.com/video/xa6ze_ … eintre_fun

Re: Le fil des excellents articles de fond

Cette fois, c'est un article en forme de bonnes feuilles du dernier ouvrage de Joseph Macé-Scaron.

Je trouve que l'analyse est fine, souvent juste et utile. J'ai simplement un léger doute sur l'argument de JMS estimant que les dérives religieuses ne sont pas ou ne représentent pas les religions dans leur totalité. Au regard non seulement de l'Histoire des guerres de religions, des dérives autoritaires mille fois démontrées au cours de la petite et de la grande Histoire, et aussi des trop nombreuses illustrations des conflits religieux aujourd'hui, j'ai de plus en plus de mal à ne pas penser que le conflit, l'autoritarisme normatif et social, l'exclusivisme, est consubstantiel au caractère doctrinal, tutélaire et séparateur (en terme d'identité justement) de toute religion, sans pour autant dénier à la religion non seulement une utilité sociale, créatrice de lien et justificatrice de normes permettant dans la forme primitive des sociétés la création d'un lien social, mais aussi une capacité oeucuménique, lorsqu'elle ne prend pas simplement la forme d'une opération de com' entre les autorités religieuses, mais une véritable ouverture au relativisme voire à l'universalisme rationnel.

http://www.marianne.net/L-ere-des-tyran … picks=true

L'ère des tyrannies identitaires
Dimanche 2 Novembre 2014 à 05:00 | Lu 2926 fois 19 commentaire(s)

Alexis Lacroix

Dans son nouvel essai, "la Panique identitaire", Joseph Macé-Scaron, directeur de la rédaction de "Marianne", éclaire d'un jour cru la face cachée de la "mondialisation heureuse". Ces dernières années, met-il en garde, nos sociétés se sont transformées en gigantesques laboratoires pour des identités devenues incontrôlables : de la Seine aux rives du Dniepr et de Glasgow à Barcelone, jamais la tentation de se construire dans le rejet de l'autre n'a été si aiguë, si omniprésente. Un spectre hante notre temps et menace jusqu'au fondement des institutions démocratiques : les passions identitaires. Extraits.

L'ère des tyrannies identitaires




Après un engourdissement qui aura duré près de cinquante ans, l'identité a repris une vie propre, sous le feu des mises en demeure, comme un malade se réveille sous les claques de l'anesthésiste. « Où suis-je ? » demande-t-elle. Et chacun de lui répondre en écho : « Qui suis-je ? », et les groupes d'entonner à leur tour : « Qui sommes-nous ? » Or, chaque réponse individuelle ou collective à ces questions nous fait avancer sur un terrain miné par des artificiers en quête de génie.


Car cette quête d'identité s'accompagne d'un essentialisme de bon aloi. « Identité » vient du latin idem qui signifie « le même ». Le terme désigne une réalité unique et inaltérable. Membres de l'espèce humaine, nous sommes tous uniques, ce qui ne nous empêche pas de varier, d'évoluer tout au long de notre existence «ondoyante». Or, par paresse parfois, par malhonnêteté souvent, nous englobons les gens les plus différents sous un même vocable. « Les Roms », « les Américains », « les Chinois », « les Arabes », « les Africains », mais aussi « les musulmans », « les juifs », « les catholiques », et encore « les homosexuels », « les jeunes »... En essentialisant, nous prêtons à tel ou tel groupe des qualités, mais plus largement des défauts, et parfois même des crimes, alors que nous avons peut-être fait réciter la veille la fable de La Fontaine le Loup et l'Agneau : « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. - Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens. » [...]


De même que les communautés ne connaissent pas de pire adversaire que les dérives communautaires, l'identité ne connaît pas de meilleur ennemi que la panique identitaire. Tout pourtant nous y conduit. Comme si l'augmentation de la misère sous toutes ses formes, l'explosion des inégalités sociales, l'accroissement des aliénations, la sauvagerie de la concurrence et la paupérisation généralisée ne pouvaient trouver d'autre potion politique et pharmacopée idéologique que ce grand bazar du repli sur soi.


L'identité ne peut pas emprisonner l'individu sous une étiquette ? Aucun problème, l'identitaire s'en charge en le précipitant dans le grand bain collectif. La folie étant que les groupes humains évoluent également, mais de cela l'identitaire n'a cure. Voilà pourquoi il est doublement dangereux. D'abord, parce qu'il ne lie pas les personnes sur les bases d'une origine ou d'une histoire communes, mais sur la promotion d'une entité imaginaire, semblable à ces divinités carthaginoises aux ventres brûlants. Ensuite, parce qu'il tend vers la conquête du pouvoir par tous les moyens, y compris actuellement par la voie démocratique, pour imposer sa vision paranoïaque du monde.


Une pandémie politique


Cette rétractation identitaire est souvent présentée comme un mal européen, une des dernières convulsions de notre Vieux Continent qui s'accroche aux pays qui s'approchent trop près de lui, comme ces blessés qui n'en finissent pas d'agoniser dans les westerns. Peut-être ceux qui défendent cette thèse y puisent-ils des éléments de consolation. Malheureusement, la panique identitaire est bien un fléau politique qu'aucune frontière ne peut arrêter. Un de nos meilleurs spécialistes des relations internationales, Bertrand Badie, ne relève-t-il pas son rôle dans l'effondrement de la notion de territoire ? Cette dernière, construction fragile, est partout menacée en tant que marqueur de souveraineté d'un Etat et support d'une citoyenneté. « Alors que la territorialisation se veut principe d'ordre, elle se transforme dans sa variation identitaire en sources de désordre », écrit Bertrand Badie dans la Fin des territoires. Et il est vrai que la rétractation ethnique pervertit la notion de territoire en cherchant à créer, par la persuasion ou par la violence, des populations identitairement homogènes, rendant ainsi possible sinon légitime cette folie : « la correspondance entre identité et territoire ».


Cette nouvelle forme de territorialisation se moque bien évidemment du droit des minorités et soutient l'idée que des groupes naturels transcenderaient le temps et l'espace. A juste titre, l'auteur retient que la variante extrême de cette thèse a pu, en son temps, servir à légitimer le génocide et à « racialiser » les sciences sociales. « On peut noter, aujourd'hui, qu'elle sert à entretenir la plupart des intolérances », souligne l'auteur. Dans le « meilleur » des cas, est-on tenté d'ajouter. Car le passage du territoire marqueur de la citoyenneté à un territoire marqueur de l'identité provoque des réactions en chaîne. Bertrand Badie dépeint, d'ailleurs, l'éclatement de l'ex-Yougoslavie provoqué par cet enchevêtrement identitaire entre Serbes, Croates, Bosniaques, Hongrois, Albanais... L'identitaire s'attaque à la marqueterie des peuples avec violence, c'est une géopolitique à coups de marteau. Les conséquences sont innombrables et incalculables. Vouloir qu'un territoire se conforme à une seule ethnicité ou une seule religion, c'est réclamer l'expulsion de l'autre et enchaîner émigrations, reclassements identitaires, inaugurant des conflits sans fin.


En proclamant, en juin 2014, la naissance d'un nouveau califat, le gourou de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, n'a pas seulement enjambé les siècles en se posant dans sa mégalomanie comme un des successeurs du Prophète, il a surtout rayé d'un trait de plume les frontières de trois Etats-nations (l'Irak, la Syrie, la Jordanie) et prononcé l'arrêt de mort des communautés religieuses qui ne relevaient pas de la stricte orthodoxie wahhabite.


Plus près de toi, mon Dieu


Samuel Huntington avait raison, mais il s'est trompé de titre. Le monde qu'il décrit, et qui est censé correspondre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, n'est pas celui du « choc des civilisations », mais du choc des religions. Toute personne qui souhaite suivre, aujourd'hui, l'évolution des relations internationales devrait toutes affaires cessantes abandonner la lecture de Raymond Aron, de Jürgen Habermas ou d'Alexander Wendt pour se plonger sans tarder dans la Bible, le Nouveau Testament, le Coran, les Veda et les sutras bouddhistes. A l'heure actuelle, partout sur la planète, affirmer son appartenance religieuse avec force est moins répandu qu'il y a quatre cents ans, mais assurément plus fréquent qu'il y a quarante.


[...] J'ai conscience qu'en écrivant ces mots je parle de religion et non de fanatisme. Et je m'empresse d'ajouter qu'étant, à la fois, croyant et indécrottable laïc, je ne pense pas que le fait religieux soit, a priori, la source de tous nos maux. Non, le fondamentalisme n'est pas l'essence du religieux. L'intégrisme n'est pas une orthodoxie, mais une spiritualité dévaluée, dévoyée, une grimaçante caricature de piété. Qu'ont de commun le télévangéliste et un protestant des Cévennes ? Que savent le petit mollah du bazar de Téhéran et le jeune adolescent du Hezbollah du chiisme, cet ésotérisme de l'islam ? Connaissent-ils seulement le nom du grand mystique soufi persan, Abu Abd Allah al-Husayn Mansur al-Hallaj, supplicié par amour pour Allah ? Et ces manifestants vêtus d'habits bleus et rose layette qui, dans un même sabir freudo-chrétien, mélangent ordre naturel et ordre symbolique, savent-ils que, si Maurice Clavel revenait, il les chasserait sans ménagement ? Et cette militante provie qui attaque une infirmière à la sortie de son domicile, que sait-elle de la prière du cœur ? Et dans quelle estime un moine de l'Athos tient-il un hiérarque de l'actuel clergé orthodoxe russe, emperlousé de médailles saintes comme un sapin de Noël ? L'islam sunnite n'a rien à voir avec Boko Haram au Nigeria qui s'inspire des talibans d'Afghanistan, dont ils ont dû écouter un jour par mégarde une vieille cassette. Le christianisme n'est pas responsable des milices anti-Séléka en Centrafrique qui expulsent les femmes et les enfants musulmans réfugiés dans les églises pour les mutiler. Le dalaï-lama, qui a suffisamment à faire avec les états d'âme de Richard Gere et Steven Seagal, est impuissant face au massacre par les bouddhistes birmans des membres de la communauté musulmane des Rohingyas, les parias de Birmanie.


Partout où sévit l'homme, la barbarie ordinaire peut se donner libre cours, et pas seulement en Irak ou en Syrie. Au nom de quoi les communautés religieuses qui tendent vers l'universel seraient-elles exemptées d'un tel fléau ?


La vraie question se pose ainsi : pourquoi l'identitaire religieux donne-t-il l'impression de mener le bal ? Pourquoi le rituel prend-il ainsi le pas sur le cultuel dans nos vies quotidiennes et ce, jusqu'à l'obsession ? Pourquoi l'identitaire parle-t-il si haut et si fort quand ses adversaires, qui se recrutent dans toutes les religions, ont l'air de célébrer une messe basse ?


Le dégoût des autres


Moquée, raillée, dévaluée, la figure de l'autre doit faire face, aujourd'hui, à un double péril. Le premier est la conséquence directe de ce grand bain collectif du marché, cette matrice qui nous commande chaque seconde de savoir si nous sommes Mac ou PC, Evian ou Contrex, Levi's ou Diesel, dans lequel nous barbotons, faussement différenciés, et effectivement identiques dans notre commun besoin de singularisation. [...]


Le second péril est la conséquence de cette situation qui apparaît à beaucoup comme une insupportable intrusion. Plus l'autre donne l'impression de se diluer, plus il faut le recréer, accentuer au maximum la différence. La panique identitaire réveille cette figure de l'autre qui apparaissait trop dangereusement proche. Si nous vivons sous le règne de l'indifférenciation, comment vais-je faire pour m'opposer, me construire, m'identifier ? La réponse est simple : je vais créer un autre de toutes pièces, golem de mes angoisses, surface de projection de mes phobies et de mes ressentiments que je vais pouvoir combattre et haïr en toute quiétude. Le rejet véhément de l'autre ne peut pas finir sans son extermination, son éradication. Oui, la panique identitaire est un altéricide.


La cohabitation avec l'autre nous est devenue insupportable. Plus celui-ci est proche ou peut nous sembler proche, plus il constitue une menace puisqu'il entre dans l'indifférencié. Plus il est près de moi, plus je dois le repousser violemment pour m'en détacher. Ce n'est pas l'autre lointain qui m'est devenu insupportable, mais l'autre voisin, the boy next door qui empiète sur mon jardin secret, et qu'importe si j'ai laissé cet espace être envahi par les mauvaises herbes.


C'est la raison pour laquelle la panique identitaire ne craint pas de porter le fer dans les communautés dont elle est issue pour trier entre les « bons » et les « mauvais ». Elle se veut plus « représentative » que la communauté d'origine. Elle seule est mandatée pour dire à chacun qui il est, lui édicter la place qu'il doit occuper, assurant au groupe sa cohésion symbolique en stigmatisant l'adversaire. Car, comme on essaie de nous le faire croire, en employant à tort et à travers le mot « phobie », quitte à faire passer notre pays pour une immense cage aux phobes. Non, le fioul de l'identitaire n'est pas la peur de l'autre, c'est la haine de l'autre. Comme l'écrit Jean Giono dans le Désastre de Pavie, son génial essai historique sur la déroute française : « La haine est plus merveilleuse que l'amour ; je veux dire, elle pousse plus communément aux merveilles. » Et nous sommes, en effet, loin, très loin de cette recommandation du philosophe Philippe Lacoue-Labarthe dans son recueil posthume la Réponse d'Ulysse : « Je ne reconnais aveuglément et obstinément, comme seule règle archiéthique, que le refus d'humilier, le soin et le souci de ne pas humilier. »


Victimes, bien sûr, la femme qui réclame de se voiler intégralement, l'interne qui exige de porter la kippa, le prêtre qui refuse de baptiser un enfant parce que ses parents n'ont pas « chrétiennement » élevé son frère. Oui, victimes et vecteurs d'une identité collective, imprégnés des seules valeurs de «leur» identité qu'ils portent comme un corset de fer. Opter pour la panique identitaire, c'est jeter par-dessus bord le libre arbitre, la liberté de conscience et le libre examen critique, c'est choisir de vivre sans rien qui vive en nous.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Greg a écrit:

Au regard non seulement de l'Histoire des guerres de religions, des dérives autoritaires mille fois démontrées au cours de la petite et de la grande Histoire, et aussi des trop nombreuses illustrations des conflits religieux aujourd'hui, j'ai de plus en plus de mal à ne pas penser que le conflit, l'autoritarisme normatif et social, l'exclusivisme, est consubstantiel au caractère doctrinal, tutélaire et séparateur (en terme d'identité justement) de toute religion, sans pour autant dénier à la religion non seulement une utilité sociale, créatrice de lien et justificatrice de normes permettant dans la forme primitive des sociétés la création d'un lien social, mais aussi une capacité oeucuménique, lorsqu'elle ne prend pas simplement la forme d'une opération de com' entre les autorités religieuses, mais une véritable ouverture au relativisme voire à l'universalisme rationnel.


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"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Il est vrai que l'on n'est pas là dans la pensée construite par l'insulte, la haine et le mépris que tu affectionnes tant.

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"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Non, on est dans le charabia qui consiste à délayer en huit lignes ce qu'on pourrait dire en une.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Dit le mec qui nous a fait une tartine scabreuse en l'honneur de la pensée subtile des intellectuels d'extrême droite des années 30 et des collaborationnistes.

