Topic: Ideo technique, idéo-technicité et idéo-techniciens

Avec le web, les potentialités d'inventions de machines virtuelles, de parcours de navigation rédactionnels, de mise en exécution effective et immédiate à grande échelle "d'idées" au sens le plus ontologique et au sens le plus opérationnel du terme fait que nous suscitons de concert par l'écriture et l'intelligence collective qui caractérise les outils collaboratifs une fantastique réorganisation cognitive du monde.

Le web est idéo-technique. C'est à dire qu'il est un outil idéel fait par les idées, fait d'idées interfacées et interfaçantes elles-mêmes idées, productrices et connectrices d'idées. Les pôles de rencontres idéels s'organisent autour des sites internet sociaux. Chaque site devient potentiellement un outil de type "Windows", c'est à dire une interface d'ouverture absolue sur l'information accessible par un serveur et depuis un serveur, vers une base de donnée sur un autre serveur, quand Windows était une interface sur un seul serveur, accessible (sauf hacking) par un seul serveur.

Quel est l'intérêt de désigner une telle évolution par ce concept d'idéo-technicité ? D'abord parce qu'elle descend tout droit du concept de "phénoméno-technicité", qui était au centre du XXème siècle et du tout industriel, puis de l'analogique désindustrialisant (et de "l'idéologique", et elle permet de nous replacer dans une perspective historique. Ensuite parce que cette réalité d'idéo-technicité met en relief comment à un certain niveau de multi-engrammation, le multimédia prend le pas sur chacun des types de médias particuliers. Le mot guide tout. La textualité revient à la racine même de toute production virtuelle. Le mot guide vers de la musique, vers des ouvrages, vers des actualités, vers des vidéos, etc. L'intégration est multiforme dans le mot même. LA textualisation devient universelle. Et en ce sens, la télévision, qui a bannit à un point extrême le mot de l'image,  est un peu dépassée (mais elle est riche des décennies antérieures et bien polarisée elle a de quoi investir dans de nouveaux procédés). Elle est dans les hardware (smartphones), elle est dans les softwares, elle dans les "webwares"  (c) et dans les sites Internet.

Pour se faire une image de l'idéo-technicien, il faut partir de celle de l'homme qui, dans les pays ouest-européens, aux XVIIIème et XIXème siècles, travaillant dans leur grange diverses machines bizarres, qu'ils modelaient et remodelaient X fois avant que leur "machine" industrielle prenne forme et puisse valoir comme principe d'organisation économique universelle. Avec l'idéo-technicité, les sites, tous les sites, De Facebook à Google, en passant par le forum, comprennent qu'il y a lieu de restructurer en profondeur tout ce que nous avions conçu auparavant d'incomplet et de facticement pérenne sur cette "cire modelable universelle de l'idéo-matière" (cf. l'analogie de Descartes dans les réflexions métaphysiques) qu'est le web, c'est à dire le réseau idéo-technique interfacé universel. Les idéo-techniciens sont des projections virtuo-astrale dans la noosphère globale qui produisent et structurent par interfaces l'accès aux divers types d'informations. Il ne faut pas lire virtuo-astral dans un sens mystique, mais simplement au regard de la technique, en parallèle aux grands voyageurs des temps modernes qui eux, ne bénéficiant pas de l'ubiquité d'information, devaient matériellement se déplacer pour aller à la quête des produits, mais aussi de l'information. En tant qu'idée, le Web est un "en puissance" permanent. Qui eut cru qu'Aristote nous permettrait de comprendre le fondement des choses d'idées qui guident le monde par le web.

Le Président d'Oracle, Mark Hurd, connu pour son franc parler, dit que si nous le pouvions, nous n'aurions plus besoin d'écran, et nous n'aurions qu'un "tube" qui nous relierait à toutes les bases de données de la planètes, nous donnant accès directement en temps réel à toute l'information produite disponible en temps réel. C'est un peu cela, l'idéo-technicité. Elle il est tout à fait imaginable que nous assistions plus vite que nous ne le pensions à l'intégration de puces qui nous relieraient directement à à la sphère idéelle collective qu'est le web. Et là où Orwell se trompait, c'est qu'il n'y aurait finalement aucun système totalitaire qui serait capable de maîtriser un monde où chaque homme aurait accès à toute l'information disponible, où chaque homme serait en fait lui-même, Big-Brother. Plus raisonnablement, il est clair que l'on pourrait aujourd'hui aisément se passer de Windows, ou d'iOS, qui sont des wares issus des temps primitifs et héroïques de la micro-informatique (entre la fin des années 70 et le début des années 90). On pourrait très bien imaginer un monde où en "webisant" toutes les applications, on pourrait se passer de tout intermédiaire entre l'homme et l'information, c'est à dire les applications locales. C'est d'ailleurs un enjeu critique pour Apple qui en ayant gagné la bataille hardware des smartphones (un peu à la manière des temps de l'Apple II) a peut-être cru trop rapidement en les "applis" (traumatisée qu'elle est par son expérience difficile du MacIntosh où Apple fut court-circuitée par IBM et Microsoft qui arrivaient à créer un bien plus grand nombre d'applications opérationnelles, à une époque où il fallait une disquette ou un CD-ROM pour toute chose) pourrait être menacée par la faculté des pure player (je pense particulièrement à Google, qui se repositionne en une fraction de seconde avec la navigation search augmentée imposée) d'intégrer en se passant de tout intermédiaire de toute forme d'iOS. Rendons à César ce qui est à César, ce MArk Hurd, qui prone la "tubisation du monde" et critique beaucoup windows, crée lui aussi des logiciels propriétaires de chez propriétaires... Passons.

Avec le web 2.0 puis 3.0, les choses ont basculé. Durant la décennie précédente, nous avons écrit. Des milliards de caractères. Ces caractères prennent une vie propres, au sein d'une structuration interfacées accessible de partout.  Les mots, avec le web 3.0, prennent du sens. Avec le web applicatif, nous sommes en train de recréer par myriades ce que Microsoft a créé à une époque où peu de gens s'intéressaient au logiciels. Aujourd'hui, nous passons à l'ère du webiciel, avec autant de possibilités de restructuration et de combinaison de ces webiciels en fonction des besoins des divers sites et types de sites qui existent.

Naturellement, dans un tel contexte, les externalités positives explosent. D'ailleurs, la majeure partie des applications web ne connaissent ni copyright, ni dépôts de brevets, quasiment impossibles. Si vous demandez aux ingénieurs de l'INPI, ils vous le diront : sauf exceptions, il y a peu de chances et beaucoup de risques à vouloir faire breveter une application web.

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