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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Je sors ce soir très enthousiaste de la lecture de "Homo economicus, prophète égaré des temps nouveaux" de Daniel Cohen.

Cet ouvrage va au fond anthropologique de l'économie et repose, quelques années après le rapport Stiglitz, la question du bonheur dans les sociétés socialo-capitalistes avancées. Et ce, dans la fluidité habituelle du style de Daniel Cohen. Je vous le recommande à tous.

De même le dernier Stiglitz, "Le prix des inégalités"

Ainsi enfin que le dernier Krugman, dont certaines positions, pour excessives qu'elles soient (du moins qu'elles me paraissent, comme l'hypothèse de la sortie de l'euro), ont le mérite d'être fort bien exposées.

"Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement."(E. Kant)
"Le secret douloureux des Dieux et des Rois, c'est que les hommes sont libres" (Jupiter à Egisthe in Les Mouches de Sartre)

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Même analyse sur Daniel Cohen.

A lire aussi, pour ceux que ça intéresse, une réédition de l'essai "Pour être socialiste" de Léon Blum.

Cours d'économie Prep ENA
https://analysecoblog.wordpress.com/

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Pour paraphraser la vieille Delaunay, en voilà trois que j'aimerais exiler au fin fond de la Sibérie, dans un goulag : http://www.lefigaro.fr/livres/2013/01/1 … ventes.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Un conseil, jetez-vous sur le dernier livre du grand Tom Wolfe, Bloody Miami, mais avant, lisez cet entretien (j'adore) :

Le Figaro a écrit:

Tom Wolfe, le dandy flingueur

INTERVIEW - L'auteur du Bûcher des vanités, toujours aussi élégant et moqueur, est en ville pour présenter son nouveau roman. Et tirer joyeusement à vue sur le politiquement correct.

Il est là, dans une chambre cossue de son palace parisien, l'homme en blanc, le pape du «nouveau journalisme», l'auteur de L'Etoffe des héros et du Bûcher des vanités. Rendez-vous a été pris pour parler de son nouveau roman, Bloody Miami , pour lequel il aurait empoché 7 millions de dollars, mais qui n'est pas son meilleur. Saturé d'intrigues inutiles, alourdi par des gadgets linguistiques (onomatopées diverses et variées, mots en capitales, répétitions appuyées, dialogues caricaturaux, etc.), le livre narre les destins croisés d'habitants de Miami tout en soulignant les impasses du communautarisme. Mais Wolfe est aussi un grand pamphlétaire. Il s'est attaqué aux hippies (Acid Test, 1968), à la gauche caviar lorsque le terme n'était pas inventé (Le Gauchisme de Park Avenue, 1970), aux arnaques de Le Corbusier et de ses adeptes (Il court, il court le Bauhaus, 1981), et à la bêtise récurrente de l'art contemporain (Le Mot peint, 1975). Autant de sujets de raillerie que cet esprit caustique ne se lasse pas d'évoquer.

LE FIGARO-MAGAZINE - Pourquoi avoir choisi Miami comme cadre pour ce roman?

Tom WOLFE - L'immigration est un sujet qui m'intéressait. Il y a eu de nombreux livres sur l'immigration illégale aux États-Unis, et généralement, les auteurs parlent toujours du «passage». Personne ne se demande ce qu'il se passe une fois qu'ils sont restés. Miami est la ville parfaite parce qu'elle a toujours été habitée par une immigration récente. L'endroit n'existait même pas il y a cent ans. Il n'y a jamais eu de population «ancienne» à Miami. C'est, je crois, la seule ville au monde gouvernée et dirigée par des gens qui viennent d'autres pays et ne parlent pas la même langue.

En lisant votre roman, il semble que la cohabitation entre les communautés - cubaine, nicaraguayenne, noire, samoane et traditionnellement Wasp - ne fonctionne pas du tout...

À une autre époque, les Irlandais étaient traités comme des moins que rien. Mais leur intégration a fonctionné, simplement parce qu'ils étaient Blancs. Idem pour les Italiens. Les gens de ma génération pensaient qu'il y avait quatre types de gens: les Noirs, les Blancs, les Jaunes et les Marrons, ces derniers représentant tous ceux qui ne rentraient pas dans les trois premières catégories. On a depuis inventé des nouveaux mots pour ne plus parler de couleur, ce tabou absolu: «latino», «anglo», «afro-américain». À Miami, toutes ces catégories sont réunies, le type caucasien donc blanc ou Wasp étant minoritaire depuis des lustres. Mais les cultures ne se mélangent absolument pas.

Dans ce livre, il y a des pages très drôles sur l'art contemporain, auquel vous avez déjà consacré de nombreux livres ou articles. Que pensez-vous de gens comme Jeff Koons ou Damien Hirst?

Ils caractérisent à merveille ce que j'appelle «l'art sans les mains». C'est-à-dire que Hirst ou Koons n'ont jamais touché leurs «oeuvres». D'autres s'en sont occupés: eux, ils sont au-dessus de cela (rires). Koons a son lapin géant fabriqué à partir d'ordures, croyez-moi, il ne va pas mettre les mains dans cette saleté! Damien Hirst vend son requin mort à un collectionneur, et naturellement, la bestiole pourrit. Donc il lui en donne un autre!

Selon vous, pourquoi des critiques louent leur travail tandis que d'autres dépensent des fortunes pour se les offrir?

Après la Seconde Guerre mondiale, des critiques pas très intelligents, mais aussi de riches collectionneurs se sont dit que si on ne comprenait pas une oeuvre d'art, c'est qu'elle devait être intéressante. Beaucoup de simples d'esprit y ont cru (rires). On a vu la même chose dans la littérature française après Mallarmé. Soudain, Zola et Maupassant étaient ringards. Et comme les Lettres françaises ont toujours rayonné à l'étranger, même aux États-Unis, le mouvement a suivi. Il fallait désormais écrire des romans compliqués et peu compréhensibles, parce que la simplicité très pure d'un Tolstoï, que je vénère, était «dépassée». Je pense que les gens, curieusement, apprécient le fait de ne rien comprendre à ce qu'ils lisent ou ce qu'ils voient au musée. J'ai vu, au Art Basel de Miami, des messieurs âgés en baskets et jean «coupe confort», se ruer sur des oeuvres d'art indigentes pour être certains d'être les premiers à se les acheter. En un sens, le public y est encore plus drôle que les oeuvres.

Pensez-vous que cette forme de décadence s'applique à la littérature, au cinéma et à la musique?

Il y a une différence fondamentale: le but d'une oeuvre d'art contemporain est d'être achetée par un seul riche collectionneur. Les disques, les livres et les films doivent toucher le plus grand nombre. Ce qui ne donne pas forcément des résultats probants, comme nous le savons, particulièrement en littérature aux États-Unis, avec ce délire autour des «ateliers d'écriture» et de la «littérature créative». Pensez-vous sérieusement qu'on puisse expliquer comment écrire un bon roman? Y a-t-il vraiment des gens assez niais pour le croire?

À ce sujet, vous dites souvent être plus journaliste que romancier dans vos propres romans. En France, il est coutume de penser que les journalistes font les pires romanciers...

C'est la même chose aux Etats-Unis. Mais je pense que Zola était journaliste, Jack London bien sûr, et Steinbeck, on le sait, a fait un reportage pour pouvoir écrire Les Raisins de la colère, ce chef-d'oeuvre absolu. Il est allé à la rencontre des pauvres Okies qui filaient en Californie pour trouver du travail. Pour moi, tout grand roman débute par du journalisme: il faut se renseigner, rencontrer des gens dont on ignore tout, etc.

Lorsque vous avez déclaré voter pour George W. Bush, les réactions à votre endroit ont été très hostiles. Comment l'avez-vous vécu?

C'est incroyable: une journaliste vient me voir et me dit que Bush lit tous mes livres. Elle me demande pourquoi. Je lui réponds que c'est sans doute parce qu'ils sont bons. Puis elle insiste pour savoir pour qui j'ai voté, et je dis tranquillement que c'était pour lui, comme 62 millions d'Américains. C'était à une sorte de congrès, et beaucoup d'autres journalistes étaient présents. La rumeur grondait, la curée arrivait. Je leur ai dit, juste avant de partir: «À propos, je suis aussi pédophile.» Ah, ah, ah!

Bloody Miami, Robert Laffont, 610 p., 24,50 €. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Odile Demange.

http://www.lefigaro.fr/livres/2013/04/0 … ngueur.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Je suis en train de lire en ce moment les œuvres complètes d'Anatole France. Tout à l'heure, lors de ma pause déjeuner, je lisais un passage des Opinions de Jérôme Coignard sur les Ministres d’État (titre du chapitre). Cela m'a furieusement fait penser au gouvernement de la vertu que Mélenchon (et bien d'autres) veut mettre en place suite à la révolution dont il rêve.
Je vous en publie l'extrait (cet Anatole France était visionnaire).
Pour contextualiser, il s'agit d'une suite de maximes prononcées par le personnage principal, l'abbé Jérôme Coignard. Épicurien, bon vivant et d'une grande sagesse, il devise avec un pré-révolutionnaire (on est au début du règne de Louis XV) fanatique qui écrit des libelles enragés et qui a passé bon nombre d'années en prison à la Bastille. Ce dernier veut s'exiler en Hollande (tiens donc) et y invite l'abbé, qui se plaint lui aussi de l'incompétence et de la corruption du gouvernement (tiens donc bis), afin qu'ils y rédigent des pamphlets dans l'objectif de le faire tomber. Voilà ce que répond l'abbé :

— Point du tout, répondit mon bon maître. Je serais bien fâché de rien changer à la forme de l'Etat, et si je pensais que mon Apokolokynlose ou Ménippée pût avoir un pareil effet, je ne l'écrirais jamais.

— Quoi! s'écria le libelliste déçu, ne me disiez-vous pas ici, tout à l'heure, que ce gouvernement était mauvais?

— Sans doute, dit l'abbé. Mais j'imite la sagesse de cette vieille de Syracuse qui, au temps où Denys était le plus exécrable à son peuple, allait tous les jours dans le temple prier les dieux pour la vie du tyran. Instruit d'une piété si singulière, Denys voulut en connaître les raisons. Il fit venir la bonne femme et l'interrogea :

"— Je ne suis pas jeune, répondit-elle, j'ai vécu sous beaucoup de tyrans, et j'ai toujours observé qu'à un mauvais succédait un pire. Tu es le plus détestable que j'aie encore vu. D'où je conclus que ton successeur sera, s'il est possible, plus méchant que toi, et je prie les dieux de nous le donner le plus tard possible."

Cette vieille était fort sensée, et j'estime comme elle, monsieur Jean Hibou, que les moutons font sagement de se laisser tondre par leur vieux berger, de peur qu'il n'en vienne un plus jeune qui les tonde de plus près.

La bile de M. Jean Hibou, mise en mouvement par ce discours, se répandit en paroles amères :

— Quels lâches propos ! quelles indignes maximes ! Oh ! monsieur l'abbé, que vous êtes peu amateur du bien public et que vous méritez mal la couronne de chêne promise par les poètes aux vaillants citoyens ! Il vous fallait naître chez les Tartares, chez les Turcs, esclave d'un Gengiskan ou d'un Bajazet, plutôt qu'en Europe où l'on enseigne les principes du droit public et de la philosophie. Quoi ! vous subissez un mauvais gouvernement sans l'envie même d'en changer ! De tels sentiments, dans une république de ma façon, seraient punis, pour le moins de l'exil et de la relégation. Oui, monsieur l'abbé, dans la constitution que je médite et qui sera réglée d'après les maximes de l'antiquité, j'ajouterai un article pour la punition des mauvais citoyens tels que vous. Et j'édicterai des châtiments contre quiconque, pouvant améliorer l'Etat, ne le fera pas.

— Eh ! eh ! dit l'abbé en riant, vous ne me donnez pas de la sorte l'envie d'habiter votre Salente. Ce que vous m'en faites connaître me porte à croire que l'on y sera fort contraint.

M. Jean Hibou répondit sentencieusement :

— On n'y sera contraint qu'à la vertu.

— Ah ! dit l'abbé, que la vieille de Syracuse avait raison et qu'il faut craindre d'avoir M. Jean Hibou après Dubois et
Fleury ! Vous me promettez, monsieur, le gouvernement des violents et des hypocrites, et c'est pour hâter l'effet de vos promesses que vous m'engagez à me faire limonadier ou baigneur sur un canal d'Amsterdam. Grand merci ! Je reste rue Saint-Jacques où l'on boit du vin frais en frondant les ministres. Croyez-vous me séduire par le mirage de ce gouvernement des honnêtes gens, qui entoure les libertés de telles défenses, qu'on n'en peut plus jouir ?