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Plus subtile que tes maîtres à penser Patrick Besson et Bruno Roger-Petit, ça, c'est évident. Mais au moins, ce que j'écris est compréhensible, ce n'est pas du sabir pseudo-intello.
Pour résumer en une phrase ton pâté de huit lignes ci-dessus :

Greg, reformulé, a écrit:

J'ai découvert en étudiant son histoire que la religion, au-delà de son but premier qui est de relier les hommes dans un esprit de communion, peut aussi être facteur de violences et de guerre.

Voilà, deux lignes au lieu de huit. Au passage, j'admire l'éclair de lucidité de ta pensée.

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"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Poster un article = maître à penser... Comme d'habitude, tu ne recules devant aucune (extrême) exagération.
Et il vaut certainement mieux citer un article de BRP citant Besson que d'être une groupie cachée du "sabir" haineux des scribouillards d'extrême-droite.

Quant à synthétiser à l'extrême (et caricaturer) les passages analytiques des autres, on peut très bien le faire avec ton texte sur lesdits scribouillards :

FDL a écrit:

j'aime bien déguster de la merde de chien de temps en temps

Last edited by Greg (02-11-2014 19:02:15)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Greg a écrit:

Poster un article = maître à penser...

Ah ben écoute, tu semblais cautionner en applaudissant des deux mains une, je ne sais pas comment dire, théorie ? selon laquelle si Zemmour disait la même chose qu'un écrivain collaborationniste, alors cela signifiait qu'il partageait les mêmes valeurs que lui (en gros, il aurait été collabo durant la guerre, joli point Vichy). Donc tu pensais comme eux, non ?

Et il vaut certainement mieux citer un article de BRP citant Besson que d'être une groupie cachée du "sabir" haineux des intellectuels d'extrême-droite.

Hmm, pas vraiment, citer ces deux-là, c'est un peu la honte quand même. Sinon, je ne suis ni groupie, ni caché. Il m'arrive de lire du Sartre par exemple. Pourtant, lui aussi s'y connaissait en sabir haineux et il s'accommodait très bien de l'occupation allemande, comme sa copine Simone.

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Ils ne disaient pas que Zemmour aurait été un collabo, ça n'aurait évidemment aucun sens de dire cela. Ils disaient que les thèses de Zemmour, ses propos, ses thématiques, étaient inspirés et recoupaient ceux de Rebatel. Que ça sous-entende que Zemmour prône de façon directe ou indirect certaines des thèses de l'extrême droite, sans assumer ce positionnement, certainement, mais ça ne fait pas de Zemmour un collabo pour autant.

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Greg a écrit:

Ils ne disaient pas que Zemmour aurait été un collabo, ça n'aurait évidemment aucun sens de dire cela. Ils disaient que les thèses de Zemmour, ses propos, ses thématiques, étaient inspirés et recoupaient ceux de Rebatel.

Tu as bien vu les phrases qu'on lui reprochaient. Ces phrases, n'importe qui peut les prononcer, Macron le premier, comme je te l'ai montré.
Il y a d'autres moyens plus efficaces de réfuter Zemmour, sans avoir à convoquer les sempiternelles années 30 comme un talisman.

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Voilà qui sort un peu du prêchi-prêcha habituel :

Le Monde a écrit:

Guerre 1914-1918 : pour en finir avec la « grande boucherie »

La commémoration du centenaire du 11 novembre est-elle à la hauteur de ce que la Grande Guerre représente réellement pour notre pays ? Rien n’est moins sûr, car le souvenir de la guerre 1914-1918 n’échappe pas à la grande tendance au dénigrement. On a cru dresser du conflit un tableau sans fard en cherchant à le dépouiller des excès des discours patriotiques, comme on l’aurait soigné d’une maladie honteuse, sans s’apercevoir que l’on effaçait dans le même temps l’essentiel, l’adhésion et les motivations de chacun à ce qui était alors encore une grande idée, la nation française.

Aujourd’hui, la pensée dominante ne nous présente plus les poilus que comme des victimes passives d’une « boucherie » qu’ils auraient subie, comme une sorte de catastrophe inévitable. Comme on a pu le lire maintes fois, les 1,4 million de soldats français tués durant cette guerre ne seraient alors que des « moutons broyés durant 4 ans par une fatalité absurde », fruit de« l’inconstance des politiques et de l’inconséquence d’officiers généraux, prompts à sacrifier leurs hommes pour gagner quelques mètres de boue »….

Pour satisfaire à l’obligation de proposer une mutuelle santé à ses salariés avant le 1 janvier 2016, il est important de bien comprendre les éléments de tarification d’une couverture santé…

Rares sont les discours et les évocations de « la der des der » qui échappent désormais à cette seule explication, au point d’en être devenu réducteur et de véhiculer de véritables poncifs. Des décennies de pacifisme sur les horreurs du conflit et l’absurdité de la guerre ont ainsi eu pour conséquence de faire perdre une grande partie de leur sens aux évènements.

Transmission de valeurs célébrant l’unité

Depuis quinze ans, sans attendre la mort du dernier de nos poilus, ce phénomène s’est amplifié et manifesté par une vision historico-politique se focalisant, voire survalorisant, les drames liés aux fusillés ou aux mutineries. Cette tendance a achevé de nous priver du recul nécessaire pour analyser la période. Une forme de « supériorité morale » semble nous autoriser aujourd’hui à réduire ce conflit à un déchainement d’horreurs, fruit d’un monde qui appartient définitivement au passé. Cette vision est consensuelle et rassurante. Elle entend mettre la barbarie à distance et évite de s’interroger sur un autre sens, sans doute plus fidèle à l’histoire et à l’épreuve que fut la Grande Guerre, le lien de chaque individu à son pays.

Peut-on, en effet, encore oser dire que cette guerre avait un sens ? Oui et, aussi difficile à comprendre que cela puisse paraitre un siècle plus tard, nos aïeux acceptaient l’idée de mourir pour leur patrie, convaincus que le sort de leurs familles et l’avenir de leur pays tout entier en dépendaient. La commémoration de la Grande Guerre devrait aussi être dédiée à la transmission de ses valeurs célébrant l’unité, une forme de cohésion nationale et de don de soi pour l’intérêt commun. C’est malheureusement trop rarement le cas, comme si ces mots dérangeaient, comme si l’héritage était trop difficile à assumer, nous forçant à taire cette dimension. L'exemple des souffrances endurées par tout un peuple devrait pourtant nous inciter à l'humilité...

Comment se réapproprier le souvenir de la Grande Guerre ? Beaucoup de Français ont semble-t-il commencé à le faire avec une certaine spontanéité : fouillant leur histoire familiale certains rassemblent par exemple lettres et reliques de poilus cherchant à les partager, au travers des collectes organisées il y a peu dans les mairies. Il y a certainement dans cet élan une quête de sens, une volonté de comprendre et de se réapproprier cette part de notre histoire commune. Il est temps d’y répondre en mettant dans les commémorations moins d’idéologie et plus de valeurs. Clemenceau disaient des poilus « qu’ils ont des droits sur nous », maintenant que tous les survivants du conflit ont disparus nous avons le devoir d’entretenir bien plus que leur souvenir, leurs valeurs…

Ce travail de mémoire aura sa vertu dans un monde actuel traversé par un malaise identitaire évident et une société au sein de laquelle la jeunesse montre souvent un dégoût de soi-même et de son passé.L’enjeu est de taille à l’heure où nous assistons à une remise en cause de notre citoyenneté et à un questionnement permanent sur le vivre ensemble. De toute évidence, le culte mou de la construction européenne et la religion du développement durable ne suffisent plus à forger des repères à nos enfants. Le vaste chantier des commémorations de la guerre 14-18 fait alors bien partie des multiples pistes à explorer pour expliquer à notre jeunesse qui nous sommes et d’où nous venons.

Lieutenant-colonel Cyril Leprêtre officier d'Infanterie

    Cyril Leprêtre (Officier d'Infanterie)

http://www.lemonde.fr/idees/article/201 … _3232.html

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Un très bon article sur l'un des impacts regrettables mais résistibles de la montée en puissance de la lecture de consultation sur Internet par rapport à la traditionnelle lecture d'ouvrages papier.

Vous avez l'impression de ne plus arriver à lire des livres? C'est un syndrome courant

Katy Waldman

Traduit par Yann Champion

Culture
12.11.2014 - 14 h 42

mis à jour le 13.11.2014 à 10 h 38

Internet a-t-il vraiment tué nos longues communions méditatives avec les textes ou sommes-nous juste nostalgiques d’un Eden de la lecture qui n’a jamais vraiment existé?

Slate étant un magazine en ligne, vous êtes très probablement en train de lire ce texte sur un écran. Il est même probable que vous le lisiez plutôt le matin qu’en soirée. Vous êtes peut-être au travail, à la recherche d’une simple information plutôt que d’une longue expérience contemplative. Vous avez sans doute d’autres onglets ouverts… et vous allez zapper sur l’un d’eux si je vous ennuie.

Vos yeux sont peut-être un peu fatigués par le scintillement de l’écran ou il leur a fallu un certain temps pour s’adapter à la police employée par Slate, qui diffère légèrement de celle du site où vous vous trouviez auparavant. Vous devriez faire une pause de 20 secondes si cela fait plus d’une demi-heure que vous n’avez pas quitté des yeux votre écran d’ordinateur, votre smartphone, votre tablette ou votre livre électronique. Allez-y, j’attends. Et ce n’est pas grave si vous ne revenez pas —nous savons tous désormais que la plupart des gens n’iront pas au bout de cet article. Si vous revenez, toutefois, j’aimerais vous parler de quelque chose qui me préoccupe ces derniers temps: le sentiment d’insécurité du lecteur.

C’est en train de devenir un cliché chez les gens qui ont une vingtaine d’années (surtout chez ceux qui ont plus de 25 ans): dès que l’on se met à parler de livres, d’articles ou de quelque texte que ce soit d’une certaine longueur, il se trouve toujours une personne pour se mettre à geindre qu’elle «n’arrive plus à liiiiiiiire» en expliquant que tout ça, c’est de la faute à Internet, qui a considérablement réduit ses capacités de concentration. S’ensuit alors le récit de ses jeunes années, durant lesquelles elle pouvait rester des heures entières plongée dans un roman, alors qu’aujourd’hui, elle ne parvient plus qu’à observer le défilement des tweets, qui s’agitent tels des poissons dans la rivière du temps-qui-ne-reviendra-plus.



D’abord agacé par cette espèce de frime maquillée en aveu d’échec («J’étais précoce, tu vois, et je reste profondément intellectuel» ou «Je me sens oppressé par ma participation active à la conversation culturelle»), vous vous rendez ensuite compte que vous semblez souffrir des mêmes symptômes. «Mais oui!» vous exclamez-vous intérieurement, submergé par des souvenirs sans doute inventés d’après-midi entières passées à lire Robertson Davies à l’ombre d’un arbre. «Que m’est-il arrivé? Qu’est-ce je vais faire? Où est-ce que ma concentration…? Oh, non!».

L’insécurité du lecteur. C’est tout ce qui vous donne l’impression de ne pas profiter autant de vos lectures que vous ne le faisiez auparavant. C’est se réserver une heure pour lire ce nouveau roman qui vous fait tant envie et la passer sur Facebook à faire bêtement défiler des photos d’anciens camarades de lycée dont vous vous souvenez à peine. C’est déplorer son manque de concentration et regretter le flow, la transe d’entrer dans un monde narratif en laissant le monde réel de côté. C’est se dire que si Virginia Woolf avait raison lorsqu’elle disait que le paradis était une longue lecture dont on ne parvient à s’extraire, vous avez été chassé du paradis.
Nostalgie de la génération Y

Je retrouve ce sentiment d’insécurité partout autour de moi, chez mes collègues, qui en ont clairement les symptômes («Mes capacités de concentration sont complètement atrophiées. Cela va faire un an que j’essaie de finir Le Berceau du Chat, qui n’est pourtant pas un roman long.»); chez mes amis, qui en sont réduits à chercher des solutions désespérées du style «Et si on formait un club de lecture?» (Mais bien sûr! Compte là-dessus…)

«Une jeune femme lisant», Gustave Coubert, 1868

Un ensemble de nouvelles applications de lecture avancent l’idée que la lecture est à repenser si l’on souhaite la sauver, confirmant par leur positivisme grotesque –la lecture 1.0 serait «inefficace» et «frustrante» alors que la lecture 2.0 serait formidable– cette anxiété du pourquoi ça ne marche pas. Pour se soigner, certains lancent des «journées du débranchage». Des livres et des articles analysent la manière dont nous lisons aujourd’hui: les enseignants la déplorent, les enfants semblent s’en moquer et la génération Y se demande si elle doit l’adopter ou y résister.

C’est ce dernier groupe (les ambivalents, ceux qui ont grandi alors qu’Internet commençait à s’imposer dans la société et qui peuvent à peine se souvenir d’une époque sans ordinateurs) qui semble le plus susceptible de développer ce sentiment d’insécurité du lecteur. Notre nostalgie du papier ne fait que masquer notre nostalgie de l’enfance. Nous avons atterri dans un monde différent de celui dans lequel nous sommes nés. Mais, à l’inverse de nos parents, nous ne pouvons nous en extraire. Nous sommes obligés d’y faire face. Et nous avons peur de ne pas être à la hauteur.
Etudes anxiogènes

La science ne fait qu’alimenter ce doute. Du moins, elle renforce l’idée que quelque chose a changé. Plusieurs études ont récemment montré que les gens lisent différemment sur écran que sur papier. Nous survolons le texte à la recherche de l’information souhaitée au lieu de commencer au début et de tout lire jusqu’à la fin. Nos yeux sautent d’un endroit à l’autre, attirés par les liens (qui impliquent une certaine autorité ou importance) et les lignes courtes bordées d’espaces blancs. Nous pouvons faire défiler le texte si besoin, mais nous préférons ne pas avoir à le faire (Est-ce parce que cette chute libre invite à une désorientation passagère? Ou tout simplement par paresse?) Nous lisons plus vite. «Sur Internet, les gens ont tendance à ne pas lire de manière traditionnelle, mais plutôt à écrémer, à sauter d’une source à l’autre» ont écrit les psychologues Val Hooper et Channa Herath en juin dernier.

Et ce n’est pas seulement la chorégraphie de la lecture qui change lorsque l’encre cède la place aux pixels. C’est la manière dont nous appréhendons, dont nous intégrons et dont nous nous souvenons du contenu. Dans le très bon article (en ligne) sur les différents styles de lecture sur écran et sur papier qu’elle a écrit pour le New Yorker, Maria Konnikova parle de l’étude réalisée par la scientifique norvégienne Anne Mangen, qui a demandé à des étudiants de résumer une nouvelle lue soit dans un livre classique, soit sur un livre électronique Kindle. En dépit de la «ressemblance physique» des deux textes («l’encre électronique du Kindle est conçue pour imiter une page papier», remarque Konnikova), les étudiants qui ont lu le texte sur papier ont mieux réussi à en résumer l’intrigue. De la même manière, des volontaires à qui l’on avait demandé de rédiger un exposé sur un texte qu’ils avaient lu soit en ligne, soit sur papier, ont montré que ceux qui avaient reçu de vrais livres élaboraient de meilleures réponses.

