Topic: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Il y a de quoi être très en colère contre Claude Guéant.

Sa déclaration sur la "croisade" que nous mènerions en Libye est une stupidité sans nom.

Voilà que suite à ses déclarations, de très nombreux autres pays qui étaient prêts à soutenir notre intervention sont en train de déceler dans notre attitude une velléité anti-arabe, surtout si l'on relie ça aux enjeux nationaux et aux débats récurrents, lancé par l'UMPFN sur l'islam où les migrants d'origine arabe.

Cette espèce d'envolée à référence mystique de claude Guéant est tout ce dont nous n'avions pas besoin dans cette opération humanitaire. Totalement irresponsable et propre à nous mettre en très grande difficulté sur le plan international.

Par ailleurs, M. Guéant s'est lancé dans une offensive de verrouillage réglementaire contre l'immigration légale, en restreignant les conditions d'accès au travail pour les travailleurs étrangers, ainsi que les étudiants.

Sa stratégie visant à pousser l'UMP vers l'extrême droite, stratégie dont il est le maître à penser discret depuis des années, mène à situation de clivage lourd dans la société française, à l'encontre de la nécessité de cohésion sociale que devrait défendre tout Ministre de la République. Voilà qu'en plus, elle met la France en difficulté dans nos opérations extérieures. Et finalement, on en voit le résultat : montée du FN, échec de l'UMP, condamnation de l'opération en Libye, opération humanitaire qui a sauvé les résistants Libyens. Claude Guéant, dont on croyait qu'il était un grand commis de l'Etat mesuré et d'une intelligence supérieure se révèle en réalité être complètement à côté de la plaque, capable de sortir des absurdités encore plus délirantes que ce dont était capable Frédéric Lefebvre.

Très très décevant.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Greg a écrit:

de très nombreux autres pays qui étaient prêts à soutenir notre intervention sont en train de déceler dans notre attitude une velléité anti-arabe,

Euh, franchement, tu crois vraiment que les dirigeants arabes du Moyen-Orient ont suivi ce dérapage du ministère de l'Intérieur français????

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

La réponse est oui, naturellement. Chaque ambassade dans le monde analyse en détail les déclarations des décideurs du pays. Des réactions ont déjà eu lieu, d'ailleurs le retrait progressif du soutien des pays arabes à cette intervention a connu un nouveau palier avec la déclaration de Guéant.
Dans toute guerre, il faut gagner les esprits et les coeurs avant de gagner sur le champs de bataille. Dans cette perspective, c'était vraiment LE truc à ne pas dire.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Greg a écrit:

La réponse est oui, naturellement. Chaque ambassade dans le monde analyse en détail les déclarations des décideurs du pays. Des réactions ont déjà eu lieu, d'ailleurs le retrait progressif du soutien des pays arabe à cette intervention a connu un nouveau palier avec la déclaration de Guéant.

Non franchement là, c'était vraiment LE truc à ne pas dire.

La Ligue Arabe a émis des réserves bien avant; notamment parce qu'elle estimait que le mandat de l'ONU n'autorisait pas les bombardements d'unités au sol.

La phrase de Guéant était stupide, mais de là à croire qu'elle a eu tant d'impact au sein des pays arabes, c'est plaquer des débats franco-français sur des décisions motivées par bien d'autres raisons que le dérapage malheureux d'un second couteau français.

PS: je sais très bien comment fonctionne une ambassade

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Claude Guéant, l'idéologue maintenant dévoilé du tournant ethno-racial de l'UMP va bientôt proposer des "propositions de réduction du nombre de titres de séjour" et compte ainsi réduire l'immigration légale.

De son côté, Christian Jacob préfère, lui, se concentrer sur la lutte contre l'immigration illégale.

Il faut créer de nouvelles lois ! Les 6 qui ont déjà été déféquées par la majorité n'ont donc servies à rien.

Christine Lagarde, titillée par ses experts de Bercy a quand même un peu intégré la dimension économique nécessaire de l'immigration, les pénueries d'emplois dans certains secteurs, le phénomène d'incitation au travail forte qui concerne les migrants, etc. plutôt que l'approche idéologique et ethno-raciale qui excipe du cerveau malade de Claude Guéant.

Il ressort de tout cela que chaque membre du gouvernement tourne en roue libre puisqu'il n'y a plus aucune consistance à la diarhée politique qui nous sert de proue du navire depuis 4 ans (et un peu plus en fait, Chirac ayant cessé de gouverner en 2005 suite à son accident vasculaire). Il n'y a plus ni dialogue, ni fonctionnement interne du gouvernement.

Claude Guéant défendait aujourd'hui une nouvelle étape dans la lutte contre l'immigration légale, dans l'hémicycle du Sénat où il défendait le projet de loi sur l'immigration discuté en seconde lecture. Il lui faut une solution finale à l'immigration. Un Grand soir de l'identité nationale, blanche et catholique.

« Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (André Malraux; Les Voix du silence, 1951)

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

une solution finale à l'immigration.

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« Que voulez-vous ? Que j'aille chez vous avec une verge, ou avec amour et dans un esprit de douceur ? » 1 Corinthiens 4:21

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Gambetta, juste une petite question, où habites tu au juste ? Dans quel quartier ?

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

apokrif a écrit:
Mais putain on est ou ? a écrit:

On nous dit que Sarko pourrait profiter de la polémique sur les roms ?!

Mais putain y en a marre. Un type qui ne mérite que l'échafaud gagnerait à jouer au nazi en France ?....

Remarquez c'est pas faux, Hitler a bien profité de sa haine anti-juive...

Hmmm, mais il y a toujours un happy end dans ces histoires, non ?

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8d/Mike_Godwin_at_Wikimedia_2010.jpg

Jean François Bossy sors de ce corps !

(Big up à tous ceux qui l'ont eu en conf')

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Nira a écrit:

Gambetta, juste une petite question, où habites tu au juste ? Dans quel quartier ?

Tu pourras lire la réponse à ta question juste sous son pseudo, et je gage d'ailleurs qu'elle confirme à merveille ton pressentiment wink

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

buko a écrit:
Nira a écrit:

Gambetta, juste une petite question, où habites tu au juste ? Dans quel quartier ?

Tu pourras lire la réponse à ta question juste sous son pseudo, et je gage d'ailleurs qu'elle confirme à merveille ton pressentiment wink


Tu vis dans le 5ème Gambetta ?

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Guéant veut modifier Schengen, suite à l'incident du train de Vintimille : il veut réinstaller des contrôles aux frontières en matière d'immigration et notamment lorsqu'il estime qu'il y a défaillance aux frontières extérieures de l'Union. Ceci implique qu'il faut interpréter cette notion de "défaillance" et implicitement qu'il accuse l'Italie de défaillir, parce qu'elle accordé des permis de séjour de 6 mois à 800 ressortissants tunisiens...

La Commission mi étonnée, mi moqueuse affirme ne pas avoir été notifiée de cette intention (bien qu'elle n'aie pas fait savoir officiellement qu'elle condamnait l'évènement de Vintimlle, où la France est ouvertement et sciemment  contrevenue aux normes européennes.

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Les arabes eux-même (rebelles libyens) parlent de jihad contre Khadafi. Ca embarque la France dans une guerre sainte ?

Greg, tu es pour le politiquement correct partout tout le temps ? J'aimerais bien alors que les autres termes religieux et le prosélytisme soient bannis, au moins du forum puisque c'est ta compétence.

Ce qu'a dit Guéant n'est pas malin mais comme le dit sabaidee personne n'a relevé. Espérons qu'il a fait un communiqué de presse pour s'excuser, ça serait déjà pas mal.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Il ne s'agit pas de politiquement correct, il s'agit de réfléchir à sa stratégie de communication dans une période d'intervention militaire où évidemment tout propos de Ministre ou décideur de premier plan est analysé à la loupe, et sur laquelle la marge de manœuvre de la France est somme toute assez étroite.

Parler de croisade dans un tel cadre, au poste où M. Guéant est, c'est prendre le risque de créer une confusion très grave dans des Etats dont l'accord même implicite est nécessaire pour légitimer cette action internationale.

Il vient de s'excuser, tout de même...

Reste que ces propos illustrent l'état d'esprit qui anime le "courant Guéant" dont Nicolas Sarkozy est un des meilleurs adeptes : à droite max toute !

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Greg a écrit:

Parler de croisade dans un tel cadre, au poste où M. Guéant est, c'est prendre le risque de créer une confusion très grave dans des Etats dont l'accord même implicite est nécessaire pour légitimer cette action internationale.

Le choix des mots était hasardeux. On lui a légitimement reproché au sein du microcosme politico-médiatique français (et encore, passer une semaine dessus). Il a quant à lui démontré les deux sens qu'a le mot.

Par contre, de là, à dire que ce "dérapage", si ça en est un, a pu influencer le choix des pays arabes de faire partie de la coalition, t'exagères un peu.

A mon avis, tu pêches par excès de chauvinisme et tu crois que les petites polémiques franco-françaises sont suivies attentivement dans le reste du monde (perso sur BBC, CNN et Al Jazeera, personne n'a parlé de ce qui a été dit. D'ailleurs, je ne suis pas certain que l'ensemble des Français savent qui est Guéant, alors les Qataris ou les Yéménites...

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Ce qui m'embête plus que ce dérapage c'est que quelqu'un qui n'ait aucune expérience internationale (Guéant est préfet à la base) ait dirigé la politique extérieure de la France pendant 4 ans à partir de la cellule de l'Elysée.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Free French a écrit:

Ce qui m'embête plus que ce dérapage c'est que quelqu'un qui n'ait aucune expérience internationale (Guéant est préfet à la base) ait dirigé la politique extérieure de la France pendant 4 ans à partir de la cellule de l'Elysée.

Ben quand même il a été en Libye, en Bosnie, il a écrit un livre sur Daniel Pearl, un autre sur les Etats-Unis...


Ah? Tu parlais de Guéant. Pardon.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Malheureusement Guéant n'est pas le seul charlot à diriger ou influencer la politique extérieure de la France...

Heureusement maintenant qu'il est au MinInt il a moins d'influence.

Heureusement que Juppé est là et que Longuet a la bonne idée de se taire en ce moment.

Un ancien ministre de la défense (je n'ai pas réussi à trouver qui) a eu la bonne idée de dire que les rafales et les Mirage 2000 devaient "straffer" au canon de 20 mm les colonnes blindées libyennes à basse altitude.
Il aurait mieux fait de se taire comme Longuet.
J'aimerais bien retrouver le nom de cet ancien ministre.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Oui c'était très bête et assez étrange ces propos de Claude Guéant. On sent chez lui un certain décalage avec la réalité. Surement rapport au fait que ce ne soit pas un vrai politique à la base. A moins que ce ne soit l'âge...

En tout cas cette opération en Libye constitue une superbe présentation publicitaire en live sur la qualité des Mirage  cool

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Bonne émission, hier, de l'économie en question, où l'on aborde le sujet de l'immigration en montrant que :

- l'immigration en France est structurellement plus faible, depuis 15 ans, que chez ses voisins : sur 2 millions d'emplois créés et détruits par an, seul 60 000 concernent les immigrés (3%).
- l'émigration des classes supérieures est plus élevée depuis 20 ans, que ses voisins.
- le manque de main d'oeuvre est importants dans de nombreux secteurs.