— Monsieur l'abbé, dit Jean Hibou qui s'échauffait, est-ce de la bonne foi, que d'attaquer une police de l'État que j'ai conçue à la Bastille et que vous ne connaissez pas?

— Monsieur, reprit mon bon maître, je me défie des gouvernements que l'on conçoit dans la cabale et la mutinerie. L'opposition est une très mauvaise école de gouvernement, et les politiques avisés, qui se poussent par ce moyen aux affaires, ont grand soin de gouverner par des maximes tout à fait opposées à celles qu'ils professaient auparavant. Cela s'est vu en Chine et ailleurs. Les mêmes nécessités auxquelles étaient soumis leurs prédécesseurs les conduisent. Et ils n'apportent de nouveau que leur inexpérience. C'est une des raisons monsieur, qui me fait augurer qu'un gouvernement nouveau sera plus importun que celui qu'il remplacera sans être beaucoup différent. Ne l'avons-nous pas déjà éprouvé ?

— Ainsi, dit M. Jean Hibou, vous êtes pour les abus ?

— Vous l'avez dit, répondit mon bon maître. Les gouvernements sont comme les vins qui se dépouillent et s'adoucissent avec le temps. Les plus durs perdent à la longue un peu de leur rudesse. Je crains un empire dans sa première verdeur. Je crains l'âpre nouveauté d'une république. Et, puisqu'il faut être mal gouverné, je préfère des princes et des ministres chez qui les premières ardeurs sont tombées.

M . Jean Hibou rencogna son chapeau sur son nez et nous dit adieu d'une voix irritée.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Excellent !

"Je suis aussi perplexe qu'avant mais à un niveau beaucoup plus élevé."

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Je suis en train de me bidonner à la lecture de Il est de retour de Timur Vermes.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

558

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Je soupçonne Houellebecq de vouloir ressembler, au fur et à mesure que le temps passe, à Antonin Artaud :

http://s1.lemde.fr/image/2014/09/09/534x0/4484229_3_d60d_michel-houellebecq-a-paris-le-3-septembre_deaaeb90ef5f0a783d398036e1b7995c.jpg

http://agoras.typepad.fr/.a/6a00d8341ce44553ef0120a5f2d0fc970c-pi

http://www.lemonde.fr/culture/article/2 … _3246.html

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Ci-dessous, extrait du roman L'Attraction Du Vide de Bertrand Latour (2014) reproduisant un courriel qu'une fille écrit à son père, écrivain célèbre :

POURQUOI JE QUITTE SCIENCES PO
(COURRIEL OUVERT À MON PÈRE)
par
Poppy Courtils

Papa,

Je t’aime. Et tu le sais. Je t’admire aussi, mais pas pour les raisons que tu crois. Je t’aime, je t’admire, j’ai tenu à te le redire alors que je m’apprête à te parler à cœur ouvert.

Depuis que je suis toute petite, j’ai pu vous observer, toi et tes amis, les Cohen, De Kervern, Lamour, Weill-Haddad ou Marie-Cécile Darrieux, celle qui m’a « aidé » à entrer à Sciences Po. Je ne t’apprends rien : je hais tout ce que vous représentez. Ou peut-être que je te l’apprends car je n’ai jamais eu le cran ou la cruauté de te l’avouer vraiment.

Je hais cet affairisme littéraire qui est sur toutes les lèvres et dans lequel je te vois patauger. Moi, ta fille, ça me dégoûte que tu passes tes journées et souvent tes soirées – maman en aurait long à dire là-dessus… – dans un marigot empestant la collusion d’intérêts, la rente de situation et les tripatouillages entre gens de bonne compagnie. J’aimerais aussi te rappeler qu’exercer les métiers d’écrivain, d’éditeur et de journaliste comme vous les cumulez, cela conduit infailliblement, dans le meilleur des cas, à se retrouver pieds et poings liés, dans le pire des cas, à tenir la porte ouverte à tous les abus. Rien de vrai ne peut sortir de là. Rien de grand, donc.

Pour s’en convaincre à en attraper la nausée, il n’est que de parcourir n’importe quel livre d’un de ces romanciers bien sous tous rapports que toi et les tiens publiez, quand vous ne les écrivez pas vous-mêmes. Extérieurement, ces livres en imposent, par leur couverture qui rigole pas, leur vocabulaire de dictionnaire, leur grammaire endimanchée, la culture kilométrique dont ils attestent, l’élévation d’esprit qui paraît s’en dégager. Mais, dès que tu lis bien entre les lignes, tu constates qu’ils ne sont qu’une logorrhée digressive, qu’une prouesse masturbatoire, d’une inimaginable cucuterie, d’une inimaginable convention, où la mièvrerie de vos phrases à s’endormir le dispute à la méticulosité sondagière à laquelle vous vous conformez pour ne jamais passer d’un iota vos sacro-saintes bornes marketing du politiquement correct. Et lorsque parfois ça vous prend et que, pour faire genre, vous publiez ou écrivez des ouvrages prétendument « transgressifs » compte tenu de ce que leurs auteurs sont banlieusards, fauchés, marginaux, noctambules, camés, pédophiles, braqueurs ou, plus impayable, le black de service – laissez-moi rire… –, ça n’est encore qu’un ramassis d’idées reçues sous couleur d’underground. Je vous regarde droit dans les yeux et vous mets au défi de m’en lire trois pages de vive voix sans devoir rapidement vous arrêter pour pousser un long cri primal exprimant l’ennui et l’ulcération. Je l’admets, tout n’est pas noir et, sur le nombre, de temps à autre, certains semblent se détacher du lot, rois borgnes au royaume des aveugles… In fine, rien de vrai, rien de grand. Ces bouquins que vous publiez, que vous écrivez, quand t’y plantes une aiguille, ça s’enfonce pas, que ce soit tout sec ou peu profond, en tout cas, ça s’enfonce pas. Continuez à amasser toutes les palmes académiques, tous les satisfecit journalistiques, tous les prix littéraires que vous vous entre-décernez – laissez-moi encore rire… –, on vous aura vite oubliés. Vous êtes cons, moches et méchants. Vous servez à rien.

Pourtant, tu as tant voulu me servir à quelque chose. Notamment lors de ces dimanches où tu m’emmenais au cinéma, au musée, au restaurant, avec ou sans Cohen, Lamour ou Weill-Haddad, des fois chez eux. Les « dimanches du savoir », tu les appelais, où tu prenais plaisir à me donner la leçon. Je t’écoutais dévotement… Mais, à présent que j’ai grandi, bien réfléchi, je me dis que vous n’êtiez que des chiens savants singeant d’autres chiens savants et que, tout ce galimatias dont vous vous repaissiez n’était que non-sens et contre-vérités. Que j’ai gobés. Que je ne gobe plus.

À titre d’exemple parmi tant d’autres, je me souviens d’une conversation que Lamour et toi aviez eue à propos de l’esclavage. Comme si c’était hier, je vous entends encore faire votre mea-culpa d’anciens esclavagistes et colonisateurs. En rentrant à la maison, je m’étais sentie sale d’être blanche. Influencée par votre culpabilité mémorielle, au lycée, j’ai commencé à me montrer compatissante et attentionnée plus que nécessaire avec les blacks de ma classe (du moins « la » black de ma classe car, comme tout bon zélote de la mixité sociale, tu me scolarisais dans le privé). Et puis, l’an dernier, j’effectue des recherches sur le sujet et découvre à ma grande consternation que les négriers blancs ne capturaient pas leurs esclaves qu’ils achetaient… à des Noirs. Ou que le décompte des victimes de la traite atlantique (i.e. des Noirs par les Blancs) fut inférieur à celui de la traite orientale (i.e. des Noirs par les Arabes) et intra-africaine (i.e. des Noirs par les Noirs). Ou que l’esclavage perdure de nos jours dans beaucoup de pays musulmans (un recensement de 1962 dénombrait 300.000 esclaves en Arabie Saoudite, un de 2005, 600.000 en Mauritanie). Ou encore que nos ancêtres, les Gaulois, furent eux-mêmes réduits en esclavage par les Romains. Enfin, voilà, quoi : non-sens et contre-vérités…

Une autre fois, avec Weill-Haddad, vous aviez discuté devant moi des apports du marxisme à la pensée moderne. Ce que j’en avais retenu du bas de mes seize ans était qu’envers et contre tout, ceux-ci demeuraient sans controverse possible bénéfiques à vos yeux. J’avais d’ailleurs défendu cette position au cours d’un exposé oral que j’avais fait en classe d’histoire au lycée et j’avais obtenu une excellente note. Et puis, l’an dernier, j’effectue à nouveau des recherches, préparatoires à un devoir à rendre à Sciences Po, et, là, me saute au visage la monstruosité d’une utopie dont l’unique héritage aura été d’avoir génocidé des continents d’innocents et d’y avoir organisé la pénurie et la famine (demande un peu au vieux Polonais qui a repeint mon studio…). Mon désabusement dans ce qu’il eut de brusque et de sensationnel fut le point de départ d’une réflexion. Honteuse de m’être laissée flouer si docilement, ébranlée de l’avoir été si longtemps et par mon propre père, je me suis passionnée pour la question et j’ai fini par comprendre pourquoi le Dalaï-Lama se dit marxiste, pourquoi il est de bon ton pour nos stars de la chanson de monter sur la scène de la Fête De L’Huma, pourquoi Le Monde, Libé ou Le Nouvel Obs saluèrent les Khmers Rouges en héros, pourquoi Aragon, Éluard ou Neruda virent un messie en Staline, pourquoi ça l’empêche pas de dormir, notre président, d’avoir été élu grâce à des voix communistes. C’est que le marxisme, en tant qu’il nous a toujours été insidieusement vendu comme procédant d’une intention première généreuse, altruiste, humaniste, n’est pas seulement regardé comme « bénéfique », il constitue notre nouvelle religion. « Dieu est mort », a à juste titre acté Nietzsche, et son christianisme s’est réincarné en le marxisme dont il a le même catéchisme : amour et partage, angélisme et humilité, glorification du désintéressement et du dépouillement. Ce Christ ressuscité représente dans nos subconsciences l’idéal vers lequel nous devrions tendre, le phare dans la nuit des temps qui doit nous guider vers le meilleur des mondes, le capitalisme représentant a contrario le mal absolu duquel, le Grand Soir venu, il conviendra de se débarrasser. C’est ma théorie. Je me doute que toi et ta clique la rejetez en bloc. La différence, c’est que je suis maintenant une grande fille pour qui c’est marre de se faire bullshiter par des non-sens et des contre-vérités.

Rassure-toi, là s’arrêtera ma petite démonstration. Je n’ai ni ton savoir ni ta faculté d’ordonner mes idées et de les reformuler avec « concision et fluidité » (tu me l’as assez souvent reproché…). Et, comme il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader.