Nous avons donc peut-être raison de nous inquiéter de nos lectures électroniques. Peut-être avons-nous ressenti que nous avons besoin de signaux physiques pour élaborer des arguments complexes et que nous recevons mieux ces derniers lorsqu’ils sont dans des livres plutôt que sur un écran électronique. En ligne, le flux fugitif des pixels fait que les idées elles-mêmes semblent aériennes et éphémères. Ces minces volutes sont-elles moins susceptibles de se graver dans nos mémoires ?

Un questionnement antique

La notion selon laquelle la langue est empreinte du caractère permanent ou évanescent de son médium fut très débattue au Moyen-âge, lorsque les écrits commencèrent à supplanter la tradition orale. Chaucer liait ainsi l’expression orale au flux et à la tromperie: dans un poème servant en partie de mise en garde sur la rumeur, il relie le caractère éphémère de l’amour au son fugace de la voix qui professe des mots doux. (L’un des personnages demande par exemple pourquoi les hommes mentent autant lorsqu’ils font des promesses enflammées: «O have ye men swich goodlihede/ in speche, and never a deel of trouthe?»)

Même auparavant, le poète antique Catulle invitait, de manière sarcastique, les femmes à écrire leurs promesses sur le vent et l’eau (support approprié à l’inconstance de leurs propos). À propos de Saint Augustin, monté au ciel grâce à la réalité concrète et à la vérité incontestable de l’encre sur le codex (il s’est converti après avoir ouvert une bible), Andrew Piper écrit: «Ce fut avant tout la tangibilité du livre, le fait qu’il soit “à portée de main”, qui fait qu’il a joué un rôle si important. …. La tangibilité du livre, tant d’un point de vue matériel que spirituel, est ce qui lui confère ce pouvoir immense de changer nos vies de manière si radicale.»

Cela peut sans doute paraître quelque peu trop intello et capillotracté pour expliquer ce qui nous gêne dans la lecture sur Internet, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est une sorte de retour à l’antique débat sur «l’oralité et la littérature» (la nature insaisissable de l’un s’opposant à l’autorité stable et ancestrale de l’autre). Sauf que, cette fois-ci, ce sont les nouvelles technologies qui jouent le rôle de sources peu fiables, tandis que les bons vieux livres imprimés sont considérés comme la source sûre. Et après des siècles passés à vanter la solidité de la langue écrite, il y a quelque chose de terrifiant à voir notre production écrite s’évaporer.

L'indispensable concentration

En outre, plus prosaïquement, il faut reconnaître qu’il est beaucoup plus difficile de se concentrer lorsque l’on lit en ligne. Vos emails, votre messagerie instantanée, vos réseaux sociaux et une infinité de contenus plus tentants les uns que les autres se trouvent à simple portée de clic. À peine ouvre-t-on une page que les publicités et les liens hypertexte nous sautent au visage. Dans leur papier de 2014, Hooper et Herath ont avancé que la compréhension des gens était amoindrie lorsqu’ils lisaient sur Internet parce que les stimuli extérieurs interrompaient le transfert des informations entre la mémoire sensorielle et la mémoire de travail, puis entre la mémoire de travail et la mémoire à long terme. Des experts confirment cette extinction du «cerveau de la lecture approfondie» si l’on n’apprend pas à se détourner des distractions du Web (exactement le type de remarques propres à susciter un sentiment d’insécurité chez le lecteur). Certains de mes amis et collègues affirment qu’ils sentent leurs capacités de lecture approfondie leur revenir dès lors qu’ils se tiennent à l’écart du Web un certain temps. Bonne nouvelle, donc: le syndrome serait réversible. Malheureusement, la plupart de nos métiers ayant trait à l’information, ils impliquent des consultations quotidiennes du Dr. Google. L’insécurité du lecteur ne manque pas de moyens pour vous rappeler à quel point vous êtes cyberdépendant.

Culpabilité

Selon moi, autour de toutes ces discussions sur notre attention en déclin flotte en fait un voile de culpabilité et de reproches: C’est de ta faute! Si tu le voulais, tu n’aurais qu’à t’asseoir et faire attention. On a le droit de savourer, même sur écran. Était-il vraiment nécessaire, cette nuit, de t’avaler tous les épisodes de High Maintenance en une seule fois? Néanmoins, la profusion offerte par Internet a également modifié le temps que je suis prête à consacrer à une histoire donnée. Et je ne suis pas un cas isolé: les gens disent se sentir plus impatients lorsqu’ils lisent sur ordinateur. En lecture comme dans d’autres domaines, l’époque est marquée par le FOMO (fear of missing out, la peur de «louper quelque chose») et la recherche incessante de nouveauté: «Nous sommes des éponges et nous vivons dans un monde où la lance à incendie est toujours ouverte», a écrit David Carr dans le New York Times. Jakob Nielsen, qui étudie nos usages sur Internet le dit avec moins de précautions: «Les internautes sont égoïstes, paresseux et méchants.»

La solution se résume peut-être donc tout simplement à éteindre nos ordinateurs et à ouvrir des livres. Des livres! Alléluia. Sauf que nous avons parfois l’impression d’être Mary Typhoïde, transférant à nos lectures papier nos habitudes malades de lecteurs en ligne. Une collègue de mon âge m’a rapporté qu’elle voyait désormais les livres comme des onglets: passant distraitement de l’un à l’autre, elle est souvent obligée de revenir sur ses pas. Je me sens égoïste, paresseuse et méchante même lorsque je lis un roman par un bel après-midi d’été. Parfois, je me demande si une porte ne s’est pas définitivement fermée.

Sauf que nous lisons davantage

Pourtant, si le Web a pris, le Web a aussi donné. La bonne nouvelle, c’est que, insécurité du lecteur ou pas, nous lisons tous plus. Grâce à Internet, les mots sont partout. Les livres électroniques sont fins, légers et rentables. Notre rythme de lecture accru nous permet de lire plus de choses. Et, oui, la lecture sur écran possède des avantages indéniables, comme la recherche de mots clés, les barres d’outils, la possibilité de rechercher tout ce que l’on veut. Un de mes collègues, qui travaille sur un projet historique, m’a raconté avec beaucoup d’enthousiasme comment il avait pu dégoter en ligne d’obscurs journaux quasiment impossibles à trouver. Sans le Web, il lui aurait fallu se rendre dans un autre État pour les consulter et il aurait dû se dépêcher de le faire avant 17h, heure de fermeture de la bibliothèque. L’accessibilité des documents sur Internet, m’a-t-il expliqué, permet de s’y plonger plus en profondeur et plus longtemps.

Et, bien entendu, il faut y ajouter l’ampleur des connaissances mises à disposition: on ne saurait exagérer la puissance «contextualisatrice» de plus d’un milliard de sites Internet.

Tout en confessant ma distractibilité pathologique, je me rends aussi compte que je suis en train de me languir d’un Éden de l’attention qui n’a peut-être jamais existé. Ai-je jamais vraiment lu six heures d’affilée sans décoller mes yeux du livre? Mon imagination était-elle vraiment si peu troublée par les distractions de la vie quotidienne? Et si oui, n’était-ce pas juste une question d’âge, plutôt que de technologie? À douze ans, je n’aurais jamais été tirée du Lys de Brooklyn par une alerte Google me rappelant qu’il faut que je donne le chèque du loyer à ma colocataire. Et personne n’attendait de moi que je sache ce qui se passe en Syrie.
«Lecture plaisir»

Pourtant, le mécontentement persiste. Dans son étude de 1988 sur la lecture ludique (ou «lecture plaisir»), Victor Nell a montré que nous lisons plus lentement lorsque nous aimons le texte. Notre cerveau entre dans un état d’excitation proche de l’hypnose. Cela tient de la transe, du transport amoureux (raison pour laquelle, 30 ans plus tard, les adultes préfèrent retrouver Darcy ou Dracula dans des livres papier, où ils sont moins enclins à faire de l’écrémage, à sauter d’un passage à l’autre et, en général, à être moins au calme).

Lors d’une étude menée récemment auprès de plusieurs centaines d’hommes et de femmes de plus de 18 ans, la plupart des participants ont répondu prendre plus de plaisir avec les livres papier qu’avec les livres électroniques, même s’ils appréciaient de pouvoir lire en utilisant les deux formats. Pour l’expliquer, les chercheurs ont avancé l’hypothèse que la lecture plaisir nécessite un engagement profond envers le texte et donc une attention soutenue et linéaire, comme celle que permettent les livres papier. En d’autres termes, lorsque nous nous mettons à geindre que nous ne lisons plus, nous regrettons en fait une forme très spécifique de lecture (et c’est précisément cette forme qui nous semble hors de portée lorsque nous sommes en ligne).

Mais cela n’est pas vrai pour tout le monde. Non seulement 52% des natifs numériques (du moins, ceux âgés de 8 à 16 ans, d’après le National Literary Trust) préfèrent les écrans aux livres, mais leur compréhension et leur attention ne semblent pas altérées lorsqu’ils changent de support. (Petits cons! Non pardon, désolée, je ne voulais pas dire ça, c’est la jalousie qui me fait parler) Ils semblent avoir développé les capacités de concentration nécessaire à l’ère de Google. Ils prennent un vrai plaisir à lire en ligne, sans gêne, sans culpabilité. Leur aisance et leur confort sur le Web impliquent donc que l’insécurité du lecteur a moins à faire avec la technologie en soi qu’avec le statut flou de certaines générations, à cheval entre la génération X et celle des enfants nés après l’an 2000, qui ont un pied dans le papier et l’autre dans le numérique.

Que va-t-il donc advenir de nous, pauvres complexés dans la vingtaine et la trentaine? Une chose est sûre: je ne tournerai pas le dos à Internet. Je ne suis pas assez stupide pour remettre en cause ses incroyables qualités, même si, parfois, lorsque je regarde mon écran d’ordinateur, j’ai l’impression d’être une araignée d’eau posée sur un torrent de savoirs inaccessibles (j’aurais aimé trouver une meilleure métaphore, mais vous savez ce que c’est: il est difficile de bien écrire lorsque l’on n’arrive plus à liiiiiiire).

Il y a quelque chose de rassurant à voir que les enfants qui ont grandi dans un environnement riche en informatique savent s’y repérer mieux que nous. De même, il est bon de voir que tant de gens ont commencé à reconquérir la lecture. Cela ne sert à rien de pester contre la technologie. Savourons plutôt les fruits de notre époque incroyablement verbale. Les plateformes de lecture en ligne, elles aussi, ont des implications sociales, économiques, politiques et esthétiques auxquelles je n’ai pas encore commencé à réfléchir. Le rapport bénéfice/coût est complexe, difficile à calculer. Cela fait de très beaux graphiques interactifs! Et pourtant. Je me demande vraiment si, en passant une bonne partie de ma vie en ligne ces dernières années, ma relation au texte —surtout les longs textes dans lesquels on peut se perdre— ne s’est pas un peu détériorée. On appelle ça l’insécurité du lecteur. Ça vous fait ça aussi?

Katy Waldman

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Un excellent article, résumé d'un colloque sur l'Etat et la guerre. Comment la guerre pénètre l'Etat et comment l'Etat voit fortement grandir son contrôle sur la société et l'économie pendant la guerre.

http://www.lemonde.fr/centenaire-14-18/ … 48834.html

Comment l’Etat fait la guerre, ce que la guerre fait à l’Etat

Le Monde.fr | 17.11.2014 à 14h32 • Mis à jour le 17.11.2014 à 16h59 | Par Antoine Reverchon

Des femmes dans une usine en Grande-Bretagne pendant la Grande Guerre.
L’une des interrogations qui taraudent depuis un siècle les historiens, les politologues, les économistes, entre autres, est de savoir comment les Etats belligérants de la première guerre mondiale ont réussi à mobiliser pendant quatre années consécutives leurs habitants, au front et à l’arrière, mais aussi l’industrie, la finance, les institutions et les ressorts psychologiques de la société, pour mener la plus sanglante et la plus destructrice des luttes que l’Europe ait connues jusque-là.

Outre l’éternel débat de la dialectique complexe entre contrainte et consentement, la question des traces qu’une telle mobilisation a laissées dans les institutions et la société se pose également. Pour de nombreux historiens, la Grande Guerre est à l’origine de la « brutalisation » de la vie politique des années 1920, qui débouche sur les totalitarismes communiste, fasciste et nazi. Les formes institutionnelles et politiques expérimentées pour soutenir « l’effort de guerre » seraient aussi à l’origine de l’intervention croissante des Etats dans la vie sociale et économique sous les diverses formes qu’elle a prises par la suite, du Gosplan soviétique à l’Etat-providence anglo-saxon en passant par le New Deal de Roosevelt, l’économie dirigée nazie, la Sécurité sociale et le Plan « à la française ». La première guerre mondiale aurait ainsi signé la fin de la première « mondialisation libérale », qui n’a pu reprendre son cours interrompu que dans les années 1980.

Ce résumé du siècle prête bien sûr à controverse. Un colloque organisé par le Collectif de recherche international et de débats sur la guerre de 1914-1918 (CRID, www.crid1418.org) a permis d’illustre ce thème (« Les mises en guerre de l’Etat », Paris, Laon et Craonne, du 30 octobre au 1er novembre, avec le soutien du Conseil général de l’Aisne et de l’Institut culturel allemand de Paris) par une série d’« études de cas » très précis dans des domaines variés. En vrac : l’assurance maritime, l’appel à l’épargne, l’organisation du blocus maritime, la gestion de la main-d’œuvre coloniale ou féminine, le rôle des Parlements nationaux, le recrutement des conscrits, les loisirs des soldats, les prisons militaires, l’école (à l’arrière et au front), les hôpitaux, la production du charbon, le commerce du vin, l’assistance sociale aux plus démunis et aux réfugiés…

Esquisse d’une politique de « guerre économique »

Ces monographies minutieuses permettent de dresser un portrait nuancé de la fameuse « guerre totale », qui aurait vu l’autorité de l’Etat s’imposer à tous les corps sociaux. Confrontés à l’envolée des primes d’assurance en raison des torpillages, les armateurs et transporteurs de fret maritime français se réfugient sous l’aile protectrice d’un Etat qui fournit sa garantie sans limites… d’autant que les réassureurs, avant-guerre, sont allemands ! Le gouvernement français, prévoyant, tente même de créer des compagnies de réassurance françaises ; mais dès la guerre terminée, le secteur privé préfère renouer les liens d’avant-guerre avec des compagnies étrangères. Il en va de même pour la création du Bureau du charbon, administration étatique créée pour fixer les prix, répartir la production et les importations de cette source d’énergie vitale pour les industriels comme pour les ménages. Dès 1921, ce bureau est supprimé, et le marché libre redevient la règle. De même, si la création d’un « ministère du Blocus et du commerce outre-mer » au Royaume-Uni en 1916, voit s’esquisser une véritable politique de « guerre économique », visant à conquérir par des moyens politiques et militaires des débouchés aux dépens de l’Allemagne, mais aussi d’autres États, cette administration est dissoute à la fin de la guerre, et la libre concurrence redevient la règle dès 1923. Et cet épisode « dirigiste » peut tout aussi bien être interprété comme la mise de l’Etat britannique au service de la poursuite d’intérêts commerciaux privés. Qui vont d’ailleurs échouer : ce sont principalement les rivaux américains et japonais qui profiteront de l’élimination de la concurrence allemande…

De même, l’institution militaire paraît bien démunie lorsqu’il s’agit de répartir les conscrits (en France), de gérer le temps libre des soldats (en Italie), d’organiser la production de guerre dans les villes de l’arrière (en Allemagne). Dans tous ces cas, elle doit composer avec les innombrables ruses des « administrés » pour se dérober, souvent avec succès, aux exigences de l’institution, ou bien elle doit « sous-traiter » la tâche à des institutions plus efficaces (Églises, municipalités, associations), mais qui jouent leur propre jeu. Ainsi l’État-major allemand doit concéder aux syndicats un rôle dans la gestion des entreprises de l’arrière mises sur le pied de guerre, c’est la première esquisse de la fameuse « cogestion ».