Ajoutez à cette émission concordance des temps, consacrée à l'histoire de l'immigration avec le spécialiste de la question, Patrick Weil, qui démontre la stupidité des propos et de l'obscession anti-immigration de Claude Guéant.

On a en face de nous un type qui vit un siècle avant, qui imagine une France qui n'existe plus. Idéologue, il ne s'expose pas aux faits. Vit dans un monde intérieur manifestement malade. Ce Claude Guéant est un dangereux personnage, menaçant l'image de la France, son esprit et son économie.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Guéant vient de se prendre un pan sur le bec par l'INSEE, qui a publié un communiqué pour démentir ses propos selon lesquels 75% des élèves en situation d'échec scolaire seraient issus de l'immigration.

Le chiffre réel est 16%...

Guéant est prêt à tous les mensonges pour justifier une forme de racisme et c'est stupéfiant de voir cela à la tête de la France.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Petit Coraya a écrit:

Guéant vient de se prendre un pan sur le bec par l'INSEE, qui a publié un communiqué pour démentir ses propos selon lesquels 75% des élèves en situation d'échec scolaire seraient issus de l'immigration.

Peut-être parlait-il de l'immigration française dans les pays étrangers ? "75% des élèves en situation d'échec scolaire dans un pays étranger seraient issus de l'immigration française" me semble cohérent avec nos niveaux élevés d'immigration.

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

INSEE a écrit:

Le chiffre réel est 16%...

OCDE - enquête PISA a écrit:

Par exemple, parmi les pays de l’OCDE où les élèves issus de l’immigration représentent plus de 10 % de l’effectif, le pourcentage d’élèves de la première génération qui n’atteignent pas le niveau 2 de l’échelle de compétence ne dépasse pas 13 % en Australie et 15 % au Canada, mais atteint 64 % en Autriche, 48 % en Suède et 42 % en France.

Quoiqu'il en soit: pas de quoi pavoiser.

Et encore, une fois, incapacité à parler rationnellement de certains sujets sans tomber dans l'hystérie à droite comme à gauche, d'un côté l'accusation, de l'autre la victimisation. De l'air!

http://browse.oecdbookshop.org/oecd/pdf … 10082e.pdf

Last edited by sabaidee (27-06-2011 18:29:07)

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Je dirais plutôt une incapacité à interpréter des pourcentages (qui est assez partagée en France). Je constate ça régulièrement dans mon boulot et c'est assez flippant.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

On dirait effectivement qu'il y a confusion entre "les 2/3 des enfants en échec scolaire sont des enfants d'immigrés" et les "2/3 des enfants d'immigrés sont en échec scolaire".

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Petit Coraya a écrit:

Guéant vient de se prendre un pan sur le bec par l'INSEE, qui a publié un communiqué pour démentir ses propos selon lesquels 75% des élèves en situation d'échec scolaire seraient issus de l'immigration.

Le chiffre réel est 16%...

Haut Conseil à l'Intégration a écrit:

Les enfants de famille immigrée sortent aussi presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualification (11% contre 6% pour les non immigrés).

En 2002, sept ans après leur entrée au collège55, seul un enfant d'immigré sur quatre prépare un baccalauréat général (27% contre 40% des non immigrés). Ils sont plus souvent dans les voies professionnelles (35% contre 25% des non immigrés), et technologiques (20% contre
18% des non immigrés) et ont moins recours à l'apprentissage (6% contre 9%). Cependant, ce constat général recouvre de fortes hétérogénéités selon les origines géographiques.

Hmmm, le problème a l'air bien compliqué et les statistiques utilisées contradictoires selon le message que l'on souhaite faire passer.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Hussard nl a écrit:

Je dirais plutôt une incapacité à interpréter des pourcentages (qui est assez partagée en France). Je constate ça régulièrement dans mon boulot et c'est assez flippant.

Surtout les probas conditionnelles : [sachant que je suis fils d'immigré, quelle est la proba d'être en échec scolaire] diffère complètement de [sachant que je suis en échec, quelle est ma proba d'être fils d'immigré] ?

Tiens aussi, j'essayais d'expliquer à un énarque que non corrélé n'implique pas indépendant (sauf pour les normales) mais là, c'était mission impossible... :-(

27

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Un stateux a écrit:
Hussard nl a écrit:

Je dirais plutôt une incapacité à interpréter des pourcentages (qui est assez partagée en France). Je constate ça régulièrement dans mon boulot et c'est assez flippant.

Surtout les probas conditionnelles : [sachant que je suis fils d'immigré, quelle est la proba d'être en échec scolaire] diffère complètement de [sachant que je suis en échec, quelle est ma proba d'être fils d'immigré] ?

Exact.

J’ai parfois l’impression que le fait d’avoir reçu une formation scientifique permet de poser plus simplement des hypothèses et un cadre théorique pour la résolution de problèmes (qui ne sont pas forcément scientifiques). En visualisant bien les variables, il n’est tout simplement plus possible de confondre P(A/B) avec P(B/A).

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

guéant refuse de retirer une circulaire qui restreint les conditions du droit de travailler en France après leurs études pour les étudiants étrangers.

Ceci intervient aujourd'hui où l'on apprend que la préfecture de l'Isere a obligé une entreprise française à licencier un ingénieur libanais en poste chez Air liquide (mais dont le visa de travail devait être renouvelé le 4 octobre vu qu'il était en poste) au prétexte qu'il y avait 58 ingénieurs au chômage dans le bassin d'emploi.

Préférence nationale et discrimination. Ce mandat de Nicolas Sarkozy restera marqué, aux yeux de l'Histoire, du sceau de la xénophobie.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

François Hollande "se résout à la dégradation de la dette" française, a accusé samedi le ministre de l'Intérieur Claude Guéant qui a exprimé sa "véritable indignation" après une déclaration sur le sujet du candidat socialiste à la présidentielle.

Interrogé vendredi dans la Marne sur la bourde de Standard and Poor's qui avait par erreur émis une note évoquant la perte du triple A, François Hollande avait évoqué le niveau des taux d'intérêt payés par la France sur sa dette: "D'une certaine façon, c'est comme si nous étions déjà dégradés".

"Mais nous ne le sommes pas encore. Je ne souhaite pas que la note de la France soit dégradée. Je constate simplement que les marchés ont déjà anticipé", avait-il poursuivi, ajoutant que "la France (était) mal gérée".

Interrogé sur cette déclaration, Claude Guéant a répondu sur Europe 1: "Cela soulève en moi une véritable indignation. Monsieur Hollande nous dit que les marchés anticipent déjà la dégradation de la dette. Cela signifie qu'il se résout à cette dégradation de la dette."

"Et d'ailleurs ni lui ni le Parti socialiste ne votent aucun des plans de redressement", a-t-il poursuivi.

"Cela a des conséquences très importantes. Qu'un responsable de ce niveau se résolve à une dégradation de la dette, forcément cela facilite cette dégradation parce que les marchés sont sensibles à la prise de position des responsables politiques", a mis en garde Claude Guéant.

"Quelqu'un qui est candidat à la présidence de la République française, doit d'abord privilégier les intérêts de la France", a-t-il conclu après avoir expliqué qu'une dégradation de la note accroîtrait le poids de la dette, ce qui irait "contre l'intérêt de la France et contre l'intérêt des Français".

Ca lui va bien de critiquer Hollande, avec son Sarkozy qui est l'homme qui a le plus accumulé de dette au cours de ses mandats d'élu et de Ministre. 500 milliards d'euros (3700 milliards de Francs), c'est la dette supplémentaire crée sous le régime de Nicolas Sarkozy, l'homme qui s'est augmenté de 170%... Et lorsqu’il fut Ministre des finances, Nicolas Sarkozy avait créé 100 milliards de dette supplémentaire... Et ils donnent aujourd'hui des leçons !

Cette droite ferait voter à gauche les plus libéraux des hommes de droite...

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Claude Guéant a signé il y a quelques mois une circulaire restreignant les conditions de travail des étrangers en France.

En clair, l'objet de cette circulaire est de déterminer si des Français au chômage sont qualifiés pour un emploi dans le bassin d'emploi concerné, afin d'accorder ou non une autorisation administrative de travail pour un étranger admis par un employeur à un poste.

Cela pénalise naturellement les étudiants étrangers, dont des dispositions spécifiques de la circulaires visent à limiter l'accès à l'emploi après leurs études en France.

Récemment, une polémique avait accompagné le licenciement d'un ingénieur d'origine étrangère travaillant pour une entreprise française, au motif que son permis de travail n'avait pas été reconduit car il y avait d'autres ingénieurs français dans ce bassin d'emploi...

Autrement dit, c'est le vieux concept de la préférence nationale qui a été mis en place par circulaire, circulaire qui, s'il s'avère qu'elle contient des dispositions réglementaires, pourrait être, au même titre qu'un acte réglementaire, admis au recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif.Le verrouillage juridique du code de la nationalité et de ses ramifications au droit du travail pour installer au coeur du dispositif anti-immigration la préférence nationale s'est faite progressivement, au gré des nombreuses lois anti-immigration et anti-étrangers qui ont été promulguées depuis 2002.

Avec cette circulaire, et après l'affaire des roms, après les français qui n'ont pu refaire faire leurs papiers parce que, bien que Français, l'administration leur demandait de prouver leur nationalité au-delà de la génération de leurs parents, on voit l'abominable visage du racisme ordinaire qui s'est installé au sommet de l'Etat. Et Claude Guéant est le principal instigateur de cette logique ; il s'est fait la cinquième colonne de l'extrême droite au sein du gouvernement et il fait sombrer l'ensemble du pays dans une sombre logique.

Les conséquences de cette orientation sont dramatiques pour l'image de la France, particulièrement auprès des étudiants étrangers, admis en masse dans les grandes écoles et dans les universités, qui découvrent se retrouver au beau milieu d'un pays qui émet des circulaires qu'ils perçoivent comme racistes, ou du moins discriminatoires.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Greg a écrit:

Avec cette circulaire,  (...), on voit l'abominable visage du racisme ordinaire qui s'est installé au sommet de l'Etat.

Français, c'est une race?

Au délà de la stupidité qu'il y a à payer la formation de gens qui iront ensuite exercer ailleurs, c'est savoureux de lire qu'une partie de ceux qui s'élevaient contre le concept "d'immigration choisie" de Sarkozy en parlant "d'immigration jetable" défendent aujourd'hui l'autorisation des étudiants étrangers à s'installer en France au nom de leurs compétences.

PS: pour ta gouverne, théoriquement, un employeur qui souhaitait embauche un non-européen doit depuis toujours prouver que ses compétences ne sont pas disponibles en France et en général, l'employeur trouve toujours des subterfuges pour contourner cela.

Cela étant dit, ce concept de priorité des ressortissants sur le marché du travail est pratiqué dans la plupart des pays et même au Maroc.

Last edited by sabaidee (17-11-2011 12:25:18)

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

sabaidee a écrit:

Français, c'est une race?

Je ne crois pas qu'il m'ait été donné de voir une pédanterie plus malhonnête que cette phrase.

un habitus de brave comptable

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Broz a écrit:
sabaidee a écrit:

Français, c'est une race?

Je ne crois pas qu'il m'ait été donné de voir une pédanterie plus malhonnête que cette phrase.

C'était très intéressant, merci d'avoir participé.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

sabaidee, tu as tronquée ma phrase ce qui lui enlève effectivement le sens que j'ai voulu lui donner...