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader que, ce dogme marxiste non-écrit mais consensuel et inquestionnable qui apparaît partout en creux à ceux qui n’ont pas que de la merde dans les yeux et de la pisse dans le sang, étant par essence dictatorial, nous vivons dans une dictature intellectuelle. Une dictature à bas bruit parce que nous la traversons le ventre plein et un smartphone dans chaque main, sans nous en rendre compte, donc. Une dictature rampante parce que nous sommes une nation « évoluée » où quelques contre-pouvoirs ont, par chance, été mis en place, nous évitant le pire. Cependant, ose être une voix dissonante refusant l’unicité de la pensée, ose seulement être un peu trop à droite de la gauche, tu verras si ta tête qui dépasse n’est pas sur l’heure mise à prix avec un ahurissant unanimisme et sans concertation, tu verras si tu n’es pas sur l’heure blacklisté et qu’on ne t’enjoint pas d’abjurer… D’abjurer quoi, au fait ? Ta liberté d’expression. Rien que ça. Deux mille ans d’histoire pour en arriver là…

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader que, derrière la dictature intellectuelle, se profile l’économique. C’est ce maternage du berceau au tombeau, ce biberon socialo-communiste que Mitterrand nous a fourré dans le bec, cette addiction grégaire à la drogue dure de l’État-nounou qui, comme toutes les drogues, vous prend tout, liberté (on l’a vu) et argent. Sous le prétexte fallacieux et bidon de nous nourrir, loger, soigner, protéger, assister, cultiver, distraire, moderniser, on nous met des fers législatifs aux pieds et on nous taxe un max. Voici donc cette « spoliation légale » théorisée par Frédéric Bastiat, l’économiste préféré de Reagan et Thatcher, qui nous avait pourtant prévenu que le « Pauvre peuple […] ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération ». Le but sous-jacent poursuivi est que notre pays devienne une sorte de grand club cool où tout le monde s’aimera et s’entraidera et où des technocrates, Gentils Organisateurs, chouchouteront leurs citoyens, Gentils Membres, en échange d’une Gentille Castration. Toujours et encore cette rengaine étatiste-pour-votre-bien dont on nous perfuse du lever au coucher. Prolétaires de tous les pays, à vos tétines ! On nous infantilise avant de bientôt nous chosifier. Précisément, avoir des « choses » à gouverner, et non des « individus », c’est bien le rêve des dictateurs depuis que le temps est temps. Par contre, ce qui a justement permis à des « choses » de devenir des « individus », c’est l’argent. C’est-à-dire le capitalisme. C’est-à-dire le droit de propriété, invention des Lumières, invention si novatrice et émancipatrice, invention à l’origine des Révolutions Américaine et Française dont il fut le grand acquis. Mais, deux siècles après avoir botté les fesses de George III et coupé la tête de Louis XVI, tout progrès technique excepté, au fond, nous en sommes revenus au même point, George III s'appelant aujourd’hui Obama et Louis XVI, Hollande après s’être appelé Mitterrand, Chirac, Sarkozy. Dire qu’on en est là…

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader qu'une guerre mondiale fait actuellement rage entre deux visions, deux philosophies diamétralement opposées : le marxisme et l'anarchisme. Ou, plus clairement, entre leurs mises en pratique, le socialo-communisme pour le marxisme, le capitalisme (ou minarchisme ou libéralisme ou libertarianisme) pour l'anarchisme. Une guerre entre la gauche et la droite. Une guerre entre l'État et l'individu, puisque la gauche, c'est l'État avant tout et, la droite, l'individu avant tout, l'État étant la raison d'être du socialo-communisme, l'individu, celle du capitalisme. D’où il découle que toutes les dictatures étant basées sur l’État et tous les États étant consubstantiellement de gauche, toutes les dictatures sont de gauche, CQFD. Cette règle implacable s’applique aussi bien à l'étatisme de droit divin de la royauté qu’à l'étatisme théocratique des Talibans, l'étatisme collectiviste du communisme, l'étatisme racial d'Hitler ou l'étatisme nationaliste de Mussolini. Hitler et Mussolini des gauchistes ?! tomberas-tu de ta chaise. Nazi n'est-il pas la contraction de National-Socialisme, Hitler ne déclarait-il pas encore à quarante-deux ans « Je suis un socialiste » ? Mussolini n'a-t-il pas dirigé le journal du Parti Socialiste Italien, n'avait-il pas pour devise socialiste « Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État » ? D’où il découle également que le Front National, en tant que parti étatiste nationaliste, est d’extrême-gauche, que l'anarchisme de gauche n'existe pas, c'est une antinomie, ou que, quoiqu’ils resteront comme des compositeurs majeurs, lorsque The Clash se revendiquaient cocos et anars en même temps, ils étaient en plein délire. Non-sens et contre-vérités...

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader qu’à cent quatre-vingts degrés de là, de l'autre côté du spectre politique, face à la logique gauchiste du tout-État, se trouve la négation même de la dictature, le capitalisme dont la valeur suprême est l'individu et son corollaire, le droit de propriété, j'ai nommé l'argent, le seul moyen qu’on n'ait jamais découvert pour contrecarrer la tyrannie. Toutefois, n’étant ni fanatique ni doctrinaire mais foncièrement pragmatique et – en digne fils des Lumières – éclairé, le capitalisme a cette intelligence de ne pas récuser obtusément son antagoniste, l'État. Mieux, il lui accorde une place centrale. Mieux encore, l’État capitaliste est toujours fort. Fort mais réduit au strict minimum. Et ainsi, il entrera dans ses attributions d’administrer l’armée, la police, la justice, de pourvoir aux infrastructures, de préserver les grands équilibres économiques et sociaux, culturels et éducatifs, sanitaires et écologiques et de répondre de la protection des mineurs sous tous ses aspects, ce qui, tu en conviendras, est déjà énorme. Pour prendre une métaphore footballistique, l’État capitaliste joue le rôle de l’arbitre, pas du vingt-troisième joueur, et, bien que ses décisions soient souveraines, jamais il ne doit toucher le ballon. Bastiat encore : « N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. »

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader que ce n'est pas le capitalisme qui envoya les enfants aux champs, à la mine ou à l’usine, c’est l’humanité qui les y envoyait depuis Mathusalem. J’irai plus loin : c'est le capitalisme, et lui seul, qui les en a sortis, et en à peine plus d'un siècle, ou cinq minutes en temps historique. Est-ce à dire que le capitalisme est un humanisme ? Oui. Et j’entends d’ici crépiter mon bûcher…

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader que la courante crise financière ne doit rien à Wall Street où des salauds en col blanc – je te cite – « déshumanisés » et « vivant dans le culte de la marge bénéficiaire » ne représentèrent qu'un épiphénomène anecdotique monté en épingle pour faire diversion et, allez, des escrocs, il y en aura partout, toujours, il faut simplement les châtier sans merci, tel ce Madoff qui, je te le rappelle, a pris cent cinquante ans de prison. Non, la cause réelle de cette crise est, pour une petite part, cyclique (tout est cyclique dans l'univers, des pulsations cardiaques au mouvement des planètes, s'il y a des hauts, c'est qu'il y a forcément des bas à un moment ou à un autre, eh !) et, pour une large part, due à un capitalisme d’État, perverti, d’inspiration socialiste (ces subprimes créées pour permettre à des gens qui ne pouvaient pas s’acheter une maison... ben, d’en acheter une quand même, ou comment le démagauchisme version US a banquerouté le monde).

Je ne me fatiguerai pas à essayer de te persuader que, si un certain nombre de mes héros sont noirs, ça n’est pas par égard à leur taux de mélanine, ça n’est pas pour ce qu’ils courent vite, dansent bien ou rient tout le temps, ça n’est plus à cause de cette culpabilité mémorielle que tu as cherché à me transmettre. Ils sont juges à la Cour Suprême (Clarence Thomas), économistes (Thomas Sowell), Ministres Des Affaires Étrangères (Condoleezza Rice), députés (Allen West), mairesses (Mia Love), neurochirurgiens (Ben Carson), et, si je serais prête à les suivre en enfer, c’est parce qu’un cœur libertarien bat en eux, c’est parce qu’eux et moi n’avons qu’un credo : Liberté. Tant que je ne porte pas préjudice aux intérêts privés moraux ou matériels d’un autre individu, ce que je fais avec mon fric, mes fesses ou ma parole ne regarde que moi, moi et moi. Police du dollar, police du slip, police de la tchatche, fuck la police.

En conclusion, une petite citation valant mieux qu'un long courriel, voici ce qu’écrivait Orwell  en 1941 : « Quand on parle de totalitarisme, on pense immédiatement à l’Allemagne, la Russie, l’Italie, mais on doit accepter que ce phénomène risque de devenir mondial. Il est évident que l'âge du libre capitalisme touche à sa fin et qu'un pays après l'autre est en train d'adopter une économie centralisée que l'on peut appeler socialisme ou capitalisme d'État, comme on veut. Dans ce système, la liberté économique de l'individu et, dans une large mesure, sa liberté d'agir, de choisir son travail, de circuler, disparaissent. Ce n'est que tout récemment que l'on a commencé à en entrevoir les implications. Précédemment, on n'avait jamais imaginé que la disparition de la liberté économique pourrait affecter la liberté intellectuelle. On pensait d'ordinaire que le socialisme était une sorte de libéralisme augmenté d'une morale. L'État allait prendre votre vie économique en charge et vous libérerait de la crainte de la pauvreté, du chômage, etc., mais il n'aurait nul besoin de s'immiscer dans votre vie intellectuelle privée. L’art allait s’épanouir tout comme il l’avait fait durant l’âge du capitalisme libéral, et même mieux car l’artiste serait désormais affranchi des contraintes économiques. Maintenant la preuve a été faite que ces vues étaient fausses. »

Bref, je quitte Sciences Po.

Ta fille qui t’embrasse,

Poppy Courtils

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Donc ça c'est le vide, elle est où l'attraction ?

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Conseil de lecture :

http://www.fayard.fr/linsecurite-cultur … 2213672199

http://www.fayard.fr/sites/default/files/styles/large/public/images/livres/9782213672199-X_0.jpg?itok=V_l0fyeH

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Miam ! Ça donne envie de l'acheter !!

Le Figaro a écrit:

Le Livre de poche publie, le 5 février, un recueil de textes dont les bénéfices seront intégralement reversés au journal satirique. Soixante auteurs ont répondu à l'appel en un temps record.Parmi eux, Jacques Attali, Frédéric Beigbeder, Maxime Chattam, Philippe Claudel, Bernard-Henri Lévy, Katherine Pancol, Bernard Pivot, Tatiana de Rosnay, Éric-Emmanuel Schmitt, Didier van Cauwelaert…

http://www.lefigaro.fr/livres/2015/01/2 … harlie.php

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Le Livre de poche a sans doute voulu enterrer plus rapidement Charlie Hebdo.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

FDL a écrit:

Le Livre de poche a sans doute voulu enterrer plus rapidement Charlie Hebdo.

Alors que d'autres livres ont un peu de mal à se vendre apparemment.

Le Figaro a écrit:

Le bide de Christine Boutin en librairie
L'ancienne ministre n'a vendu que 38 exemplaires de son livre en cinq ans. Alors que les politiques publient de plus en plus, le magazine GQ révèle les plus gros «flops». Claude Bartolone, Michel Sapin et Delphine Batho y figurent.

http://www.lefigaro.fr/politique/le-sca … rairie.php

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Haha ! Les membres de sa famille quoi. Même ses amis n'en ont pas voulu.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Deux excellents passages du non moins excellent Soumission de Houellebecq qui m'ont fait rire :

Ce qui est extraordinaire chez Bayrou, ce qui le rend irremplaçable [...], c'est qu'il est parfaitement stupide, son projet politique s'est toujours limité à son propre désir d'accéder par n'importe quel moyen à la 'magistrature suprême' comme on dit, il n'a jamais eu, ni même feint d'avoir la moindre idée personnelle ; à ce point, c'est tout de même assez rare. Ça en fait l'homme politique idéal pour incarner la notion d'humanisme, d'autant qu'il se prend pour Henri IV, et pour un grand pacificateur du dialogue interreligieux ; il jouit d'ailleurs d'une excellente cote auprès de l'électorat catholique, que sa bêtise rassure.


Concernant la restauration de la famille, de la morale traditionnelle et implicitement du patriarcat, un boulevard s'ouvrait devant lui [le candidat musulman], que la droite ne pouvait pas emprunter, et le Front national pas davantage, sans se voir qualifiés de réactionnaires, voire de fascistes par les ultimes soixante-huitards, momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues mais réfugiés dans des citadelles médiatiques d'où ils demeuraient capables de lancer des imprécations sur le malheur des temps et l'ambiance nauséabonde qui se répandait dans le pays ; lui seul était à l'abri de tout danger. Tétanisée par son antiracisme constitutif, la gauche avait été depuis le début incapable de le combattre, et même de le mentionner.

Pensez à ce nain de Fabius à la lecture de la dernière phrase.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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567

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

D'ailleurs on se souvient de la présence écrasante des musulmans et des imams dans les manifestahahahaha désolé je n'arrive pas à finir ma phrase.

Hé ho on se réveille les mecs, le jour où l'islamisme deviendra un projet politique cohérent et revendiqué en France, on le combattra en France en dénonçant aussi son caractère hautement réactionnaire, patriarcal, et tout et tout. En attendant ceux qui se mêlent de politique, qui organisent des manifs au nom de croyances religieuses, et qui revendiquent les racines religieuses de la France, c'est pas les musulmans. Donc bon, lol.

Désolé, hein, mais Houellebecq et consorts auront beau essayer de dépeindre les musulmans comme cette entité monolithique sexiste, réac, bref, si proche d'eux en réalité, on s'en fout. Il reste beaucoup plus de beaufs de souche, et ils se font tellement plus entendre, que je vais pour l'instant me concentrer sur eux.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Le suicide français. Zemmour avait donc raison.

Le Figaro a écrit:

Marc Levy et Victor Hugo : les écrivains préférés des Français

SONDAGE EXCLUSIF OPINIONWAY / LE FIGARO. À l'occasion du Salon du livre de Paris, nous avons voulu savoir quels écrivains d'hier et d'aujourd'hui étaient les plus populaires.