En revanche, l’école de la République, en France, s’avère plus efficace et plus innovante lorsqu’il s’agit de remplacer les maîtres partis au front, ou de scolariser les enfants dans les zones de combat. Car elle est servie par des cadres de terrain (inspecteurs et instituteurs) fortement attachés au maintien de l’institution, quitte à se heurter… à l’armée lorsque celle-ci réquisitionne les locaux scolaires !
Les jalons des politiques d’immigration

De même, dans les villes occupées par l’ennemi ou placées en zone militaire, les municipalités se substituent, aux administrations centrales pour venir en aide aux plus démunis et réguler les commerce et les marchés pour assurer le ravitaillement de la population. Il y a dans ce cas non pas renforcement, mais disparition de l’Etat ! Toutes ne réagissent pas de façon équivalente, en fonction des équations sociopolitiques locales ; mais une véritable ingénierie de l’aide sociale, jusqu’à la création de monnaies locales destinées à verser les prestations, ou de magasins publics pour alimenter la population, se met parfois en place (dans les villes minières socialistes, par exemple), qui préfigure le rôle des collectivités dans le système social d’après 1945… même si les municipalités sont soulagées de rendre ces charges à l’Etat et aux marchés la paix revenue. À vrai dire, ce type de solutions n’est pas véritablement innovant : elles existent dans toutes les villes assiégées à l’époque moderne ou pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire.

Mais il y aussi de véritables innovations sociales. Ainsi, la gestion de la main-d’œuvre coloniale pose les jalons de ce que seront les politiques d’immigration au XXe siècle. L’Etat impose aux employeurs le montant des salaires, la répartition de la main-d’œuvre. L’enfermement et le contrôle total de la vie des immigrés, la répartition selon « les compétences raciales », le classement entre travailleurs « désirables » et « indésirables » sont aussi expérimentés à cette occasion… Ce n’est qu’avec la prolongation du conflit que l’armée (ou l’Etat) affine peu à peu leurs outils et leur gestion, jusqu’à parfois reprendre la main. La « mise en guerre » intervient parfois bien après 1914…

Sur le marché de l’emploi, l’Etat produit durant la guerre des normes juridiques via des « législations d’exception », comme le recrutement des veuves de guerre, qui créent des nouvelles catégories d’ayant droit en fonction de critères objectifs, rompant ainsi avec les circuits traditionnels de pourvoi des emplois. De même, le blocage des loyers pour les plus pauvres modifiera durablement le fonctionnement du marché immobilier pendant des décennies après-guerre.
La guerre, une mise à l’épreuve de l’Etat

Dans le domaine de la santé, l’exacerbation des pathologies contraint à trouver des parades innovantes. Celles qui sont mises en place pendant la guerre contre la tuberculose lui survivront, inaugurant une politique de soins publique efficace. En revanche, la prise en charge médicale des aliénés, alors esquissée, est repoussée par l’armée, qui refuse de considérer la guerre comme responsable de ces pathologies ; il faut attendre 1919 pour que les aliénés du fait de la guerre soient pensionnés… De même, c’est pendant la guerre que des médecins proposent de pratiquer en un même lieu, pour plus d’efficacité, les soins aux blessés, la recherche sur les pathologies et la formation des jeunes médecins : ces ancêtres de nos CHU (créés en 1958) seront toutefois étouffés dans l’œuf par la bureaucratie du Service de santé de l’Armée.

Au final, la guerre de 14 prolonge un phénomène qui lui est antérieur : celui de la mutation identitaire intervenue entre 1880 et 1914, qui fait de l’individu, jusqu’alors membre d’une communauté imaginaire (la Patrie, l’Empire, le Royaume), un citoyen à la fois ayant droit et redevable de l’Etat, acquérant des droits (début de protection sociale, droit de vote, liberté d’opinion et de religion) en échange de devoirs (impôts, service militaire). Dans cette optique, la mobilisation de 1914 ne serait ni un choix, ni une contrainte, mais en quelque sorte le paiement d’une dette vis-à-vis de l’Etat. Cette « nationalisation » des identités s’accompagne de l’avènement d’une société de « papiers », qui permettent d’individualiser les droits et de vérifier l’exécution des devoirs. À partir de 1915, pour toucher les pensions (de veuve de guerre, de blessé, de mutilé), la présentation de papiers comprenant photo d’identité et empreinte digitale devient obligatoire…

Reste que, en 1914, si l’Etat et la société sont préparés à affronter la guerre, ils ne le sont pas du tout à affronter ce type de guerre, si longue et si consommatrice de vies et de ressources. L’Etat et la société ont improvisé, ce qui explique la progressivité de la « mise en guerre » des institutions. Certes, la guerre est une mise à l’épreuve de l’Etat, elle modifie son rôle dans la société ; mais la « totalisation » des sociétés belligérantes connaît aussi des limites, voire des reculs. Elle ouvre pour de nombreux acteurs sociaux des possibilités nouvelles, des champs d’expérimentation qui pourront être redéployés par la suite. Il y a simultanément un renforcement des instruments de la puissance de l’Etat et une montée des tensions, des contestations : la reconnaissance de la dette vis-à-vis de l’Etat n’exclut pas la demande d’égalité face à cette dette, mais aussi l’affirmation de la compétence et de nouveaux modèles de performance face à un Etat qui ne l’est pas toujours.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Très bon article (paru, étonnamment, dans l'Obs) sur la menace de l'anglais et des anglicismes qui pèse sur le français et sur la nécessité de préserver notre langue :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20 … -reac.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

FDL a écrit:

Très bon article (paru, étonnamment, dans l'Obs) sur la menace de l'anglais et des anglicismes qui pèse sur le français et sur la nécessité de préserver notre langue :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20 … -reac.html


L'Obs a écrit:

Que les organismes publics matraquent des fautes cent fois par jour, et c'est la noyade. La SNCF s'excuse «pour la gêne occasionnée», sans complément d'agent (occasionnée par), et vous recommande: «Assurez-vous de n'avoir rien oublié dans le train» (au lieu de que vous n'avez).

Pourquoi la dernière formule n'est pas correcte svp ?

27

Re: Le fil des excellents articles de fond

S'assurer que + infinitif est incorrect. Il faut dire s'assurer que + indicatif (et non subjonctif).

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

FDL a écrit:

S'assurer que + infinitif est incorrect. Il faut dire s'assurer que + indicatif (et non subjonctif).

Mazette je ne savais même pas...
Et c'est une règle qui s'applique à un ensemble de verbes précis ou pas ?

Re: Le fil des excellents articles de fond

Double bullshit sur ce paragraphe. D'abord, dans "pour la gêne occasionnée", le par + complément est induit et absolument pas nécessaire, d'autant moins s'il aurait tendance à être redondant. ("Le train numéro machin a un retard de 10 minutes, la SNCF s'excuse pour la gêne occasionnée par ce retard" est redondant ; "...par celui-ci" est superflu et peu clair de toute façon).
Par ailleurs, "s'assurer de + nom commun" est parfaitement correct, donc par suite "s'assurer de + verbe à l'infinitif" est valide.

Et je ne sais même pas pourquoi je parle de validité pour une langue dont les usages, de toute façon, évoluent.

Par ailleurs, un article qui relève des exemples parfois pédants à mort, et qui néglige que la loi ne stipule pas, je me marre.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Non, Broz, s'assurer de + infinitif (vous aurez corrigé ma petite coquille dans mon message précédent) est incorrect : http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2gu … ctwdw.html

Pour le débat sur occasionné, je ne sais pas, à vrai dire, donc je préfère m'abstenir.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Broz a écrit:

Et je ne sais même pas pourquoi je parle de validité pour une langue dont les usages, de toute façon, évoluent.

L'évolution de la langue ne doit pas être un prétexte pour faire tout et n'importe quoi, c'est le cœur de l'article.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Déjà, site canadien (pour moi ce n'est pas un problème, mais bon). Ensuite, il ne dit pas que ce n'est pas possible, juste que c'est peu attesté dans les dictionnaires, même s'il y a des occurrences. Enfin, il y a une différence de sens dans les exemples qu'il mobilise : entre "Je me suis assurée que le fer à repasser était débranché avant de partir" et "Je me suis assurée de débrancher le fer à repasser avant de partir" il y a une nuance (l'un concerne un état, l'autre une action).

L'article est un peu long et je n'ai pas eu le temps de lire autrement qu'en diagonale, mais à mes yeux c'est encore une lamentation un peu absurde. Beaucoup de ce qu'il dit est largement exagéré. Et, FDL, toutes ces évolutions ne sont pas "tout et n'importe quoi", elles sont un effet naturel, qui d'ailleurs est déjà beaucoup moins rapide aujourd'hui que de l'époque où l'écrit n'était pas généralisé.

Enfin.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles de fond

On a déjà eu ce débat maintes fois tous les deux mais utiliser par exemple des anglicismes (hideux la plupart du temps) quand l'équivalent en français existe, ça entre dans ma définition du tout et n'importe quoi.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

C'est vachement subjectif, quand même. N'es-tu pas en train de te battre contre des moulins à vent ?

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Ça donne un sens à ma vie. :D

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Eurk, je me dégoûte, moi qui me fais d'ordinaire le pourfendeur du "réalisme"...

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

Re: Le fil des excellents articles de fond

Je suis plutôt favorable à la défense de la langue, mais le ton de ce genre d'articles, en assimilant les défenseurs de la langue à des vieux cons, est totalement contre-productif à mon sens.

En effet, big fail (ah-ah-ah !) sur la loi "stipulant" !

Quand tu te permets un article comme celui-ci, il faut être irréprochable. C'est dommage qu'il faille s'inscrire pour commenter, sinon je serais allé le railler grassement.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: Le fil des excellents articles de fond

Un excellent reportage résumé dans cet article qui rappelle l'utilité de la déconstruction. Qui nous met sous les yeux notre propre propension humaine à avoir des préjugés, et la difficulté de les déconstruire pour les surmonter.

Oui FDL, la déconstruction par les faits des préjugés sociaux traditionnels, pour ne pas dire "naturalistes", a bien une utilté. L'anti-racisme aussi.

http://leplus.nouvelobs.com/contributio … nce-2.html

Un lien entre immigration et délinquance ? Non aucun. Nous avons enquêté pour France 2
Publié le 25-11-2014 à 17h46 - Modifié le 26-11-2014 à 10h53

Par Christophe Nick
Réalisateur

LE PLUS. Éric Zemmour n'est pas le seul à le dire. Pour beaucoup d'entre nous, délinquance et immigration sont intimement liées. C'est ce solide préjugé que Christophe Nick et Gilles Cayatte se sont appliqués à démonter dans une enquête diffusée ce mardi soir dans "Infrarouge" sur France 2. L'un des co-auteurs nous raconte les dessous du tournage.

Édité et parrainé par Louise Pothier


"Immigration et délinquance : l'enquête qui dérange", un film de Christophe Nick et Gilles Cayatte diffusé sur France 2 le 25/11/14.





J’ai commencé ce documentaire alors que je m’étais promis de ne plus faire de film clivant. Nous étions en 2010, je sortais très perturbé du "Jeu de la Mort", un film où j'avais reproduit l'expérience de Milgram. J’avais vécu très violemment les polémiques qui avaient suivi la diffusion du documentaire.



Dans la plupart des pays, mon film avait suscité des débats sur le fond mais en France, j’ai été poursuivi pour "incitation à la violence". Ça m’a paru dingue.



Mais j’ai persisté. Je devais continuer dans la psychologie sociale et l’inspection de la psychologie humaine.



J’ai choisi un préjugé de plus en plus banalisé



J’avais fait une erreur centrale pour "Le Jeu de la mort". Les téléspectateurs ont passé leur temps à se demander :



"Mais qui sont ces 90 personnes qui acceptent d’électrocuter leur voisin ?"



Or mon but était de prouver que ces 90 personnes, c’était eux, c’était nous.



Pour ne pas retomber dans le même piège, j’ai choisi une thématique forte, qui concerne tout le monde : la discrimination. Et j’ai voulu m’attaquer au préjugé partagé majoritairement, à droite comme à gauche : le lien entre immigration et délinquance. Certains expliqueront ce lien par la précarité, d’autres par la religion ou d’autres facteurs, mais en gros, tout le monde le pense.



La psychologie sociale au secours de la politique



Au départ, le film était scientifique, il s’agissait d’étudier le mécanisme qui nous amène à discriminer l’autre, car nous sommes tous à la fois discriminés et discriminants.



Le champ scientifique est énorme et dans beaucoup de pays, les expériences de psychologie sociale, qui étudient les comportements humains et leurs interactions, ont une influence politique considérable.



Aux États-Unis par exemple, ce sont ces travaux qui ont conduit à la mise en place de politiques de discrimination positive, dont le but est d’aller au-delà des préjugés et d’individualiser les rapports humains.



En France, c’est un domaine qui reste méconnu. Alors comment faire pour que les communautés dépassent leurs antagonismes ? Je n'arrivais pas à trouver la forme à donner à mon film.



Ça m’a sauté aux yeux



Je suis alors tombé sur un débat entre démographes au sein de l’Ined (l'Institut national d'études démographiques). Au cœur de la polémique, des données très précises sur le nombre d’immigrés présents en France. Je ne savais pas que ça existait.



Je suis allé chercher ces statistiques dans un rapport de l’Insee. Selon l’institut, un immigré est une personne d’origine étrangère qui vit en France, naturalisée ou non. Quand on est immigré, on reste immigré.



Parallèlement, j’ai regroupé les statistiques de la police nationale sur la criminalité.



Ca m'a sauté aux yeux : il n’y a pas de rapport direct entre nombre d’immigrés et taux de criminalité.



Les chercheurs nous ont ri au nez



Nous avons cherché les villes où il y avait le moins d’immigrés.



Prenons La Roche-sur-Yon, ville "blanche" de Vendée, le département le plus "blanc" de France. La criminalité y est la même qu’à Argenteuil, la ville que Nicolas Sarkozy voulait nettoyer de ses "voyous".





Encore fallait-il démontrer scientifiquement que mon intuition était la bonne.



J'ai alors compilé des centaines de données, calculé les coefficients de corrélation entre plusieurs variables pour arriver à la conclusion claire et nette qu'il n'y avait pas de lien de causalité entre immigration et criminalité, ni entre chômage et criminalité ou entre jeunesse et criminalité. La délinquance résulte d’une somme de facteurs.



Avec le réalisateur Gilles Cayatte, nous sommes allés voir quelques chercheurs avec nos résultats sous le bras et ils nous ont ri au nez. Il était évident pour eux qu’un seul facteur ne pouvait pas expliquer la criminalité. À ce moment-là, notre intuition s’est confirmée : nous étions désormais certains qu’il n'y avait bien aucune causalité entre délinquance et immigration.



John-Paul Lepers ne nous croyait pas



Hors de question pour nous de faire un film moraliste, nous voulions un documentaire dans lequel tout le monde pourrait se reconnaître. Et je suis sûr que beaucoup s'y retrouveront.



