Je n'ai pas dit qu'il fallait êter issu d'un grand lycée pour intégrer la prépa d'un grand lycée. Le raisonnement est le suivant : pour le concours scolaire le plus prestigieux (ENS ULM), ceux qui ne font pas partie de H4 et de LLG n'ont pratiquement aucune chance (moins de 20% des admis) en Lettres comme en Sciences. Donc la sélection opérée par l'ENS est (à 20% près) réductible à la sélection opérée par ces deux lycées (sauf si l'on considère que la formation de ceux deux lycées est exceptionnelle, mais dans ce cas, cela veut dire que la sélection d'ULM est réductible à une formation dans deux endroits ce qui n'est pas beaucoup plus valorisant).
Or, la sélection que ces deux lycées opérère est fondée sur les notes au lycée (et au collège) et un peu le niveau du lycée d'où l'on vient. On cherche d'ailleurs plus la régularité que des très hautes performances suivies de périodes basses (en gros 16/20 partout tout le temps vaut mieux que 20 tantôt 10 après).
Reprenons la formule de Pompidou (très comique) sur les normaliens : "on ne devient pas normalien, on naît normalien comme on nait prince de sang", cette formule est réductible (si elle est vraie) à "on ne devient pas normalien, on naît normalien comme on naît avec 16 de moyenne au lycée".
On sent facilement que s'il y a sans doute un mérite à avoir 16/20 au lycée, ce n'est certainment pas lié à des qualités intellectuelles exceptionnelles, ni même très élevées.
C'est ce qui explique que ENS ULM (comme l'X, l'ENA etc) décerne vraiment - contrairement à ce que pensais en fait Bourdieu - un brevet de bourgeoisie. C'est parce que l'intelligence et les aptitudes n'ont quasiment aucun rôle et que tout repose sur le "mérite" c'est à dire le sérieux, le travail dès le plus jeune âge. Et ce mérite est le fait des informés et des ambitieux. Les informés et les amibitieux sont majoritairement les classes les plus favorisées.
La bonne nouvelle : une personne issue d'un milieu modeste mais qui aurait l'info et la motivation suffisamment tôt n'aurait aucun pb pour réussir. Pourquoi ? parce que le niveau est très faible. On selectionne une personne sur 2 ou 3 parmi une population extrêmement restreinte.
Cela explique pourquoi on peut avoir le sentiment quand on entend tel ou tel intellectuel ou tel politique (ULM X ENA) d'avoir affaire à qqn qui déraille ... et on se dit paradoxalement qu'il (ou elle ) est trop intelligent et déconnecté de la réalité ... alors qu'il (ou elle) est simplement bête. Et c'est tout à fait possible d'être bête et de faire partie de l'élite. C'est seulement lié au processus de sélection qui ne valorise quasiment pas les aptitudes.
Cela explique aussi pourquoi des boites à bac (comme prépa Isp) réussissent à avoir des résultats énormes sans présélectiopn (55% d'admis à IEP Paris en master, 20% ENA 33% ENM). C'est que comme le niveau (intellectuel) est faible, il suffit de donner aux élèves même médiocre une prépa très ciblée pour qu'ils réussissent.
C'est tout le pb des grandes écoles françaises. C'est un mythe de penser qu'elles formes des génies. Elles forment des élèves appliqués mais médiocres à qui l'on fait croire qu'ils sont très doués. D'où les résultats dramatiques de la France dans de nombreux domaines .... (cf ionesco).