Le sondage exclusif OpinionWay / Le Figaro sur la popularité des écrivains n'avait, jusqu'ici, jamais été réalisé. Il consistait à savoir quels étaient les auteurs d'hier et d'aujourd'hui qui avaient les faveurs des lecteurs français. Parmi les romanciers vivants, Marc Levy arrive en tête avec plus de 25% des personnes interrogées. L'académicien Jean d'Ormesson, qui sera bientôt publié dans la prestigieuse collection de La Pléiade, le suit de tout près. Guillaume Musso complète le podium. L'historien Max Gallo (4ème) et Amélie Nothomb (5ème), la plus française des Belges, sont également très populaires.

Parmi nos classiques: Victor Hugo, Marcel Pagnol et Jules Verne forment le trio de tête des écrivains préférés des Français, chacun séduisant plus du tiers des sondés. Emile Zola et Maupassant ne sont pas très loin.

A l'annonce du résultat de ce sondage, Marc Levy ne cachait pas sa surprise et son émotion: «Je suis à la fois très ému, touché, surpris et heureux. C'est la plus belle des récompenses, la plus jolie chose qui puisse arriver à un écrivain, parce que l'écriture, c'est le partage avec les lecteurs.»

http://www.lefigaro.fr/livres/2015/03/1 … ancais.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

FDL a écrit:

Le suicide français. Zemmour avait donc raison.

En quoi est-ce un suicide ? Les Français (si tant est qu'il existe une entité suffisamment cohérente pour répondre à cette définition) ont des goûts de merde, c'est officialisé depuis longtemps. La preuve, Zemmour vend des bouquins.

570

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Suicide parce que, jusqu'à la moitié du 20ème siècle environ, même les écrivains les plus médiocres savaient écrire.

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Indispensables frontières de Thierry Baudet. Un livre à lire, sans nul doute.

http://www.editionsdutoucan.fr/livres/e … Rz6gOE0_Es

Et un article intéressant du Temps à ce sujet :

Le Temps a écrit:

Le grand retour des frontières en Europe
Emmanuel Garessus

«La frontière n’est pas seulement limite ou obstacle, elle est la condition de l’exercice démocratique, elle instaure un lien durable entre ceux qu’elle abrite et donne le sentiment d’un monde commun», écrit Pascal Bruckner dans la préface d’«Indispensables Frontières», le nouvel ouvrage de Thierry Baudet

«La frontière n’est pas seulement limite ou obstacle, elle est la condition de l’exercice démocratique, elle instaure un lien durable entre ceux qu’elle abrite et donne le sentiment d’un monde commun», écrit Pascal Bruckner dans la préface d’Indispensables Frontières, le nouvel ouvrage de Thierry Baudet*, professeur de droit public à Leyde, aux Pays-Bas. Nous assistons au retour de la frontière sous l’angle tant politique qu’économique. Est-ce un mal? Est-ce un fait? Thierry Baudet fait valoir que la frontière ne définit pas seulement une juridiction, elle «rend possible l’exercice de la souveraineté ainsi que la formation et la préservation d’une loyauté nationale». L’UE participe grandement à ce mouvement, elle qui n’a «aucun compte à rendre aux communautés nationales» alors qu’elle «les soumet aux lois, décrets et à une jurisprudence qui n’est pas de leur fait», écrit-il dans un ouvrage au retentissement majeur dans les pays anglo-saxons. A son goût, en Europe, les Etats-nations sont «progressivement démantelés – d’en haut par le supranationalisme; d’en bas par le multiculturalisme».

Le professeur de droit défend que «l’erreur de la construction européenne fut non de garantir les frontières mais de vouloir les annuler, sous un grand mélange fédérateur». Le multiculturalisme a accentué le trait. «On a donc confondu les nations avec une boîte de petits pois dans lesquels on surajoute sans fin de nouveaux éléments sans se demander s’ils vont s’accorder», ajoute-t-il. Le résultat est triste. On a «transformé l’espace national en cohabitation de communautés hostiles ou indifférentes les unes des autres», conclut-il. Le spectacle des relations entre la Grèce et l’Allemagne et l’actualité de la zone euro en témoignent au quotidien. Il rappelle ainsi Charles Gave, dans Des Lions menés par des ânes. L’économiste prévoyait dès 2003 que l’euro ferait «remonter les vieilles haines ancestrales à la surface».

La crise de la dette conduit à l’opposé des objectifs d’harmonisation et de convergence proposés par Bruxelles comme source ultime du progrès. Une étude récente de l’institut Ifo, à Munich, appuie notre propos. Elle démontre simplement que l’effort considérable de l’UE en vue d’une réduction des inégalités à travers le fonds de cohésion, deuxième poste du budget de l’UE, n’a servi à rien. Les faits économiques révèlent le retour des frontières.

Giuseppe Bertola et Akos Valentinyi, les auteurs de l’étude de l’Ifo, analysent l’évolution de la productivité et du chômage au cours des trois dernières décennies. Durant de longues années, les écarts nationaux ont progressivement diminué. Puis le mouvement s’est arrêté. Les différences de productivité se sont accrues depuis 2005, soit bien avant la crise financière de 2008. Les écarts de chômage ont pour leur part attendu 2008 pour croître à nouveau. Aujourd’hui, les inégalités sont encore plus fortes qu’avant le début du siècle, selon les deux économistes.

Il peut paraître étrange que les différences de productivité au sein de l’UE15 aient pris l’ascenseur dès 2005. La raison se situe au sein des pays périphériques. L’Ifo en déduit que ce sont les mêmes facteurs nationaux qui avaient provoqué la convergence dans l’UE qui ont ensuite œuvré à la divergence. En effet, dès l’annonce de l’introduction de l’euro, en 1995, les capitaux ont afflué dans les pays périphériques, réduisant les écarts de productivité et de chômage entre les pays. Peu après l’an 2000, le manque d’investissement et la stagnation économique ont amené l’Allemagne et d’autres pays du centre à libéraliser le marché du travail. Les pays périphériques n’ont rien entrepris dans ce sens, si bien que leur productivité a diminué dès 2005. Leur conclusion mérite réflexion dans les sphères bruxelloises: «La convergence n’était en rien le fruit d’une politique de cohésion mais celui des attentes du marché.» Aujourd’hui, «les frontières reviennent avec une force décuplée», souligne l’Ifo.

L’échec de l’UE ne l’empêche naturellement pas de poursuivre sur la même voie et de s’étonner de son faible soutien populaire.

Sous l’angle du droit, «le supranationalisme réduit les options d’un Etat en matière de coopération libre et de relations internationales», relève Thierry Baudet. Comment les Etats pourraient-ils se féliciter de la réduction de leur marge de manœuvre? «La question des décisions juridiques légitimes devient en dernier lieu une question d’autorité sociale, et c’est cela qui est absent au niveau supranational», argumente l’essayiste.

L’UE, «quintessence d’un projet supranational», consiste à remettre en cause le concept même d’Etat. C’est l’Europe de Jean Monnet, méfiant à l’égard de la démocratie, et plus tard des partis socialistes. Il ne cherche pas à «créer une souveraineté européenne, mais à dissoudre les frontières, la souveraineté et les compétences de ses membres», critique l’auteur. L’UE nage en eaux dangereuses. «Toutes les tentatives dans l’histoire de recréer l’Empire romain, ce fantôme qui hante nos histoires, se sont terminées dans la guerre», rappelle Charles Gave.

L’UE multiplie les efforts pour montrer qu’elle ne deviendra pas un Etat fédéral, mais elle se contredit avec ses revendications d’identité européenne et d’union toujours plus étroite. La contradiction s’explique par la thèse fonctionnaliste des institutions d’Ernst Haas: «Le fonctionnalisme s’appuie sur le gradualisme et l’indirection pour atteindre son objectif. Il avance à petits pas sans plan logique clair pour éviter de perdre son soutien.» On comprend mieux l’explosion des compétences que s’approprie l’UE, les dizaines de milliers de règlements qui minent la souveraineté des Etats. Un jeu de pouvoir technocratique qui emporte tout: «La protection d’un terrain de jeu homogène permet de déclarer que la politique nationale est susceptible de connaître une intrusion de l’administration européenne», explique Thierry Baudet. Le principe de subsidiarité est même utilisé pour centraliser et non décentraliser. Dans ces conditions, la «démocratie européenne» ressemble de plus en plus à l’évidence aux «démocraties populaires», ose Charles Gave.

*«Indispensables Frontières», Thierry Baudet, Editions du Toucan, 2015, 350 p.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/332157c … _en_Europe

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

A lire :

Le Figaro a écrit:

Boualem Sansal : du totalitarisme de Big Brother à l'islamisme radical

FIGAROVOX/ GRAND ENTRETIEN - Dans son nouveau livre, 2084, La fin du monde, Boualem Sansal imagine l'avènement d'un empire planétaire intégriste. L'auteur redoute la montée en puissance de l'islamisme dans une version «totalitaire et conquérante».

Boualem Sansal est un écrivain algérien censuré dans son pays d'origine à cause de sa position très critique envers le pouvoir en place. Son dernier livre 2084, la fin du monde vient de paraître au éditions Gallimard.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

Votre nouveau livre s'intitule 2084 en référence au 1984 de George Orwell. De Jean-Claude Michéa à Laurent Obertone, de Alain Finkielkraut à Christophe Guilluy en passant par un comité de journaliste emmené par Natacha Polony, l'écrivain britannique est partout. En quoi son œuvre fait-elle écho à notre réalité?

Boualem Sansal: L'œuvre de George Orwell fait écho à notre besoin d'éclairer l'avenir, d'indiquer des caps, d'avoir une vision large et longue. Face à l'urgence de la crise, la dictature de l'immédiateté est en train d'écraser toute réflexion profonde et stratégique. Celle-ci se fait notamment dans les universités, mais ces dernières sont coupées du grand public et des acteurs politiques. La littérature est un moyen efficace de porter cette réflexion longue sur la place publique et de mobiliser les opinions. Dans 1984, Orwell avait prédit que le monde serait divisé en trois gigantesques empires Océania, Estasia et Eurasia, qui se feraient la guerre en permanence pour dominer la planète. Aujourd'hui, les Etats-Unis, l'Europe occidentale et la Chine se disputent le pouvoir mondial. Mais un quatrième concurrent décidé et intelligent émerge et progresse de manière spectaculaire. Il s'agit du totalitarisme islamique.

Pour imaginer l'empire intégriste de 2084, vous êtes-vous inspiré de l'actualité en particulier de la progression de l'Etat islamique?

Mon livre dépasse l'actualité et notamment la question de Daech car l'islamisme se répand dans le monde autrement que par la voie de cette organisation qui, comme dans l'évolution des espèces, est une branche condamnée. Cet «État» sème la terreur et le chaos, mais est appelé à disparaître. En revanche, l'islamisme, dans sa version totalitaire et conquérante, s'inscrit dans un processus lent et complexe. Sa montée en puissance passe par la violence, mais pas seulement. Elle se fait également à travers l'enrichissement des pays musulmans, la création d'une finance islamique, l'investissement dans l'enseignement, les médias ou les activités caritatives. L'Abistan est le résultat de cette stratégie de long terme.

L'Abistan, l'empire que vous décrivez, fait beaucoup penser à l'Iran …

L'Abistan est contrôlé par un guide suprême et un appareil qui sont omniprésents, mais invisibles, tandis que le peuple a été ramené à l'état domestique. Entre les deux, une oligarchie qui dirige. Un peu comme en Iran où on ne voit pratiquement pas l'ayatollah Khamenei, guide suprême de la Révolution. L'Iran est un grand pays, qui a planifié un véritable projet politique tandis que Daech est davantage dans l'improvisation et le banditisme. L'État islamique est trop faible intellectuellement pour tenir sur la durée. L'Iran a l'habileté de se servir du terrorisme pour détourner l'attention et obtenir des concessions des pays occidentaux comme l'accord sur le nucléaire qui vient d'être signé avec les Etats-Unis. L'Iran chiite pourrait détruire Daech et ainsi passé pour un sauveur auprès des sunnites majoritaires qui lui feraient allégeance. Selon moi, l'État islamique est une diversion. La Turquie, dernier califat, est aussi dans un processus mental très profond de reconstitution de l'empire Ottoman. Il y aura probablement une compétition entre Ankara et Téhéran pour le leadership du futur empire. Cependant la position géographique de l'Iran est un atout. L'Iran est situé en Asie, entre l'Irak, à l'ouest, et l'Afghanistan et le Pakistan, à l'est. Il a également des frontières communes, au nord, avec l'Azerbaïdjan et le Turkménistan. Ces pays riches en matières premières pourraient être les satellites de l'Abistan à partir desquels il poursuivra son expansion.