Pour le reste :

Je suis bien favorable à une immigration "choisie" (pas celle Guéant et de Sarko) : celle de l'immigration de travail, et je crois que je m'étais exprimé sur le sujet dès 2006, durant la campagne présidentielle à l'époque. Dès lors qu'un étranger immigré travaille en France, c'est à dire qu'un employeur l'emploie légalement et de façon déclarée, je ne vois pas pourquoi on le priverait de ses droits et pourquoi on lui mettrait des barrières à l'entrée. En outre, la règle de l'autorisation administrative de travail d'un étranger peut être appliquée plus ou moins sévèrement. guéant a placé le curseur au niveau le plus restrictif.

Ce faisant, Guéant ne fait plus du tout de l'immigration choisie, il sombre véritablement dans la préférence nationale.

Enfin, tu as raison de soulever le fait que l'on forme des étrangers que l'on envoie ensuite faire travailler ailleurs. C'est un grave défaut de cette circulaire. Mais ce n'est qu'un défaut "technique" qui ne masque qu'à peine l'aspect humain et moral détestable d'une telle circulaire.
Car en creux, il y a les principes de chacun. En ce qui me concerne, je suis moralement choqué par cette circulaire qui me paraît effectivement discriminatoire et je m'attriste de ce que la France ait évolué ainsi.

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Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Greg a écrit:

sabaidee, tu as tronquée ma phrase ce qui lui enlève effectivement le sens que j'ai voulu lui donner...

J'ai tronqué ta phrase, mais uniquement pour mettre en avant l'accusation de racisme de cette circulaire Guéant.

De manière plus large, je n'ai toujours pas compris comment on en est venu à considérer abusivement l'idée de préférence nationale comme une forme de racisme. Le fait qu'avoir la nationalité confère un certain nombre de droits et d'avantages est la norme dans tous les pays du monde. D'ailleurs, cette politique de "préférence nationale" a allègrement été pratiquée sous le front populaire et par le gouvernement socialiste de Léon Blum...

C'est quand même assez étonnant que ceux qui défilent en levant bien haut leurs petits poings vengeurs en scandant "première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés" considèrent que le fait que ces descendants d'immigrés ayant acquis la nationalité française puissent être avantagés par rapport à d'autres est quelque chose de totalement inacceptable.

De la même manière, je n'ai jamais compris comment on peut prôner la démondialisation et le protectionnisme tout en refusant aux Etats d'être souverains dans leurs choix d'immigration en liant la poursuite d'études et/ou uniquement la présence sur le territoire au droit à travailler dans le pays.

Concrètement, le problème est éminemment compliqué: poursuivre des études en France ne doit pas nécessairement conduire à l'automaticité de l'obtention de l'autorisation de travail. Je pense que ces situations doivent être traitées au cas par cas par l'examen d'une demande d'autorisation de travail.

Par ailleurs, un nombre important d'étudiants étrangers sont acceptés en France en vertu d'une convention signée avec le pays d'origine qui leur permet d'ailleurs d'obtenir des bourses de leur pays d'origine: il me semble que si ces Etats financent des études à l'étranger, c'est bien pour que les compétences acquises servent aux pays d'origine.

Après pour connaître une quinzaine de personnes dans ce cas-là (étranger ayant étudié et obtenu un emploi en France), il est assez aisé d'obtenir soit une autorisation de travail, soit une naturalisation.

Après, on peut aussi s'interroger sur le fait que ces étudiants bénéficiant de l'avantage d'une langue maternelle autre que le Français et acceptant peut être un salaire moindre, s'ils ne constituent pas une concurrence "déloyale" sur un marché de l'emploi déjà tendu. Rue 89 présentait le cas d'une étudiante américaine diplômée de sciences-po et d'un master de communication. Clairement, ce type de profil est assez répandu et beaucoup se trouvent sur le carreau. Et en matière de réciprocité, essaye d'étudier aux Etats-Unis et de réclamer ensuite une autorisation de travail au nom de ces études...

Cette circulaire peut aussi s'apprécier à l'aune de l'angoisse des parents qui voient leurs enfants sur-diplômés au chômage. Effectivement, l'argument de "les étudiants étrangers piquent le job de vos enfants" peut porter. Surtout si l'on tient compte du fait qu'il sera très difficile à leurs enfants de se faire embaucher dans le pays d'origine des étudiants étrangers, soit par protectionnisme, soit parce qu'il n'existe pas de firmes multinationales susceptibles de les embaucher.

Après, comme je l'ai souligné précédemment l'accueil d'étudiants étrangers fait aussi partie de l'attractivité du territoire et de son soft power. Mais il n'en reste pas moins qu'il est impossible d'être catégorique dans un sens comme dans un autre. Le cas par cas doit être la norme.

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

sabaidee a écrit:

PS: pour ta gouverne, théoriquement, un employeur qui souhaitait embauche un non-européen doit depuis toujours prouver que ses compétences ne sont pas disponibles en France et en général, l'employeur trouve toujours des subterfuges pour contourner cela.


Euh, NON.

On est pas aux US.
Dans le droit social français (on va dire que c'est donc théoriquement), il suffit qu'il ait une autorisation de travail (ou carte compétences). Et toute entreprise peut l'embaucher sans plus de démarches qu'un ressortissant français.
Il n'en pas ? L'entreprise fait une demande à une DDTEFP mentionnant un secteur avec des difficultés de recrutement (Liste + possibilité d'argumenter sur le secteur) Il n'y a pas à prouver qu'elles ne sont pas disponibles, mais qu'elles sont difficilement disponibles et ça suffit.

Et la priorité nationale dont tu parles, principalement au Maroc, ne s'exerce que pour les métiers très peu qualifiés. Théoriquement, aucun français ne candidaterait à ses postes.

M'enfin bon.

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Et si.

Coke a écrit:

Dans le droit social français (on va dire que c'est donc théoriquement), il suffit qu'il ait une autorisation de travail (ou carte compétences). Et toute entreprise peut l'embaucher sans plus de démarches qu'un ressortissant français.
Il n'en pas ? L'entreprise fait une demande à une DDTEFP mentionnant un secteur avec des difficultés de recrutement (Liste + possibilité d'argumenter sur le secteur) Il n'y a pas à prouver qu'elles ne sont pas disponibles, mais qu'elles sont difficilement disponibles et ça suffit.

blog des experts de Migration conseil (donc a priori peu susceptible d'être pro-Guéant) a écrit:

Pour l’embauche d'un ressortissant étranger non titulaire d’une autorisation de travail, l’employeur doit solliciter une demande d’autorisation de travail. Pour ce faire, un certain nombre de conditions doivent être remplies, dont celle de « l’opposabilité de l’emploi », selon laquelle l’employeur ne peut embaucher le candidat étranger que s’il n’a trouvé aucun candidat pouvant pourvoir au poste sur le marché du travail français.

A ce titre, l’enquête Besoin de Main d’œuvre du Pôle Emploi, qui établit les secteurs d’activités connaissant des difficultés de recrutement, est un bon indicateur…. Mais, comme le montre cet article, pour l’embauche d’un salarié étranger, les résultats de cette enquête ne suffisent pas à convaincre les administrations dans le cadre des demandes d’autorisation de travail.

http://www.questionsdetrangers.com/enqu … e-travail/

Coke a écrit:

Et la priorité nationale dont tu parles, principalement au Maroc, ne s'exerce que pour les métiers très peu qualifiés. Théoriquement, aucun français ne candidaterait à ses postes.

blog du conseil RH au Maroc a écrit:

L’embauche d’un salarié étranger obéit à une procédure strictement encadrée par une circulaire du ministère de l’Emploi. Dans son économie générale, les prescriptions de cette circulaire s’inspirent du principe de la préférence nationale. Pour engager un salarié de nationalité étrangère, un employeur doit apporter la preuve qu’il n’existe pas de profil national équivalent sur le marché.

Excepté trois cas : Sénégalais,Tunisiens et Algériens, tous les autres étrangers sont soumis à l’obligation d’un permis de travail pour exercer une activité salariée au Maroc. Ce permis est délivré par les services du ministère de l’Emploi après avis émis par l’Anapec (Agence nationale pour l’emploi et les compétences) au terme de l’instruction de la candidature d’un dossier détaillé soumis par l’employeur.

Pour justifier l’inexistence du profil objet du recrutement parmi les Marocains, toute demande est soumise préalablement à une publication de deux annonces dans la presse de l’offre d’emploi (une dans un journal francophone et une autre dans un titre arabophone). Pas dans n’importe quel journal cependant. Cette publicité doit bénéficier d’un minimum de visibilité et d’audience. Seuls les journaux tirant à plus de 10.000 exemplaires peuvent recevoir ces annonces. Ce verrou a été posé pour lutter contre un éventuel détournement de l’esprit de la procédure.

L’envoi des candidatures se fera au journal qui transmettra à l’Anapec. Un délai de 10 jours est accordé pour recevoir les dossiers de candidature et procéder à leur traitement. Au terme de l’instruction d’un dossier, un rapport de sélection est établi par l’Anapec, rapport dont les conclusions sont déterminantes sur l’avis de l’Agence quant à la disponibilité ou pas d’un profil marocain. Le problème, c’est que l’Anapec ne consulte que sa base qui ne recense pas toutes les personnes qui cherchent un emploi.

http://blog.ojraweb.com/?p=286

Un article  de la Vie économique sur la nouvelle circulaire marocaine sur l'emploi des étrangers de 2006: http://www.lavieeco.com/news/la-vie-eco … -4054.html

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

T'as raison sabaidee, le droit marocain devrait être le phare qui nous guide tous.

Voilà à quoi aboutit ton "cas par cas" :

Alexis Spire
ACCUEILLIR OU RECONDUIRE
Enquête sur les guichets de l'immigration (Ed. Raisons d'agir).


Introduction

La politique d'immigration a connu, durant les trente dernières années, d'incessantes réformes législatives. Au nom de la « maîtrise des flux migratoires », des mesures toujours plus restrictives ont été adoptées, encouragées bien souvent par des directives européennes. Mais, depuis 2003, le durcissement s'est transformé en acharnement : en à peine cinq ans, la loi a été modifiée à quatre reprises, toujours dans le même sens : précarisation du séjour des étrangers et renforcement de la lutte contre l'immigration irrégulière.

La fixation d'objectifs chiffrés toujours plus élevés pour les reconduites à la frontière a donné lieu à de nouvelles pratiques : à la fin de l'année 2003, le placement d'enfants en centre de rétention, jusque-là exceptionnel, devient monnaie courante. L'année suivante, plusieurs familles sont arrêtées après l'intervention de policiers à l'inté—rieur d'établissements scolaires. Dans le même temps, les con—trôles d'identité et les arrestations massives se multiplient dans les quartiers à forte population étrangère. La course aux chiffres a pour conséquence la mise en place de véritables pièges : en juillet 2004, plusieurs demandeurs d'asile sont arrêtés au guichet de la préfecture de Paris alors qu'ils y avaient été convoqués pour un réexamen de leur situation administrative. Le 9 août 2007, à Amiens, un jeune garçon de douze ans tombe d'un balcon du quatrième étage en tentant d'échapper à des policiers venus appréhender sa famille. Au total, le nombre d'étrangers arrêtés pour infraction à la législation sur le séjour est passé de 62 233 en 2002 à 111 842 en 2007, soit une augmentation de 80 %.

