Topic: La société des égaux de Pierre Rosavallon

Bonjour à toutes et tous,


J'ouvre une discussion sur un essai qui soulève mon intérêt ces temps-ci, La société des égaux, de Pierre Rosanvallon (2011, Éditions du Seuil). Je souhaiterais parler du livre en particulier, de l'égalité dans la société française d'aujourd'hui en général.
Tout le monde peut donc participer, et pas seulement les lecteurs de Rosanvallon. Il suffit d'avoir un avis et de vouloir le partager!

Pour faire simple, une phrase résume l'objectif que se pose Pierre Rosanvallon à travers l'écriture et la diffusion de son essai: « L'important pour ce livre réside dans le constat que l'on n'a jamais autant parlé de ces inégalités et qu'en même temps on n'a jamais aussi peu agi pour les réduire » (p.13). C'est donc un livre de l'action, qui vise à redonner du contenu à l'idée d'égalité aujourd'hui. L'idée d'égalité serait, selon l'auteur, plus qu'une coquille vide dans une société individualiste et fragmentée en sous-groupes.   
   Alors que depuis les révolutions en France et en Amérique, les inégalités ont eu tendance à baisser, un phénomène d'accroissement des inégalités s'observe depuis quelques années. Ces écarts croissants de revenus ont accompagné une concentration accrue des patrimoines. La conscience de l'ampleur du problème ne s'accompagne pas pour autant d'une réaction. Alors qu'en France, en 2009, près de 90% des personnes interrogées considèrent qu'il est nécessaire de réduire l'écart des revenus, simultanément 85% d'entre elles considèrent que les différences de revenus sont acceptables lorsqu'elles rémunèrent des mérites individuels différents. C'est le « paradoxe de Bossuet », la situation dans laquelle les hommes déplorent en général ce à quoi ils consentent en particulier. L'objet de l'essai de Rosanvallon est de faire comprendre que l'avenir de la société se jouera autour de l'approfondissement de l'idéal démocratique.

Le thème est très actuel ("we are the 99%"). Rosanvallon emprunte des exemples de l'histoire des France, de l'Angleterre et des Etats-Unis, pour démontrer que l'égalité est initialement conçue comme un rapport entre les hommes, un moyen de faire société, plus qu'un concept de redistribution des richesses. Dés l'introduction, Rosanvallon parle d'un phénomène de passivité des citoyens face aux inégalités criantes: d'un côté, ils sont prêts à critiquer l'idée générale de l'inégalité, mais acceptent, sous le couvert de la méritocratie, des inégalités particulières (différences de revenus élevées acceptables, car issues des mérites personnelles). Il parle d'une crise de l'Etat redistributeur.
Là où il y a discussion, c'est sur l'existence réelle ou non d'une crise de l'État redistributeur et de l'égalité en France.

Si certains l'ont lu ou le lisent, à vos plumes ! (à vos claviers)

ama.