Q.D. a écrit:Rayan a écrit:Si c'est la politique qui t'intéresse, laisse tomber l'ENA. Je suis très sérieux. Il y a des formations qui y amènent bien plus directement, et particulièrement à Paris 1.
A quelles formations penses-tu en particulier ?
L'ENA n'est-elle pas la voie royale pour un "destin politique" réel ? (La grande majorité des hauts responsables politique de la Ve République étant passé par elle)
Pour avoir un destin politique, l'idéal est surtout de passer par Sciences Po et de s'investir en politique au sein d'associations tout en en militant, ne serait-ce que pour le réseau principalement. Si la plupart des responsables politiques actuels sont passés par l'ENA, c'est en grande partie car l'école offrait alors une très bonne connaissance des rouages de l'Etat, dans une perspective très franco-centrée, associée à des prises de fonctions dans des ministères, dès la sortie, ou dans des postes de conseillers au sein de cabinet (après deux ou trois années en tant qu'administrateur civil ou dans le corps de la préfecturale).
Aujourd'hui, l'ENA est entrain de changer - ou tout du moins depuis une dizaine d'années, par touches successives, pour être globalement précis.
- La scolarité à l'ENA a énormément évolué, en intégrant la dimension européenne.
- Les cours ont été sensiblement transformés, en donnant plus de places aux stages.
- Le pantouflage est très difficile à effectuer.
Aujourd'hui, il y a une obligation d'effectuer trois stages : un stage dans une organisation européenne, un stage en entreprise dans un département d'affaires publiques ainsi que, pour finir, le traditionnel stage en préfecture.
Les activités exercées, tant dans la prise de décision (ou l'aide à la prise de décision) que dans la rédaction de notes administratives à trois heures du matin, en urgence, pour le dircab, relèvent de l'exercice politique puisque cette prise de décision est soumise à des facteurs (temps, contraintes législatives ou du supérieur, conciliation avec les orientations voulues par le gouvernement), mais ne relèvent pas d'un destin politique.
La composante politique est néanmoins inhérente, par nature, au fonctionnement de l'Etat. Elle en est même indissociable, à ceci près que l'obligation de neutralité conduit à faire passer et concilier à la fois les orientations politiques personnelles, et à la fois celles de l'Etat de manière très subtile.
Il est assez important de le rappeler, car il semblerait que tu ne voies l'ENA que comme instrument pour entrer en politique, alors que la plupart des énarques n'aspirent qu'à - c'est une vocation parait-il - servir l'Etat et non pas devenir par suite des hommes politiques.
En tout état de cause, aujourd'hui il n'y a plus que 3% des énarques qui, après 10 ans de service de l'Etat, se consacrent véritablement à une carrière politique, laquelle, pour l'instant, ne donne pas grand résultat : la plupart des personnalités émergentes, aujourd'hui, en politique, ne sont plus issues de l'ENA à l'imge d'un Harlem Désir, Benjamin Lancar ou Mickael Camilleri.
Ce chiffre extrèmement faible témoigne de la mutation profonde qui s'est opérée depuis les années 1985/1990, mutation par laquelle les énarques se sont vu confisquer l'instrument d'Etat à des fins personnelles (le pantouflage, tant décrié, ou le parachutage politique...) au profit d'une formation fabriquant véritablement des personnes au service de l'Etat, de l'intérêt des citoyens, et non pas pour une carrière en politique.
Q.D. a écrit:En tout cas ne le mentionne pas dans ta lettre. Vu les notes que tu as eu dans des matières "stratégiques", cela risque de te faire mal voir auprès d'un jury.
Tu me conseillerais donc de tenter de rentrer en Affaires Publiques sans mentionner que je souhaite tenter l'ENA ? N'est-ce pas pourtant l'ambition de la plupart des candidats à ce master ?
Je conseille aussi de ne pas mentionner que l'on veut passer l'ENA et trouver rapidement un vrai projet professionnel. Comme il est souvent fait remarquer, ce genre de lettre de motivation ne passe absolument pas le screening du jury pour t'envoyer aux oraux - et encore plus avec la nouvelle formule sobrement intitulée par mes propres soins "note de Synthèse 2012".