Cette spirale répressive place les responsables politiques qui l'ont engagée face à une série de contradictions : comment exiger toujours plus de résultats en matière de lutte contre l'immigration irrégulière, tout en se déclarant fidèle aux normes établies par le droit international ? Comment préconiser une baisse des demandes d'asile, stigmatisées comme « immigration subie », tout en restant signataire de la convention de Genève ? Comment restreindre de façon drastique l'immigration familiale sans remettre en cause le principe du droit à mener une vie familiale normale, inscrit dans la convention européenne des droits de l'homme ? Pour résoudre ces contradictions, les gouvernements successifs ont construit une politique en trompe-l'œil : d'un côté, ils adoptent des lois répressives qui respectent en apparence les droits fondamentaux mais, de l'autre, ils délèguent aux fractions subalternes de l'Administration le soin de rendre ces droits inopérants. C'est ce qu'on pourrait appeler la « politique des guichets ». Les discours qui accompagnent ces nouvelles réformes peuvent ainsi garder l'apparence de l'équilibre (« sévère et digne », « ferme et humaine »), tout en dissimulant les conséquences concrètes de leur mise en œuvre. Pour dévoiler cette sphère méconnue de la politique d'immigration, il faut déplacer le regard, des discours aux pratiques, et des principes juridiques à leur application.

Faisant la synthèse de plusieurs enquêtes menées entre 2003 et 2007 dans des préfectures, des directions départementales du travail et dans un service d'attribution de visas d'un consulat de France en Afrique, ce livre met en lumière l'action de ceux qui, dans les coulisses de l'Administration, conduisent la politique des guichets. Les coulisses sont des lieux où se fabriquent les illusions et les représentations « afin que le public ne puisse pas comparer le traitement qu'on lui a accordé avec celui qu'on aurait pu lui accorder. » Dans le domaine de la politique d'immigration, le rôle dévolu aux interprètes des directives gouvernementales est crucial. Ils entretiennent auprès de tous les étrangers demandeurs de titres un climat d'insécurité juridique qui constitue la plus sûre garantie de leur docilité. Lorsqu'un étranger se rend au guichet pour y demander une régularisation ou le renouvellement d'une carte temporaire, il n'a aucun moyen de savoir s'il va en ressortir avec un titre de séjour, une convocation, ou une invitation à quitter le territoire. En focalisant leur attention sur la lutte contre l'immigration irrégulière, les responsables politiques sont parvenus à imposer une suspicion qui pèse sur tous les étrangers demandeurs de titres et qui s'étend à tous ceux qui hébergent, aident ou soutiennent des sans-papiers.

L'arsenal législatif visant à renforcer le contrôle de l'immi—gration est allé de pair avec le développement de dispo—sitifs donnant de plus en plus de pouvoir aux échelons locaux. Plusieurs catégories d'étrangers (parents d'enfants français, conjoints de Français et membres de familles étrangères) ne peuvent plus prétendre à l'accès de plein droit à la carte de dix ans et doivent désormais se soumettre à une condition d'intégration dont l'appréciation est laissée aux agents de préfecture. L'objectif de promouvoir une « immigration choisie » est également placé sous le signe du pouvoir discrétionnaire des échelons subalternes. Selon la loi de juillet 2006, ce sont les agents des directions départementales du travail qui ont le pouvoir de décider si la profession demandée répond localement aux besoins de main-d'œuvre. Ils peuvent également moduler la durée de l'autorisation en fonction de la nature du contrat de travail ou de la conjoncture économique du département. Ils sont ainsi en mesure de contraindre les étrangers à s'orienter vers tel ou tel secteur, en les assignant à un statut de séjour précaire et en les plaçant du même coup sous la dépendance étroite de leur employeur. Il en est de même pour les étudiants étrangers qui souhaitent poursuivre leur cursus en France ; leur admission sur le territoire ne dépend plus seulement de leur inscription dans une université française : ils doivent se soumettre à un entretien individuel mené par un agent des centres pour les études en France (CEF), qui les évalue en fonction de critères aussi vagues que le « projet d'études » ou le « parcours académique », mais également selon l'intérêt qu'ils présentent pour l'économie française.

L'extension du pouvoir discrétionnaire affecte donc toutes les administrations chargées du contrôle de l'immigration et concerne un nombre toujours plus impor—tant de décisions : chaque année, plus de 2 millions de visas sont délivrés dans les postes consulaires, plus de 660 000 titres de séjour dans les préfectures, et environ 20 000 autorisations de travail dans les directions départementales de l'emploi et de la main-d'œuvre. Les hommes et les femmes affectés dans ces services ont une mission commune : s'assurer que chaque droit consenti à un étranger ne constitue pas une menace pour le maintien de l'ordre politique, économique et social. Cette exigence d'ordre, qui renvoie ici à un ordre national, structure les pratiques de ceux qui représentent l'État face à des étrangers demandeurs de titres. Comme les policiers, les agents du maintien de l'ordre national disposent d'une grande autonomie dans leur activité professionnelle. Cependant, leur spécialisation dans le contrôle de l'immigration les en distingue par plusieurs aspects. Leurs services sont à la fois stigmatisés en raison du statut des usagers qu'on y reçoit et relativement appréciés en raison du pouvoir qu'on y détient.
L'observation de ces agents au travail incite à rompre avec deux idées préconçues. L'une, largement répandue parmi ceux qui les fréquentent en tant qu'usagers, consiste à penser que ces fonctionnaires sont forcément racistes ou prédisposés à l'être ; on verra au contraire que beaucoup se retrouvent à ces postes sans l'avoir choisi. L'autre, davantage diffusée au sein de l'Administration, réside dans la croyance qu'ils ne font qu'appliquer la loi ; en réalité, leur marge de manœuvre est importante et dépend étroitement des instructions de chaque chef de bureau. Les itinéraires individuels de celles et ceux qui composent ces services sont multiples, mais ils sont soumis à un même conditionnement, destiné à leur inculquer une certaine vision de l'immigration plutôt qu'une connaissance des règles de droit à appliquer. Si les agents adhèrent dans l'ensemble à un même objectif de maintien de l'ordre national, ils ne conçoivent pas tous leur mission de la même façon. En me faisant embaucher comme « guichetier vacataire » dans un service préfectoral, j'ai pu acquérir une connaissance intime de leurs trajectoires biographiques, de leurs croyances et de leurs doutes. Selon leurs représentations et leur position dans le service, ils réagissent différemment aux injonctions de leur hiérarchie et peuvent prendre des décisions très variables d'un étranger à l'autre. Dans cette configuration, l'introduction d'indicateurs de performance en matière de traitement des dossiers puis en matière de reconduite à la frontière a contribué à faire prévaloir les critères d'efficacité au détriment de toute autre considération. La focalisation autour de la lutte contre l'immigration irrégulière a même débouché sur l'enrôlement d'autres fonctionnaires : médecins inspecteurs de santé publique, travailleurs sociaux, contrôleurs du travail ou employés de l'ANPE sont de plus en plus souvent sollicités pour débusquer les sans-papiers, alors que leurs missions traditionnelles sont très éloignées d'un tel objectif.

Dans la période récente, de nombreux travaux se sont employés à dévoiler les présupposés des discours politiques qui visent à réduire l'immigration à la menace qu'elle ferait peser sur l'identité nationale. De fait, la bataille engagée au plus haut sommet de l'État contre les étrangers est d'abord une lutte idéologique qui consiste à mobiliser à la fois l'opinion et les agents de l'État contre un ennemi commode et consensuel. Certes, elle permet de focaliser l'attention du débat public, au détriment d'autres questions économiques et sociales touchant au marché du travail ou à l'évolution des inégalités. Mais elle a aussi des conséquences pratiques considérables. Pour les étrangers, qui sont les premiers visés, elle se traduit par une insécurité juridique qui les rend d'autant plus vulnérables. Sur le plan économique, la précarisation des conditions de séjour rend possible le recrutement d'une « immigration choisie » et corvéable au gré des besoins des entreprises. L'acharnement contre l'immigration irrégulière a également des effets sur l'activité des agents qui doivent le mettre en œuvre au quotidien. Les enquêtes restituées dans ce livre montrent que les pratiques de ces soutiers de l'État recouvrent d'autres réalités que celles qui sont habituellement présentées dans les débats sur l'immigration.


Chapitre 2
L'adhésion au maintien de l'ordre national


Il existe un socle de croyances communes aux services des visas des consulats, aux guichets des préfectures et à ceux du ministère du Travail : leurs agents appliquent tous des règles établies au nom de l'intérêt national. La solidarité qui les relie entre eux repose sur la conscience de représenter l'État et sur la conviction d'être investis d'une mission de maintien de l'ordre mêlant plusieurs impératifs :
– l'ordre public vise à lutter contre toute forme de fraude ;
– l'ordre moral repose sur la stigmatisation des étrangers qui « abusent » des prestations et menacent ainsi le « modèle social » français ;
– l'ordre économique consiste à distinguer d'un côté les étrangers « utiles » au marché du travail et de l'autre les « indésirables ».
Toutes ces dimensions participent d'un même objectif de maintien de l'ordre national. Pourtant, les agents qui rejoignent les services chargés du contrôle de l'immigration ne sont pas prédisposés à adhérer à un tel objectif. À la différence des autres métiers de police, l'administration des étrangers ne suscite que très rarement des vocations : les agents y arrivent soit par hasard, soit en y ayant été contraints. On peut donc se demander comment se fabrique la cohésion idéologique qui semble se dégager des services des visas, des guichets de préfecture et des bureaux de main-d'œuvre étrangère. Certes, elle découle en partie des représentations de l'immigration véhiculées par les personnalités politiques et les médias ; mais elle tient surtout à la capacité des personnels d'encadrement à faire adhérer des individus venus d'horizons différents à un ensemble de normes qui permettent d'orienter les pratiques autrement que par le droit.


Un apprentissage sur le tas

Les agents des services d'immigration ne bénéficient d'aucune formation spécifique, ni même de stage centré sur les techniques d'accueil et de gestion des conflits comme il en existe dans d'autres administrations. La compétence associée au travail de réception et d'instruction des dossiers s'acquiert au terme d'une période d'apprentissage qui, reposant sur une défiance à l'égard de l'écrit, consiste à imiter les pratiques des collègues déjà en poste. Cette forme de socialisation professionnelle est commune à nombre d'emplois non qualifiés. Elle comporte ici une dimension supplémentaire : l'enjeu n'est pas seulement d'apprendre des règles de procédure mais d'incorporer un tempérament, autrement dit d'adopter une manière de se comporter, assimilable à des automatismes corporels. Ce qu'on apprend d'abord et avant tout, c'est une manière de concevoir et de recevoir les étrangers. L'apprentissage du travail de guichet va de pair avec la découverte d'une forme d'interaction structurée par un souci de « maintien de l'ordre » plutôt que par celui de fournir une prestation ou d'accorder un quelconque droit. Cette posture exige l'abandon de formes policées d'échange au profit de pratiques plus agressives, considérées comme l'unique moyen de répondre à la « pression » exercée par les demandeurs.