Vous écrivez: «La religion peut faire aimer Dieu mais elle fait détester l'homme et haïr l'humanité.» Toutes les religions ont-elles un potentiel totalitaire ou l'islam est-il spécifiquement incompatible avec la démocratie?

Toute religion qui sort de sa vocation de nourrir le dialogue entre l'homme et son créateur et s'aventure dans le champ politique recèle un potentiel totalitaire. Par le passé, l'Église catholique a fait et défait des royaumes, marié les princes et éradiqué des populations entières comme en Amérique du Sud. Dans le cas de la religion catholique, il s'agissait d'une dérive. Contrairement à l'islam qui se situe par essence dans le champ politique. Le prophète Mahomet est un chef d'Etat et un chef de guerre qui a utilisé sa religion à des fins tactiques et politiques. Par ailleurs, les textes eux-mêmes ont une dimension totalitaire puisque la charia (loi islamique), qui se fonde sur les textes sacrés de l'islam que sont le Coran, les hadiths et la Sunna, légifère sur absolument tous les aspects de la vie: les interactions avec les autres, l'héritage, le statut social, celui de la femme, celui des esclaves. Il n'y a rien qui ne soit pas encadré et défini dans le détail y compris la manière dont le croyant doit aller faire pipi! Un robot a plus de degré de liberté qu'un musulman qui appliquerait sa religion radicalement. Malheureusement, l'islam ne laisse théoriquement aucune place à l'interprétation des textes. Au XIIe siècle, il a été décidé que le Coran était la parole incréée de Dieu et qu'aucun humain ne pouvait le discuter. Il s'agissait d'une décision purement politique prise par les califes de l'époque qui voyaient leur légitimité contestée. Le prophète lui-même prônait le débat contradictoire autour des textes. La perte de cette tradition dialectique après le XIIe siècle a coïncidé avec le déclin de civilisation orientale.

Dans Le village de l'Allemand (Gallimard, 2008) vous faites le parallèle entre nazisme et islamisme radical. Quel est le point commun entre ces deux idéologies?

Nazisme et islamisme sont deux totalitarismes fondés sur le culte du chef charismatique, l'idéologie érigée en religion, l'extinction de toute opposition et la militarisation de la société. Historiquement, les frères musulmans, qui sont les premiers théoriciens de l'islamisme, se sont ouvertement inspirés de l'idéologie nazie à travers leur chef de l'époque, le grand mufti de Jérusalem, Haj Mohammad Amin al-Husseini. Celui-ci a noué une alliance avec Hitler et a participé activement à la guerre et à la Shoah en créant notamment des bataillons arabes nazis. Lors de sa rencontre avec le chancelier allemand, le 28 novembre 1941, et dans ses émissions de radio, Hadj Amin al-Husseini affirme que les juifs sont les ennemis communs de l'islam et de l'Allemagne nazie. Depuis cette période, l'extermination des juifs, qui ne figure pas dans le Coran, est devenu un leitmotiv de l'islamisme aggravé par le conflit israélo-palestinien.

Le totalitarisme décrit par Orwell est matérialiste et laïque. Plus encore que l'islamisme, le danger qui guette l'Occident n'est-il pas celui d'un totalitarisme soft du marché, de la technique et des normes qui transformerait petit à petit l'individu libre en un consommateur docile et passif?

Oui, c'est le monde que décrit Orwell dans 1984, très proche de celui que nous connaissons aujourd'hui où les individus sont domestiqués par la consommation, par l'argent, mais aussi par le droit. Ce dernier domine désormais les politiques, mais aussi le bon sens populaire. Le but est de conditionner l'individu. Cependant, ce système fondé sur l'alliance entre Wall Street et les élites technocratiques arrive à épuisement en même temps que les ressources naturelles. Dans cinquante ans, il n'y aura plus de pétrole et le problème de la répartition des richesses sera encore accru. Il faudra mettre en place un système encore plus coercitif. Une dictature planétaire, non plus laïque mais religieuse, pourrait alors de substituer au système actuel qui devient trop compliqué à cause de la raréfaction des ressources.

En quoi l'islamisme se nourrit-il du désert des valeurs occidentales?

Plus que la perte des valeurs, c'est la peur qui mène vers la religion et plus encore vers l'extrémisme. Depuis la naissance de l'humanité, la peur est à la source de tout: des meilleures inventions mais aussi des comportements les plus irrationnels. Face à la peur, des individus éduqués et intelligents perdent tout sens critique. La situation de désarroi dans laquelle se trouve l'Occident tient à la peur: peur du terrorisme, peur de l'immigration, du réchauffement climatique, de l'épuisement des ressources. Devant l'impuissance de la démocratie face à ces crises, la machine s'emballe. Il faut noter que le basculement dans l'islamisme ne touche plus seulement des personnes de culture musulmane. D'anciens laïcs ou d'anciens chrétiens sont de plus en plus nombreux à se convertir puis à se radicaliser.

Existe-t-il un chemin à trouver entre ce que Régis Debray appelle le «progressisme des imbéciles» et l'archaïsme des ayatollahs?

Dans l'histoire, l'humanité a toujours trouvé des solutions à ses problèmes, même ceux qui paraissaient les plus insolubles. Dans certains cas, la peur provoque des éclairs de génie. Hitler semblait avoir gagné la Seconde guerre mondiale, mais la peur que l'hitlérisme se répande partout dans le monde a provoqué un réveil salvateur. C'est l'intelligence qui a vaincu l'hitlérisme. Quand les Américains sont entrés en guerre, ils devaient fournir aux combattants européens armes et ravitaillements. Les cinq-cents premiers navires ont tous été coulés par les sous-marins allemands. L'Europe paraissait fichue et les Américains ont compris que sans celle-ci, ils étaient eux-mêmes morts. Alors, ils ont accéléré la recherche sur la bombe atomique et surtout ils ont inventé la recherche opérationnelle en mathématique qui a permis aux bateaux d'arriver à destination. Dans 1984, le héros d'Orwell, Winston Smith, meurt. Dans 2084, j'ai choisi une fin plus optimiste. J'offre la possibilité à mon héros, Ati, de s'en sortir en échappant à son univers. En traversant la frontière, qu'elle soit réelle ou symbolique, un nouveau champ des possibles s'ouvre à lui.

Dans Le Village de l'Allemand, Malrich, le personnage principal, prophétise: «A ce train, la cité sera bientôt une République islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles.» La France a-t-elle fait preuve de naïveté à l'égard de l'islam radical?

Tout le monde a fait preuve de naïveté à l'égard de l'islamisme, y compris les pays musulmans. Dans Gouverner au nom d'Allah, je raconte la montée de l'islamisme en Algérie dans les années 80. Les premiers jeunes qui portaient des tenues afghanes nous faisaient sourire. Puis le phénomène a pris une ampleur inimaginable notamment dans les banlieues dans lesquelles nous ne pouvions plus entrer, pas même les policiers ou les militaires. Nous sommes le premier pays au monde à avoir interdit le voile islamique dans les lieux publics en 1991. Celui-ci «poussait» dans tous les sens et était devenu un signe symbolique de reconnaissance. J'ai été auditionné lors du vote de la loi sur le port de signes religieux à l'école en 2004. J'ai apporté aux députés français les coupures de la presse algérienne de 1991. Le débat était le même aux mots près.

Vous avez vécu le traumatisme de la guerre civile en Algérie. Peut-on vraiment comparer la situation de l'Algérie et celle de la France comme vous le faite?Notre héritage historique est totalement différent …

Si l'on regarde de près la situation française, l'islamisme s'est d'abord développé dans des banlieues majoritairement peuplée de musulmans: des «little Algérie» comme il y a un little Italy à New-York. Quand je suis allé dans certaines banlieues françaises pour les besoin de l'écriture du Village de l'Allemand, j'étais en Algérie: les mêmes cafés, les mêmes commerces, les mêmes tissus, la même langue. Dans un contexte de mondialisation et de pression migratoire, les équilibres nationaux sont bouleversés. Il y a un siècle ou deux l'Algérie était un horizon lointain. Aujourd'hui Alger est à deux heures d'avion de Paris. L'Algérie est devenue la banlieue de la France. Enfin, le web et les chaînes satellitaires ont accéléré le processus. Plus besoin de prédicateur pour répandre «la bonne parole», il suffit d'une connexion internet. L'islamisme gagne du terrain à une vitesse spectaculaire.

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2015 … adical.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Hahahaha ! Si vous voulez rire un peu sur le dos de la mère Angot, qui le mérite bien.

Le Figaro a écrit:

Christine Angot, la bulle médiatique et le néant

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Nicolas Ungemuth, la bulle médiatique créée par la sortie du dernier livre de Christine Angot, est incompréhensible au vu de la nullité criante de cette «oeuvre».

Nicolas Ungemuth est critique littéraire et critique musical au Figaro Magazine. Il est notamment l'auteur de Garageland (Hoëbeke), d'une biographie de David Bowie (Librio Musique) et du Roman du rock (Le Rocher).

C'est le genre d'intitulé de rubrique qu'on peut trouver dans la presse féminine: «Il vaut quoi le dernier Angot?». Une interrogation à laquelle n'importe quel individu sensé répondrait: «Ben il est nul comme les autres, pourquoi cette question?» Cette évidence n'est pourtant pas du goût de tout le monde: le dernier ouvrage de «l'écrivaine» est traité comme un chef-d'œuvre par une grande partie de la presse, on en parle pour le Goncourt, et d'ailleurs, il est entré sur la première liste de ce prix décati (exercice: citez de mémoire les dix derniers prix Goncourt et détaillez leurs qualités. Vous avez quatre heures).

Avant de tâcher de trouver une explication à cet engouement délirant, il faut évoquer le livre. Christine Angot y parle de sa mère, comment elle a rencontré son père, comment elle a eu sa fille -elle, Christine Angot, à propos de qui d'autre pourrait-elle bien écrire?! -, alors que ce père vivait avec une autre femme avec laquelle il a eu des enfants. Et puis, page 156, au cas où ses lecteurs ne seraient toujours pas au courant, elle explique que le géniteur la «sodomisait» régulièrement (c'est le quatrième roman évoquant l'inceste, d'autres parlaient de son expérience homosexuelle ou de ses aventures torrides avec des rappeurs oubliés du XXe siècle). Elle en a voulu à sa mère de ne pas avoir réagi, sa mère a culpabilisé. Puis Christine Angot (puisque dans le livre, l'héroïne s'appelle Christine Schwartz puis Angot) a culpabilisé de l'avoir fait culpabiliser. Voilà, c'est fini, comme dirait Jean-Louis Aubert. Alors?

Alors, il faut évoquer la difficulté terrible à entamer, puis à finir ce livre: aucun être humain -lecteur occasionnel ou régulier- n'est préparé à une écriture aussi spectaculairement catastrophique, à un vocabulaire aussi pauvre, à une ponctuation aussi mal employée. Ce n'est pas un livre dur à lire comme peuvent l'être, au hasard, Normance de Louis-Ferdinand Céline, Finnegan's Wake de James Joyce ou Exterminateur de William Burroughs: c'est un livre dur à lire tant il est mauvais. Certaines phrases, d'ailleurs, sont incompréhensibles: «Leur famille habitait Paris depuis des générations, dans le dix-septième arrondissement, près du parc Monceau, était issue de Normandie.» (repérée par Frédéric Beigbeder pour le Figaro Magazine)… Ou cet échange insane «Lui: J'aimerais beaucoup que tu viennes t'installer à Paris, et qu'on continue à se voir. Tu réfléchiras, Rachel? - Elle: Moi aussi j'aimerais Pierre.» Aimerait-elle Pierre, ou aimerait-elle s'installer à Paris si une virgule l'y autorisait? Mystère. Un peu plus loin, il y a aussi cette phrase exceptionnelle: «Il venait de perdre sa mère. Elle lui a écrit une gentille lettre.» Pour continuer d'achever le lecteur déjà sévèrement torturé, le livre de Christine Angot est constitué pour deux tiers de dialogues tellement affligeants que l'ouvrage prend des airs de pièce de théâtre logorrhéique écrite par un enfant vaguement demeuré:

«- Pierre!

- Oui.

- … Tu m'aimes?

- Regarde-moi.

- Je te regarde.

- Je t'aime Rachel.

- Moi aussi, tu sais.»

Ou, page 21:

«- Eh bien cette chanson.

-Oui.

-Cigarettes, whisky et p'tites pépées…

-… Oui…

-Eh bien…

-Pierre… Je ne dirai rien.»