Nous sommes allés trouver le journaliste John-Paul Lepers, qui ne croyait pas en notre hypothèse. Comme tout le monde, il partait avec son préjugé en tête. Et tant mieux, c’est ce qui fait que le film fonctionne.





Sur le terrain, il a compris assez vite qu’il avait tort, car c’était spectaculaire.



La ville d’Oyonnax, par exemple, c’est dingue ! C’est mort, il ne s’y passe rien. Et pourtant, Oyonnax, c’est 28 % d’immigrés, le haut du classement, et un taux de chômage très élevé.



Une perception plus qu’une réalité



À Montbéliard, dont certains quartiers peuvent abriter 30 % d’immigrés, le taux de criminalité est considéré tel qu’il méritait, pour Manuel Valls alors ministre de l'Intérieur, d’instaurer une zone de sécurité prioritaire. À Caen, ville "blanche", les statistiques font état de presque plus de délinquance qu’à Montbéliard, mais celle-ci est considérée comme normale. Ce sont des jeunes qui sortent, qui s’amusent et personne ne s’en offusque.



À Montbéliard, à l’inverse, les gens sont proprement terrifiés. Ils n’osent pas rentrer chez eux le soir, alors qu’il ne s’y passe rien.



C’est incroyable de se rendre compte qu’il s’agit là plus d’une perception que d’une réalité. Les bandes de jeunes, présentes dans les deux villes, ne sont tout simplement pas perçues de la même façon.



C’est après ce constat que nous avons décidé de faire le deuxième film, sur la fabrique du préjugé.






On associe Maghrébin et agression



Dans ce deuxième volet, nous avons fait plusieurs expériences. Dans l’une d’elles, nous diffusons une même scène de dispute entre deux personnages. Selon les versions de la scène, les personnages sont tour à tour blancs ou maghrébins. Et c’est un fait, les témoins ont plus tendance à juger les personnages agressifs lorsqu’ils sont incarnés par des personnes d’origine maghrébine.



Dans une autre expérience, nous montrons la photo d’un homme blanc menaçant d’un couteau un homme maghrébin. Nous avons demandé à un premier cobaye de décrire la photo à une deuxième personne qui ne l’avait pas vue et ainsi de suite. Très vite, l’homme agressif n’était plus blanc mais maghrébin.



Cette expérience date des années 1950 aux États-Unis. Elle mettait alors en scène un noir et un blanc. Dans 83 % des cas, le couteau changeait de main.



Un mécanisme cognitif naturel et terrifiant



Et si ces préjugés sont si ancrés en nous tous, c’est parce que nous avons besoin de juger vite les situations qui nous entourent afin de les comprendre. C’est là où ça devient intéressant car le phénomène cognitif est à la fois naturel et terrifiant.



Et c’est parce que c’est inscrit en nous qu’il faut beaucoup de pédagogie pour le déconstruire.



Je me suis aussi rendu compte qu’au-delà des discriminations raciales, nos préjugés pouvaient avoir des incidences extrêmement graves dans d’autres domaines. Nous prenons l’exemple d’Outreau dans le film car une somme de préjugés est à l’origine de ce drame : sur les gens du Nord, sur les enfants… Tout le monde avait même fini par assimiler le préjugé qui le concernait.



Nous rendons les préjugés vrais



Il y a une expérience que j’adore et qui démontre bien le fait que nous collons aux préjugés dont nous sommes victimes.



Prenez une classe mixte. On coupe le groupe en deux et on leur donne un problème de maths. Au premier groupe, on dit qu’on va tester leurs acquis du premier semestre. Au deuxième groupe, on dit qu’on va mesurer leur aptitude à faire des maths. Dans le deuxième groupe, 20 % de filles en moins réussissent le problème. Elles ont intégré le préjugé que les filles étaient mauvaises en maths.



Et si l’on fait le même test avec des Blancs et des Asiatiques, le résultat sera équivalent car le préjugé selon lequel les Asiatiques sont bons en maths leur collent tous à la peau.



Nous finissons tous par rendre les préjugés vrais. Parce que le stress induit ce réflexe. Et si la police poursuit des Maghrébins, ils auront plus tendance à courir, donc à fuir et à se rendre coupables aux yeux de la police.



Se réarmer face au discours dominant



Il est urgent de démonter ces mécanismes, non seulement parce que le discours d’Éric Zemmour finit par être dominant, mais aussi parce qu’on a lentement admis ces préjugés au nom du ras-le-bol du politiquement correct. Ce sont 50 ans de recherches qui ont été progressivement démontées sous ce prétexte, que ce soit sur les femmes, sur les handicapés, sur les immigrés, les religions…



Nous avons construit ces deux films sous la forme de fact-checking pour se réarmer face au discours dominant, pour qu’on retrouve des arguments.

Car nous sommes quotidiennement abreuvés par cette pensée qui nourrit nos préjugés. Ce sont les unes de "Minute", mais aussi les journaux télé pour qui "tournantes = cités". À force de se nourrir de ces raccourcis, nous devenons tous dangereux.



Un film important



Il faudrait que ce film soit montré aux enfants. Il y a déjà un programme, "Savoir au présent", qui a sélectionné le film et qui va le diffuser dans les lycées. C’est déjà une très bonne chose.



Nous avons fait un film important dont je suis très fier, mais il a fallu un temps incroyable pour le faire et c’est pour ça que nous sommes les premiers.

Nous avons entamé le travail de reconquête.



Propos recueillis par Louise Pothier.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

J'ai recensé les nombreuses réactions des indignés professionnels olfactifs au sujet du livre de Houellebecq dans le fil des articles tout pourris. Mais il existe aussi d'excellents articles, tels que celui-ci :

Marianne a écrit:

"Soumission" : les trois erreurs de Houellebecq
Eric Conan | Mercredi 7 Janvier 2015

Et si les erreurs de Michel Houellebecq ne se situaient pas là où le Tout-Paris littéraire, politique et médiatique prétend qu'elles se trouvent ? Et si, d'ailleurs, la première de ses erreurs était de n’avoir pas anticipé que le comportement des élites (mélange de lâcheté, de cynisme et d’aveuglement) qu’il décrit pourtant de manière très réaliste dans son livre "Soumission", se manifesterait aussi pour accueillir sa sortie ?

Par une éclairante coïncidence, le jour où Le Parisien consacrait sa une à l’accélération de la migration des juifs français vers Israël (elle a doublé en un an et quadruplé depuis trois ans), Libération consacrait la sienne (avec six pages à l’intérieur) au nouveau brulot de Michel Houellebecq imaginant l’islamisation du pays en 2022, mais sans allusion à l’un des aspects importants de cette politique fiction : les juifs dégagent de la nouvelle France dirigée par Mohamed Ben Abbes décrite par le romancier. Et le milieu professionnel du narrateur de Soumission – l’Université – devient immédiatement judenfrei.

C’est la première (petite) erreur de Houellebecq, relative au lancement de son livre que son éditeur avait pourtant largement diffusé à la presse un mois avant sa sortie : n’avoir pas anticipé que le comportement des élites (mélange de lâcheté, de cynisme et d’aveuglement) qu’il décrit de manière réaliste dans son livre se manifesterait aussi pour l’accueillir ! C’est peut-être pour cela qu’il a décidé de donner de sa personne en multipliant tous azimuts les interviews pour se bien faire comprendre, jusque sur le plateau du journal de France 2.

Il faut dire que Houellebecq soumettait le Tout-Paris littéraire à un gros dilemme : que faire face à celui qui était devenu le chouchou de la critique littéraire, peopolisé, goncourtisé et qui revient avec un roman s’inscrivant dans le prolongement du Suicide français d’Eric Zemmour ? A quelques exceptions près, la plupart des journalistes faisaient semblant de ne pas voir ce qu'il y a dedans. D’abord une France au bord de cette « guerre civile entre immigrés musulmans et populations autochtones » dont, raconte Soumission, « Le Monde, ainsi que plus généralement tous les journaux de centre-gauche, c’est à dire en réalité tous les journaux » après en avoir nié le risque, font tout pour étouffer les échos.

« Depuis des années l’écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d’imprévisible ». Le cadre du récit, la campagne électorale pour le deuxième tour de la présidentielle de 2022, est en effet tendu, « la stratégie minable consistant à favoriser la montée du Front national » ayant échoué : gauche et droite sont éliminés au profit du nouveau parti de la Fraternité musulmane qui arrive deuxième derrière Marine Le Pen. Tout au long du roman les personnages, qui entendent au loin des fusillades et croisent parfois des cadavres, cherchent à savoir ce qu’il se passe malgré la censure des médias (parce que « toute image de violence urbaine, c’est des voix pour le Front national ») : « Il n’y aura rien sur les chaines info. Sauf sur CNN peut-être, si vous avez une parabole », explique l’un d’entre eux.

Pour faire barrage au FN, l’UMP et le PS, qui n’ont plus pour programme que le réflexe anti-fasciste, proposent à la Fraternité musulmane qui les a dépassés de s’unir au sein d’un « Front républicain élargi » auquel se joignent une partie des identitaires d’extrême-droite séduits par la ligne du nouveau parti communautaire : « rejet de l’athéisme et de l’humanisme », « nécessaire soumission de la femme », « retour du patriarcat ». Son dirigeant, Mohammed Ben Abbes, « sans doute le plus habile et le plus retors des hommes politiques que nous ayons connu en France depuis François Mitterrand », accepte. Et lui, « contrairement à Mitterrand, a une vraie vision historique » : déplacer le centre de gravité de la construction de l’Europe vers le Sud en intégrant l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie et l’Egypte, et en déplaçant le siège de la Commission à Rome et celui du Parlement à Athènes, dans le cadre d’une nouvelle Union réconciliée par l’islamisme. Il n’a pas de mal à faire avaler son programme, centré sur les « valeurs » : cela fait des années que les musulmans réacs et puritains sont encensés ou défendu par la gauche multiculturaliste et lui ne risque pas de se voir traité de « réactionnaire, voire de fasciste par les ultimes soixante-huitards, momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues, mais réfugiés dans les citadelles médiatiques ». D’ailleurs, « depuis longtemps les journalistes les plus teigneux, les plus agressifs étaient hypnotisés, ramollis en la présence de Mohammed Ben Abbes. »

La soumission... d'abord des élites

Le thème principal de Soumission est la complicité des élites dont « l’aveuglement n’avait rien d’historiquement inédit : on aurait pu trouver les mêmes chez les intellectuels, politiciens et journalistes des années 1930, unanimement persuadés qu’Hitler “finirait par revenir à la raison”. » Le Parti socialiste, en fin de déliquescence après avoir mené à son terme son programme — « la disparition de la France » — n’est plus de poids à négocier. Mohammed Ben Abbes lui laisse les ministères économiques (ne voyant « aucune divergence » dans ce domaine) pour revendiquer l’Education dont il fait un enjeu principal : « Celui qui contrôle les enfants contrôle le futur ». Tous les professeurs doivent être musulmans et l’enseignement devient non mixte, seules certaines filières étant ouvertes aux femmes au-delà du primaire. Comme « le milieu enseignant est le seul qui n’ait jamais abandonné le Parti socialiste », celui-ci manifeste quelques derniers soubresauts avant de céder : « Sa mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ».

« Je condense une évolution à mon avis vraisemblable », « Je capte une situation, c'est tout », vient d’attiser Houellebecq, dont la force du roman joue sur le fil de la plausibilité en fourmillant d’échos amplifiés ou déformés de la réalité d’aujourd’hui. La soumission d’universitaires de la Sorbonne face à l’argent prodigué à flots par l’Arabie saoudite (moyennant quelques entorses aux règles universitaires) extrapole les accommodements de la Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi lâchant des enseignants rétifs à la censure islamique. Ben Abbes n’est pas très éloigné d’Erdogan que nombre d’intellectuels et d’éditorialistes ramollis par les invitations à Istanbul nous présentaient il y a peu comme l’équivalent musulman d’un séduisant démocrate-chrétien.

Que le christianisme soit une hérésie mensongère et le judaïsme une plaie, ou qu'il faille battre sa femme si elle est rétive, on le lit déjà dans des ouvrages vendus dans les librairies hallal. Tout comme les méthodes des militants salafistes, vérifiant dans Soumission que leurs « sœurs » autorisées à étudier sont bien voilées et aidant les autorités universitaires à mettre fin aux trafics de drogue moyennant aussi quelques concessions (l’Union des étudiants juifs de France a vite disparu), évoquent celles qu’a subies récemment le directeur de l’IUT de Saint-Denis. Et dans le nouveau gouvernement d’union décrit par Houellebecq, la gauche, qui « avait toujours eu cette capacité de faire accepter des réformes antisociales qui auraient été vigoureusement rejetées, venant de la droite » parvient enfin à une « réduction spectaculaire des dépenses sociales » en se ralliant à la solution de la Fraternité musulmane : en finir avec l’erreur d’une solidarité sociale publique : la vraie doit « s’exercer dans le cadre chaleureux de la cellule familiale ».

Le Tout-Paris piégé

Depuis un mois, le Tout-Paris littéraire se gratte donc le haut du crâne devant Soumission : que dire de ce gros caca avec plein de morceaux de vérité dedans ? Il faut rappeler que ses rapports avec Houellebecq, qui ne lui doit rien et s’est imposé tout seul, n’a jamais été simple : la plupart des critiques ont raté ses débuts et se sont rattrapés ensuite en flattant un succès assuré par un large public touché par son talent pour évoquer la société qui change. Ce que ne font plus ni la plupart des romanciers qui se regardent le nombril ni les journalistes qui ne voient plus le pays ou ne veulent pas le voir. D’où les odes au « nouveau Balzac » et les flatteries médiatiques pour chacune de ses productions (poèmes, films, chansons, dialogue avec BHL) généralement pathétiques dès qu’il s’égare hors de son registre. Le petit monde de la culture pensait qu’avec le Goncourt accordé à son dernier roman— le consensuel La Carte et le territoire — Houellebecq était devenu une bête de foire inoffensive, sa clochardisation post-célinienne ajoutant une petite touche de rebellitude sur les plateaux de Canal+ qui adorait l’inviter et où il adorait minauder.