Par suite, c'est la porte ouverte à un massacre par le jury de l'oral, dont certains sortent de l'ENA, et pour qui cette conception est désormais impossible à avoir et à évoquer. Dans l'hypothèse ou tu réussirais à avoir Sciences Po, le même discours, tenu au grand O de l'ENA, te sera rédhibitoire, le jury ne recherchant absolument pas ce type de profils et personnalités.
Par ailleurs, passer l'ENA n'est absolument pas l'ambition de la plupart des personnes se présentant au master AP : Il y en a qui veulent travailler dans un département d'affaires publiques d'une entreprise, d'autres qui veulent travailler dans la territoriale, d'autres veulent faire du conseil et viennent d'une école de commerce, mais qui, avant de rentrer dans la vie active, veulent avoir un background "affaire publique" pour être complets. D'autres encore choisissent de se spécialiser. Dans la culture, l'énergie, les collectivités territoriales ; autant d'autres domaine concernés par les affaires publiques...
Au final, je ne suis pas certain que "passer des concours" soit la vocation de la majorité des admis en 4A AP, d'une part, d'autre part, pour ceux ayant vendu ce projet (à leurs risques - souvent des ingés ou des littéraires) une très grande majorité a abandonné cette idée avant la fin du 1er semestre - ça se voit très facilement en un entretien s'ils vont poursuivre ou non leur projet - souvent en s'apercevant du gap à franchir entre leur niveau réel pour atteindre ce qui est attendu le jour des concours, certains découragés par les 5h de concours blancs, ou comme tant d'autres parce qu'ils ont découvert différentes opportunités... Le jury les ayant de ce fait admis en sachant pertinemment qu'ils abandonneraient rapidement cette idée. Mais également admis parce que la personnalité, le potentiel, le dynamisme ont joué pour chacun d'entre eux dans la décision finale.
Les profils qui visent l'ENA, qui le mettent en avant dans leur motivation, et qui sont admis, sont principalement des ENS Cachan ou des khâgneux sous-a à Ulm ; candidats pour qui passer des concours relève de l'habitude ; candidats dont il n'est pas déraisonnable de penser qu'ils présentent de sérieuses chances de réussite aux concours par la suite ; candidats qui sont aussi admis, car leur personnalité montrée au moment de l'oral, a donné envie au jury de leur permettre d'intégrer la rue Saint Guillaume.
Q.D. a écrit:Pour ce qui est d'améliorer ton dossier, les notes ne s'inventent pas, donc tu peux au mieux agrémenter de lettres de reco et d'expériences professionnelles/associatives (tu as encore le temps d'en réaliser).
En ce qui concerne les notes justement, tu penses qu'obtenir un master 1 avec mention en droit pourrait contrebalancer mes mauvaises notes de L1 et L2 ? Ou peut-être un IEP de province suffirait (surtout que la formation générale m'intéresse beaucoup... J'en viens à regretter de pas avoir tenté d'IEP post bac)
(Désolé pour ce topic très égo-centré, mais je trouve que l'accès à l'information concernant les "hautes" études est curieusement élitiste, et ce forum est le seul moyen que j'ai trouvé pour le moment...
)
Si par "mauvaises notes" tu appelles "avoir un 0/20 et un 2/20 et des notes qui varient entre 5 et 17/20 sur tout le cycle de licence", c'est indéniable que ça va te plomber, mais ce n'est pas non plus rédhibitoire... La mention en M1 sera regardée et peut rattraper l'ensemble. Ce qui comptera sera la progression, que tu peux mettre en avant dans ta lettre de motivation, pour expliquer (positivement) tes mauvais résultats.
Last edited by kobayashi (22-12-2011 05:06:02)
"Un gamin de 18 ans tutoie une mama en boubou, oubliant qu'on ne donne plus du camarade dans le coin depuis une paie."