Voire ce feu d'artifice page 58:

«- Ah la la mon Dieu, qu'est-ce que j'en ai marre, mon Dieu, mais j'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre, mais j'en ai marre!... Mais j'en ai marre, mais marre, mais j'en ai marre, marre, marre, mais marre! J'en ai marre j'en ai marre j'en ai marre, mais qu'est-ce que j'en ai marre, mais qu'est-ce que j'en ai marre mon Dieu…» On notera l'audace lexicale: «l'auteure» tente avec les virgules, puis sans les virgules (sans les mots eût été ingénieux, parce que nous aussi, nous en avons marre). Plus loin, elle consacre une page entière à crier «Mémé!»... Christine Angot atteint une sorte d'Everest littéraire: à côté d'elle, Justine Lévy est Colette et Virginie Despentes, Marguerite Yourcenar.

Pour distraire le lecteur englué dans ce gruau stylistique, elle lui offre quelques détails en guise de friandises: son pantalon est rouge, à trois ans elle va seule chez l'épicier, il y chez elle du mimosa, sa mère lui insère son premier tampon hygiénique. Hélas, tout cela est d'un ennui colossal dans le fond, et cet ennui rend la lecture encore plus ardue qu'elle ne l'était déjà dans la forme. C'est le drame actuel de nombreux écrivains français: persuadés que leur vie est passionnante, ils se sentent obligés de la consigner et d'en faire profiter les multitudes. Christine Angot prend ses lecteurs pour autant de psychanalystes. Mais les psys sont payés pour écouter les atermoiements intimes de leurs patients alors que nous déboursons 18€ pour subir ceux de «l'écrivaine» (ce n'est pas le cas des journalistes recevant les livres gratuitement, ce qui explique sans doute leur étrange tolérance envers ce livre consternant).

Pourquoi, alors, ces dithyrambes hallucinés dans les gazettes? Peut-être parce que Christine Angot est une femme. Les femmes, c'est bien connu, écrivent de bons livres. Enfin, pas toujours: lorsqu'elles écrivent des livres douloureux, elles sont douées, on parle alors «d'auteures» ; si elles publient des romans joyeux, elles sont indignes de toute considération et se voient reléguées à la littérature «girly». Dans cette optique, dire que Christine Angot écrit des livres d'une médiocrité sensationnelle, c'est être macho, voire pro inceste ; dans tous les cas, c'est faire insulte au féminisme. Et puis là, «l'auteure» écrit un livre sur sa mère (un sujet qui peut potentiellement toucher ceux qui en ont une ou en ont eu une, soit beaucoup de lecteurs en perspective). Le critique qui en dirait du mal serait donc macho, pervers et anti-mère. Impossible!

Enfin, l'histoire qu'elle ne cesse de ressasser de livre en livre est tragique, poignante, dramatique. Il faut respecter les drames, même si les drames ne font pas forcément de bons livres (voir «Cent Familles - de la DDASS à la vie»» de Jean-Luc Lahaye).

Avec son titre beau comme du Marc Lévy (Un amour impossible), et son côté collection Harlequin en version sinistre - il y a une voyante, des chansons de Dalida ou Catherine Lara et une néo Cosette ne demandant qu'à aimer son papa -, le livre de Christine Angot a donc bien fini par atterrir sur la liste du Goncourt, alors que contrairement à ce qui est mentionné sur la couverture, il ne s'agit pas d'un roman mais d'un récit. Et qu'il n'a par conséquent rien à y faire.

La prochaine fois, on lui suggère de signer un haïku: ce serait moins fatigant, moins cher pour les lecteurs, et tout aussi gagnant… Un vrai geste pour la planète.

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2015 … -neant.php

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Assouline remet les pendules à l'heure sur Simenon, qui a dû essuyer la bave d'un écrivaillon "vu à la télé" (chez Ruquier, plus précisément).

Philitt a écrit:

Pierre Assouline : « Simenon est un romancier de la condition humaine »

Avec la publication de L’autre Simenon (Grasset), Patrick Roegiers a suscité une vive polémique. En racontant le destin de Christian, frère de l’illustre romancier et rexiste, c’est la réputation de Georges qu’il semble vouloir égratigner. Pour Pierre Assouline, nous sommes en présence d’un livre malveillant et absurde.

PHILITT : Dans L’autre Simenon, Patrick Roegiers écrit : « Les deux frères se ressemblent assez bien. L’opportunisme individuel de Georges et au fond la lascivité grégaire de Christian, ce sont les deux faces d’une même médaille. » Comment décririez-vous l’entreprise générale de son livre.

Pierre Assouline : Ce n’est ni fait ni à faire. C’est un livre absurde dans son projet même. C’est un ouvrage consacré à quelqu’un qui n’a aucun intérêt : Christian Simenon. Il n’a rien fait de sa vie, si ce n’est assassiner des civils pendant l’Occupation et se ranger du côté du rexisme par faiblesse plus que par conviction. Ce n’est même pas un fasciste idéologique. Ça aurait été plus intéressant. Ce bonhomme n’a donc pas beaucoup d’intérêt et ça se voit dans le livre. Roegiers n’a pas grand chose à en dire. Son but est de se servir du nom de Simenon pour donner un peu de nerfs à un livre qui en manque singulièrement, de taper sur le romancier pour essayer d’élever le frère. Le projet est absurde et le traitement est encore pire.

Quelle est cette part d’ombre de Georges Simenon que Patrick Roegiers cherche à mettre en lumière ?

S’il y a une part d’ombre chez Simenon, elle n’est pas relative au frère. Georges Simenon ne s’intéressait pas trop à Christian. Ils se voyaient peu. Il ne le détestait pas du tout, mais ils n’avaient pas beaucoup de points communs. Simenon a vécu rapidement à l’étranger. Son frère est resté en Belgique ou au Congo. Christian entre dans l’œuvre de Georges dans la mesure où leur mère n’a cessé de répéter qu’elle préférait le premier au second. La part d’ombre de Georges Simenon est liée à sa mère uniquement. Le personnage de son œuvre autobiographique, c’est elle. Il n’en veut pas à son frère d’avoir été le préféré.

Georges Simenon n’a jamais été rexiste ?

Non. Il n’a jamais été rexiste. Il n’a jamais fréquenté ces gens-là. Simenon quitte la Belgique à 20 ans. Il n’y est plus jamais retourné sauf pour un ou deux voyages. Il n’est pas mêlé à l’histoire belge depuis le début des années 30.

Vous écrivez dans un hors-série du Monde consacré à Simenon : « À la libération, Georges qui, quoi qu’on en ait dit, n’avait rien à se reprocher, tenait entre ses mains le destin de Christian. » Que voulez-vous dire par là ?

Son frère est venu le voir en catastrophe. Il était poursuivi par la justice. N’oublions pas qu’il avait commis un massacre. Ils se sont retrouvés place des Vosges un soir sur un banc et Georges Simenon lui a conseillé de s’engager dans la Légion étrangère et de se faire oublier.

C’est précisément ce que Patrick Roegiers ne dit pas…

Il dit que Christian Simenon s’est engagé dans la Waffen-SS Wallonie, ce qui est faux. C’est une invention significative de la part de Roegiers. Si Georges Simenon avait donné un tel conseil, cela implique qu’il aurait eu de la sympathie pour la Waffen-SS Wallonie. C’est ridicule. Simenon n’en a jamais parlé. Et puis mourir sous l’uniforme de la Waffen-SS et de la Légion étrangère, ce n’est pas la même chose ! Ça n’a pas du tout le même sens. Christian est mort en Indochine en défendant les intérêts de la France. C’est un trucage ! Roegiers le dit à la fin, mais tout de même, ces gens là ont existé, ils ont des enfants. On ne peut pas dire n’importe quoi. Si on fait un livre sur Patrick Roegiers et qu’on en fait un pédophile qui attend les petites filles à la sortie de l’école… vous imaginez la tête de ses enfants ? On ne peut pas à ce point travestir la vérité ! Le fait que ce soit un roman ne justifie rien. Quand j’écris un roman, je ne prête pas à mes personnages des pensées contraires aux leurs.

Que voulez-vous dire quand vous expliquez que Georges Simenon était siménonien ?

Cela veut dire qu’il s’est toujours intéressé à ses propres intérêts. Il n’a jamais été militant d’aucune cause politique ou autre. C’était un individualiste total. Il s’intéressait à sa famille, à son œuvre et à lui-même. Quand je dis que Simenon était siménonien, c’est une formule.

Patrick Roegiers estime que Christian Simenon aurait très bien pu être un personnage siménonien. Qu’en pensez-vous ?

Non, je pense que les personnages siménoniens sont plus intéressants que ça. Les personnages siménoniens, c’est ce que Georges Simenon en fait. Parfois ce sont des médiocres, des gens qui ont une vie terne, banale. Mais ils sont réhaussés par le génie de Simenon. Il en fait des héros malheureux, des gens à la recherche de la rédemption, des solitaires… Christian Simenon, tel qu’il est décrit par Patrick Roegiers, n’est rien de tout ça. Georges Simenon en a fait un personnage plus reluisant dans Le Fond de la bouteille.

Pourquoi Simenon occupe-t-il une place si importante dans votre panthéon littéraire ? En quoi Simenon, malgré le dépouillement de son style, a-t-il sa place au côté des plus grands ?

Il est l’auteur d’une œuvre que je trouve considérable – ce n’est pas une question de quantité. C’est un romancier qui a su comme personne d’autre recréer un univers avec un style très épuré, très économe. Il sait raconter aux lecteurs ce qui leur arrive mieux qu’eux-même ne sauraient le faire : la solitude, la jalousie, l’argent, l’envie, la haine… Ce sont des sentiments ordinaires. Simenon, c’est un romancier de la condition humaine. Ils ne sont pas nombreux. C’est pour ça que depuis temps d’années, non seulement il est lu, mais il est traduit dans le monde entier. Il parle la langue de tout le monde. C’est une vraie œuvre universelle. Quand on m’interroge sur le style de Simenon, j’aime faire la réponse que Simenon faisait : « Mon style ? Il pleut. »

http://philitt.fr/2015/09/29/pierre-ass … n-humaine/

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Une réédition avec appareil critique tout à fait bienvenue. Et Bénédicte Vergez-Chaignon est une historienne sérieuse et compétente (en plus d'être très sympathique).

Culturebox a écrit:

L'œuvre de Lucien Rebatet, écrivain fasciste et antisémite, rééditée

La version originale et intégrale des "Décombres", le livre-phare de Lucien Rebatet, écrivain fasciste et antisémite, thuriféraire français du nazisme sort des décombres. Une réédition très controversée.
"Fallait-il republier ça?", s'interroge l'historien Pascal Ory dans sa remarquable préface ouvrant la réédition de la version originale et intégrale des "Décombres", le livre-phare de Lucien Rebatet, écrivain fasciste et antisémite, thuriféraire français du nazisme.
Assurément oui répond-il en substance. "Soixante-dix ans après l'ouverture des camps, soixante-dix ans après le suicide d'Adolf Hitler, c'est de ne pas publier qui devrait surprendre, qui devrait inquiéter", soutient l'historien, spécialiste de la Collaboration.

Le "Dossier Rebatet", publié jeudi prochain dans la collection Bouquins des éditions Robert Laffont est strictement encadré par un appareil critique d'une rigueur exceptionnelle de l'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon. Il permet de lire "en connaissance de cause" ces pages ignobles.

Ne pas ressortir, "en version commentée", le livre le plus remarqué de la Collaboration "aurait été faire acte de censure", fait remarquer Pascal Ory. "L'attitude défensive à l'égard d'un idéologue extrémiste recouvre une crainte, donc un aveu : que la mauvaise parole ait en soi une capacité de nuisance intacte, face à laquelle la seule solution serait le bâillon", insiste-t-il.

Un récit aussi abject que passionnant

Outre "Les décombres", récit aussi passionnant du point de vue historique qu'abject, "Le dossier Rebatet" (titre de l'ensemble du volume) comprend "L'inédit de Clairvaux", écrit durant les années d'incarcération de Lucien Rebatet après la guerre et qui décrit le monde de la Collaboration jusqu'en 1944, des extraits du dossier d'instruction devant la Cour de justice en 1945, des articles de presse durant son procès en 1946, les lettres d'intellectuels et d'artistes, dont Albert Camus, François Mauriac et Paul Claudel, demandant sa grâce après sa condamnation à mort et le verbatim d'une "radioscopie" avec Jacques Chancel diffusée sur France Inter en 1969, trois ans avant la mort, dans son lit, de l'un des principaux rédacteurs de l'hebdomadaire farouchement antisémite et pro-nazi "Je suis partout".
Véritable best-seller de l'Occupation
Pavé de 670 pages, "Les décombres" a été publiée pour la première fois en août 1942. Ce long pamphlet haineux contre la République, les communistes, l'Eglise et les Juifs a été un incontestable succès de librairie. Qualifié de "best-seller" de l'Occupation, le livre fut tiré à 65.000 exemplaires, un chiffre énorme compte tenu de la pénurie de papier.