Ils avaient bien transpiré en 2001 lorsque Houellebecq avait lâché que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam ». Mais ils avaient vite mis sa sortie sur le compte de l’alcoolisation, regardant ailleurs quand certains tentèrent de le trainer en justice pour blasphème islamophobe. Scandalisé de voir qu’au pays des Lumières la critique d’une religion redevenait impossible, c’est Claude Lévi-Strauss qui avait pris sa défense en expliquant lui-même avoir dit à peu près la même chose « dans une langue plus châtiée » dans Tristes tropiques en ajoutant que le procès fait à Houellebecq « aurait été inconcevable il y a un demi-siècle ; ça ne serait venu à l’esprit de personne. On a le droit de critiquer la religion. On a le droit de dire ce qu’on pense. Nous sommes contaminés par l’intolérance islamique ». Mais les journalistes avaient fait semblant de ne pas entendre le grand anthropologue qui vantait en conclusion « la laïcité pure et dure (qui) avait très bien marché jusqu’ici ». Depuis quinze ans, les choses s’étaient donc tassées et voilà que Houellebecq leur livre Soumission… Le salaud ! Difficile, après toutes ces flatteries, de le diaboliser…

C’est pourquoi, ces dernières semaines ont fleuri des papiers prudents, coincés entre le désir de dire qu’« on l’a lu en primeur, le nouveau Houellebecq ! », tout en tergiversant sur ce qu’il raconte précisément. L’un, élogieux, parle d’une France livrée à « un musulman avisé, brillant et énergique », l’autre évoque un islam « cool », Libération parlant d’un « parti islamiste soft ». Où l’on voit qu’à l’époque des djihadistes égorgeurs, le niveau de tolérance à l’intolérance s’est relevé : une France sans juifs et sans femmes libres dans l’espace public relève désormais du « soft » et du « cool »… « Cool », une Sorbonne mâle et hallal. « Soft », la méthode pacifique : les femmes ne sont pas interdites de travail, elles sont incitées à se claquemurer et la fuite des juifs n’émeut pas le narrateur en voie de conversion. Sa petite amie, juive, lui a pourtant expliqué avant d’émigrer avec ses parents : « Quand un parti musulman arrive au pouvoir, ce n’est jamais très bon pour les juifs, je ne vois pas de contre-exemple… » Comme l’explique un des personnages de Soumission, « les djihadistes sont des salafistes dévoyés », n’ayant pas compris que la violence est inutile et même contreproductive. Un regard expressif peut suffire à expliquer à un marchand de kebab de ne pas ouvrir sa boutique pendant le ramadan ou à une fille de ne plus sortir en jupe dans la cité.

Pour les bigleux qui n’ont pas voulu lire tout cela, Houellebecq en a donc rajouté : « Aujourd'hui, la laïcité est morte, la République est morte », « Il me paraît difficile de nier un puissant retour du religieux », excitant « ceux qui gagnent leur vie en polémiquant » en précisant que lui s’adresse au « public » auquel il ne présente que « la variante la plus douce de l’islam ». Il a enfin réussi à réveiller quelques sonneurs de tocsin. A commencer par Laurent Joffrin, un spécialiste, qui a offert au romancier à la recherche du scandale une belle jofrinnade le faisant passer du statut d’œuvre d’art contemporain « dérangeant » à celui de danger fasciste. Pour l’occasion, Joffrin se hisse même au rang d’historien du tragique du XXIe siècle en diagnostiquant avec la publication de Soumission « une date dans l’histoire des idées qui marquera l’irruption — ou le retour — des thèses de l’extrême droite dans la haute littérature ». En plus banal, Houellebecq, selon le directeur de Libération, « adoube les idées du Front national » et « chauffe la place de Marine Le Pen ».

Autre réveillé, Sylvain Bourmeau, qui a bien réfléchi avant d’ajuster son tir. Bourmeau est l’exemple parfait du médiacrate ayant flatté Houellebecq, personnage satisfait de la petite Cour suiviste de son succès, lui ayant même offert une chronique dans les Inrockuptibles. Il profite donc une dernière fois de ses rapports d’obligé avec le romancier pour en livrer une interview (dont ses questions révèlent autant son ignorance que son inculture — il croit notamment que Cassandre, évoquée dans Soumission, est un monsieur…) accompagné d’un article — Un suicide littéraire français — qui exécute son ex-idole coupable d’une « abjection politique » qui « participe d’un air du temps rance ».

Ces condamnations buzzantes qu’attendait Houellebecq ne sont pas moins embarrassées que celles, chantournées, qui les précédaient. Car son roman de politique-fiction les coince : au fait, dramatise-t-il ou dédramatise-t-il en mettant en scène la victoire d’un président musulman sur Marine Le Pen ? Comme si ses critiques ne savaient plus quoi dire de l’invraisemblance de cette fable.

Ces autres erreurs révélatrices

Car la deuxième erreur — de fond — de Houellebecq, consiste à projeter l’attitude des personnages qu’il décrit sur la majorité des Français. C’est le vice de forme nécessaire à son récit : dénoncer la coupure abyssale entre l’élite et le peuple, assurer faire « davantage confiance à l'intelligence de la masse qu'à celle des élites », mais fonder le scénario de son roman sur la validation électorale par le peuple de la soumission prônée par l’élite : plutôt l’islamisation que Marine Le Pen présentée comme la dernière représentante de la tradition « républicaine » et « anti-cléricale » : « Dépassant la référence banale à Jules Ferry, elle remontait jusqu’à Condorcet, dont elle citait le mémorable discours de 1792 devant l’assemblé législative, où il évoque ces Egyptiens, ces Indiens “chez qui l’esprit humain fit tant de progrès, et qui retombèrent dans l’abrutissement de la plus honteuse ignorance, au moment que la puissance religieuse s’empara du droit d’instruire les hommes” ».

Enfin, Houellebecq commet une troisième erreur, une invraisemblance encore plus invraisemblable : penser que les femmes se laisseraient enfermer, bâcher et « polygamiser » dès 15 ans aussi facilement qu’il le décrit dans son roman qui évoque leur soumission sans incident ou opposition : « Celles qui étaient suffisamment jolies pour éveiller le désir d’un époux riche avaient au fond la possibilité de rester des enfants pratiquement toute leur vie. Peu après être sorties de l’enfance elles devenaient elles-mêmes mères, et replongeaient dans l’univers enfantin. Leurs enfants grandissaient, puis elles devenaient grands-mères, et leur vie se passait ainsi ».

Il est significatif que cette énormité d’une soumission féminine automatique soit la moins relevée par tous ces critiques mâles si vigilants. Peut-être parce qu’ils partagent cette mysoginie de beauf très houellebecquienne (« une épouse de quarante ans pour la cuisine, une de quinze ans pour d’autres choses… ») qui leur permet de gober ce scénario que n’accepteraient pas les femmes. Ni de nombreux hommes.

http://m.marianne.net/Soumission-les-tr … 43686.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

A méditer :

http://philitt.fr/2014/11/20/le-choc-de … lisations/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Cet article très intéressant de cet avocat qui a le mérite de bien poser les questions,

Est-ce que nous sommes dans une guerre ?Il le pense.

La question du droit pour les terroristes .

Quelles types d'actions l'Etat va mener pour répondre aux terrorisme;

C'est un dilemme à mon avis pour l'Etat … :

http://www.causeur.fr/terrorisme-attent … 31035.html

"Rédupliquer, c'est être ce qu'on dit." (S.Kierkegaard)

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Pas mal cet article, à partir de la seconde page surtout.

http://www.atlantico.fr/decryptage/char … 45500.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Philitt a écrit:

Sauvons la liberté d’expression : supprimons-la !

Le slogan « Je suis Charlie » aura au moins eu le mérite de mettre les fervents défenseurs de la liberté d’expression face à leurs contradictions : peu d’entre eux semblent s’accorder à penser que l’on peut tout dire. La plupart s’abritent derrière la certitude que la loi saura fixer la limite et faire la part des choses entre humour et haine. Une ineptie confortable qui leur permet de se débarrasser du vrai problème : la liberté d’expression doit être absolue ou ne pas être du tout.

« Je suis Charlie car je défends la liberté d’expression », affirme fièrement une manifestante. « Nous sommes tous Charlie, car c’est notre liberté d’expression qui est en jeu », poursuit un journaliste, solennel et tout suintant de gravité. La première croit à ce qu’elle dit, le second se gausse intérieurement. Ne nous y trompons pas : les deux sont dans l’erreur. Mais l’éditorialiste seul comprend toute la portée cynique de son indignation affectée, et ce n’est que lorsqu’il desserre sa cravate, attablé parmi ses confrères au grand banquet de la pluralité des opinions, qu’il laisse entrevoir la sordide vérité : il se fout de la liberté d’expression comme le marin se fout de la température de l’eau. Sa mission ne consiste pas à plonger dans les flots glacés de l’océan qui porte son navire, et s’il devait les connaître, il ne serait alors plus marin mais naufragé. De même, le journaliste n’a que faire de la garantie qu’on lui accorde ou non d’exprimer son avis, puisqu’il n’est pas là pour livrer son opinion, dût-il en avoir une.

Sans doute est-ce pour cela que, sitôt abordée la question de la liberté d’expression, le journaliste s’en remet à la loi comme le marin s’en remet à sa boussole. Un bon navigateur n’a nul besoin d’être un grand explorateur : il lui suffit d’arriver à bon port. Le journaliste se garde bien de savoir ce que l’on a le droit de dire ou non, puisque le législateur l’en dispense gracieusement. « Charlie Hebdo et Dieudonné : deux poids deux mesures ? » s’interroge Thomas Legrand sur France Inter, cherchant à traduire « le sentiment des quartiers mais aussi de certains milieux catholiques », autrement dit, l’infâme conviction que partagent nazislamistes de cité et réactionnaires de la Manif Pour Tous. Sa réponse sonne d’abord comme une plaisanterie, mais l’on comprend bien vite que lui-même croit très fermement à la logique de son raisonnement : « On peut juger que les lois qui condamnent Dieudonné sont injustes, mais ce sont les lois. Et donc il n’est pas possible de dire qu’il y a deux poids deux mesures ». Nous voilà rassurés : le journaliste n’est pas payé pour savoir si la loi est juste, mais pour savoir si la loi est bien appliquée. Un esprit trop simple pourrait croire qu’il s’agit là du rôle de la police, mais c’est avant tout parce qu’il ignore ce principe, pourtant élémentaire, de la déontologie du métier : le journaliste se doit d’être neutre ! Au nom de quoi donnerait-il son avis sur le bien-fondé de la loi ? Sa seule norme, c’est le Code Pénal.

Dans le flou de la loi, l’idéologie politique tisse sa toile

Ce que Thomas Legrand et ses camarades de corporation feignent d’ignorer, c’est que l’injustice ne se loge pas au creux des lignes des textes de loi, mais dans l’application que l’on en fait. Nul doute que la liberté d’expression demeurera gravée dans le marbre de la République – mais qu’importe, s’il n’y a plus de juges pour la garantir ? Or, cette hypothèse s’avère moins irréaliste qu’on voudrait bien le croire, et il n’est pas besoin d’avoir peur des kalachnikovs pour s’en persuader. Contrairement au bruit et à la fureur des attentats diffusés en direct par BFM TV et consorts, au nom de la sainte liberté de la presse, la véritable menace qui plane sur la liberté d’expression est perpétuelle et sans éclat. Elle s’arme d’une infatigable patience pour saper avec hargne la moindre tentative de résistance. Elle est de nature politique, et non juridique. Il y a bien longtemps que les régimes institutionnels modernes ne se comportent plus comme de rustres soldats en permission, braillant et tapant du poing sur la table pour se faire respecter. Seuls les vestiges de grossièreté dictatoriale comme la Corée du Nord ou la Biélorussie persistent à vouloir inscrire les restrictions de libertés dans la loi. Ce zèle de procédure et de formalisme juridique est presque touchant aux yeux des républiques éclairées qui ont, depuis la leçon hitlérienne durement apprise, relégué la tâche à l’opinion publique.

Que faire alors de la loi ? Simplement la tourner avec habileté et malice, comme on tourne un bon mot, afin de laisser suffisamment d’air entre ses lignes pour que l’interprétation et le discernement du juge puissent, à leur aise, y prendre place. C’est dans les non-dits de la loi et dans la marge de manœuvre laissée à la discrétion des hommes qui rendent la justice, qu’on s’assure les meilleurs dispositifs répressifs. Ainsi, la Déclaration universelle des droits de l’homme consacre la liberté d’expression, tout en prévoyant des restrictions si une atteinte devait être portée « à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale ». Le moins que l’on puisse constater, c’est que la liste est longue et vague. Dans un pays européen moins libéral que la France dans son interprétation des textes, ces restrictions eussent tout aussi bien pu légitimer une censure du numéro de Charlie Hebdo paru cette semaine, au motif que, compte tenu du contexte particulier, et des menaces caractérisées ayant déjà été proférées, une caricature supplémentaire attiserait les tensions et constituerait une entrave « à la défense de l’ordre et à la prévention du crime ». Impensable ? Une jurisprudence ne vaut que jusqu’à la suivante…

La justice de la pensée n’est plus la justice

Il ne serait venu à l’esprit d’aucun juge de censurer Charlie Hebdo dans le contexte actuel. C’est là tout le problème : la liberté d’expression dépend largement du contexte politique. Et de la réputation de l’accusé. Le réquisitoire s’intéresse moins à l’objet du délit, en l’occurrence les propos ou les caricatures, qu’aux intentions de son auteur, lorsqu’il ne s’attache pas purement et simplement à démontrer que la réputation de ce dernier « se passe de commentaires ». Car il serait impossible de déterminer un moyen purement juridique de distinguer le premier du second degré. Quelle différence entre un « Mort aux juifs ! » dans la bouche de Desproges et dans celle de Jean-Marie Le Pen ? L’identité de l’accusé. Chacun sait bien que Charb n’était pas raciste (il fréquentait une femme issue de l’immigration !), mais démonstration n’est plus à faire que Dieudonné fréquente l’extrême-droite et les ayatollahs. Il s’en faut de peu que les Thomas Legrand de toutes rédactions ne proposent tout simplement que l’on condamne d’emblée une personne notoirement raciste lorsqu’elle est mise en accusation – quel argent épargné au budget de la Justice, et quel temps précieux ainsi gagné !

C’est pourtant bien la Déclaration universelle des droits de l’homme qui rappelle que « tous sont égaux devant la loi ». Les Lumières, si souvent convoquées, désapprouveraient sans doute qu’on juge un homme pour ce qu’il est plutôt que pour les actes dont il se rend responsable. Il ne devrait pas être difficile de recueillir l’assentiment général autour de cette évidence. Il suffirait alors de se rendre compte que, dès lors que l’on parle de liberté d’expression, ces « actes » que l’on juge sont des mots, pour réaliser l’absurdité même du débat dans lequel s’enlisent commentateurs éclairés et citoyens abonnés aux urnes : les textes sont inaptes à démêler a priori l’humour de la haine, sauf à interdire les deux – et le juge, alors transformé en critique littéraire, est condamné à proposer une interprétation de texte nécessairement orientée par des préjugés politiques.

Renonçons donc à la liberté d’expression, et cessons de délivrer ou non des visas de pensée – car il va sans dire que la liberté d’opinion n’a plus aucun sens si elle ne se double de la liberté de l’exprimer. Notre première erreur fut de consacrer un droit à s’exprimer, et à induire ainsi une possibilité de le restreindre. Aurait-on jamais songé à proclamer une liberté de vivre ailleurs que dans un pays où la justice se garderait le droit de vous en priver ?

http://philitt.fr/2015/01/16/sauvons-la … mons-la-2/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Ouais, enfin c'est comme littéralement tous les droits cités dans la DDHC et tous nos textes fondateurs. Les hommes sont libres et égaux en droits, sauf. Le droit de propriété est garanti, sauf. La liberté d'expression et d'opinion est garantie, sauf.

Evidemment que le réflexe des journalistes est en réalité largement corporatiste. D'ailleurs il y a fort à parier que si seul Coulilaby avait commis sa prise d'otage dans le supermarché cacher, le battage médiatique aurait été moindre. Evidemment qu'ils ne défendent que leur liberté d'expression.

Il suffirait alors de se rendre compte que, dès lors que l’on parle de liberté d’expression, ces « actes » que l’on juge sont des mots, pour réaliser l’absurdité même du débat dans lequel s’enlisent commentateurs éclairés et citoyens abonnés aux urnes : les textes sont inaptes à démêler a priori l’humour de la haine, sauf à interdire les deux – et le juge, alors transformé en critique littéraire, est condamné à proposer une interprétation de texte nécessairement orientée par des préjugés politiques.

