Europe/Banques-Le FMI voit un déficit de capital de E200 mds
Le Fonds monétaire international (FMI) estime que les banques européennes risquent d'être confrontées à un déficit de fonds propres de 200 milliards d'euros, a déclaré une source européenne mercredi.
Ce montant a provoqué une vive réaction de responsables européens qui contestent l'analyse du FMI, selon le Financial Times.
Le FMI publiera cette analyse dans son habituel Rapport sur la stabilité financière mondiale avant sa réunion d'automne avec la Banque mondiale en septembre.
Le FT souligne que le montant figure dans un document qui n'est pas définitif et qui peut encore changer.
"La vision du FMI est biaisée", a dit la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, au FT, expliquant que le Fonds a eu tort de ne prendre en compte que les pertes potentielles sans tenir compte des avoirs en Bunds, lesquels ont vu leurs cours monter.
S'exprimant le week-end dernier lors des rencontres annuelles de la Réserve fédérale américaine, la directrice du FMI Christine Lagarde avait plaidé pour une recapitalisation "substantielle" des établissements européens.
On dirait que le FMI est lancé à plein régime dans une opération de déstabilisation économique de l'Europe. Nous sommes exactement dans le phénomène que décrit Joseph Stiglitz dans La grande désillusion (Globalization and its discontents), à propos des crises mexicaine de 1994, asiatiques en 1997 (thaïlandaise particulièrement), et argentine en 2001. A chaque fois, les annonces alarmistes suivies de plans de rigueur massif, constricteurs de l'activité et de la demande globale, aboutissait à aggraver la situation plutôt qu'à la guérir. Exactement comme dans les crise décrites par Stiglitz, le FMI est sourd au acteurs présents sur le terrain qui affirment, comme les banques européennes, qu'elles n'ont besoin ni de recapitalisation, ni de liquidités supplémentaires ! Le FMI voudrait gaver l'oie pour la tuer qu'il ne s'y prendrait pas autrement.
Les banques européennes ont toutes de la dette grecque, et elles ont provisionné les pertes. Même si elles doublaient comptablement leurs provisions (comme l'a demandé l'IASB), elles perdraient une part très relative de leurs actifs, par là même dépréciés. Elles ont bien résisté aux stress tests (même s'ils restent toujours sujets au doute épistémologique).
La crise de 2008 ayant fait son oeuvre, la confiance a du mal à se réinstaller, entre les acteurs économiques. Et c'est faute de confiance en nous mêmes et entre partenaires (cf. le nantissement demandé par la Finlande à la Grèce) que les marchés financiers continueront à entretenir cette dévalorisation massive d'actifs pourtant dans une santé pas si mauvaise. Problème de défiance qui n'existe pas dans les pays asiatiques.
La Grèce est au bord du défaut car la dynamique de sa dette est "hors de contrôle", au dire d'une commission de contrôle budgétaire composée d'auditeurs, et le plan constricteur actuel ne va pas favoriser le retour de la reprise. Il est déjà en retard d'application, mais ses effets psychologiques négatifs se sont déjà fait sentir. le produit Intérieur Brut diminuerait vraisemblablement de plus de 4,5% en 2011, contre 3,5% prévu initialement. Entre-temps, la dette grecque a enflé pour atteindre 350 milliards d'euros ! L'effet néfaste sur la croissance de cette politique a obéré tous les mécanismes de réduction du déficit grec, qui se creuse presqu'autant que l'année dernière.
C'est dans ce contexte que Christine Lagarde ferait bien de prendre la main sur une organisation qui démontre par la réitération d'une annonce tout aussi absurde que frauduleuse, qu'elle agit au détriment intentionnel des intérêts vitaux des Etats de l'Union européenne. En fait, il ne s'agit pas d'une blague, mais plutôt d'un cauchemar.
"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)