Les premiers temps passés au guichet s'apparentent à la période des classes du service militaire, ce moment transitoire marqué par la « substitution d'un habitus réglé à un habitus laxiste ». La formation des nouvelles recrues débute par la découverte de comportements et de manières d'être devenus naturels chez les autres agents en poste depuis plus longtemps. Pour les anciens, l'usage de formules expéditives se justifie par la tension permanente qu'engendre le nombre considérable d'étrangers qui attendent à l'extérieur, puis devant les guichets. En cas de débordements ou de réactions d'agressivité émanant d'étrangers exaspérés par l'attente, les plus expérimentés savent aussi déployer diverses stratégies pour désamorcer les risques de conflit et apaiser les mécontents. Le moindre incident est alors l'occasion de faire œuvre de pédagogie auprès des agents les plus récemment recrutés. Dans les préfectures, l'enseignement de la gestion des situations difficiles repose sur une culture de la méfiance, systématiquement opposée à la « naïveté » des plus jeunes recrues. Certains nouveaux venus, hostiles à ce type de représentation associant immigration et démarche frauduleuse, choisissent délibérément l'interprétation de la règle la plus favorable à l'étranger. Mais un tel parti pris ne peut être que transitoire car ces agents, faute d'être en mesure de distinguer ce qui relève des règles de droit et ce qui découle de normes bureaucratiques, sont contraints de s'en remettre aux « conseils » de leurs supérieurs. Comme chaque procédure est encadrée par de multiples règles de droit, cette faible qualification est durement ressentie :
« On a toujours l'impression de naviguer à vue dans un bateau sans pilote ; on n'est pas au courant du droit ni des circulaires qui sortent et, en plus, on est isolés du reste de la préfecture. Lorsqu'on demande des stages, on met un an à les obtenir, et encore, ce ne sont pas toujours ceux qu'on a demandés… »

Entretien avec un agent de préfecture en poste depuis 1997, 6 juillet 2003.

Ne disposant d'aucun support écrit, les guichetiers ne peuvent évaluer leur action à l'aune d'une quelconque référence au droit. L'absence de formation juridique les contraint à s'en remettre aux normes édictées par les agents intermédiaires, qui privilégient des critères de rendement et d'efficacité sur toute autre considération. Ils se trouvent donc contraints de se référer à des routines bureaucratiques qui ont été élaborées par leur hiérarchie et dont ils ne maîtrisent ni la signification ni la portée. Dans les services de main-d'œuvre étrangère du ministère du Travail, qui comptent un nombre beaucoup plus limité d'agents, la formation consiste pour les nouvelles recrues à faire un stage en préfecture pour y apprendre les rudiments de la procédure :
« Je suis arrivée à ce poste en 2001 pour remplacer une collègue qui partait à la retraite. Comme elle était souffrante, elle n'a pas pu me former, donc je me suis formée toute seule. Heureusement, j'ai tout de suite eu de très bonnes relations avec la préfecture. Ils m'ont pas mal aidée, parce que je ne connaissais pas, moi, tous les titres de séjour : c'est une réglementation compliquée. Et d'ailleurs, je me suis rendu compte après, quand j'étais en formation  avec les autres employés des autres directions départementales, qu'il y avait de grandes différences de pratiques d'un département à l'autre. De toute façon, j'avais déjà commencé à travailler depuis pas mal de temps quand j'ai eu cette formation. »
Entretien avec une rédactrice d'une direction départementale du travail depuis 2001, 8 décembre 2004.

Faute d'être formée par un collègue connaissant les procédures, cette employée du service de la main-d'œuvre étrangère est contrainte de s'en remettre à un savoir-faire préfectoral. Une telle situation de dépendance n'est pas sans conséquence sur la nature des décisions prises. Au contact des agents de la préfecture, les fonctionnaires du ministère du Travail nouvellement recrutés n'apprennent pas seulement des règles formelles : ils s'imprègnent également d'un tempérament dont ils peuvent s'inspirer ou s'écarter par la suite. L'absence de formation adaptée et l'apprentissage sur le tas ont ainsi pour effet de placer l'institution préfectorale en position de pôle de référence et d'assurer la diffusion de pratiques restrictives. L'évolution du traitement des étudiants étrangers souhaitant changer de statut en est une illustration. Depuis la loi de juillet 1984, les étudiants étrangers obtenant un changement de statut recevaient systématiquement une carte de séjour d'un an portant la mention « salarié ». Mais, à partir du début des années 1990, les agents du ministère du Travail ont, sous l'influence des préfectures, généralisé les cas de délivrance d'autorisations provisoires de travail dont la durée correspond strictement à celle du contrat de travail. Par voie de conséquence, ces anciens étudiants étrangers – souvent embauchés comme vacataires dans des administrations publiques – ont obtenu des titres de séjour toujours plus provisoires. Une telle évolution a eu pour effet de les placer dans une situation de subordination accrue vis-à-vis des employeurs, en conditionnant systématiquement leur autorisation de séjour à la durée de leur contrat de travail.

La diffusion de telles normes restrictives s'inscrit dans un mouvement plus général de précarisation des conditions de séjour des étrangers. Le bénéfice d'un statut stable, matérialisé par la carte de résident de dix ans, est désormais systématiquement reporté dans le temps et soumis au pouvoir discrétionnaire des agents de préfecture, qui préfèrent délivrer des cartes temporaires. Ainsi, le nombre d'étrangers accédant pour la première fois à une carte de dix ans est passé de 39 697 en 2003 à 24 133 en 200625, soit une baisse de 60 %. Ce primat du provisoire est un moyen de rappeler à l'étranger qu'il n'est pas un sujet de droit et de mettre à l'épreuve sa volonté de se maintenir sur le territoire.

L'adhésion au maintien de l'ordre national ne résulte donc ni d'une formation spécifique ni d'instructions écrites ; elle provient davantage d'un apprentissage quotidien de normes pratiques qui se diffusent au sein d'un même bureau et d'un service à l'autre. L'existence de cet horizon commun n'exclut pas des différences entre agents, qui tiennent en particulier à leur trajectoire, à leur autonomie par rapport à la hiérarchie et à la représentation qu'ils se font de leur mission.


« Eux » et « nous »

L'enrôlement des agents autour de l'objectif de maintien de l'ordre national ne se limite pas à l'apprentissage de normes bureaucratiques ni même à l'incorporation d'un tempérament. Il suppose également des supports d'identification qui dépassent largement le seul cadre de travail et qui se transmettent durant les pauses et lors de tous les échanges qui se déroulent à l'extérieur de la sphère professionnelle. En effet, les agents ne sont pas seulement soumis à la vision du monde que leur inculque leur hiérarchie, ils sont aussi influencés par les discours politiques et plus encore par les représentations véhiculées dans le champ médiatique. La télévision joue désormais le rôle que tenait auparavant la presse écrite dans le processus de construction d'un sens commun sur l'immigration : depuis le début des années 1980, les polémiques médiatiques sur les banlieues, sur l'intégration ou sur la place des musulmans dans la société française ont ainsi contribué à entretenir et à figer une représentation du monde structurée autour de l'opposition entre « nous les Français » et « eux les étrangers ».

Aux guichets des services d'immigration, l'opposition entre « nous les Français » et « eux les étrangers » constitue d'abord un support d'identification qui garantit la cohésion du groupe des agents, en dépit des différences internes et des conflits qui le traversent. Richard Hoggart a montré que, pour les classes populaires, le monde des « autres » revêt plusieurs visages et englobe à la fois les patrons mais aussi les fonctionnaires et, plus généralement, tous ceux qui sont perçus comme différents et hostiles. Cette analyse pourrait tout à fait être transposée aux agents du maintien de l'ordre national, qui se définissent eux aussi par opposition à ceux qu'ils rejettent comme extérieurs à leur monde. À la conscience d'être français s'ajoute l'honneur d'appartenir à une administration d'État que l'on retrouve chez bien d'autres catégories de fonctionnaires. Dans le cas particulier du contrôle de l'immigration, l'opposition entre « eux » et « nous » est renforcée par le sentiment d'incarner l'État et son autorité auprès d'usagers suspectés d'en menacer l'intégrité. De plus, la conviction de former une véritable communauté de collègues est renforcée par le sentiment de devoir partager des conditions de travail difficiles. Le conseil le plus fréquemment adressé aux nouveaux venus est de se tenir à distance des étrangers, c'est-à-dire de se méfier de leurs arguments, et de ne pas leur divulguer trop d'informations au sujet du déroulement de la procédure. Réduire au minimum l'échange verbal peut aussi être un moyen de faire face à un afflux trop important de demandes, comme l'explique ce jeune guichetier :
« Au début, tu parles, tu prends le temps d'expliquer que, même s'ils ont été convoqués aujourd'hui, on ne peut pas les recevoir car on a déjà trop de monde… et puis, en fin de compte, tu t'aperçois que plus tu parles, plus ils te parlent, plus ils essaient de négocier, et alors là, ça devient l'enfer parce que tu n'arrives plus à les refouler ; alors, après tu ne te prends plus la tête, tu dis : Fini pour aujourd'hui, ciao, bye-bye , et ils comprennent très bien ; ça va beaucoup plus vite et c'est plus efficace. »
Entretien avec un vacataire affecté en préfecturedepuis onze mois, 11 juillet 2003.

Le travail de mise à distance, tel qu'il est explicité ici, se trouve renforcé par la barrière de la langue et l'absence de traducteur : la plupart des agents ne parlent aucune langue étrangère et ont de surcroît pour instruction de ne s'exprimer qu'en français. Dans les services des visas des postes consulaires, les guichetières parlent parfaitement la langue des demandeurs mais ont pour consigne de ne pas en faire état. Au-delà de la barrière de la langue, la mise à distance est un moyen de contenir les demandes trop insistantes et d'éviter tout dialogue, comme le font d'autres professionnels du maintien de l'ordre. Pour un guichetier vacataire particulièrement exposé aux contraintes de rendement imposées par la hiérarchie, le travail d'explication de la procédure s'avère vite incompatible avec la nécessité d'être « efficace ». Les titulaires assument plus difficilement un tel renoncement à leur « mission d'accueil » ; néanmoins, certains le justifient en interprétant les gestes d'incompréhension des demandeurs comme autant de simulations révélatrices de fraudes.

L'entretien d'une barrière entre « eux » et « nous » est au fondement d'une relation de domination bureaucratique qui place toute interaction entre les étrangers et les représentants de l'État sous le signe de la dissy—métrie. Lorsqu'un demandeur de titre se présente au guichet en dehors des délais impartis ou qu'il envoie un document tardivement, sa demande est automa—tiquement considérée comme irrecevable, alors que l'Administration n'est jamais sanctionnée en cas de dépassement des délais. De même, quand un agent perd un dossier, fait revenir plusieurs fois inutilement un usager ou lui délivre une information erronée, les « collègues » qui s'en aperçoivent se retranchent derrière l'application du règlement et ne laissent aucune prise à la contestation. Ce rapport de domination est parfois perturbé par un accompagnateur parlant le français et davantage familiarisé avec l'univers bureaucratique. Alors que la présence de ces tiers devrait être considérée comme un moyen de faciliter la relation au guichet, elle est le plus souvent perçue comme un obstacle : « Ils pinaillent sur tous les détails et ça prend quatre fois plus de temps », proteste un agent de préfecture en poste depuis cinq ans. À l'instar des personnels de l'administration pénitentiaire, les agents chargés du contrôle de l'immigration entendent maintenir à distance tout regard extérieur susceptible d'interférer sur leurs pratiques quotidiennes.

