Topic: Problèmes d'orthographe et crise de l'enseignement

Une "crise" qui s'éternise : celle de l'enseignement.

Les enseignants, "en grève pour vos enfants"

Pour dénoncer la taylorisation de l'école, la réforme du lycée de Luc Chatel, la dégradation des conditions d'enseignement... les professeurs témoignent sur Le Monde.fr des raisons qui les consuisent à la grève.

Contre la taylorisation de l'école par Didier P.
La politique de l'enseignement menée par ce gouvernement, ne fait à mon sens que le renforcer. On nous propose des mesures qui ne peuvent pas être efficaces : aide personnalisée et stages de "remise à niveau" en plus du temps scolaire : les enfants concernés sont mis à l'écart. Je fais aussi grève aujourd'hui pour lutter contre l'autoritarisme et la caporalisation de la hiérarchie, de jour en jour plus visibles : on applique les instructions officielles, qu'aucune tête ne dépasse, silence dans les rangs !

Je fais grève aujourd'hui pour m'opposer à la taylorisation de l'école : division des tâches, rendement, contrôle qualité du produit-élève à la sortie de la chaîne. Pour les rebuts, direction Pôle Emploi !

Je fais grève aujourd'hui, aussi, car...

"Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?"

Jacques Prévert ("Paroles")

La dépression d'une profession par Pierre D.
Luc Chatel veut supprimer l'histoire-géographie en terminale S. Voilà à quoi se résume notre combat. A défendre une certaine vision de l'enseignement transmis à vos enfants. A leur apprendre à penser et pas seulement à compter. Et pour cela il faut du personnel. Pas uniquement des enseignants. Du personnel éducatif. J'aime mon métier parce qu'il est exaltant de transmettre. Mais je crains que cela ne dure qu'un temps. Nous ne transmettons plus. Nous n'émettons plus. Un de mes élèves m'a demandé voilà quelques jours pourquoi l'histoire était importante. Parce que se souvenir est un devoir de raison. Parce que sans histoire, nous serions asservis au libre cours d'un présent incontrôlable fait de télévision instantanée, de textos, d'Internet.

Je me bats pour cela.

Paradoxe et absurdité par Charles M.
A l'étranger, la situation est grave aussi. Disparition définitive des expatriés et devoir de mobilité et de formation des résidents, sous peine de voir le salaire diminuer. Il faut partir tous les trois ans pour être bien vu, peu importe si l'on a une famille ou des attaches dans une ville ou un pays. Jamais les professeurs n'ont été si peu considérés.

L'absurdité est de vouloir à tout prix casser, transformer un système qui marche très bien et qui est très attractif (hausse croissante des demandes de scolarisation des élèves dans les lycées français). Tout le monde est d'accord pour dire que la cause réside dans la décision de M. Sarkozy de rendre les lycées français à l'étranger gratuits alors que la plupart du temps les entreprises payaient la scolarisation des enfants de cadres expatriés. Résultat, des millions de déficit et des mesures qui ne satisfont personne. C'est tout simplement triste de voir un beau système s'effondrer.

On crée des ghettos éducatifs par Gilbert R.
Les réformes qui vont toujours dans le même sens : diminuer les horaires d'enseignements reçus par les élèves, pour diminuer le nombre de professeurs nécessaires : moins les élèves ont d'heures de cours, moins il y a besoin de professeurs. Mais aucune de ces réformes ne se préoccupe réellement du fait que l'école joue de moins en moins son rôle d'ascenseur social. Les enfants des classes populaires sont de fait regroupés dans les mêmes établissements, les enfants plus favorisés partent (suppression de la carte scolaire !) et on crée ainsi des ghettos éducatifs.

Où va notre école ? par Laurent L.
Cette année on ne compte plus les établissements où les élèves n'ont pas d'EPS ou de maths ou de français et cela depuis la rentrée ! On ne compte pas non plus les professeurs non remplacés faute de personnel titulaire remplaçant (TZR) ! Les nouvelles suppressions de postes annoncées ne vont pas améliorer la situation. Les "bébés de l'an 2000" arrivent dans les collèges à la rentrée 2010, mais déjà cette année on a pu constater l'augmentation du nombre d'élève ! Moins de profs et plus d'élèves ?