Mais là c'est une erreur à mon sens. Car c'est bien le rôle du juge, que d'interpréter les textes et d'évaluer les circonstances. Le contexte. L'incitation à la haine raciale ou l'apologie du terrorisme est facilement distinguée de l'humour. Ici, je suis assez persuadé que Dieudonné ne sera pas condamné, justement en vertu du contexte.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Alléluia ! Il reste donc des gens qui pensent et réfléchissent à gauche. Tout n'est pas encore perdu.

Marianne a écrit:

Après le 11 janvier : quel itinéraire jusqu’à République ?

Le groupe Contrefort

Bassem Asseh, Emmanuel Bertrand, Laurent Bouvet, Pierre Carmetrand, Coralie Delaume, Jérome-Olivier Delb, Adrien Dubrasquet, David Dupré, Philippe Guibert, David Jehl, Simon Jolles, Denis Maillard, Valérie Maupas, Jean-Marc Mojica, Simon Olivennes, Emmanuel Saussier, Antonin Valls.

Contrefort est un groupe de réflexion de gauche qui "veut contribuer à mettre le “commun” au cœur des politiques publiques, en rupture avec le discours de l'identité et de la différence". Ses membres refusent ainsi l’analyse d’une "certaine gauche" qui explique que "la violence terroriste dans notre pays devrait être mise en regard, sinon en relation, avec la violence qui a été faite par la République française aux immigrés". "Ce n’est pas moins de République qu’il nous faut, écrivent-ils d'ailleurs, mais une République effective, qui ne se paie pas de mots".

« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut, ce qui est le plus difficile, voir ce que l’on voit » Charles Péguy

Une certaine gauche voudrait nous convaincre que la violence terroriste dans notre pays devrait être mise en regard, sinon en relation, avec la violence qui a été faite par la République française aux immigrés en les empêchant « d'avoir accès à leur propre culture » (Alain Renaut). Ainsi la société française aurait-elle « produit ce qu’elle rejette comme une monstruosité infâme » (Didier Fassin)… Ce sociologisme de bazar aboutit à une injonction globale à la culpabilité de ce qui est présenté comme la majorité dominante, forcément islamophobe sinon raciste, dont l’envers est la culture de l’excuse pour la minorité dominée. A son insu, une telle analyse repose pourtant sur un bel « amalgame » entre la population d’origine immigrée et les « monstres » qui en seraient comme l’avant-garde violente.

Ces contempteurs de notre « modèle républicain » pêchent d’abord par franco-centrisme : l'islamisme radical et la tentation du djihad ne sont en rien des spécificités françaises. C'est un phénomène mondial. Si l’on doit désigner une « culpabilité » dans cette « production monstrueuse », c’est celle de la politique occidentale en Irak et en Syrie, à commencer par l’intervention catastrophique en Irak en 2003, dont « Daech » est la conséquence, intervention à laquelle la France s’est opposée.

A vouloir d’autre part transformer le pays victime du terrorisme en complice sinon en coupable, cette gauche-là empêche l’analyse précise des mécanismes qui, sans les « produire », ont pu laisser se développer ces dérives dramatiques. C’est peut-être de laisser-faire et d’accommodement que se sont rendues responsables certaines politiques publiques, en s’éloignant de l’esprit républicain.

S’ils ne sortent pas de cet accommodement, la gauche, et l'ensemble des forces politiques républicaines, vont devoir faire face à un rejet supplémentaire de l'islam, des musulmans et de l'immigration et à un approfondissement des « fractures françaises ». L’apaisement et la tolérance ne s’obtiennent pas en mettant un couvercle sur la marmite. Dans un pays où les opinions s'étaient durcies bien avant ces trois jours de tragédies, il n'y a guère de raisons que « l'islamophobie » recule. Elle risque de progresser souterrainement à mesure que l’union nationale se désunira, puis électoralement au travers du parti qui seul a structuré un discours d'ensemble sur les insécurités françaises, l'insécurité culturelle en particulier : le FN. Répéter que « l'islam n'a rien à voir » avec ces tragédies, c'est au mieux un peu court... C’est surtout prendre le risque que l’interdiction morale du fameux « amalgame » ne se retourne en un amalgame violent, devant l’évidence de certaines relations, fussent-elles pathologiques.

L’enchaînement des événements que nous avons vécus, marche du 11 janvier comprise, a révélé trois séries de problèmes qu’il convient de distinguer : le djihadisme français, qui constitue un problème spécifique de sécurité, et par ailleurs celui de deux « contre-sociétés » distinctes, qui ont peu défilé ou communié le 11 janvier, pour des raisons différentes. L’une que l’on pourrait appeler une contre-société « musulmane », qui recoupe en partie les « banlieues », est en défiance profonde à l’égard de la société française et de la République ; l’autre est la contre-société de la « France périphérique », celle du FN, dont l’ampleur est encore trop souvent déniée.

Comment agir ? En commençant certes par nommer les maux — l'islamisme radical, le nouvel antisémitisme ; en discutant de façon publique des réticences et oppositions qui se manifestent à l'école, quand en 2012, après les tueries de Merah, elles se chuchotaient seulement à voix basse. Mais en essayant d'échapper aussi à cette maladie politique bien française : être d'autant plus ronflant dans les mots qu'on est timide dans les actes, autrement dit, faire de la politique sans mettre en place des politiques effectives et efficientes, ou alors en mettant en œuvre des politiques en contradiction avec les proclamations.... La République, la laïcité, la liberté, mille fois oui ! Mais que ces grands mots ne nous paralysent pas dans un conservatisme de musée. Il va falloir changer pas mal de choses, pour que nos grands principes ne changent pas...

Allons à l'os. L'islam est sans doute une religion de paix, mais c'est d'abord, aujourd'hui, une religion en guerre. Entre sunnites et chiites, comme au sein des sunnites. Au Proche et Moyen-Orient, comme au Sahel sinon au Maghreb, et consécutivement, en Europe et en France. En partie par la faute, nous l’avons dit, des interventions occidentales, dont il faudra bien débattre un jour. Que l’interprétation « intégriste », radicale, de l'islam puisse être contestée et contrecarrée, tout indique que cela est possible, en plus d’être hautement souhaitable. Cependant, la plus belle République du monde ne peut donner que ce qu'elle a : elle ne peut, à la place des musulmans, trancher les guerres de religion entre les islams. En revanche, elle doit se protéger du salafisme, en tarissant ses sources d’influence. La question du financement des mosquées, comme celle de la formation des imams, par des puissances étrangères douteuses, ne doivent plus être évacuées comme cela a trop souvent été le cas, mais doivent être abordées en priorité. Cela constituerait un symbole fort et un coup d’arrêt aux accommodements déraisonnables. Ces questions nécessitent une politique d'ampleur, qui doit bénéficier d’un soutien large, transpartisan.

L'intégration ensuite. Elle ne peut être abordée seulement sous l'angle des discriminations, quand bien même celles-ci sont pendantes, sans avoir été traitées. Il faut se demander pourquoi la troisième génération des jeunes français issus de l'immigration forme de gros bataillons de l'échec scolaire, pourquoi aussi cette population française semble socialement vouée aux métiers non qualifiés, dans le nouveau « prolétariat des services ». Au-delà des figures très médiatisées de l’intégration (des sportifs aux artistes), l’intégration ordinaire, celle qui marche tout de même souvent, passe classiquement par l’école, l’emploi, parfois par l’union mixte. Ne feignons pas de redécouvrir à quel point les politiques éducative et économique sont décisives ! Que l’échec scolaire et la faible qualification favorisent tout à la fois la tentation de la délinquance et du trafic comme économie de substitution, et cette religion du ressentiment qu’est l’islamisme radical, voilà un diagnostic certes sans surprise, mais solide et éprouvé. Encore faut-il en tirer les conséquences pour les politiques publiques. La politique de la ville n'a pas répondu à ces questions, ce n'était d'ailleurs pas son objet, mais a-t-elle eu le bon ? La politique d’éducation prioritaire n’y a pas répondu non plus, hélas. Tout se passe comme si on avait laissé, depuis les émeutes de 2005, le salafiste et le caïd « prendre en charge » certains quartiers, devant le désarroi, parfois accommodant, des élus locaux – ce que Gilles Kepel suggérait dans Passion française.

On ne peut demander tout à l'école, mais du moins peut-on lui demander de contribuer à la formation des esprits sans amplifier les inégalités d’origine, dans une société française qui plus que d’autres fait du diplôme sa grande règle sociale. A l’école aussi, le compromis, l’accommodement, souvent encouragés par une sous-estimation volontaire des « problèmes » par la hiérarchie, ont tenu lieu de politique réelle. « Pas de vagues », « ne soufflons pas sur les braises »… Dès lors, dans ces quartiers, malgré le combat de nombreux enseignants, le renoncement à « instruire » dans tous les sens du terme, l’élève, la tentation de s’adapter à son milieu, à son imaginaire, réseaux sociaux compris, n’a-t-il pas tenu lieu de pratique ? L’école des quartiers serait-elle devenue un symptôme de notre système scolaire, lequel s’est consacré en priorité à satisfaire la compétition scolaire au sein des catégories supérieures ?

Que la République, indivisible, laïque, démocratique et sociale, se concentre sur le plus urgent afin d’obtenir des effets réels. Ce n’est donc pas moins de République qu’il nous faut, c’est au contraire une République effective, qui ne se paie pas de mots. Une rupture républicaine avec de trop nombreux accommodements nous paraît le meilleur moyen de contenir et combattre la redoutable réaction qui menace. La République ne sera vivante que si elle recrée ce qui nous est commun. La manifestation qui a rassemblée 4 millions de personnes nous a montré une première concrétisation de ce « commun ». Ne laissons pas diluer l’esprit du 11 janvier.

http://www.marianne.net/agora-apres-11- … 20115.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Un entretien avec Elisabeth Badinter à lire et faire lire :

Marianne a écrit:

Elisabeth Badinter : "Je ne pardonne pas à la gauche d'avoir abandonné la laïcité"

"Marianne" consacre un hors-série à la laïcité qui rassemble une sélection de grands textes sur le sujet signés de figures historiques comme Clemenceau, de Gaulle, Gambetta ou encore Hugo. Ce trimestriel réunit aussi des textes inédits comme cet entretien d'Elisabeth Badinter qui juge "désolant" le pouvoir accordé par la gauche aux curés, imams et rabbins et dénonce les lâchetés des socialistes depuis vingt-cinq ans à propos du voile.
Helene Bamberger/AP/SIPA

Marianne : En 1989, lors de la première affaire médiatisée de voile à l’école, à Creil, vous avez, avec quelques autres, lancé dans le Nouvel Observateur un appel à défendre la laïcité. Où en sommes-nous un quart de siècle plus tard ?

Elisabeth Badinter : Il s’est produit un renversement à gauche sur la laïcité, produit d’une gêne considérable face à la montée de l’islamisme. Tétanisée à l’idée d’être taxée de stigmatisation d’une population d’origine immigrée, la gauche s’est empêchée de traiter cette situation nouvelle, mais pas si différente de l’affrontement avec l’Eglise un siècle plus tôt. C’est la phrase stupéfiante de Lionel Jospin à l’Assemblée : « Nous essaierons de les convaincre d’ôter ce signe religieux, mais, si elles ne veulent pas, nous les accepterons. » La gauche, à rebours de sa longue tradition, admettait que la religion entre à l’école publique, et son Premier ministre se défaussait sur l’avis du Conseil d’Etat qui l’organisa.

Etait-ce un oubli du sens de la laïcité ou une décision d’y mettre un terme ?

Je ne crois pas à l’oubli. Si cela avait été une provocation de catholiques intégristes avec de grosses croix, cela ne se serait pas passé ainsi. Le complexe de culpabilité face à des populations symbolisant les anciens colonisés a été le plus fort dans cette génération de socialistes qui ont ainsi favorisé, dans leurs propres rangs, la montée du communautarisme, cette idée que tous les rituels culturels ou religieux, y compris les plus intégristes, sont respectables et doivent être respectés. Ce fut un choc, à l’époque, de se découvrir soudain minoritaire à gauche A cette époque, je me suis sévèrement fait taper sur les doigts pour délit d’« ethnocentrisme » par Mme Mitterrand et Jack Lang parce que je combattais l’acceptation de la polygamie et de l’excision ! Nous n’en sommes heureusement plus là, mais il me semble aussi désolant que la gauche accorde un tel pouvoir aux curés, aux imams et aux rabbins : c’est religieux, c’est sacré !

Pourquoi cette minorité, dont vous faisiez partie à gauche, est-elle restée fidèle à sa tradition laïque ?

Il y a plusieurs raisons en ce qui me concerne. Je suis d’abord, philosophiquement, universaliste. Je crois aux bienfaits des valeurs universelles : on a toujours intérêt à mettre en avant nos ressemblances plutôt que nos différences. Je ne crois pas à la différence heureuse.
Ensuite, je suis juive : l’histoire familiale m’a appris que l’on avait tout intérêt à ne former qu’une seule humanité. Je regrette d’ailleurs que, en réaction à l’abdication de la laïcité face à l’intégrisme musulman, la partie communautariste des juifs se soit renforcée, développant le port de la kippa en public, et que certains catholiques réagissent de même, comme on vient de le voir à propos des crèches dans les mairies.
Enfin, je suis féministe et je me méfie extraordinairement du pouvoir des religieux et de leur vision de la femme. Que l’on impose aux femmes de cacher leurs cheveux parce que des hommes les tiennent responsables d’un désir sexuel qu’ils ne savent pas maîtriser me fait bondir. Il m’est insupportable que la gauche l’accepte, notamment au sein de l’école publique, censée avoir pour objectif de développer la raison et de lutter contre les préjugés ! On est passé du cogito ergo sum – « Je pense donc je suis » - au credo – « Je crois, donc j’existe »… C’est une trahison bouleversante pour ma génération, qui avait une autre conception de l’école comme outil d’émancipation, en particulier des filles.
Le pire de cette gauche communautariste est d’avoir accepté le concept d’« islamophobie » – qui a foutu en l’air le principe de laïcité, car s’élever contre des signes religieux devenait un crime – et l’invention de ce terme au sens propre insensé de « racisme anti-musulman ». D’où l’intimidation, qui a fonctionné sur de plus en plus de gens à gauche, se taisant par peur d’être dénoncés parce que la laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche.