La polarisation entre « eux » et « nous » joue le rôle d'une clôture érigée à l'encontre des propos tenus par l'étranger ; elle permet aussi de restreindre la quantité d'informations susceptibles de lui être délivrées. Lorsqu'un étranger dépose une demande de carte de séjour, il s'enquiert parfois de ses chances de réussite, du délai de réponse et des conséquences d'un éventuel refus, mais il se heurte le plus souvent à une fin de non-recevoir. Même quand la décision est déjà prise, la guichetière préfère ne pas en faire état, pour éviter toute contestation. En dire le moins possible mais en savoir le plus possible, telle pourrait être la devise des agents du maintien de l'ordre national. Une telle opacité contraint les étrangers à revenir au guichet beaucoup plus souvent que n'importe quel autre usager, ce qui contribue à grossir davantage les files d'attente. De plus, lorsqu'une décision de refus est prise, il n'est prévu aucun espace ni aucun temps pour une éventuelle négociation. La seule voie de conciliation, ouverte par l'instauration des commissions du titre de séjour en 1989, est tombée en désuétude dans la plupart des préfectures.

Pourtant, tous les agents ne s'identifient pas de façon uniforme à ce « nous ». Le rapport à l'identité nationale varie selon la trajectoire de chacun. Les personnels noirs et métis, surreprésentés dans les services d'immigration, ne réagissent pas tous de la même façon aux discours destinés à renforcer la cohésion du groupe de ceux qui représentent l'État : ils peuvent tantôt s'identifier au « nous » des guichetiers, tantôt s'en démarquer. Certains agents issus de l'immigration ont parfois plus de difficultés à se sentir solidaires de leurs collègues, surtout lorsque ceux-ci manifestent une hostilité ciblée sur des catégories d'étrangers ayant la même origine qu'eux :
« Les guichetiers ne font pas attention à ce qu'ils disent, ils ne font pas attention si tu es d'origine telle ou telle. Moi je suis d'origine algérienne et je voyais bien qu'ils appelaient tous les Algériens les BZ.
– BZ, c'est-à-dire ?
– Oui, BZ c'est le sigle qu'il faut rentrer sur l'écran lorsqu'il s'agit d'un Algérien. Et c'est la seule population qu'on appelait comme ça. Et donc c'était les BZ, ils sont très violents , ils sont profiteurs , enfin tous les clichés. Mais ils estiment que comme tu es avec eux, de l'autre côté de la barrière, ce n'est pas pareil. Et puis on était tous dans la même galère, donc ça crée des liens. »
Entretien avec une ancienne guichetière de préfecture, 12 décembre 2003.

Cette jeune fille de parents algériens a été recrutée comme guichetière de préfecture à l'âge de vingt-six ans, alors que sa mère était restée en situation irrégulière pendant près de vingt ans. Sa trajectoire lui rend très diffici—lement supportable la distance et la défiance que ses collègues entretiennent à l'égard de l'immigration algérienne, même s'ils la considèrent mécaniquement comme partie prenante du « nous » qui fait la cohésion du groupe des guichetiers. Ici, l'occupation d'une même position et l'appartenance à un même collectif de travail relèguent au second plan la représentation racialisée des autres agents. La prégnance de cette stigmatisation n'en fait pas moins naître un malaise durable chez cette fonctionnaire qui se sent appartenir aux deux mondes. Décidée à changer de poste, elle réussira « avec soulagement » le concours du ministère des Affaires sociales.

La frontière entretenue par les agents entre « eux les étrangers » et « nous les Français » a donc pour fonctions simultanées de renforcer la cohésion du groupe des guichetiers, de maintenir à distance les usagers et d'empêcher toute forme d'empathie dans l'instruction des dossiers. Pour des agents situés dans la partie supérieure des classes populaires et qui continuent à se sentir protégés par l'État, l'appartenance au « nous français » et plus encore au « nous représentants de l'État » est un moyen d'entretenir une image positive de soi et de sa mission. Et si la frontière entre « eux » et « nous » suscite parfois un malaise chez certains personnels d'origine extra-européenne, elle n'empêche absolument pas leur intégration au groupe des guichetiers, qui se construit par opposition à celui des étrangers : au contraire, cette opposition est la source d'une véritable cohésion et la condition permettant à chaque nouvelle recrue de s'identifier aux normes du maintien de l'ordre national.

La réalité est que ce gouvernement est composé d'une équipe de racistes de plus en plus assumés et que Guéant est un immonde furoncle posé à la face du monde qui méritera, je l'espère, le jour de son départ, quolibets, injures et lancés de lisier sur sa belle face blanche et couperosée.

« Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (André Malraux; Les Voix du silence, 1951)

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Gambetta a écrit:

T'as raison sabaidee, le droit marocain devrait être le phare qui nous guide tous.

Ai-je seulement dis ça?

Par contre, cite moi un pays qui n'exerce pas un contrôle aux frontières et un contrôle des personnes qui s'installe chez lui (de manière permanente ou non).

PS: ton pavé est censé nous informer de quoi?

Last edited by sabaidee (18-11-2011 16:12:00)

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Il y a plusieurs polices. Peut-être y en a-t-il même autant que de policiers. Les uns attirent parfois le regard, comme les flics "ripoux" et les serviteurs trop zélés du pouvoir exécutif qui défraient la chronique ces jours-ci. D'autres restent le plus souvent dans l'ombre.
Les policiers de terrain, auxquels incombe le maintien de l'ordre, sont de ceux-là. Leur travail, fait de patrouilles et d'interpellations, paraît souvent trop banal pour mériter que l'on s'y arrête. Le jeu du chat policier et de la souris délinquante n'est-il pas, après tout, l'un des plus vieux au monde ? Il est malheureusement aussi un des plus protégés du regard des chercheurs. "Circulez, y'a rien à voir !" : depuis plusieurs années, la police a fait de ce mot d'ordre sa politique à l'égard des sciences sociales. Elle oppose dorénavant un refus systématique aux demandes d'enquêtes sur son travail.

L'anthropologue Didier Fassin a pourtant réussi à surmonter les réticences des policiers et à se faire accepter dans un commissariat de la banlieue parisienne. Entre 2005 et 2007, il a pu suivre le quotidien des équipages de la brigade anticriminalité (BAC). Créée en 1971 pour faire du "flagrant délit", cette police en civil est devenue, depuis les années 1990, l'instrument principal de la "police des quartiers" et le bras armé de la politique sécuritaire qui associe immigration, banlieue et délinquance.

S'inscrivant dans une longue lignée de travaux anglo-saxons visant à prendre au sérieux l'autonomie politique et morale dont jouit le policier du coin de la rue, et à la suite de Dominique Monjardet, qui fut en France le pionnier de cette approche de la police "par le bas", Didier Fassin décrit patiemment le travail des policiers de la BAC.

Loin des clichés, celui-ci est essentiellement marqué par l'inaction et la frustration. "Les policiers, note-t-il, attendent de rares appels qui s'avèrent presque toujours vains, soit parce qu'il s'agit d'erreurs ou de plaisanteries, soit parce que les équipages arrivent trop tard ou font échouer leur affaire par leur maladresse, soit enfin parce qu'il n'y a pas matière à interpellation."

L'anthropologue s'attache dès lors à décrire le fonctionnement du groupe des "baqueux", cet "Etat dans l'Etat policier" fonctionnant par cooptation et doté d'une large autonomie par rapport à la hiérarchie policière. Les brigadiers qui le composent, souvent des "immigrés de l'intérieur" - enfants de paysans ou de commerçants des petites agglomérations -, sont formés dans la crainte de la "jungle" dans laquelle ils sont appelés à travailler, des "zones urbaines sensibles" pour l'essentiel. Ils n'y habitent pas et les insignes brodés sur leurs blousons la représentent comme des alignements de barres d'immeubles saisis dans le viseur d'une arme...

Ces policiers, plus inspirés par l'idéologie du Front national et les faits d'armes de Vick Mackey, le flic corrompu de la série "The Shield", que par le service d'une communauté et le respect de la loi, se sont fabriqué, en guise d'idéal, une morale de substitution : "Faire régner l'ordre en rappelant qu'ils peuvent user de leur pouvoir à leur gré, telle est la mission que se donnent, par défaut, les membres de la BAC, dès lors qu'ils se rendent bien compte qu'ils n'arrêtent pas, comme ils l'avaient imaginé en choisissant leur unité, "des voleurs et des voyous"."

Puisqu'il faut bien donner un sens à ces inutiles courses-poursuites contre les jeunes des quartiers, aux interpellations sans gloire d'étrangers et de "shiteux" pour satisfaire le besoin de chiffres de la hiérarchie, les policiers de la BAC se sont bricolé une morale faite avant tout de discriminations raciales, de vengeances organisées et du recours systématique à la violence psychologique contre ceux qu'ils interpellent. Une morale qu'un brigadier résume ainsi face à Didier Fassin : "Y nous aiment pas, les bâtards. Nous on les aime pas non plus."

Au final, c'est un théâtre absurde et tragique qui émerge des notes prises par le chercheur dans ces véhicules banalisés lancés à la poursuite d'on ne sait finalement trop qui ou quoi. La police est par excellence le lieu de ce que les sciences sociales appellent les "prophéties auto-réalisatrices". Il suffit en effet d'augmenter le nombre de policiers dans les quartiers pour y multiplier les interpellations, donc les faits de délinquance enregistrés. La police est, en somme, elle-même sa propre justification.

Mais l'anthropologue comme le citoyen peuvent-ils se satisfaire d'un tel vide de sens ? Un jour, un policier confie à Didier Fassin qu'il ne comprend pas pourquoi les jeunes des quartiers se mettent toujours à courir quand ils le voient arriver. Le chercheur, lui, a appris de ces mêmes jeunes la façon dont un corps peut mémoriser les humiliations passées et instinctivement s'en protéger. Aussi a-t-il la charité de ne pas rétorquer ceci : le fait que le policier, à son tour, se mette à courir, voilà un mystère encore bien plus épais à percer...

Les missions impossibles des brigades anticriminalité
Le 25 octobre 2011 à 14h30    -    Mis à jour le 31 octobre 2011 à 11h11
Didier Fassin, anthropologue, tire un bilan tragique de ses quinze mois passés avec une BAC, une brigade anticriminalité : faute de moyens, la “guerre contre la délinquance”, discriminatoire, pollue la vie quotidienne des cités.

Avec La Force de l'ordre, c'est un livre unique, passionnant et salutaire que publie l'anthropologue et sociologue Didier Fassin. Unique, car aucun chercheur n'avait pu suivre d'aussi près et aussi longtemps les fameuses patrouilles de la brigade anticriminalité (BAC), « la police des cités ». Fassin a passé quinze mois avec ces fantassins de « la guerre contre la délinquance », dans une circonscription de la banlieue parisienne. Passionnant parce que l'anthropologue livre un récit haletant de ses virées nocturnes, avec un sens de l'exactitude que l'on chercherait en vain dans les séries policières françaises, et une rigueur implacable dans l'analyse. Salutaire pour ces flics doublement trompés, sur la mission qui leur est confiée et les moyens qui leur sont alloués ; pour les victimes de leurs frustrations habitant ces cités ; et pour toute la société, baladée depuis des années par des statistiques manipulées. Dans les banlieues, « la guerre contre la délinquance » est le cache-sexe de l'insécurité sociale. Avec La Force de l'ordre, il devient transparent.