Ce bouquin rempli de haine n'avait été réédité qu'une seule fois, à la fin des années 1970 dans une version expurgée, sous le titre "Les mémoires d'un fasciste". Fasciste sans remords ni regrets, antisémite virulent, Lucien Rebatet aspirait à devenir un grand écrivain. Sa plume, vive et incisive, n'est pas sans rappeler celle du pamphlétaire Léon Bloy.
Un talent littéraire au service de la haine
Lorsqu'il dépeint la débâcle de juin 1940 c'est avec une grande puissance d'évocation. Mais Rebatet n'utilise son talent littéraire qu'au service de la haine. Ainsi, le portrait qu'il dresse de François Mauriac (un homme qui prendra sa défense après sa condamnation à mort) est d'une ignominie totale et constitue rien de moins qu'un appel au meurtre.

Avant la libération de Paris, Lucien Rebatet fuit vers l'Allemagne. À Sigmaringen, refuge des derniers "collabos", il se montre lâche et peu courageux. Arrêté par les autorités militaires alliés le 8 mai 1945, il est remis aux autorités françaises qui l'inculpent pour trahison (l'excitation à la haine raciale ne figure pas encore dans le code pénal français).

Condamné à mort en novembre 1946, il est gracié en avril 1947 et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. Une loi d'amnistie générale le remet en liberté en 1952.

Dans "L'inédit de Clairvaux", publié pour la première fois, on découvre un homme aigri, sans la moindre ombre sur une conscience qu'on dirait absente. À la fin de sa vie, au micro de Jacques Chancel, Lucien Rebatet, persiste.
"Je me suis battu pour la cause que je croyais bonne", dit-il.
Avant de mourir, en 1972, il écrira deux romans, "Les deux étendards" et  "Les épis mûrs" qui n'ont pas eu de succès. Il écrira également "Une histoire de la musique" qui continue en revanche d'être un livre de référence même s'il paraît aujourd'hui très daté.

Avec les liens vidéos : http://culturebox.francetvinfo.fr/livre … tee-228463

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

L'actualité donnera peut-être envie de se plonger dans le roman policier Balivernes pour un massacre, l'un des rares ouvrages qui parlent de la procédure d'asile et notamment de la CNDA (il y a aussi eu Le Chemin des morts récemment, mais qui parle d'une époque révolue).

Last edited by Isidore Barbeblanche (10-10-2015 16:54:22)

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577

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Au cas où vous voudriez lire le dernier machin de cette ganache fêlée d’Édouard Louis, voici un avertissement :

Marianne a écrit:

Edouard Louis, en toute complaisance

Voici la chronique de Laurent Nunez sur "Histoire de la violence", le nouveau livre d'Edouard Louis, feu Eddy Bellegueule. Elle a été diffusée le 4 janvier sur France Culture, en partenariat avec Marianne, dans l'émission "Demain est un autre jour".

Histoire de la violence, c’est le nouveau livre d’Édouard Louis, feu Eddy Bellegueule, vous vous souvenez, qui avait changé de nom, de ville et de rang, dans son premier texte, pas une autofiction, mais une autobiographie, vraie de vraie. Et c’est donc à un autre texte véridique que nous sommes confrontés en cette rentrée de janvier, puisque comme vient de l’avouer l’auteur dans une interview à Livres Hebdo : « Dans ce livre, il n’y a pas une ligne de fiction ».

On se sent mal à l’aise devant ce genre de remarques, comme si la fiction était une maladie honteuse. Si l’on devait vraiment écrire une histoire de la violence, on commencerait par là : par les brutes qui nous imposent leur vision du monde, en jurant que c’est le réel. Bref, ça commence mal. C’est donc l’histoire d’Édouard, et de ses deux meilleurs amis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon. Ils s’offrent des livres de Claude Simon et de Nietzche, en Pléiade bien sûr. Ils boivent du vin en écoutant de l’opéra. Et puis, un soir de Noël, alors qu’Édouard rentre tranquillement chez lui, il croise un garçon kabyle : Reda. Il a un pantalon de jogging et du shit dans la poche de son pantalon de jogging. C’est Noël, il fait froid, Réda n’est pas mal, alors Édouard l’invite à monter chez lui. Sur le lit, ils discutent, mais Édouard remarque que son téléphone a disparu. Oh ! Reda ! Le jeune kabyle sort un pistolet. Il insulte Edouard Louis. Il étrangle Edouard Louis. Il viole Edouard Louis. Et puis il s’enfuit. (En murmurant tout de même : « Je suis désolé. Pardon. »)

Mais ce n’est pas fini. Hôpital. Commissariat. Edouard Louis révèle tout ce qu’il sait du jeune homme, et même du père de Réda, qui vivait dans un foyer de travailleurs. Longs tunnels sur l’émigration, le racisme, la misère, pour expliquer comment ces choses-là se produisent… Parce que bien sûr Réda n’est pour presque rien dans ses actes. C’est une violence culturelle qui le traverse et qui l’inspire… Pauvre, pauvre marionnette, qui étrangle et viole les gens contre son gré… « La sociologie m’a permis de réaliser que la violence est produite par des structures sociales », assurait déja Edouard Louis, il y a quelques mois. Ben voyons. Vraiment, la sociologie est un sport de béats. En témoigne la critique hallucinante de Télérama : "Son violeur Reda n'est-il pas le dernier maillon d'une longue chaîne de terreurs infligées par l'Histoire et la société à son peuple kabyle, à sa classe de migrants ?"  Et donc ceci expliquerait cela...

Bref, c’est un livre qui nous a beaucoup étonnés, et déplu. Déplu aussi pour sa construction : Édouard raconte ce qui s’est passé à sa sœur, et sa sœur re-raconte tout cela à sa manière. Et comme sa sœur, Clara, est un peu simple et qu’elle n’habite pas à Paris, elle retranscrit la réalité à coups d’idées reçues et de phrases syntaxiquement incorrectes. On trouve donc, sur une même page, imaginez ! - le dialogue de Clara et de son époux – mal construit, fautif, simpliste ; et entre parenthèses et en italiques, les remarques d’Édouard Louis, posées, en bon français, parsemées de subjonctif. Le même artifice apparaissait dans Pour en finir avec Eddy Bellegueule, et déjà beaucoup de critiques déploraient cela. Je parle d’artifice à dessein, et parce que l’auteur dirait qu’au contraire, c’est vrai, « vrai de vrai », que lui parle comme ceci et que sa sœur parle comme cela. Mais j’appelle artifice cette façon de plaquer et d’opposer les deux façons de penser, et d’avoir, comme par hasard, le beau rôle. C’est facile de bien s’en sortir, quand on est celui qui tient la plume et qui publie le livre.

Encore une chose : les mâchoires se serrent lorsque je lis un témoignage où le narrateur recule au moment de porter plainte. « Comment est-ce qu’on peut croire que ce genre de procédure fait du bien ? Je ne voulais pas porter plainte, à cause de ma détestation de la répression, parce que je pensais que Réda ne méritait pas d’aller en prison. » Non ! Trois fois non ! On peut tout de même penser que les violeurs, même s’ils ont eu une enfance très difficile, méritent d’être jugés et condamnés. Il ne s’agit vraiment pas de "répression" ; juste d’être responsable de ses actes. Et voilà : vous voyez ce que ces pages ont fait de moi ? Je vais vous dire un grand secret : je ne serais pas surpris si ce récit participait encore un peu plus de l’extrême droitisation de la pensée en France.

On ferme ce nouveau livre dont on attendait beaucoup dans la tristesse et l’agacement : à quoi bon tant admirer Bourdieu, si c’est pour écrire un livre qu’encensera Zemmour ?

http://www.marianne.net/edouard-louis-t … 39207.html

Last edited by FDL (06-01-2016 10:23:54)

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Travailler à tout prix de Nicolas Chaboteaux et Cédric Porte.

Résumé Amazon:

" Didiiiier... mais il est où ce con ? Vous n'avez pas vu Didier ? De toute manière, je ne sais pas pourquoi je vous pose la question, vous ne savez jamais rien ! (...) Alors, vous ne moufetez pas, vous ne l'ouvrez que pour dire bonjour et au revoir, rien d'autre. Si le client vous pose une question, vous ne répondez pas. Vous n'êtes pas autorisé à parler. "
Après des années de chômage, Cédric et Nicolas retrouvent un boulot. Un parfum d'espérance souffle sur leur vie. Ils sont loin d'imaginer ce qu'ils vont subir. Bienvenue chez MSS, une PME dirigée par une patronne, façon tyran nordcoréen. Ici, règne le management par la terreur : délation, humiliation, contrôle absolu de l'individu. Cédric et Nicolas troquent un enfer contre un autre, plus pernicieux, plus violent. Mais que faire ? Le travail, leur bouée de sauvetage, les attire vers le fond...
Aujourd'hui, pour certains dirigeants d'entreprises, le niveau élevé du chômage constitue une aubaine. D'abord parce que l'adage " un de perdu, dix de retrouvés " n'a jamais été aussi vrai. Ensuite, et surtout, parce que la peur de la précarisation développe chez les individus une aptitude à la soumission hors norme. Une plongée dans les méandres d'une pratique scandaleuse en compagnie de deux salariés qui ont failli y laisser leur santé, leur personnalité, voire leur vie ! Un livre choc, souvent drôle car avec le recul les auteurs ont appris à rire de leurs
déboires, mais aussi un manifeste pour redonner espoir à toutes les victimes du " travailler à tout prix ".

Voir par exemple:
http://www.humanite.fr/travailler-tout- … ent-573537
http://www.lesinrocks.com/2015/04/02/ac … -11696698/
http://www.lalecturienne.com/2015/05/tr … teaux.html

Glaçant... heureusement qu'il existe a contrario des entreprises qui concilient humanisme et (à défaut de modestie) recherche du niveau du MIT avec des dirigeants sans concession :-))

Last edited by Isidore Barbeblanche (28-07-2016 22:11:10)

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Suis-je le seul à être déçu par le troisième ouvrage de Zoé Shepard (Zoé à Bercy) ? J'étais plié à la lecture des deux premiers, mais je trouve que le dernier part un peu dans tous les sens, entre les retrouvailles peu vraisemblables des protagonistes à Bercy, l'ambiance « chiottarde » comme elle dit (les travers du Don et de Coconne) qui se mêle à une description (critique ?) du fonctionnement de Bercy et des histoires familiales qui viennent se rajouter...

Last edited by Isidore Barbeblanche (29-07-2016 21:44:05)

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580

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Je viens de finir Harry Potter 8.

*soupir*

Pas top.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

"Oui oui, je maintiens. Il n'y a rien de plus consensuel que le Point. " - FDL, 28/07/2016

581

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Michel Déon dans Les Poneys sauvages a écrit:

"[...] J'aurais bien voulu être socialiste, c'est le regret de ma vie.

- Qu'est-ce qui vous en a empêché ? demanda Horace avec une curiosité inattendue.

- Je vous l'ai dit : c'est un parti de pleureurs de choc. Des larmes, des plaintes, des pétitions... La mauvaise foi la plus criarde et la plus insolente. J'aurais voulu adhérer à un parti révolutionnaire, âpre, idéal, violent et avouant sa violence. Un moment, j'ai cru que c'était possible..."

http://www.bullypulpit.fr/wp-content/uploads/2013/04/edwy_plenel.jpg
http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2016/02/25/XVM4759762a-dbb0-11e5-8b19-ad442bd7c1d0.jpg
http://images.telerama.fr/medias/2016/01/media_136361/histoire-de-la-violence,M290026.jpg
http://www.babelio.com/users/AVT_Louis-Georges-Tin_921.jpeg
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ab/Harlem_D%C3%A9sir_01.JPG/220px-Harlem_D%C3%A9sir_01.JPG

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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582

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Michel Déon, toujours dans les Poneys sauvages a écrit:

En Occident, le Parti communiste a perdu ses chances de déclencher la révolution par la violence et d'imposer la dictature par le prolétariat. Le PC freine ses éléments les plus avancés. Il sait bien qu'une fois au pouvoir, ses échecs, son incapacité économique et sociale, la terreur imposée par sa bureaucratie déclencheraient aussitôt une contre-révolution et l'écrasement d'effectifs grotesques inférieurs à ceux que revendiquait n'importe quel leader d’extrême droite. La force, l'intelligence des communistes est de savoir adapter leurs méthodes de combat au terrain et à l'adversaire. Ainsi tout l'Occident est anti-communiste et tout l'Occident pratique ou approuve la politique communiste dans le monde. La presse capitaliste tremble de passer pour réactionnaire et se livre à une surenchère que les communistes peuvent regarder d'un air narquois. C'est cela qui importe, car l’Humanité, L'Unita ou le Daily Worker n'ont aucune influence, aucune portée. Des journaux de parti rédigés par des imbéciles sans talent pour des imbéciles sans imagination. En revanche, le communisme, quand il travaille hors de sa propre légalité, quand il manœuvre ses atouts secrets, sait s'adresser au talent, sait faire vibrer la corde sensible. Il ne paraît même plus bon qu'à ça. Un parti de pleureurs de choc, de pétitionnaires à sens unique qui ne paraît même plus capable d'accepter la virilité de la lutte, un parti de femelles, diriez-vous... Faire pleurer Margot pour un petit terroriste qui a reçu une paire de gifles quand on a chez soi des camps de concentration, des prisons atroces et une police politique dont le seul nom terrifie le plus innocent citoyen, il faut avouer que c'est un chef-d’œuvre. Tirons notre chapeau, Horace...
De toute façon, il n'y a qu'un critère en politique, c’est la réussite, et en voilà une... Elle n'était possible qu'avec la complicité de la presse et l’astucieuse exploitation de la mode. Grattez la presse et vous trouverez...