En grève pour dire non à la casse de l'école publique. Je veux encore croire à la possibilité de mettre un jour mon enfant dans l'école de la République sans avoir le sentiment de le pénaliser face à ceux qui auront les moyens d'aller dans le privé. Et oui, en tant que professeur je n'aurai pas les moyens d'offrir "le privé" à mes enfants.

Chaque année, 35 enseignants se suicident par Jean-Charles X.
Dans mon collège, même les plus motivés, ceux qui ne comptent pas leur temps, sont fatigués, usés, brisés. Doit-on rappeler que chaque année, 35 enseignants se suicident ? Marre du mépris, envie de ne pas rester seul, je fais grève contre l'indifférence, contre l'oubli, contre la pression croissante, pour que l'école revienne au centre des débats.

Comment peut-on réaffirmer l'identité et déclasser l'histoire par Brice O.
C'est la fin de l'histoire en terminale S. 50 % des élèves sortant des filières générales n'ont donc plus droit à une culture générale digne de ce nom. En 1re, il faudra faire le programme de 1re et terminale. Que faudra-t-il sacrifier ? Le régime de Vichy ou la guerre d'Algérie ? Ou encore la mondialisation en géographie ? Comment peut-on réaffirmer l'identité et déclasser l'histoire relayée à une épreuve anticipée de 1re ? Est-ce la fin de la dissertation ?

Il faut tous réagir, les Français de demain n'ont pas envie d'être des moutons, ils ont le droit à une culture générale.

Résister par J-Louis P.
Si je suis en grève aujourd'hui, c'est avant tout pour résister. Résister à cette politique qui conduit la France à la ruine, ruine économique, mais également culturelle. Plus de 70 % des Français sont satisfaits des services publics et pourtant le gouvernement s'acharne par des lois (LOLF, ReATE) et par des suppressions de postes à les détruire. Pourtant si la France a mieux résisté à la crise c'est grâce à ses services publics.

La réforme Chatel est idéologiquement très grave par Maité K.
Alors que nous sommes encore en plein cœur d'une des plus graves crises économiques de notre histoire, la nouvelle réforme des lycées proposée par Luc Chatel s'attaque frontalement à l'histoire-géographie et aux SES... disciplines fondamentales pour la compréhension du monde contemporain... Bizarre ? Disons le clairement, mieux vaut de la comptabilité que de la macroéconomie, de la sociologie ou des sciences politiques ! L'année où les livres sur la crise de 1929 sont devenus des best-sellers, quelle ironie !

La propagande gouvernementale bat son plein : nous faire croire que l'histoire géo et les SES sortent gagnants de cette réforme... et tous les médias le répètent bêtement sans regarder le contenu de la réforme... La réforme Chatel est idéologiquement très grave, il est temps de s'en rendre compte. C'est pour cela que je suis en grève.

Je me bats pour la différence par Philippe B.
On me contraint à mettre en marge ceux qui ne parviennent à coller au moule du collège unique. On construit une école d'exclusion, dans laquelle seule la norme est vecteur de réussite et d'ascension sociale. Cette école de l'égalité devient celle de la normalité, stigmatisant au bonnet d'âne celui qui osera se montrer différent. Est-ce là l'idéal éducatif et social auquel nous aspirons pour nos enfants ? Ne doutons pas de l'intégration par l'école. Je me bats pour la différence.

Le mépris par Théo B.
Aujourd'hui, j'en ai assez du mépris ! Du mépris qui sous entend que nous ne travaillons pas : là où je suis, personne ne survit s'il est cossard. Du mépris pour nos personnes : nous serions coupés de la vraie vie, alors qu'en LP, par exemple, nous sommes en contact avec les entreprises et la pauvreté. Du mépris pour notre métier, soi-disant facile, alors que 18 heures face à des élèves pour qui l'école est un monde étranger demande inventivité et courage (oui, courage !). Du mépris ressenti de la part de certains décideurs, qui au lieu de mieux réformer (je ne suis pas contre une amélioration de l'alternance entre pratique et réflexion didactique, fondamentale pour les nouveaux enseignants, tant ils ignorent un métier qui s'apprend) nous présentent comme coûteux pour le pays. Je ne supporte plus le mépris.
(...)
http://www.lemonde.fr/societe/article_i … id=1229424

Quand on post on raconte pas sa vie.