Pourquoi a-t-on créé les BAC ?
La première BAC a été créée à Paris en 1971, mais ce n'est que dans les années 1990 que ces unités ont pris la forme que nous leur connaissons aujourd'hui, à savoir : des policiers en civil circulant en véhicule banalisé avec une activité principalement orientée vers le flagrant délit. Les BAC interviennent à la fois sur des problèmes de sécurité publique, notamment de délinquance, et à un moindre degré, d'ordre public, par exemple en cas d'affrontement. Leur distribution sur le territoire correspond presque exclusivement aux zones urbaines sensibles. Pour le dire vite, elles sont devenues une police des cités – le bras armé de la politique sécuritaire. S'interroger sur ce qu'elles font est donc légitime. Or, au terme de mon enquête, force est de constater qu'elles font tout à fait autre chose que ce pour quoi elles ont été créées.

“Il y a beaucoup moins de sollicitations
qu'on pourrait l'imaginer – souvent deux,
trois appels seulement dans la nuit.”

Que font-elles alors ?
La principale activité de ces policiers, c'est la patrouille en voiture dans les communes de leur circonscription. Ils peuvent intervenir de deux façons : en réponse à l'appel d'un habitant, ou en prenant l'initiative du contact avec la population. Problème : il y a beaucoup moins de sollicitations qu'on pourrait l'imaginer – souvent deux, trois appels seulement dans la nuit, voire zéro – et qui ne débouchent généralement sur aucune mise en cause, soit parce qu'ils sont insignifiants (ou l'objet de canulars), soit parce que les forces de l'ordre arrivent trop tard (un vol de portable à l'arraché ne prend que quelques secondes). Un membre de la BAC me racontait ainsi qu'en sept années de service, il n'avait « fait » qu'un cambrioleur en flagrant délit et encore, avait-il ajouté, « le type s'était laissé enfermer comme un con dans le pavillon qu'il tentait de cambrioler et [il] n'a eu qu'à le cueillir ».

La mission de ces gardiens de la paix – attraper des voleurs – n'est donc pas remplie ?
C'est non seulement leur mission, mais aussi, pour beaucoup, leur vocation : « Nous avons fait ce métier pour attraper des voleurs et des voyous », me répétaient-ils souvent. On imagine leur frustration d'en arrêter si rarement – et certains quittaient d'ailleurs la BAC pour ça. Mais, inaction ne signifie pas inactivité : ces policiers travaillent, et il faut leur reconnaître un certain mérite de le faire dans ces conditions. Simplement, l'équation qu'ils ont à résoudre ressemble à la quadrature du cercle : d'un côté, on leur impose un modèle de patrouille confortable mais peu efficace en terme de flagrant délit ; de l'autre, on leur demande, au nom de la politique du chiffre, d'effectuer un nombre croissant de mises en cause et même d'interpellations.

“Beaucoup se rendent compte qu'ils servent avant tout
la communication du pouvoir en ‘faisant du chiffre.’”

Comment résolvent-ils cette contradiction ?
Ils en sont réduits à « faire » des ILE (infractions à la législation sur les étrangers) et des ILS (infractions à la législation sur les stupéfiants), autrement dit à contrôler des « sans papiers » et arrêter des « shiteux », comme ils disent. Se concentrer sur ces deux délits présente un double avantage : ils atteignent à peu de frais les objectifs qu'on leur impose, et améliorent le taux d'élucidation, puisque la reconnaissance du délit s'accompagne dans les deux cas de l'identification du coupable... Certains policiers se satisfont du rôle qu'on leur fait jouer, mais beaucoup s'en plaignent aussi : ils se rendent compte qu'ils sont loin de répondre à la demande de sécurité de la population, et qu'ils servent avant tout la communication du pouvoir en « faisant du chiffre ».

Quelles relations entretiennent-ils avec les populations locales ?
Le travail des patrouilles en voiture crée une distance avec la population, surtout avec les groupes les plus stigmatisés – ceux qui appartiennent aux minorités. Cette distance est d'autant plus grande que, faute de pouvoir arrêter des délinquants, les forces de l'ordre en sont réduites à multiplier les contrôles d'identité dans les lieux publics et les cités, situation qui génère évidemment une méfiance réciproque. Les policiers de la BAC, qui sont le plus souvent originaires du milieu rural ou de petites villes de province, considèrent la population des quartiers comme ennemie dans son ensemble : ils reconnaissent eux-mêmes ne pas savoir faire la distinction « entre les voyous et les gens bien ».



Les chiffres du ministère de l'Intérieur ne montrent-ils pas une augmentation de la criminalité ?
L'interprétation des statistiques est un exercice complexe. Les pratiques ont changé ces dernières années, qu'il s'agisse des déclarations faites par les victimes ou de l'enregistrement des délits par les policiers. Aujourd'hui, ces statistiques occupent une place centrale dans le débat public et font l'objet de manipulations, selon qu'on veut inquiéter ou rassurer, valoriser les performances de la police ou dénoncer son impuissance. Et pourtant, il y a des faits indéniables : d'abord, l'incidence de la plupart des crimes et délits, en particulier les plus graves comme les homicides, diminue depuis plusieurs décennies, une baisse due à l'évolution de la société plutôt qu'aux politiques de sécurité. Ensuite, les principaux chiffres de la délinquance ne sont pas plus préoccupants dans les cités, sur lesquelles se concentrent pourtant les forces de l'ordre, que dans les agglomérations environnantes. Mettre en place une autorité indépendante, capable de rétablir la vérité des chiffres, devrait donc être une priorité.

“Les parents apprennent très tôt
à leurs enfants à ne jamais
‘répondre aux provocations de la police.’”

« La guerre contre la délinquance », déclarée par Nicolas Sarkozy, n'a donc pas lieu ?
Que cherche-t-on à faire, exactement, quand on contrôle les mêmes jeunes plusieurs fois dans la même semaine, comme le font certains policiers ? En mettant en scène de manière humiliante la fouille au corps et en l'accompagnant de remarques insultantes et de gestes brutaux, dans l'attente d'une réplique pouvant être traduite en outrage ou d'une résistance potentiellement requalifiée en rébellion ? L'objectif n'est pas de défendre la sécurité publique, mais bien d'imposer un ordre social. Pour les garçons de ces quartiers, les interactions avec la police sont une forme singulière d'éducation civique : on leur apprend la place à tenir dans la société, le respect du pouvoir et la méfiance de l'autorité. Leurs parents le savent : ils apprennent très tôt à leurs enfants à ne jamais « répondre aux provocations de la police ». Et ceux-ci comprennent vite : il est exceptionnel que ces jeunes manifestent ouvertement leur colère ou leur ressentiment à l'égard des forces de l'ordre.

Les séries télévisées et les enquêtes de télévision rendent-elles bien compte de l'expérience des policiers ?
Les séries américaines le font. The Shield, qui transposait l'histoire vraie d'une brigade antigang de Los Angeles dont la brutalité et la corruption avaient fait scandale aux Etats-Unis, connaissait un succès particulier auprès des membres de la BAC que je côtoyais : ils avaient affiché dans leur bureau plusieurs portraits du héros, Vick Mackey, le bad cop de la brigade. J'imagine que cette série leur faisait vivre – en imagination – les aventures que leur morne quotidien ne leur offrait pas. Mais The Wire, inspiré du travail de la police de Baltimore, est plus réaliste, par son attention à l'ordinaire et à l'ennui, à l'ambiguïté des rôles et à la banalité des dérapages.

“C'est la violence morale, cette mortification qui consiste
à abaisser les jeunes par l'intimidation et les brimades,
qui me paraît le plus problématique.”

Quid de la violence physique ?
Hormis quelques interpellations et de rares affrontements au cours desquels les brutalités policières pouvaient conduire les individus concernés, ou de simples témoins, à l'hôpital, l'usage excessif de la force n'était pas fréquent durant mon enquête. Pour les juges comme pour les chercheurs, ces excès semblent résumer le problème de la violence des forces de l'ordre ; pour moi, ils n'en sont ni la forme la plus fréquente, ni l'expression la plus préoccupante. C'est la violence morale, cette mortification qui consiste à abaisser les jeunes par l'intimidation, la vexation et les brimades (si possible devant des voisins ou des parents), qui me paraît le plus problématique, parce qu'elle atteint la personne dans sa dignité, et qu'elle révèle la cruauté de ceux qui l'exercent.

D'où vient l'impression que ces policiers « se font justice » eux-mêmes ?
Le discours récurrent des policiers est le suivant : « Nous, on attrape des délinquants, et les juges les relâchent. » Le gouvernement a largement contribué à diffuser cette idée d'une justice laxiste. Or, bien au contraire, elle est de plus en plus sévère. D'abord, la loi la contraint à l'être ; ensuite, le pouvoir politique exerce sur elle une pression de plus en plus forte. Mais les magistrats ne peuvent condamner que s'ils disposent de preuves réunies selon des procédures légales... que bien souvent les policiers de la BAC ne peuvent pas leur donner. Du coup, les policiers ont le sentiment de « travailler dans le vide », ce qui justifie selon eux de « se faire justice » en harcelant par exemple certains individus par des contrôles d'identité ou des interpellations dont le seul but est, selon leurs propres termes, de leur « pourrir la vie ». Ou en lançant des expéditions punitives sur un immeuble ou un quartier, pour « faire payer » aux habitants le méfait commis par l'un des résidents.

“La politique sécuritaire vise à la fois à occulter
les inégalités et à sanctionner une seconde fois
ceux qui en sont les victimes.”

Racistes, les policiers de la BAC ?
Toutes les études, partout dans le monde, montrent la banalité du racisme au sein des forces de l'ordre, et la police française ne fait pas exception – même si racisme ne veut pas dire automatiquement pratiques discriminatoires. Ce qu'on appelle souvent « le délit de faciès » est banal, et s'est développé ces dernières années à l'encontre des minorités d'origines africaine et rom : les objectifs chiffrés d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière conduisent les policiers à sélectionner sur l'apparence physique les individus qu'ils vont contrôler. Mais la discrimination est aussi une réalité qualitative - la façon de parler, la manière de traiter les individus auxquels on s'adresse quand on est policier. Or ces pratiques sont à géométrie variable : un jeune de cité, par exemple, a bien plus de risques d'être fouillé qu'un étudiant de l'université voisine ; et si on trouve un peu de cannabis dans ses poches, il risque l'interpellation quand l'étudiant, lui, se fera seulement réprimander.

Vous dressez un tableau pathétique de la mission de la police dans les banlieues. Comment en est-on arrivé là ?
Pathétique, ou peut-être tragique. Un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur comparait devant moi certaines BAC à des « meutes » qui, dans les cités, allaient « produire plus de dégâts que régler de problèmes ». Qu'un proche du pouvoir actuel parvienne à cette conclusion en dit long sur la politique sécuritaire conduite dans des quartiers où, selon la formule de Walter Benjamin, l'exception est devenue la règle, où la loi ne s'applique pas de la même façon pour tous, voire... ne s'applique plus du tout pour certains. Mais prendre pour cible d'une politique d'exception les groupes les plus défavorisés et les plus vulnérables de notre société, au moment où les disparités sociales et territoriales qui les affectent ne cessent de s'accroître, n'est pas l'effet du hasard : la politique sécuritaire vise à la fois à occulter les inégalités et à sanctionner une seconde fois ceux qui en sont les victimes. Plutôt que de dénoncer les forces de l'ordre, j'ai voulu avec ce livre montrer les conditions sociales et politiques qui rendaient possible ce « petit état d'exception », et lever le voile sur cette réalité mal connue, cette injustice ordinaire. C'est une tâche fondamentale des sciences sociales que de rendre visible ce qui ne l'est pas, et intelligible ce que, parfois, nous ne parvenons plus à comprendre. Ce qui se passe dans les banlieues aujourd'hui n'est pas marginal. L'enjeu nous concerne tous - c'est la société que nous sommes en train de construire pour nos enfants.