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Il a bien fait de s'exiler en Irlande, le gusse, parce que le jour de la Révolution, justement, il aurait passé un sale quart d'heure dans les camps de rééducation.

"Et sans races, comment peut-on parler de racisme?" - sabaidee, 16/05/2014
"Allez, rince ton visage et enlève la merde dans tes yeux, va lire les commentaires des lecteurs du monde (le monde, hein, pas présent ou national hebdo) et tu percevras le degré d'agacement que suscitent ces associations subventionnées..." - sabaidee, 06/09/2016

"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

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584

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Révolution qui n'est jamais venue.

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

C'est un futur. Un de ces jours.

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"(influence léniniste de la "praxis historique réalisante et légitimée par sa propre réalisation historique effective", au sens hégélien du terme, dans l'action islamiste, au travers de l'état islamique - je n'utilise volontairement pas de majuscule pour cet "état" en ce que je lui dénie toute effectivité historique)" - Greg, 18/07/2016

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Pour rire un peu du pypy de chat d'Olivier.

L'Obs a écrit:

“Les Parisiens” : Olivier Py signe un roman illisible et infantile

Avec son quatrième roman, le directeur du Festival d'Avignon repousse les limites du grotesque involontaire.

Au Festival d'Avignon, qu'il dirige depuis trois ans, même dans le «off», même sous la contrainte et même si la compagnie théâtrale était en redressement judiciaire, on ne voudrait pas d'un texte pareil.

Voici en effet, parmi cent autres, quelques dialogues du livre, relevés sous abri, un jour de canicule: «C'est pour être à la hauteur de ton midi que j'ai inventé une nuit polaire», «Tu ne m'as rien appris, mais tu as rendu possible le pacte de mon âme avec l'imprescrit», «Je voudrais poémiser le présent», «Il faut être superficiel par profondeur» ou «La gloire est la clé d'un malheur sans fenêtres» (n'est-elle pas plutôt, la gloire, le toit en chaume d'un bonheur sans Velux?).

Le seul à goûter cette invraisemblable logorrhée criblée de néologismes infantiles (de «l'exagérance» à «la putitude»), c'est le personnage principal, Aurélien, que toutes «ces paroles ravissent au point qu'il se branle de manière philosophique». Une manière où l'on reconnaît bien Olivier Py, auteur authentiquement dramatique, dont «les Parisiens» (Actes Sud, 22,80 euros) est le quatrième et ventripotent roman (540 pages).

“Jouir est un envol éphémère dans la Miséricorde”

Dans cette version queer de «la Comédie humaine», voici donc Aurélien, un Rastignac venu de Dijon afin de conquérir Paris et d'y faire triompher «Pénélope», une pièce qu'il vient d'écrire et dont certains personnages du roman jugent le style «grandiloquent, pompeux, ampoulé», mais les gens sont méchants. Pour parvenir à ses fins et devenir «le roi de cette ville crasseuse», Aurélien écume les backrooms, où on baise, et les lieux de pouvoir, où on se fait baiser, en appelle à Dieu, qui ne répond pas, et s'introduit, sans protection, dans un petit monde culturel - musique, danse, théâtre - où la vanité le dispute à la lâcheté, la perfidie à la jalousie, et qu'il «inonde de son jeune sperme conquérant».

L'occasion, pour l'auteur, de régler ses comptes avec l'ex-ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ou de saluer le patron du Français, Eric Ruf. Mais de ce qui aurait pu donner un pamphlet acerbe ou une amusante parodie, Olivier Py a eu la mauvaise idée de tirer une énorme farce mystico-morbido-gay au grotesque involontaire, où l'on apprend que «jouir est un envol éphémère dans la Miséricorde» , que «la musique est La souffrance» et que «le théâtre est le lieu du non-savoir». Somme toute, il n'y a pas plus parisien que ce roman à clés prétendument lancé contre les Parisiens. Preuve, d'ailleurs, qu'il est parisien: c'est un roman illisible.

http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20 … ntile.html

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

(C'est Noriega qui m'y a fait penser, car je le confonds tout le temps avec Trujillo.)

Je recommande à tout le monde la lecture de La Fête au Bouc de Vargas Llosa.

"Moult a appris qui bien connut ahan"

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Über das Meer de Wolfgang Bauer sur la traversée de la méditerranée par des migrants illégaux.

Extraits en allemand et en français:
http://www.beck-shop.de/fachbuch/lesepr … pt_001.pdf
http://www.telerama.fr/monde/franchir-l … 142288.php

Dans le même genre, en plus ancien (et avec un auteur qui accompagnait vraiment les migrants): http://www.telerama.fr/divers/extrait-d … ,28648.php

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Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Pauvre littérature française...

Valeurs actuelles a écrit:

Le grand remplacement expliqué à mon cheval

Virginie Despentes. Le troisième tome de Vernon Subutex est probablement l’un des livres les plus idiots jamais écrits, ce qui en fait paradoxalement une farce assez plaisante.

Les journalistes ont évoqué une fresque exceptionnelle, une formidable cartographie de la société française contemporaine, une construction romanesque unique digne d’un Balzac. Despentes, nouveau Balzac ! La comparaison a de quoi faire hurler les étoiles. Elle dit tout du gouffre dans lequel la critique littéraire est tombée. La seule évocation qui nous est venue à la lecture de cette trilogie ridicule, laborieusement écrite par une vieille punk embourgeoisée, c’est une botte de foin. On imagine volontiers l’auteur s’en fourrer le museau tout en écrivant ses inepties.

La trilogie se présente comme une chronique de la France d’aujourd’hui. On y suit plusieurs personnages, généralement à peine esquissés, tous transsexuels, drogués, tatoués, ratés tristes et revanchards, qui gravitent autour de Vernon Subutex, un ancien disquaire à qui une star de rock a confié un enregistrement révolutionnaire avant de mourir, et qui va plus ou moins devenir le DJ et le gourou d’une sorte de secte de débiles qui cherchent à atteindre l’extase par la danse. Suspecté d’avoir détourné de l’argent, Subutex quitte la communauté, vexé. Dans le tome précédent, un producteur soupçonné d’avoir assassiné une actrice porno, Vodka Satana, avait été agressé par sa fille, Aïcha, une musulmane pratiquante, et une amie de celle-ci. À présent, celui-ci se venge. Voilà à peu près l’histoire résumée.
Dans son monde enchanté, la société française est dirigée par les nazis

Les lecteurs de Virginie Despentes sont convaincus que leur auteur fétiche est “dérangeante”, quand elle ne fait que dérouler la doxa d’époque sur tous les sujets, et encore le fait-elle avec moins de subtilité que la plupart des médias qui savent s’arrêter juste avant de percuter le réel et d’anéantir leurs positions dogmatiques. Despentes, elle, au grand bonheur des taquins, n’a pas de frein. Elle fonce tête baissée comme un taureau, et le lecteur éprouve alors la divine émotion du toréador frôlé par 500 kilos de bêtise et de méchanceté.

Ainsi, dans son monde enchanté, la société française est dirigée par les nazis : ils sont sur Internet, à l’école privée (on y fait réciter Mein Kampf aux élèves), dans les médias, à gauche, partout ! Les bourgeois sont les pires. Ils considèrent les Noirs comme des singes, veulent éliminer les « pédés », pensent que « la place des femmes est à la maison, et qu’il faut corriger celles qui sortent » (sic !). Ils font croire qu’ils aiment les belles choses alors qu’ils « savent ce qu’ils font lorsqu’ils meublent leurs appartements […] : chaque objet ici hurle à l’attention de ceux qui ne sont pas habitués au luxe : dégage de là sale prolétaire ». Ils ont inventé la laïcité « pour emmerder les immigrés » et soufflent sur les braises de l’islamophobie pour détourner l’attention des pauvres. Et le terrorisme islamiste ? Circulez, y a rien à voir ! Les tueurs du Bataclan se sont « inspirés des films et des jeux de Hollywood » et « aucun des assassins n’était pratiquant ». Quant aux motivations profondes, là encore, rien à voir avec l’islam. Les terroristes sont simplement des humiliés qui se vengent comme ils peuvent : « Les Blancs veulent avoir le droit d’humilier les Arabes. Ils l’ont toujours fait. Ça fait bizarre de penser que maintenant c’est l’inverse. » On sent que le “bien fait” des enfants n’est pas loin !

Quand elle évoque le mâle blanc, Despentes ne se contrôle plus. Elle ressemble à un Bisounours en train de piquer une colère devant son bol de soupe. Le Blanc est ivrogne, menteur, escroc, violeur en puissance, toujours à harceler les filles dès qu’il a bu un verre de trop.
Pour l’écrivain, les migrants sont pourtant la future élite du pays

Bref, l’homme blanc est un porc de toute éternité et il faut le remplacer. Par les minorités : musulmans, homosexuels, transsexuels, drogués, etc. (Chez Despentes, même les dealers des cités sont « super aimables » !) Et par les migrants, bien sûr. C’est donc vers ces « bateaux entiers de beaux gosses » que l’écrivain lorgne avec gourmandise. Despentes n’habite pas la même planète que nous. Sur la nôtre, les marines européennes et les ONG sauvent des migrants et les médias tentent d’éduquer les foules à les accueillir. Sur la sienne, l’Occident coule les bateaux de fortune et les médias, hostiles, ne voient en eux que des terroristes en puissance.

Pour l’écrivain, les migrants sont pourtant la future élite du pays. Et attention, « une élite, une vraie. Pas de la branlette de beau quartier où tout ce qui compte c’est le patrimoine de ton père ». L’un de ses personnages rêve d’ouvrir une école pour eux, de sélectionner les meilleurs et de « les former au capitalisme européen » : « Ça va leur faire bizarre, aux fils à papa, quand vont débouler ses élèves sur le marché du travail. Le pays a besoin de sang neuf. »

La fin du roman vire carrément au sublime. La bande de ratés, drogués, etc. se fait en effet décimer dans un attentat à la grenade et à la kalachnikov commis… par une jeune patriote ! Une fille qui a décidé de massacrer « les jouisseurs et les dépravés » car elle abhorre « l’agonie démocratique […], la France moribonde, blessée par le métissage et la dissolution des moeurs. L’absence de foi. De droiture ». Bref, une catho-facho ! Chroniqueuse extralucide de la France d’aujourd’hui, Virginie Despentes réussit cette gageure de peindre les islamistes en victimes et les catholiques en terroristes. Chapeau l’artiste.

https://www.valeursactuelles.com/cultur … eval-86055

"François Hollande, qui est et reste à mes yeux un très bon Président, un décideur juste et bon, d'une intelligence fine et curieuse de tout, posé, humble et droit, un grand homme politique, bien élu, qui a engagé de très nombreuses réformes qui s'imposaient depuis des années voire des décennies" (Greg)
"Dès que je vois inscrit "FDL", je ne lis pas. C'est perte de temps. Il est totalement timbré, violent, et ses écrits me révulsent.  Son idéologie qui a évolué vers l'extrême droite est symptomatique d'une véritable dégénérescence intellectuelle." (Greg)
"Le CCIF défend les libertés fondamentales." (Broz)

Re: [Litterature/essais] Qu'est ce qu'on lit en ce moment ?

Bonjour.

Quelqu'un ici s'est penché sur l'introduction à la stratégie du général André Beaufre ?
A la littérature stratégique en général ? ( Liddell Hart, Clausewitz, Sun tzu évidemment et les 36 stratagèmes notamment ? )