Ce revirement, empreint de gêne et de malaise, n’est pas franchement revendiqué : durant ces vingt-cinq années, la plupart des élus de gauche ont voté ou ne se sont pas opposés – se réfugiant dans l’abstention – aux lois de laïcité proposées par la droite…

Parce que, globalement, la gauche n’est pas au clair, qu’il n’y a plus de position majoritaire en son sein sur le sujet et qu’elle fait tout pour ne pas en débattre franchement. D’abord par manque de courage. Sur l’interdiction de la burqa, par exemple, il y avait à l’Assemblé nationale des pour et des contre qui ne s’assumaient pas : c’est pour cela qu’à sept exceptions près, ils se sont tous abstenus… Ce manque de courage prend de plus en plus la forme du déni : pour avoir la paix, on pense qu’il suffit de nier les problèmes. Comme la position comique du nouvel Observatoire de la laïcité, cet édredon qui a remplacé le Haut Conseil à l’intégration : il n’y a pas de problèmes, c’est vous qui les inventez, c’est pas si grave…
Mais il ne faut pas sous-estimer dans cette hésitation le rôle du calcul politique, électoral : le Parti socialiste a quand même gagné les élections avec les voix des musulmans des banlieues, donc, après les effets de la théorie du genre, ce n’est pas le moment de se les mettre à dos ! C’est pourquoi on laisse la laïcité, déjà bien attaquée par Sarkozy, se vider de son contenu originel : « laïcité ouverte », « laïcité positive » : la laïcité aujourd’hui, c’est « chacun fait ce qu’il veut » et, au nom de la religion, « on a tous les droits ». Le comble est de voir des défenseurs de la laïcité plaidant pour que les religions soient plus discrètes se faire traiter d’« ayatollahs de la laïcité » ou de « laïcards », le terme de Maurras… Voilà pourquoi pour les mères voilées en sortie scolaire, on recommence comme en 1989 : la gène, la confusion et la défausse sur les juges au nom du « cas par cas » !

Vous n’êtes guère optimiste sur l’avenir…

Je suis moins optimiste à court terme qu’à moyen terme. Je pense que l’on va redécouvrir que l’on ne peut pas se passer du concept de laïcité, nécessité absolue pour la paix sociale entre personnes d’origines différentes. Les religions peuvent devenir des facteurs de guerre épouvantables, on en a d’ailleurs la preuve tous les jours dans le monde. Et il y a une telle exaspération qui monte à l’égard des exigences des uns et des autres, de la constitution de séparatismes culturels revendiqués – par exemple pour éviter de côtoyer « l’impureté » – que l’observation rigoureuse des règles laïques va redevenir un impératif pour le bien commun, pour vivre en paix les uns avec les autres.

http://www.marianne.net/elisabeth-badin … 20215.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: Le fil des excellents articles de fond

Théorie des jeux, rapport de force et problème grec : http://www.latribune.fr/actualites/econ … force.html

Pourquoi la Grèce est déjà en position de force

Romaric Godin  |  02/02/2015, 11:51  -  1529  mots
En tuant la troïka et en refusant les 7 milliards d'euros du programme, Athènes a renversé le rapport de force. Désormais, c'est à la BCE de choisir si elle maintient ou non la Grèce dans la zone euro.
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Alexis Tsipras est-il, comme le titrait samedi Der Spiegel, le « conducteur fou » (Geisterfahrer) de l'Europe ? A première vue, on peut certes en juger ainsi. Officiellement, la Grèce est encore sous perfusion de la troïka, son système bancaire dépend de l'accès à la liquidité d'urgence de la BCE et les échéances de remboursement de dettes, notamment celles dues à la BCE cet été, sont proches. Dimanche à Paris, le ministre hellénique des Finances, Yanis Varoufakis, a d'ailleurs reconnu que son pays était « aux abois. » La logique voudrait donc qu'Athènes fît profil bas et cherche à arracher des concessions à ses créanciers.
Athènes joue la fermeté

Mais le nouveau gouvernement hellénique prend le contre-pied de cette stratégie. Vendredi, Yanis Varoufakis n'a guère joué l'apaisement face à un président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, qui en perdait ses repères. Le ministre des Finances helléniques a annoncé qu'il ne discuterait plus avec la « commission branlante » de la troïka et qu'il ne voulait pas de la dernière tranche de 7 milliards d'euros du programme lancé en mars 2012. En théorie, sans accord avec la troïka avant la fin du mois, la BCE doit désormais couper, comme l'a rappelé ce week-end le gouverneur de la Banque de Finlande Erkki Liikanen, l'accès des banques grecques au programme ELA d'aide à la liquidité d'urgence. Ce serait le signal pour une sortie en catastrophe du pays de la zone euro. Faute de liquidités dans les banques, le gouvernement n'aurait d'autres solutions que d'imprimer ses propres billets et d'imposer un contrôle des changes pour éviter l'asphyxie. La Grèce fonce-t-elle alors dans le mur à pleine vitesse ?



Ce n'est évidemment pas si simple. La stratégie d'Athènes repose sur les fruits des échecs précédents. Résumons la situation : depuis l'arrivée d'Alexis Tsipras au pouvoir, la zone euro dispose de deux pôles opposés : au sud, le gouvernement grec réclame une restructuration de la dette et un « new deal » pour l'Europe ; au nord, Berlin reste ferme sur la nécessité de payer l'intégralité des dettes et de maintenir les « réformes. » Pour faire fléchir Angela Merkel, Alexis Tsipras pourrait certes suivre la voie ouverte (et refermée) par François Hollande et Matteo Renzi et proposer d'emblée un accord « réformes contre soutien. »
Echec de la stratégie « réformes contre soutien »

Or, cette stratégie a, par deux fois, échoué. En mai 2012, François Hollande, tout auréolé de sa victoire électorale avait pensé faire céder Berlin par la douceur en lui faisant accepter un plan de relance. Mais fin juin, il acceptait la ratification du pacte budgétaire négocié par Nicolas Sarkozy avant son élection contre un « pacte de croissance » estimé à 120 milliards d'euros, mais dont on n'a jamais réellement vu ni la mise en place, ni les effets et qui, en réalité, est resté dans les placards de Bruxelles. Deux ans, Matteo Renzi, lui aussi fort de sa victoire électorale aux européennes, avait cherché à assouplir le pacte de stabilité et de croissance. Finalement, il a dû renoncer à toutes ses promesses moyennant un plan Juncker famélique et un plan de relance allemand de 10 milliards d'euros dans deux ans et sur trois ans. Autrement dit, rien.

Partant du constat de cet échec, le gouvernement grec ne pouvait adopter la position du suppliant. La situation grecque ne permettait pas d'arracher ce que les deuxième et troisième économies de la zone euro n'avaient pas réussi à obtenir. Or, Syriza doit obtenir un résultat. Rien ne serait pire pour le nouveau gouvernement que la déception des Grecs qui entraînerait un rejet général de la politique et renforcerait les partis plus radicaux et l'opposition extraparlementaire. Compte tenu de la situation politique en Grèce, miser sur un «retour à la raison » des Grecs en cas d'échec de Syriza, autrement dit le vote en faveur de l'ancienne majorité semble très optimiste. Comment faire alors ?
Choix de la fermeté face à la BCE

La stratégie adoptée par Athènes est donc celle de la fermeté. En refusant les 7 milliards d'euros et donc en menaçant de ne rien faire pour empêcher le défaut de paiement ou l'explosion du système bancaire, le gouvernement grec renvoie en réalité les Européens à leurs responsabilités. Il force les Européens à agir dans la direction voulue par Athènes, sauf à provoquer une nouvelle crise de la zone euro. En effet, si la BCE met ses menaces à exécution et que la Grèce sorte de la zone euro, la pierre de touche de la politique européenne s'effondre : l'irréversibilité de l'euro. Dès lors, le risque est que, sur les marchés, les investisseurs réévaluent leurs positions à la lumière de cette réalité. Or, les anticipations d'assouplissement quantitatif (QE) ont créé une vraie bulle sur les pays périphériques (Grèce exclue) qui pourrait alors éclater, forçant la BCE à intervenir non pas dans le cadre de QE, mal conçu pour ce genre de situation, mais de l'OMT. L'ennui, c'est que l'OMT est un outil délicat à manier, notamment en raison de la querelle juridique avec Karlsruhe.

Deuxième conséquence d'une « éjection » de la Grèce par la BCE : les partis « souverainistes » verraient leur hypothèse de base, la sortie de l'euro, validée comme possible. Le FN en France, la Ligue du Nord et le mouvement 5 Etoiles en Italie, ne manqueraient pas d'en profiter. Et si la situation devient catastrophique en Grèce, il leur suffira de pointer le cas particulier grec pour relever que la France ou l'Italie feront mieux... Or, rappelons que la BCE n'existe que par l'euro. Affaiblir la monnaie unique, c'est affaiblir la BCE. On la voit mal se tirer ainsi une balle dans le pied.
Fragilité allemande

En réalité, Athènes joue donc la politique du pire en sachant que les dirigeants européens ne prendront pas le risque du pire. Si, à Berlin, Wolfgang Schäuble est un partisan d'une éviction de la Grèce depuis 2011, il n'est pas certain qu'Angela Merkel adopte la même attitude, elle qui a misé depuis 2010 sur une politique de sauvetage de l'euro. Ejecter la Grèce pourrait lui donner une certaine popularité outre-Rhin, mais ce serait là aussi valider les thèses du parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD). Ce serait politiquement relancer la demande de la droite de la CDU d'une négociation avec AfD. Malgré l'alignement de Sigmar Gabriel, les Sociaux-démocrates pourraient s'agiter. Surtout, une sortie de la zone euro de la Grèce serait suivie d'une annulation unilatérale de la dette. Pourquoi Athènes continuerait-elle à payer sa dette à des « partenaires » qui l'ont lâché ? Du coup, AfD ne manquerait pas de pointer du doigt le coût pour la contribuable allemand de la politique menée depuis 2010 par Angela Merkel et la CDU. La position de la chancelière pourrait rapidement devenir inconfortable. Sans compter enfin les conséquences incalculables du Grexit sur la conjoncture mondiale et donc la croissance allemande.
La balle est dans le camp européen

Pour le gouvernement d'Alexis Tsipras, il est donc indispensable de maintenir une épée de Damoclès sur les dirigeants européens. S'ils jouent la fermeté, ils risquent d'en payer le prix fort. C'est le sens de la dissolution de fait de la troïka. En tuant la troïka, Athènes a ainsi changé la donne : elle n'est plus dans la position de devoir répondre à des demandes. Désormais, la pression à la BCE qui doit décider si elle met ou non ses menaces à exécution. Le pari d'Alexis Tsipras et de Yanis Varoufakis, c'est que Mario Draghi ne prendra pas le risque de fragiliser la zone euro pour sauver l'édifice de la troïka. Les dirigeants vont alors devoir trouver une parade : fixer une nouvelle date butoir et ouvrir de vraies négociations. Mais désormais, la balle est dans le camp des partenaires d'Athènes, pas dans celui 'Athènes. C'est cette inversion du rapport de force qui est la grande réussite de cette première semaine du gouvernement Tsipras. Et c'est ce qui explique la rage de Wolfgang Schäuble samedi qui a dénoncé le « chantage » des Grecs.
Position de force grecque

La position grecque est d'autant plus forte parce que la solution que propose le nouveau gouvernement à ses partenaires européens - une restructuration de la dette fondée sur un lien entre croissance et remboursement - est nettement moins douloureuse pour eux qu'une sortie de la zone euro suivie d'un défaut unilatéral. Dès lors, la partie semble jouée d'avance : les Européens vont devoir négocier sur la base du plan grec. Ou accepter la responsabilité du chaos. Wolfgang Schäuble a raison, c'est un chantage. Mais c'est un chantage qui répond à celui que la troïka a mené depuis cinq ans. Et c'est aussi un mouvement stratégique assez remarquable qui tranche avec la passivité allemande.

J'ajoute à cela que les propositions grecques d'un échange de titres de dette, dont les nouveaux verraient les remboursements indexés sur le taux de croissance de l'économie grecque, me paraît un juste équilibre qui garantit aux contribuables des Etats européens un remboursement durable, et pour les grec, un remboursement soutenable.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Le fil des excellents articles de fond

Greg a écrit:

J'ajoute à cela que les propositions grecques d'un échange de titres de dette, dont les nouveaux verraient les remboursements indexés sur le taux de croissance de l'économie grecque, me paraît un juste équilibre qui garantit aux contribuables des Etats européens un remboursement durable, et pour les grec, un remboursement soutenable.

Je me demande comment n'importe qui d'un tant soit peu au courant du marché obligataire ait pu suggérer aux grecs une idée aussi folle que de créer un énorme levier contra-cyclique pesant 175% du PIB alors que l'économie est déjà au fond du trou. De quoi s'assurer de l'absence de croissance pour les 15 prochaines années...

Re: Le fil des excellents articles de fond

Il vaut mieux des outils contra-cycliques en cas de crise que de mettre en œuvre des mesures pro-cycliques justement, comme on l'a fait dans cette affaire, et comme on l'avait fait au début des années 30 en France suite à la crise de 29.

Des mécanismes intelligents sont envisageables, où les intérêts variables sont payés l'année suivant des taux de croissance plus élevés, et permettraient aux grecs de "voir venir" les variations de ces intérêts servis. Alors certes effectivement, les intérêts servis grimperont à mesure que le taux de croissance grec croîtra, mais après tout, n'est ce pas naturel et je suis convaincu que l'on trouver des modalités soutenables avec des plafonds de variation et autres. D'autre part, en cas de baisse de la croissance en Grèce et de retour à une situation difficile, les taux diminueront, desserrant l'étau.

Pareil mécanisme sera relativement contra-cyclique si la Grèce voit son taux de croissance atteindre 2, 3, 4 % (et ce serait bien qu'on y parvienne !) mais il le sera aussi si la situation se détériore à nouveau. Ceci ira de pair avec un assouplissement de l'étau à court terme sur la situation financière grecque, permettant à recréer un cercle vertueux de redémarrage de la consommation et des investissements dans le pays, croissance et remboursement de dette.

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Re: Le fil des excellents articles de fond

Je ne comprends pas très bien de quoi on parle. Si on parle de la dette détenue par les institutions et les pays européens, sa maturité est déjà supérieure à 15 ans avec des taux de financement parmi les plus bas d'Europe et du monde.

http://www.ft.com/cms/s/0/6e5532c0-a310 … ab7de.html

FT a écrit:

As a result of these changes, the average maturity of Greece’s debt is now 16.5 years, double that of Germany and Italy,

Greece did not have to pay any interest on its EFSF loans and received back the yield it pays to the European Central Bank and other national central banks, which hold just under one-tenth of its debt. Taking this into account, Mr Darvas calculates that total interest expenditure in 2014 was 2.6 per cent, only marginally above France’s 2.2 per cent.

The debt has a very low interest rate and a maturity of over 15 years. Its impact on the economy is much lower than in Portugal or Italy,”

Il apparaît clair que les Grecs bénéficient de conditions de financement très favorables avec des maturités très longues reportant le remboursement du principal après 2030 pour les prêts bilatéraux et 2041 pour le FESF... Pour info l'Espagne ou le Portugal sont loin de bénéficier des mêmes faveurs. De fait je ne vois pas très bien l'intérêt pour les Grecs d'un swap de titres vers des titres indexés sur la croissance du PIB; soit on procède à un effacement partiel de la dette, soit on leur accorde des délais supplémentaires pour le paiement des intérêts s'ils ont des difficultés de trésorerie à la suite notamment du mois de décembre où les Grecs ont massivement décidé de ne pas payer leurs impôts avant les élections. Je ne vois pas comment les obligations indexées peuvent changer significativement la donne du budget alors que le taux marginal du service de la dette en Grèce est déjà très bas.

Si tu parles de la dette à vendre sur les marchés, les Grecs n'ont plus d'accès réel aux marchés obligataires supérieurs à 1 an depuis fin décembre (les taux pour la dette à 3 ans sont supérieurs à 11%). Et quand bien même ils en auraient, il est certain qu'aucun investisseur ne voudra souscrire à une dette indexée sur la croissance du pays (qui s'annonce basse pour très longtemps) sans demander des taux prohibitifs.

Last edited by Cendrier bancal (09-02-2015 06:37:22)