Claude Guéant a naturellement soutenu le racisme, le contrôle au faciès et l'agressivité qui existe au sein des BAC. Celles-ci "n'ayant pas à entretenir de bonne relations avec les citoyens", chacun d'eux étant implicitement un suspect potentiel.

Au fond, en lisant cela, on a surtout l'impression d'avoir affaire, avec ces BAC, à de véritables services d'ordre du front national, une sorte de police paramilitaire constituée des gros bras et des skinheads de la police chargés de faire la chasse aux basanés des banlieues. Les sections d'assauts du sarkozysme.

Last edited by Cassandre (20-11-2011 17:54:57)

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Nul doute que l'étude d'Eric Fassin est pétrie de neutralité axiologique...

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

sabaidee a écrit:

Nul doute que l'étude d'Eric Fassin est pétrie de neutralité axiologique...

On voit ta capacité de lecture approfondie!
Qu'il s'agisse d'Eric Fassin, sociologue à l'ENS ou de Didier Fassin, ici cité, anthropologue à l'EHESS, on a face à nous des scientifiques qui essaient de réfléchir sur le réel. On peut faire des dénégations forcenées, cela revient à casser le thermomètre.

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

louf a écrit:
sabaidee a écrit:

Nul doute que l'étude d'Eric Fassin est pétrie de neutralité axiologique...

On voit ta capacité de lecture approfondie!
Qu'il s'agisse d'Eric Fassin, sociologue à l'ENS ou de Didier Fassin, ici cité, anthropologue à l'EHESS, on a face à nous des scientifiques qui essaient de réfléchir sur le réel. On peut faire des dénégations forcenées, cela revient à casser le thermomètre.

Au temps pour moi, j'ai confondu; d'autant qu'Eric est spécialiste de la théorie du genre.

Après, il n'en reste pas moins que Didier comme Eric sont des scientifiques engagés (ce qui est leur droit le plus absolu).

Il me semble normal de mettre en parallèle la dénonciation que fait Fassin du cantonnement des flics de la BAC aux contrôle des étrangers en situation irrégulière avec son engagement au profit des sans-papiers.

Je veux bien croire que les scientifiques soient totalement neutres, mais ils ne sont pas schizophrènes au point de mettre complètement de côté leurs convictions profondes quand ils enquêtent. Surtout quand l'enquête repose sur un travail de terrain avec toute la part de perception subjective de l'enquêteur que cela comporte.

Après, je pense en tout cas que cette phrase: "Une morale qu'un brigadier résume ainsi face à Didier Fassin : "Y nous aiment pas, les bâtards. Nous on les aime pas non plus." pose bien le problème.

Quant à savoir qui de l'oeuf ou la poule, je te laisse décider.

Pour te faire une opinion, je t'invite à regarder cette émission où Fassin présente son ouvrage avec des contradicteurs: http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?pa … rique=1490

Last edited by sabaidee (21-11-2011 14:17:05)

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

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"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

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"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

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edit celle ci est plus drole

Last edited by Broz (21-11-2011 15:02:52)

un habitus de brave comptable

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Broz a écrit:

edit celle ci est plus drole

On ne parle jamais assez de la stigmatisation des pulls de marin. Jean-Paul Gaultier lui-même s'en est fait l'écho. Tout comme Jacques Cousteau d'ailleurs...

"Les hommes qui disent que les femmes sont frigides sont de mauvaises langues" Guitry

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

sabaidee a écrit:
louf a écrit:
sabaidee a écrit:

Nul doute que l'étude d'Eric Fassin est pétrie de neutralité axiologique...

On voit ta capacité de lecture approfondie!
Qu'il s'agisse d'Eric Fassin, sociologue à l'ENS ou de Didier Fassin, ici cité, anthropologue à l'EHESS, on a face à nous des scientifiques qui essaient de réfléchir sur le réel. On peut faire des dénégations forcenées, cela revient à casser le thermomètre.

Au temps pour moi, j'ai confondu; d'autant qu'Eric est spécialiste de la théorie du genre.

Après, il n'en reste pas moins que Didier comme Eric sont des scientifiques engagés (ce qui est leur droit le plus absolu).

Il me semble normal de mettre en parallèle la dénonciation que fait Fassin du cantonnement des flics de la BAC aux contrôle des étrangers en situation irrégulière avec son engagement au profit des sans-papiers.

Je veux bien croire que les scientifiques soient totalement neutres, mais ils ne sont pas schizophrènes au point de mettre complètement de côté leurs convictions profondes quand ils enquêtent. Surtout quand l'enquête repose sur un travail de terrain avec toute la part de perception subjective de l'enquêteur que cela comporte.

Après, je pense en tout cas que cette phrase: "Une morale qu'un brigadier résume ainsi face à Didier Fassin : "Y nous aiment pas, les bâtards. Nous on les aime pas non plus." pose bien le problème.

Ton relativisme me désespère. "Réel", c'est un mot qui signifie quelque chose. Il y a des mots qui sont dits lors des entretiens, Fassin les retranscrit. Si à la BAC, tout le monde disait "C'est beau, le monde est bien, on aime nos administrés", il aurait bien fallu que Fassin s'interroge là-dessus. Ils sont en conflit avec "les bâtards", Fassin le dit, c'est ainsi.

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Oui sabaidee, et cette gamine mérite en effet d'être sanctionnée pour ses injures (on ne sait pas, cependant, quelle raison l'a mené là). D'ailleurs, la policière que l'on voit dans cette vidéo est exemplaire dans sa réaction face à un comportement qui a, je l'espère, résulté en une condamnation bien méritée pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique.

Il est question, dans la vidéo que j'ai postée et dans l'ouvrage de Didier Fassin, d'interpellations "arbitraires" et "discrétionnaires", sans suites. On n'est pas dans la même situation. Et tu sais que je prône par ailleurs une lutte assez sévère contre l'idéologie "caillera" et contre la délinquance. Reste que cela ne doit pas conduire aux dérives, révélées dans cet ouvrage de Didier Fassin, qui se sont accumulées par habitude et faute de contre pouvoirs. Je relève d'ailleurs (mais combien de fois l'a-t-on relevé sur ce forum !...) que la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, chargée de suivre les bavures et erreurs policières, a été supprimée... Il faudra la rétablir en cas de retour de la gauche au pouvoir. Faute de sanctionner les comportements ultra-minoritaires de policiers, c'est toute la police qui en pâtit dans son image.

Je vous suggère d'ailleurs de lire les premières pages de l'ouvrage (ici http://www.liberation.fr/societe/010123 … de-l-ordre  ) où est décrite une interpellation absolument choquante et inadmissible de trois adolescents qui avaient juste eu le malheur de se retrouver au mauvais arrêt de bus au mauvais moment. Ils n'ont pas insulté les policiers, se sont laissés emmener, mettre dans une pissotière, etc avant d'être év_demment relachés. Et je ne crois pas que l'on puisse dire, sans être qualifié d'irresponsable, "qu'après tout, mieux vaut des innocents enfermés que le laxisme face aux comportement "anti-sociaux"" (comme on disait en Grande-Bretagne sous Tony Blair).

Il ne faut ni laxisme, ni dérive brutale et racialiste.

Il est urgent de revenir à des critères objectifs pour effectuer des arrestations et des contrôles d'identité. Un policier qui procède à une arrestation doit immédiatement communiquer à la personne qu'il arrête les raisons de cette arrestation ; les gardes à vue doivent systématiquement être filmées afin que les comportement brutaux et/ou racistes (des policiers mais aussi des prévenus) puissent être enregistrés ; les gardes à vue qui se soldent par une libération faute de tout élément à charge doivent potentiellement entraîner une indemnisation, etc, etc. On ne peut pas considérer "normal" que des personnes innocentes soient humiliées, menottées, placées en GAV sans plus d'éléments à charge.
Quant aux comportements brutaux et propos racistes et injurieux, ils doivent être sanctionnés, dans la police comme pour tous.

En même temps, il faut clairement sanctionner la récidive avec force et sévérité, mais surtout allouer les moyens là où ils sont le plus nécessaires et les chiffres de la police montrent que c'est l'inverse qui s'est passé sous le "quasi-décennat policier" de Nicolas Sarkozy, où l'on a amoindri les moyens des commissariats locaux tout en renforçant justement les BAC et en envoyant les CRS quand la situation n'est plus tenable, et en constituant les quartiers en forme de far-west. Dans tous les cas, il faut limiter l'arbitraire possible et le discrétionnaire  des forces de police dans leurs "rondes".

L'équilibre est difficile à trouver, j'en suis bien conscient. Et souvent, dès lors que l'on s'insurge contre des comportements de brutalité ou de racisme policier, on craint d'être pris de faiblesse face à une délinquance bien réelle et préjudiciable à ces quartiers. Inversement, je me dis aussi que ne pas réagir aux comportements inadmissibles des policiers ne peut qu'aggraver la tension qui existe dans ces quartiers.

Dans cette lutte contre la délinquance, les policiers doivent être exemplaires et il est temps d'en finir avec 10 ans de dérives d'une politique sécuritaire qui a démontré non seulement son inefficacité, mais également le danger qu'elle représente pour les citoyens, pour la cohésion sociale, et pour les policiers eux-mêmes dont l'image est à son point de dégradation maximale. J'inclus d'ailleurs dans ce diagnostic les mises en examens de policiers de haut niveau.

Au total, il faut une autre stratégie, parfaitement inverse à celle mise en oeuvre par Claude Guéant. Celle d'une police, ferme et juste, qui se fasse respecter par son exemplarité dans la défense de l'ordre public et surtout qui ne sombre pas dans cette vulgaire politique du chiffre, qui évoluera toujours vers la focalisation des forces de police sur les "shiteux" de rue et sur les contrôles de nationalité au faciès.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

Re: Claude Guéant en croisade et contre l'immigration légale

Je crains que la dégradation ne date pas de 10 ans et ne soit pas le propre de la France... La Suisse comme la plupart des pays européens constatent ce même phénomène de perte d'efficacité de la police. Il y a assez peu de temps les fameux bobbies britanniques patrouillaient seuls armés d'une matraque rarement utilisée et coiffés d'un casque plus folklorique qu'autre chose. Aujourd'hui ils sont équipés de pistolets mitrailleurs et pare balles, par trois au moins et en liaison radio permanente, et n'ont jamais été autant confrontés à des violences en particulier à leur encontre.
Je n'ai pas la réponse, mais je crois que comme d'autres institutions la police assume en dernier ressort l'échec de notre société à se poursuivre...
Quant aux poursuites que Greg évoque je crains qu'il ne faille pas se faire d'illusions!

"Si le peuple pense mal, changeons le peuple..."