Deux nouvelles rumeurs de marché (complètement aberrante au demeurant pour l'une des deux) ont fait plonger l'indice boursier Allemand, le DAX, avant qu'il se reprenne légèrement en fin de journée aujourd'hui :
- l'Allemagne perdrait sa note souveraine. C'est la rumeur de marché la plus stupide que j'ai entendu jusque là . L'Allemagne est en pleine forme, par rapport à tous les Etats de la zone euros, et le Bund est le titre occidental le plus attractif.
- L'Allemagne interdirait pour une durée indéfinie les ventes à découvert à nu sur les valeurs bancaires et financières. Rumeur immédiatement démentie par le Ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble.
En bref, tout confirme que la panique actuelle est infondée. Il suffit qu'une rumeur prenne le pas, mail incendiaire ou inquiétant, pour que les grands casinotiers internationaux jouent avec l'épargne des contribuables. "Il faudra bien, un jour, mettre de l'ordre dans tout cela". Reste que l'aversion au risque est conjoncturellement au plus bas du fait d'une absence de visibilité.
Tout le monde dit attendre la déclaration de Ben Bernanke, mais que peut Bernanke à part créer un peu plus de planche à billet, dans un système à taux d’intérêt directeur déjà négatif... C'est sur le front de l'investissement technologique que tout doit être mis, pas sur une hasardeuse nouvelle opération de quantitative easing.
Et pendant que nous nous amusons à nous faire peur et que l'on se désinforme de banque d'affaire en Hedge Fund, destructurant nos économies réelles dans les mains de casinotiers jouant avec l'épargne de citoyens, les chinois accumulent, patiemment, sûrement, les devises, les technologies (nos technologies). Elle est désormais le premier créditeur mondial, assise sur 3000 milliards de dollars de réserves (qui pourraient être bien mieux placées mais qui sont force de frappe financière certaine pour diverses opérations, de sauvetage, de rachat, ou d'investissements extérieurs).
Aussi, je pense qu'il faut s'orienter vers :
- La mise en place d'une taxation financière sur les mouvements spéculatifs, modulée selon le secteur afin d'en limiter la fluidité (taxe très forte sur les matières premières notamment afin d'en limiter les variations).
- Une obligation de garder un titre une certaine durée, même courte, afin d'éviter et de limiter la spéculation de très court terme (et notamment la spéculation automatisée).
- La fin totale et définitive de la vente à découvert à nu. On ne peux vendre qu'un titre que l'on possède. Un étude orthoxopathe de la Cass business School (l'école de la City) vient d'affirmer que l'interdiction temporaire de la vente à découvert à nu n'avait pas empêché la baisse des cours entre 2008 et 2009 et que cela avait limité la liquidité sur les marchés, apportant un contre argumentaire à ma proposition. J'en tient compte mais je persiste à penser que cette liquidité apportée par le short selling se fait au détriment de la valeur réelle des actifs, lorsqu'ils subissent par ce biais des déprédations extrêmes.
- La séparation des activités de banque d'affaires et de banque de dépôt.
- Le démantèlement en de plus petites entités des plus grosses banques d'affaires ou hedge funds afin de limiter le price-making sur des marchés où, lorsque par exemple le volume d'échange est bas.
- La création d'une agence de notations européenne et la publication de tous les critères de jugement et de notation, des modèles de classification et de notation des Agences.
Vu la panique actuelle, il n'est pas étonnant que l'emploi ait suivi. Il faut bien se souvenir que le rebond plus fort qu'attendu au premier trimestre 2011 était d'abord et avant tout lié à la reconstitution des stocks. Reste que les commandes de biens durables sont en forte hausse aux Etats-Unis, signe que le restockage n'était pas terminé.
A côté de cela, on commente les paniques imbéciles et les annonces économiques, mais c'est sur le front des technologies et des investissements que se joue la solution à ces problèmes. Investissements dans l'énergie, dans la santé, dans les technologies environnementales où, en dépit des appels, depuis le début de la décennie 2000 à développer un avantage comparatif sur ces technologies, nous avons à nouveau été dépassés parles Allemands en la matière, le tout nucléaire ayant affaibli le secteur à son démarrage. Investissements dans les start-up, où ça bouillonne de 1000 créations, talents et potentiels services de demains. Investissements dans les infrastructures de demain, écologiques, esthétiques, etc. Investissement dans les transports. Voilà où il faudrait créer de la bonne dette !
On ne peut que rappeler ici qu'à part le chômage et la croissance, nombre d'indicateurs sont bons : biens durables aux Etats, anticipations et perspectives d'investissements, beaucoup de nouveautés sur le front technologique, etc.
Tout ça tient à un fuite devant le risque très dommageable et irrationnelle.
(PS : regard lointain, c'était moi ;-)
"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)